Guide complet du repêchage d’expansion de Las Vegas

La finale de la coupe Stanley à peine derrière nous, les activités de bureaux ont déjà repris le devant de la scène alors que se profilent le repêchage d’expansion de Las Vegas, le 21 juin, et la draft NHL deux jours plus tard. L’arrivée de la nouvelle franchise s’accompagne d’un branle-bas le combat quasi sans précédent dans les QG des 31 franchises, tant les modalités sont complexes et les possibilités infinies. Petit guide de la semaine à venir.

Par Thibaud Châtel @batonsrompus 

 

Comme les autres équipes créées de toutes pièces par la ligue avant eux, les nouveaux Golden Knights de Las Vegas auront à leur disposition plusieurs armes afin de constituer l’effectif qui sautera sur la glace en octobre prochain. Cependant, c’est surtout pour les 30 autres équipes que la chose devient embarrassante, car le nouveau venu vient les forcer à agir rapidement sur plusieurs fronts, là où elles auraient pu tranquillement écouler les dossiers durant l’été. 

 

Repêchage d’expansion : mode d’emploi

Si Vegas pourra certes signer des agents libres cet été, le principal moyen pour elle de créer son effectif passe par le repêchage d’expansion. Son Directeur Général George McPhee aura pour cela le droit, et l’obligation, le 21 juin prochain, de choisir un joueur dans chacune des 30 autres équipes. Celles-ci ont bien entendu la possibilité de protéger un certain nombre de joueurs et devront communiquer le 17 juin en soirée leur liste de protection à Las Vegas.

 Listes de protection

Les meilleurs joueurs devraient donc très logiquement être à l’abri, comme les jeunes vedettes ayant joué deux ans ou moins chez les pros. À noter que les joueurs bénéficiant d’une clause de non-mouvement sont automatiquement inscrits sur la liste de protection. Il ne faut pas ici confondre avec la clause de non-échange, qui ne garantit, elle, en rien d’être protégé. C’est pour cela que plusieurs équipes ont dû demander à des joueurs d’accepter de lever leur clause de non-mouvement, afin d’être mis à la disposition de Vegas et de pouvoir protéger d’autres joueurs à la place. C’est le cas de Pittsburgh avec Marc-André Fleury, puisque les Penguins voudront inscrire Matt Murray comme gardien protégé et qu’il est impossible de protéger deux gardiens. Ajoutons enfin que les joueurs ne sont en aucun cas obligé d’accepter, et Dion Phaneuf à Ottawa aurait apparemment refusé de le faire.  

Vegas déduira au final à partir de ces listes les joueurs qui lui est possible de repêcher. Elle devra alors suivre des règles strictes afin, en théorie, d’être en mesure de constituer un effectif complet en vue de la saison prochaine. La première partie du puzzle consiste donc pour Vegas de savoir où piocher quoi afin d’atteindre les minimas requis et de bâtir la meilleure équipe possible. Il lui sera également possible de négocier entre le 18 et 21 juin avec les agents libres sans restriction (UFA) ainsi que les agents libres avec restrictions (RFA) non inclus dans les listes de protection. En cas de signature, le joueur compterait comme celui repêché par Vegas pour cette équipe.

vegas choisit

Quelle stratégie pourrait adopter pour Vegas ?

Et c’est ici que la partie de casse-tête commence. Quelle sera la stratégie adoptée par la direction de l’équipe ? Les précédentes équipes d’expansion avaient obtenu des effectifs très faibles synonymes d’années de galère en bas du classement. Si la NHL a limité cette fois les règles de protection afin de garantir que Vegas obtienne une équipe potable, il n’y a pas de quoi bâtir là un prétendant au titre. Dans le meilleur des cas, Les Knights pourront aligner des joueurs de troisième trio et une collection de défenseurs numéro 4-5, en plus des quelques agents libres signés à l’image du Russe Vadim Shipachyov. Si la franchise voudra s’assurer de proposer un spectacle d’une qualité suffisante pour réussir son lancement commercial, l’aspect sportif devrait par conséquent suivre une stratégie à plus long terme.

La logique, et les derniers échos recueillis par les médias le confirment, voudrait que Vegas entreprenne une « reconstruction » (sic) accélérée afin de posséder un effectif compétitif d’ici quatre ans. La plupart des joueurs repêchés la semaine prochaine risquent donc d’être « obsolètes » d’ici là et les Knights chercheront plutôt à accumuler des choix de draft qui auront le temps de se développer, des joueurs susceptibles d’être facilement échangés plus tard ou bien d’obtenir des espoirs qui seront utiles dans quatre ans. Et c’est ici que George McPhee dispose en réalité de plus d’une corde à son arc.

 

Un brin de chantage

Que serait Las Vegas sans un peu d’escroquerie ? Blagues à part, la principale ressource de la nouvelle franchise réside bien dans sa capacité à tirer profit du casse-tête administratif imposé par la ligue aux autres équipes. Casse-tête que Vegas est préparé à adoucir moyennant finance. Certaines équipes possèdent notamment trop de bons joueurs et pas assez de places sur les listes de protection. C’est le cas à Anaheim, Columbus, Minnesota et bien d’autres. Mais plutôt que de repêcher ces joueurs, certes de qualité mais qui ne rentrent pas dans une stratégie à long terme, Vegas aura tout à fait le droit de s’entendre avec les équipes afin de repêcher volontairement un joueur dont la perte sera moins pénalisante, à condition que l’équipe en question donne aussi à Vegas un « bonus », choix de draft ou autre(s) joueur(s). Les équipes peuvent donc « payer » Vegas pour lui dire qui ne PAS repêcher…

De même, d’autres équipes souhaiteraient à l’inverse se débarrasser d’un joueur au contrat encombrant, moyennant, là-aussi, un dédommagement à Vegas pour ses peines… Il semble ainsi acquis que Chicago, et ses problèmes de cap salarial, ait demandé à Vegas de repêcher Marcus Kruger, à qui il reste deux années de contrat à 3 millions de $. En acceptant de le faire, Vegas recevra également en bonus le défenseur Trevor Van Riemsdyk. Selon les dernières informations, Anaheim et Columbus auraient déjà des ententes de la sorte en place avec Vegas. Les équipes peuvent donc également « payer » Vegas pour lui dire qui repêcher…

L’autre volet de ce rapport de force interviendra lorsque les 30 équipes auront remis leur liste de protection à Vegas, le 17 juin au soir. George McPhee a fait savoir qu’il communiquerait aussitôt toutes les listes, et donc les joueurs disponibles, aux autres Directeurs Généraux de la ligue. Le but de cette manœuvre est de permettre à tous, durant les trois jours précédents le repêchage d’expansion, de procéder à une vente aux enchères sur ces joueurs disponibles. Ainsi, voyant que le joueur X n’est pas protégé, une autre équipe pourra demander à Vegas de le repêcher avant de lui échanger en retour, encore une fois, de choix de draft ou de jeunes espoirs. Alors que les listes seront également rendues publiques, les spéculations et ententes potentielles risquent fort de faire tourner les têtes des fans et promettent un sacré spectacle le 21 juin lorsque tous les échanges seront révélés.

En bref, Vegas est prêt à accommoder toutes les demandes, si tant est qu’elle puisse amasser de son côté des atouts pour son développement futur.

 

Le stratagème ne s’arrête pas le soir du repêchage pour Vegas

L’effectif qui sera annoncé le 21 juin lors de la cérémonie des NHL awards ne sera donc pas forcément celui qui sautera sur la glace en octobre. George McPhee pourra donc continuer d’échanger à loisir les éléments à sa disposition au plus offrant durant l’été. Il est également fortement probable qu’il se serve des nombreux choix de drafts reçus pour acquérir des choix mieux placés, ou à l’inverse plus de choix moins bien placés. Vegas risque donc d’être très actif tout au long de l’été.

Une équipe possède habituellement 7 choix de draft par an, un par tour. Il est tout à fait probable que Vegas possèdera au soir du 21 juin au minimum le double de cela pour les draft 2017 et 2018. Si le nombre de choix de premier tour sera peut-être limité, la draft NHL est une telle loterie dans les rondes suivantes qu’en accumulant les choix plus tardifs, Vegas se maximise ses chances de mettre la main sur plusieurs bons espoirs pour les années futures.

 

Quelles conséquences pour les autres équipes

À moins que vous ne comptiez parmi les premiers fans des Golden Knights, il y a fort à parier que c’est davantage la situation de votre équipe préférée qui vous inquiète le plus. Quasi toutes les franchises font face cette semaine à plusieurs problèmes.

Le premier est évidemment le risque de perdre un joueur tout de même important « pour rien » dans le repêchage. Prenons l’exemple des Predators de Nashville qui devrait opter pour la formule 8 joueurs – 1 gardien afin de protéger leurs 4 défenseurs vedettes. Or, cela ne laisse que 4 places protégées pour les attaquants et après Forsberg, Johansen, Arvidsson et le jeune Jarnkrok, le vétéran James Neal risque certainement de se retrouver exposé. Nashville pourrait alors « payer » Vegas pour qu’ils prennent un autre joueur mais le prix devra être supérieur à celui proposé par une autre équipe de la ligue souhaitant, pourquoi pas, acquérir Neal auprès de Vegas. Nashville se retrouverait ainsi au cœur d’une vente aux enchères pour garder son propre joueur…

La solution suivante, plutôt que de perdre un joueur pour rien, est de l’échanger d’ici le 17 juin afin d’en tirer au moins une contrepartie substantielle. Ce sera surement le cas des Ducks d’Anaheim qui font face à un surplus de défenseurs talentueux (Lindholm, Fowler, Theodore, Manson et Vatanen), sans compter que Kevin Bieksa possède une clause de non-mouvement qui le force à être protégé ! Même si les Ducks lui demandent, et qu’il accepte de la lever, la liste de protection ne sera jamais assez grande pour tout le monde car, à l’avant, il faut également protéger Getzlaf, Perry, Kesler (qui ont tous des clauses), Rakell et Silfverberg… Il semblait dès mardi que Anaheim avait un deal en place avec Vegas réglant une partie du problème, et que Sami Vatanen serait échangé en parallèle d’ici samedi.

 

Un exemple : Montréal

Prenons pour finir un exemple complet, celui de Montréal. Les Canadiens devraient protéger :

  • À l’attaque : Pacioretty, Shaw, Gallagher, Galchenyuk, Danault, Byron et le jeune Hudon qui figure parmi les meilleurs joueurs de AHL ces 3 dernières années.
  • En défense : Petry (qui possède une clause de non-mouvement), Weber et un troisième.
  • Gardien : Carey Price bien-sûr.

Le choix devrait être de laisser Tomas Plekanec disponible, pensant que son salaire de 6 millions de $ sera un repoussoir suffisant pour Vegas et les autres équipes. Alex Radulov n’a pas à être protégé en tant qu’agent libre. Il devrait l’être si jamais il signait un contrat d’ici samedi, ce qui serait une erreur tactique de la part des Canadiens. Car si Vegas pourra techniquement faire une offre à Radulov entre le 18 et le 21 juin, ce sera au Russe de décider où il veut jouer, et il semble qu’une entente informelle soit discutée avec Montréal…

Le problème concerne donc la défense et de savoir qui protéger entre Jordie Benn, Alexei Emelin ou Nathan Beaulieu (Andrei Markov peut être exposé, il ne signera pas avec une autre équipe que Montréal). Emelin coûte cher à 4.1 millions de $ pour ce qu’il apporte sur la glace. Jordie Benn est beaucoup plus rentable mais a un profil également facilement remplaçable sur le marché. Pas certain donc que Montréal paye pour éviter que Vegas ne le prenne. Malgré des performances en dents de scie, le jeune Beaulieu demeure sans doute la pièce de choix ici pour Vegas. À 24 ans, ce défenseur mobile voit sa production offensive augmenter d’année en année et performe bien en supériorité numérique. Des caractéristiques très recherchées par la ligue de nos jours. Montréal voudra-t-elle l’échanger d’ici samedi afin d’obtenir un retour ET de pouvoir protéger Benn par la suite ? C’est fort possible.   

 

Les dates à retenir (les heures sont celles de New-York)

  • Avant le 13 juin : les équipes peuvent demander aux joueurs possédant des clauses de non-mouvement de les lever.
  • Avant le 17 juin, 17h : les équipes peuvent s’échanger des joueurs et négocier avec Vegas.
  • 17 juin, 17h : les 30 équipes remettent leur liste de protection à Vegas. Les effectifs de la ligue sont gelés jusqu’au 21 juin.
  • 18 juin, 10h : les listes de protection sont rendues publiques.
  • 18 au 21 juin : Vegas peut négocier avec les agents libres sans restriction ainsi que les agents libres avec restriction non protégés. Les Knights bâtissent ainsi leur liste finale de repêchage.
  • 21 juin : le repêchage d’expansion est annoncé au cours de la cérémonie des NHL awards.
  • 21 juin : réouverture du marché des échanges.
  • 23-24 juin : draft NHL
  • 1er juillet : Ouverture du marché des agents libres

 

 

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Bonus : Le site www.capfriendly.com est un outil indispensable pour explorer les contrats des équipes. Vous pouvez également simuler le repêchage d’expansion de Vegas !