Tour d'horizon des agents libres disponibles en NHL

Dernière date importante du calendrier de la saison NHL 2016-17, le 1er juillet marque, comme chaque année, l’ouverture du marché des joueurs autonomes. Si c’est l’occasion pour toutes les équipes d’ajouter les pièces manquantes en vue de l’an prochain, c’est également le moment où les Directeurs Généraux font les plus belles gaffes en offrant à des joueurs vétérans des contrats surdimensionnés, afin de les convaincre de rejoindre leur équipe. Tour d’horizon des principaux joueurs disponibles ce samedi.

Par Thibaud Châtel @batonsrompus

 

Les journées précédant le 1er juillet donnent aussi naissance aux rumeurs les plus folles. Telle équipe est intéressée par tel joueur. Il paraît que ce dernier est venu visiter les installations d’un club… Qu’on se le dise, le travail d’un Directeur Général est de construire une équipe de hockey. Il est donc normal qu’il se renseigne sur tous les joueurs ou presque, afin d’avoir toutes les données en main, ou, au pire, pour sonder les prix du marché. Bref, tout le monde est intéressé par tout le monde et les équipes prévoient des plans A, B, C, D, etc.

Pour les joueurs agents libres sans restriction (UFA en anglais), c’est souvent l’occasion d’une vie, ou presque, de toucher le gros lot. Jusqu’ici, ils n’avaient pas pu choisir l’équipe qui les a repêchés, ou n’avaient pu négocier que des contrats conformes au marché tant que leur équipe détenaient les droits exclusifs sur eux. Mais devenir agent libre sans restriction (en gros à partir de 27 ans ou 7 années dans la ligue), c’est être libre de choisir sa destination, des fois par choix sportif mais souvent vers le plus offrant.

C’est ainsi que nombre de DG ont offert par le passé des contrats juteux et bien trop longs à des joueurs déjà sur le déclin, quitte à s’en mordre les doigts après coup. Le pire scénario intervient si le joueur a connu une saison de feu juste avant, sa valeur n’en sera que surévaluée. Dernier piège pour les DG, l’absence de joueurs de premier ordre les amène souvent à surpayer des joueurs de calibre moyen afin d’ajouter tout de même un élément à leur effectif.

 

Tour d’horizon des meilleurs joueurs disponibles*

Joe Thornton – Centre – San José – 6 750 000$ en 2017 – Valeur : 4 900 000$ ?

À 37 ans, Jumbo Joe demeure l’un des meilleurs fabricants de jeu de la ligue. Si sa production a baissé à 50 points et seulement 7 buts cette année, sa vision et sa qualité de passe peut transformer n’importe quel ailier en sniper redoutable. Il était également le meilleur joueur de possession des Sharks encore cette saison, tout en affrontant les premiers trios adverses. Seul point d’interrogation, il a subi une opération des ligaments du genou après les playoffs. Comment va-t-il se rétablir à 37 ans ? Il serait au final surprenant de le voir quitter San José, sauf si les Sharks ont décidé de tourner la page Thornton – Marleau, alors que les deux joueurs souhaiteraient un contrat de 3 ans. Un départ deviendrait également plus plausible si son grand ami Patrick Marleau n’était effectivement pas non plus de retour. Les deux pourraient-ils prendre un billet commun vers une autre équipe et tenter de gagner la coupe ensemble ? C’est possible et il se murmure que bien des équipes jouent ce double ticket. Les Kings, qui tentent le tout pour le tout tant que les cadres tiennent debout, joueront assurément la carte de la proximité, alors que les joueurs n’auraient pas à déraciner leurs familles. Nashville est également une piste à surveiller : un vrai prétendant en manque d’offensive et qui a de l’espace sous le plafond.

Patrick Marleau – Ailier – San José – 6 666 000$ en 2017 – valeur : 3 900 00 $ ?

L’autre partie de la paire. Si une équipe parvenait à ajouter ces deux joueurs, elle donnerait assurément un joli coup de pouce à ses ambitions. Marleau a encore marqué 27 buts cette saison et demeure un atout offensif majeur dans un rôle protégé des tâches défensives. Par contre, après une carrière passée en Californie, il est encore moins probable de le voir s’installer à l’autre bout du pays. Une proie facile pour les Kings ?

Kevin Shattenkirk – Défenseur – Washington – 4 250 000$ en 2017 – Valeur : 6 300 000$ ?

Pour Shattenkirk, c’est l’heure de faire sauter la banque. Il est rare de voir un défenseur de ce niveau disponible à seulement 28 ans. Même si ses playoffs n’ont pas fait monter sa valeur, il va pouvoir demander un contrat de 6 ou 7 ans. Qui aura les moyens de le lui offrir ? Sa résistance aux propositions d’échanges de St Louis semblait indiquer que Shattenkirk souhaitait plus que tout pouvoir signer librement avec les Rangers de New York, son club de cœur, mais ceux-ci ne semblent plus si enjoués que ça. S’ils ont racheté le contrat de Dan Girardi, les Blueshirts ont déjà 8 défenseurs sous contrat et ont besoin de l’argent restant pour signer plusieurs joueurs à l’attaque. L’opération « je vais enfin jouer pour l’équipe de mon enfance » semble bien en voie de capoter. Du coup, les voisins régionaux frappent à la porte. Aux dernières nouvelles, Buffalo et New Jersey seraient prêts à combler ses attentes salariales. Deux équipes en construction qui ajouteraient là une belle pierre à leur édifice. Quoique les Sabres viennent d’acquérir Scandella du Wild. En raison d’un refus de Shattenkirk ?

Alexander Radulov – Ailier – Montréal – 5 750 000$ en 2017 – Valeur : 6 ou 7 millions ?

Le retour en NHL fut un pari réussi pour Radulov, qui a fait taire ses critiques avec 54 points durant la saison, fut une présence imposante sur la glace et le meilleur joueur des habs en séries. S’il est revenu en Amérique pour gagner (il avait et a encore des offres plus lucratives en KHL, voire avec des équipes NHL ne pouvant prétendre à la coupe), sa bonne saison lui ouvre des possibilités alléchantes. Les demandes de 7 ans et 7 millions par an qui ont habilement fuité dans la presse via son agent mettent évidement la barre très haut et il touchera moins que cela au final, mais c’est le signe qu’il ne fera pas de cadeaux. Accepterait-il plus d’argent mais moins d’années ? Il est toujours risqué de signer à long terme un ailier de 30 ans, à l’aube de son déclin, mais la faiblesse du marché poussera certainement de nombreuses équipes à tenter leur chance, au grand déplaisir de Montréal.   

Martin Hanzal – Centre – Minnesota – 3 100 000$ en 2017 – Valeur : 4 100 000$ ?   

Hanzal demeure une valeur sûre au centre, notamment par sa capacité à bien jouer dans les deux sens de la patinoire. Il était le meilleur joueur de possession au sein d’une bien pauvre équipe des Coyotes cette année. Minnesota l’a acquis pour disposer d’un troisième centre de luxe et d’autres équipes prétendantes pourraient tenter de faire de même samedi.

Justin Williams – Ailiers – Washington – 3 250 000$ en 2017 – Valeur : 3 760 000$ ?

Les Caps ont déjà sorti le carnet de chèques pour garder TJ Oshie, ils ne semblent pas avoir la place pour conserver "Monsieur playoffs" Justin Williams. Auteur de 48 points malgré ses 35 ans, et surtout de nouvelles grandes performances en playoffs, il est certain que sa réputation attirera du monde. Un retour chez les Kings qui cherchent des buteurs à tout prix.

Andrei Markov – Défenseur – Montréal – 5 750 000$ en 2017 – Valeur : 5 650 000$ ?

Il semble inconcevable que Markov quitte Montréal, mais l’espoir que le défenseur fasse un prix d’ami aux Habs a tourné court alors qu’il semble demander deux ans de contrat et 6 millions par an. À 38 ans, le « général » est encore incroyablement efficace, dans les deux sens de la patinoire et en avantage numérique. Si son coup de patin a ralenti, sa qualité de passe est toujours au sommet et il peut encore constituer une pièce maitresse n’importe où dans la ligue, si tant est que son temps de jeu est contrôlé à bon escient. Il semble tout de même que Montréal prenne la chose pour acquise et réglera le dossier plus tard, après les urgences Radulov et Galchenyuk. Pour la petite histoire, Markov n’a pas d’agent et gère lui-même ses contrats. Pas besoin d’agent si l’on ne va nulle part…

Jaromir Jagr – Ailier – Florida – 4 000 000$ en 2017 – Valeur : 3 650 000$ ?

Les médias canadiens ont rapporté jeudi que la légende tchèque n’avait reçu aucun appel jusqu’à présent. Coup de bluff pour faire sonner le téléphone ? À 45 ans, Jagr a encore planté 16 buts et 46 points cette saison, il était le meilleur joueur de possession des Panthers et jouait contre les meilleurs trios adverses. Ajoutez à cela un rôle de mentor dans le vestiaire et Jagr devrait logiquement faire saliver quelques DG. Il semble cependant se plaire en Floride, mais la direction des Panthers vit des heures pour le moins chaotiques, alors qui sait ?

Sam Gagner – Ailier – Columbus – 650 000$ en 2017 – Valeur : 3 125 000$ ?

Le pari gagnant de l’année pour Columbus à moins de 1 million… L’ailier a signé la meilleure saison de sa carrière et peut espérer, à seulement 27 ans, bénéficier d’une belle augmentation et plusieurs années de contrat. Parfaitement dispensé des tâches défensives sur le 3e ou le 4e trio et utilisé à son plein potentiel en supériorité numérique, les Blue Jackets essayeront sûrement de le retenir. Ils ont d’ailleurs racheté le contrat de Scott Hartnell pour libérer de la place sous le plafond salarial.   

Nick Bonino – Centre – Pittsburgh – 1 900 000$ en 2017 – Valeur : 2 900 000$ ?

C’est également l’occasion rêvée pour Bonino de faire sauter la banque, toutes proportions gardées. Double champion en titre avec les Pens, ce centre de troisième trio peut aussi dépanner offensivement comme les séries 2016 l’ont prouvé avec la fameuse ligne Hagelin-Bonino-Kessel. Une équipe comme Montréal qui cherche de la profondeur au centre sera assurément sur les rangs des prétendants. Attention tout de même à ne pas survendre un joueur qui évoluait au sein de l’effectif talentueux de Pittsburgh. Ces deux dernières années chez les Pens, Bonino figurait par exemple parmi les mauvais élèves de l’équipe en termes de possession.

 

Les autres possibles bons plans

S’il ne faut pas oublier les deux stars russes Evgeni Dadonov et surtout Ilya Kovalchuk, plusieurs attaquants seront disponibles à moindre coût et pourraient se révéler des investissements rentables pour ajouter de la profondeur offensive. Qui tentera sa chance avec les Nail Yakupov, Alexander Burmistrov, Mike Cammalleri, Radim Vrbata, P-A Parenteau, Chris Kunitz, Benoit Pouliot, Patrick Sharp, Scott Hartnell ou Jiri Hudler ? Jeunes déceptions, contrats rachetés et vétérans proches de la retraite ne seront pas trop exigeants niveau demande salariale et la NHL actuelle requiert de posséder en fond d’alignement des joueurs capables de marquer en lieu et place des plombiers d’autrefois. Dans un rôle spécifique, Brian Boyle se cherchera lui aussi une place sur un quatrième trio quelque part.

En défense, Michael Del Zotto et Dmitri Kulikov pourraient, eux aussi, rebondir après des saisons entachées de blessures. Un contrat court pour prouver leur valeur ? Risque faible pour un retour sur investissement potentiellement intéressant pour ces joueurs encore jeunes et qui savent bouger le palet. Moins jeune mais toujours très efficace dans la transition, Brian Campbell ne demandera, lui, pas plus que son salaire actuel, 1 500 000$.   

 

Les pièges à éviter

Ceux-ci sont clairement du côté des défenseurs, où la faiblesse de l’offre pousse sur le devant de la scène des arrières vétérans et sur le déclin, quitte à les faire passer pour le chaînon manquant. Il est notamment beaucoup question de Karl Alzner, que les Capitals ne retiendront pas. S’il est vu comme un défenseur top4 en raison des grosses minutes qu’il jouait avec Washington, il est l’incarnation parfaite que les défenseurs dits « défensifs » sont traditionnellement jugés sur l’utilisation qu’en font leurs coachs plutôt que sur leur performance réelle. Ou quand la réputation met de côté la réalité. S’il affrontait effectivement les meilleurs trios adverses, Alzner n’obtenait défensivement qu’un rendement médiocre en termes de protection des chances de marquer. Et surtout, il était le pire joueur des Caps pour la possession, faute d’apporter quoi que ce soit dans la transition et offensivement. Sa réputation est donc celle d’un joueur physique, endurant et expérimenté, des mots un peu creux mais qui résonnent dans l’imaginaire culturel. La réalité montre un joueur au rendement défensif moyen et à l’apport offensif nul. Il est pourtant quasi certain qu’il recevra un contrat de 4 à 5 ans et autant de millions par année… La même analyse peut être faite pour Michael Stone, Dan Girardi que les Rangers ont sagement relâché dans la nature, sans compter que Vegas peine à trouver preneur pour Alexei Emelin ou Jason Garrison. Une équipe comme Montréal semble par exemple destinée à faire l’erreur, pensant y trouver là le partenaire de Shea Weber. Quitte à faire revenir Emelin de Vegas…

Quel DG réussira les bons coups et qui s’attachera un boulet à la cheville ? Réponse à partir de demain.  

 

* Les estimations salariales sont celles de l’analyste et statisticien Matt Cane, dont le travail est de plus en plus utilisé par les agents de joueurs eux-mêmes. https://twitter.com/Cane_Matt