Bilan/analyse KHL 2016/17 (II) : les déçus

Ils ont raté les play-offs et oscillent entre mélancolie, nostalgie et inquiétude. Voici la deuxième partie de notre bilan de KHL 2016/17.

 

HK Sotchi (17e) : post olympium animal triste

KOSTITSYN Andrei 160506 524Le soufflé olympique est vite retombé dans la ville-hôte des Jeux olympiques 2014. Dans une patinoire qui sonne de plus en plus creux, le HK Sotchi, qualifié pour les play-offs à ses deux premières années d'existence, a cette fois échoué à la neuvième place d'une Conférence Ouest relevée.

Le gardien Konstantin Barulin a pourtant été toujours aussi solide, mais l'attaque a été nettement moins productive. Pourtant, les leaders offensifs étaient toujours les mêmes : André Petersson, Andrei Kostsitsyn et Ilya Krikunov. Il faut dire que les joueurs avaient quelque excuse à être distraits de leur objectif : en pleine dernière ligne droite pour la qualification, ils avaient trois mois de retard dans le versement de leurs salaires.

Les dirigeants ont évidemment trouvé un autre responsable : l'entraîneur Vyacheslav Butsaev, qui n'a plus fait de miracles à sa troisième saison. Ils ont donc cherché un spécialiste capable de comprendre à la fois les mentalités russe et "occidentale". Il s'agira de l'ancien défenseur de NHL Sergei Zubov, qui n'a qu'une seule année d'expérience comme entraîneur-chef (au SKA en 2015/16).

 

Slovan Bratislava (18e) : un cadeau de Noël pour mettre fin à la grève

PLASTINO Nicholas 100510 083Des retards de paiement, les joueurs du Slovan Bratislava en ont également subi. Ils ont menacé de faire grève et de ne pas rechausser les patins après les fêtes de Noël si les trois ans d'arriérés ne leur étaient pas versés. Le cadeau déposé au pied du sapin a d'ailleurs fait effet : le club slovaque a alors marqué des points pendant dix rencontres consécutives (dont neuf victoires). Malheureusement, cette belle série est arrivée trop tard pour rattraper le retard.

L'entraîneur Milos Riha a aussi avancé comme excuse les blessures, et il est difficile de lui donner tort. Elles ont certes épargné les Nord-Américains, en revanche les attaquants tchèques d'expérience Vaclav Nedorost et Andrej Meszaros sont allés deux fois à l'infirmerie. Les blessures de trois internationaux slovaques, Andrej Meszaros, Marek Daloga et Michael Sersen, ont indéniablement affaibli la défense. Cela aura par contre permis à l'international italien d'origine canadienne Nick Plastino, jamais absent, de réussir une belle première saison en KHL en devenant le leader des lignes arrières.

 

Sibir Novosibirsk (19e) : la fin d'une belle époque

SALAK Alexander 140509 474Une période faste s'est achevée au Sibir Novosibirsk. Après s'être mêlé aux grands clubs pendant quatre ans, le club sibérien a subi une sévère déconvenue en ratant les play-offs. Il avait pourtant tout pour y accéder. Il avait fait le plus difficile avec cinq victoires de suite fin janvier, dont deux contre les rivaux directs Kunlun et Admiral, mais perd des points dans les quatre dernières rencontres face à des équipes à sa portée, éliminé à égalité de points avec les Chinois.

Il est certain que l'absence d'Alexander Salak a été une lourde perte. Une glissade, un mauvais choc contre un poteau lors d'un match chez le Spartak en octobre, et le gardien tchèque a dû être opéré des ligaments du genou gauche. Le Sibir avait remporté 25 points en 15 rencontres avec Salak, soit un rythme de 100 points sur une saison complète qui l'aurait mis dans le top-4 de sa conférence. Recruté en remplacement, le gardien Danny Taylor, au style moins agressif, n'a pas su faire oublier Salak qui était aussi un leader de vestiaire.

Au match qui a suivi la sortie de Salak, c'est le meilleur marqueur Maksim Shalunov qui s'est blessé à son tour. Mais son absence a permis de révéler Konstantin Okulov, tant par son dynamisme que par son lancer (17 buts !). Il a été vite repéré par l'équipe nationale... et par les recruteurs des grands clubs.

Avant la clôture des transferts, le CSKA a en effet approché le Sibir pour essayer d'engager son duo dominant Shalunov-Shumakov. Le manager Kirill Fastovsky a refusé, en dépit de la situation financière difficile (malgré une patinoire pleine, le club ne génère que 20% de ses revenus et dépend des gros bailleurs de fonds publics car le tissu économique local est faible). Il a voulu jouer le jeu jusqu'au bout, sportivement, mais n'a retardé l'échéance que de quelques mois puisque ces joueurs arrivaient en fin de contrat cet été.

Endetté (on parle d'un trou de 10 millions de dollars), le Sibir risque d'avoir du mal à se remettre cette fois du départ programmé de ses vedettes. Après ses débuts rêvés, avec le bronze de 2015, l'entraîneur Andrei Skabelka a fini par perdre l'emprise sur son vestiaire au cours de sa troisième saison. Son autoritarisme ne passait plus, notamment les mesures disciplinaires vexatoires (interdiction de rentrer chez soi et entraînement forcé pendant la trêve internationale). Les compliments envers la "brute" Artyukhin étaient mal perçus car tout le monde ne le percevait pas aussi positivement (fiche de -14 et 115' minutes de pénalité). Tout sera donc à renconstruire avce un nouveau coach.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (20e) : les entraîneurs jetables

NeftekhimikHabitué à être une des équipes les moins médiatiques de KHL, le Neftekhimik Nijnekamsk a pourtant fait des efforts pour attirer l'attention. Sa gestion des entraîneurs tient du livre Guinness des records... ou d'un livre de plaisanteries. Le 3 octobre, le club tatar a perdu 5-4 à Astana (après avoir mené 2-4) et Evgeni Popikhin s'est fait licencier avec ses deux assistants. Il a alors engagé Nikolaï Solovyov, qui avait réussi "l'exploit" d'être viré six jours après le début de saison par le Metallurg Novokuznetsk. Et ce coup-ci, Solovyov a tenu... trois semaines et demie !

Fin octobre, le Neftekhimik en était donc déjà à embaucher son troisième coach. L'ex-entraîneur Vladimir Krikunov a alors donné ce conseil à Sport Express : "Cela ne sert à rien de changer d'entraîneur. Cela fait trois ans qu'ils changent sans arrêt. Changez une fois le manager Viktor Levitsky et tout ira bien. J'ai travaillé deux fois trois ans à Nijni Novgorod sans cette personne et on n'avait pas de problème à atteindre les play-offs." Krikunov a visiblement gardé un plus mauvais souvenir de ses deux derniers passages au club - plus brefs... - avec Levitsky, qu'il décrit comme un ignorant dans son recrutement !

Au troisième essai, Levitsky a embauché un autre entraîneur viré ailleurs un peu plus tôt, le sulfureux Andrei Nazarov. Sous surveillance car soupçonné d'inciter à la bagarre et aux mauvais coups, Nazarov durcissait nettement le ton par rapport aux calmes Popikhin et Solovyov. Il a rendu l'équipe plus rugueuse et agressive, mais aussi plus constante dans son effort de patinage. Comme à Astana, il s'est s'appuyé essentiellement sur son trio importé (Sexton-Brulé-Gynge).

La valse des entraîneurs n'a cependant pas totalement transformé les résultats de l'équipe : il y avait 1 point de retard sous la barre de la qualification avec Popikhin, 6 avec Solovyov, et finalement 3 avec Nazarov.

 

Avtomobilist Ekaterinbourg (21e) : la panne de Golyshev

AvtomobilistSur la lancée d'une présaison prometteuse, l'Avtomobilist Ekaterinbourg semblait bien parti avec son hockey énergique et agressif. Mais ce style de jeu qui requiert énormément de patinage nécessite une condition irréprochable. Très tôt, l'équipe a semblé accuse la fatigue. Comme elle n'avait plus la supériorité sur ses adversaires dans l'intensité, elle ne pouvait plus maintenir la pression qui faisait sa force.

Le jeune entraîneur Andrei Razin, qui avait calmé les excès de sa première saison, semblait ne plus trouver de solutions. Début octobre, après une sixième défaite consécutive, il avait déjà voulu remettre sa démission, mais ses joueurs lui avaient demandé de rester. Il a tenu jusqu'à la fin du mois, mais a été finalement soulagé de se faire virer. "Mieux vaut une fin horrible qu'une horreur sans fin", a-t-il commenté... Compte tenu de la faiblesse de la Conférence Est, la situation au classement n'était pas désespérée, avec seulement trois points de retard sur la zone des play-offs. Le nouvel entraîneur Vladimir Krikunov n'a pourtant pas pu remonter la pente, confronté au même problème d'inefficacité de l'attaque. Personne n'attendait que ce soit l'attaquant "secondaire" Artyom Gareev qui finisse meilleur marqueur de l'équipe, avec de beaux records personnels de 18 buts et 32 points.

La disette offensive s'est cristallisée autour du deuxième buteur du championnat de la saison précédente, Anatoli Golyshev. Il a d'abord symbolisé l'impuissance de Razin, qui avait choqué la Russie en septembre en l'envoyant une semaine dans l'équipe-ferme de VHL parce qu'il n'avait mis qu'un but en douze rencontres. Même au niveau inférieur, le jeune attaquant de 21 ans n'a pas retrouvé le sens du but. Tout lui souriait un an plus tôt, mais cette fois la chance lui tournait le dos. Son pourcentage de réussite aux tirs de 19%, insoutenable dans la durée, est retombé dans la médiocrité en dessous de 6%. Le paradoxe est que Golyshev a été régulièrement appelé en équipe nationale pendant cette saison noire, et qu'il y a été efficace ! Mais une fois rentré en club, il redevenait ordinaire, sans retrouver l'envie manifestée en sélection, mais sans avoir non plus des partenaires de même niveau.

 

Amur Khabarovsk (22e) : un transfert qui traduit un malaise

KOLAR Jan 140509 522Avec une composition un peu moins bouleversée qu'à l'intersaison précédente et des joueurs étrangers capables de tirer l'équipe (Zohorna, Ramstedt, Kuusela, le défenseur Jan Kolar et le gardien Juha Metsola), l'Amur Khabarovsk aurait pu prétendre à se mêler à la lutte pour les play-offs. Le retard pris dès le départ, quand il a fallu s'adapter au système du nouveau coach, n'a cependant jamais été complètement rattrapé.

Le principal motif d'espoir est en effet devenu le symbole de sa reddition ! Pour la première fois de l'histoire, l'Amur avait vu l'un des siens sélectionné en équipe de Russie : le défenseur de 21 ans Artyom Zub. Certes un champion du monde avait déjà été formé au club (Plotnikov), mais il n'avait enfilé le maillot national qu'une fois parti à Yaroslavl. L'enfant du pays Zub pouvait faire rejaillir le prestige de la Sbornaïa sur le club, incarner son avenir et devenir sa figure de proue pour le public.

Ce rêve a duré un mois après son apparition en équipe de Russie. Le 30 novembre, Zub était transformé au SKA, dont l'entraîneur n'est autre que le sélectionneur national Znarok. Comme en URSS à l'époque de Tikhonov qui forçait au regroupement des meilleurs joueurs dans "son" CSKA ? Pas tout à fait. Nul besoin de pression politico-militaire et d'incorporation sous la contrainte. Juste le banal motif d'une compensation financière bien utile pour boucler les fins de mois et payer les salaires... Les espoirs de play-offs ont été abandonnés dans sa transaction.

Ce transfert traduit bien le malaise d'une différence de moyens et de niveau qui devient abyssale en KHL. L'Amur perd un défenseur stable et prometteur qui sait utiliser son gabarit et relancer. Le SKA affaiblit un non-concurrent pour engager un 11e défenseur dans son effectif pléthorique. Avec le danger de cirer le banc, Zub a su faire son trou et a même été emmené jusqu'au Mondial. Mais l'équilibre du championnat n'y gagne pas.

La KHL en a bien conscience. Les solutions qu'elle a proposées ne plairont cependant ni à l'Amur (mal noté et menacé d'être parmi les prochains exclus), ni le SKA, qui risque d'avoir les mains liées par un plafond salarial.

 

Severstal Cherepovets (23e) : une pépite par an

SeverstalPour ses débuts en KHL, l'entraîneur Aleksandr Gulyavtsev avait une mission impossible : la conférence ouest est aujourd'hui trop relevée pour que le Severstal ait une chance de se qualifier. Le "banco" du recrutement (essayer de reformer une ligne qui avait brièvement fonctionné au Yugra il y a plusieurs années) a fait un flop total : les ailiers Skorokhodov et Sitnikov ont été écartés dès l'automne, et le centre Magogin a fini à 8 malheureux petits points. Le poids de l'offensive a reposé donc comme prévu sur Dmitri Kagarlitsky (48 points).

Malgré ses faibles moyens financiers, le Severstal est impressionnant à sa manière : ses quatre meilleurs marqueurs ont tous été formés au club ! Et ce n'est pas faute de se faire dépouiller. Le meilleur élément de la génération 1995 (Pavel Buchnevich) est déjà parti en NHL chez les New York Rangers ? Qu'importe, la génération 1996 prend déjà le relais : Daniil Vovchenko, excellent manieur de palet au lancer puissant, s'est bien développé aux côtés d'un mentor de choix, le vétéran local Yuri Trubachyov qui amène toute son expérience. Et le plus important est que Vovchenko a prolongé son contrat jusqu'à la saison prochaine.