Quel est l'impact des futurs contrats de McDavid et Price ?

Mis à jour le 6 juillet

Les récents contrats accordés à Connor McDavid et Carey Price ont battu des records en dollars comme en pourcentage du plafond salarial, redéfinissant une nouvelle fois les critères contractuels des plus grandes stars de la ligue. Ces signatures ne vont pas sans soulever de nombreuses questions, notamment sur leur comptabilité avec le fait de pouvoir bâtir une équipe suffisamment compétitive autour d’eux. 

Par Thibaud Châtel @batonsrompus 

 

Meilleur joueur de la saison, futur meilleur joueur du monde et appelé à rejoindre les grandes figures historiques, le capitaine des Oilers Connor McDavid aurait signé un contrat de 8 ans (le maximum permis) et 100 millions de dollars, soit un impact de 12,5 millions par an sur le plafond salarial. Cette moyenne annuelle fracasse le record auparavant détenu par Jonathan Toews et Patrick Kane à 10,5 millions par saison. À noter que McDavid aurait demandé à baisser les exigences premières de son agent, 13,25 millions par an, demandes qui avaient fuité dans les médias. Le joueur aurait donc laissé 750 000$ par an, 6 millions au total sur la table.

Dimanche 3 juillet, Carey Price, le meilleur gardien de la ligue ces dernières années, a prolongé son contrat avec les Canadiens de Montréal pour 8 années et 10,5 millions par an. Lui aussi devient le joueur le mieux payé à sa position, alors que Henrik Lundqvist ne coûte « que » 8,5 millions par an.

Mais si les montants bruts paraissent augmenter de façon importante, la première chose à prendre en compte est que les Directeurs Généraux de la ligue pensent avant tout en proportion du plafond salarial.

 

Mettre en perspective le montant en dollars et le pourcentage du plafond salarial

En juin 2012, avant la nouvelle convention limitant les contrats à 8 ans, Sidney Crosby était prolongé pour 12 ans, à 8,7 millions par saison. Aujourd’hui, Crosby coûte ainsi moins cher aux Penguins que Evgeni Malkin, que Toews et Kane aux Blackhawks, Kopitar aux Kings, Ovechkin aux Caps ou Subban aux Predators. Pourquoi ? Simplement parce que le plafond salarial augmente chaque année, élargissant la marge de manœuvre des DG de la ligue et les demandes des joueurs. Il est ainsi plus que trompeur de s’arrêter au montant brut et il est nécessaire de considérer le pourcentage pris par le joueur en question sur le plafond salarial.

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Il paraît ainsi que le contrat de Price dépasse, mais de façon tout à fait raisonnable, l’impact du contrat de Lunqvist à New-York à sa signature. Et encore, si le plafond augmente l’an prochain comme prévu, ce pourcentage sera en réalité plutôt autour de 13,6%. Un coup d’œil aux défenseurs permet également de voir que la situation n’a guère évolué depuis les gros contrats de Ryan Suter et Shea Weber en 2012 et celui de P.K. Subban. Par contre, il est assez fréquent chez les défenseurs de trouver des bonnes occasions dans les ententes signées par des joueurs pourtant au sommet de leur carrière. Kris Letang n’occupait ainsi que 11,3% du plafond, Drew Doughty 10,9%, Victor Hedman 10,8%, etc.

Enfin, si le contrat de Connor McDavid dépasserait de loin les ententes actuelles de Crosby (13,5% du plafond) ou même Kane-Toews (14,7%), elle est très similaire, et même inférieure finalement, aux contrats signés au même point de leurs carrières par le capitaine des Penguins ou Alexander Ovechkin. McDavid sortira en effet de ses trois années de contrat « entry-level » lorsque s’enclenchera sa nouvelle entente, comme c’était le cas pour Ovechkin et Crosby en 2008 ou Malkin en 2009. Toutes ces jeunes stars étaient, comme McDavid l’est aujourd’hui, déjà au sommet au sommet de la ligue et pouvaient légitimement demander des salaires en conséquence. La place qu’occupera McDavid sur le plafond des Oilers dans un an n’est donc pas une nouveauté. Sans compter que, comme pour Price, si le plafond augmente en 2018-19, le pourcentage de McDavid sera moindre, à 16,2% pour un cap à 77 millions par exemple.   

 

Les Directeurs Généraux ont-ils le choix ?

Nombre d’observateurs ont manqué de s’étouffer en voyant le montant du futur contrat de McDavid, peut-être avec raison. Mais Peter Chiarelli, comme Marc Bergevin pour Price, avait-il vraiment le choix de faire autrement ? Nous parlons ici de joueurs générationnels, voire plus, obtenus via des saisons de souffrance récompensées par le repêchage. Ne pas répondre aux demandes du marché, c’est prendre le risque, au minimum, d’aller au bras de fer avec le joueur, de briser sa confiance et son envie de rester au club, au pire de le perdre pour de bon.

Les montant et les durées diffèrent suivant le moment de la carrière et la stratégie du DG. Pittsburgh avait préféré donné à Crosby et Malkin des contrats de 5 ans après leur « entry-level », avant de les resigner plus tard pour 12 et 8 ans. Ainsi, Crosby sera au final sous contrat pour 3+5+12 = 20 années avec les Penguins, Malkin 16. Washington avait, elle, choisi de donner directement 13 années à Ovechkin après ses 3 ans de « entry-level ». La différence se verra dans 4 ans, lorsque Ovechkin devra resigner une entente, où bon lui semble, alors que Malkin sera encore sous contrat pour un an et Crosby pour quatre.

La gymnastique financière consiste donc à signer le joueur au moment le plus avantageux pour le club, tout en s’assurant de le garder le plus longtemps possible. Si Edmonton donnait 4 ou 5 ans de contrat à McDavid, celui aurait alors négocié sa prochaine entente autour de 26 ans, pas loin de l’apogée de sa carrière. Le montant aurait été sacrément salé pour les Oilers. Avec 8 ans de contrat, McDavid renégociera à 29 ans, peut-être plus enclin à faire des concessions afin de garder une équipe compétitive autour de lui. Edmonton achète aussi en passant 3 ou 4 années d’autonomie complète de McDavid, si jamais il lui prenait l’envie d’aller voir ailleurs une fois rendu agent libre, à la fin de son contrat.      

Enfin, il ne faut pas oublier que parmi cette gymnastique intellectuelle demeure la certitude des DG que le plafond augmentera au fil des ans, réduisant petit à petit l’impact du contrat sur le plafond salarial.

 

Ces contrats éloignent-ils leurs équipes de la coupe Stanley ?

Car la question stratégique est la suivante : peut-on bâtir un effectif complet et capable d’aller chercher la coupe alors qu’un seul joueur accapare autant d’argent ? Dans l’absolu, oui, car le problème n’est pas tant ce joueur vedette que ceux qui l’entourent.

Pittsburgh a gagné la coupe en 2009 à la première année du contrat de Crosby, à 17,3% du plafond, même si Malkin ne touchait encore que moins de 1 million en « entry-level ». La situation devint plus compliquée lorsque les deux touchèrent au total presque 30% du plafond. Pittsburgh dut se séparer de Jordan Staal peu après et s’ensuivirent quelques années moyennes, à tenter de remplir l’alignement avec des vétérans bon marché. Mais, le plafond augmentant, les Pens ont pu de nouveau ajouter des salaires comme celui de Phil Kessel et Crosby-Malkin ne représentaient plus, ces deux dernières années, qu’environ 12% du plafond chacun.

Un joueur prenant autant de place n’est donc pas, en soi, un problème. Il faut savoir jongler avec le reste de l’effectif car Crosby ou McDavid sont irremplaçables, et disons-le, intransférables. Et il existe des solutions. La nouvelle NHL tournée vers la vitesse s’accommode parfaitement de voir les équipes mettre sur la glace des jeunes joueurs en contrat « entry-level », à moins de 1 million, apportant non seulement du talent et des buts, mais pour un coût deux ou trois fois inférieur à celui payé pour un vétéran au style défensif. C’est ce qu’a fait Pittsburgh pour ses deux coupes avec les Jake Guentzel, Bryan Rust, Conor Sheary, Scott Wilson, etc. Le reste de l’effectif peut être peuplé de joueurs efficaces à des salaires moyens, comme Hornqvist ou Hagelin aux alentours de 4 millions, voire Matt Cullen à 1 million.

Tel est le défi d’un Directeur Général. Peter Chiarelli réussira-t-il comme Jim Rutherford l’a fait ? Il est permis d’en douter au vu des mouvements effectués par le DG des Oilers depuis son arrivée. Celui-ci aurait donc consenti un gros chèque à McDavid et devra aussi trouver une entente avec Leon Draisaitl d’ici septembre. Ces deux joueurs rempliront à terme l’espace qu’occupait Crosby-Malkin chez les Penguins. Le vrai problème est plutôt d’avoir donné 6 millions à Milan Lucic, et ce pour encore 6 saisons. Ou d’économiser près de 4 millions en échangeant Jordan Eberle, une décision douteuse en soi, pour les donner à Kris Russel, un défenseur numéro 4 de 30 ans. Ce sont là des priorités en contradiction avec la façon dont évolue la ligue et qui ne rendent pas l’effectif autour de McDavid meilleur.

Enfin, qu’en est-il de Price à Montréal ? Le montant est moindre, mais le problème est qu’il est donné à un gardien. Or, si la dernière décennie nous a bien montré quelque chose, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir le meilleur gardien du monde pour être sacré champion. Alors que ce sont les capacités offensives qui importent avant tout dans la conquête de Lord Stanley, il semble que posséder un bon gardien, autour du top10 de la ligue, en forme, suffise. Dans cette optique, Montréal n’aurait-elle pas été mieux lotie d’échanger Price contre un gardien répondant à ce profil et un attaquant de premier plan ? Nous aurions été bien curieux de savoir ce qu’aurait répondu Peter Chiarelli à une proposition Price pour Talbot + Draisaitl…

Mais, encore une fois, Marc Bergevin pouvait-il échanger Price ? Mieux vaut barricader ses fenêtres et préparer sa valise avant de le faire, car quitter la ville en catimini serait devenue une possibilité quotidienne… Et l’administration montréalaise part du principe qu’avec Price dans les buts, tout est possible.