Bilan 2016-17: Los Angeles

Les Kings de Los Angeles seraient-ils le symbole d’une ligue en pleine évolution ? Fers de lance du jeu de possession depuis l’arrivée de Daryl Sutter, les Kings pêchent cependant dans la qualité des chances et la finition, au point de voir leurs espoirs coulés une nouvelle fois cette année, faute de pouvoir mettre la rondelle au fond. Histoire d’un fer de lance bien émoussé…

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

L’histoire semble ainsi se répéter année après année. Le système de Daryl Sutter est un modèle du genre et a rapporté deux coupes Stanley en Californie. Celui-ci repose sur une pression constante de l’adversaire, récupérant efficacement le palet avant le bombarder la cage ennemie de tous les angles possibles, sans forcément se soucier de la qualité des tirs. Ce schéma souffre malheureusement désormais de deux écueils majeurs. Premièrement, les équipes de la ligue sont de plus en plus au fait des tactiques misant sur la quantité des tirs et ont resserré leurs systèmes défensifs afin de limiter le nombre de tirs vraiment dangereux. Bref, les Kings font aujourd’hui face à des défenses plus compactes qu’auparavant et un nombre grandissant de leurs efforts sont des coups d’épée dans l’eau. Deuxièmement, l’effectif des Kings peine désormais à convertir ces chances. Les leaders ont ralenti et les jeunes peinent à prendre la relève.   

 LA team

Comme à chaque fois ces dernières années, Los Angeles a donc fini tout en haut de la ligue pour la possession, au 2e rang, et au 3e rang pour les buts espérés. L’équipe se classait ainsi 4e attaque et 2e défense pour les tentatives de tirs. Du solide, du très solide. Le premier problème que nous évoquions est que, de 4e attaque pour les tentatives de tirs, L.A. chute au 12e rang pour les chances de marquer obtenues, signe que de nombreux tirs se perdent en chemin et ne sont au final pas dangereux pour le gardien adverse. Ce manque d’efficacité se retrouve au final dans la réussite aux tirs des joueurs. Un domaine où les Kings pêchent de manière récurrente année après année. Ils s’y sont classés 19e de la ligue en 2013, 29e en 2014, 17e en 2015, 26e en 2016 et 30e cette année !

Le fait de voir l’équipe se classer 3e pour les buts espérés mais seulement 20e pour les buts marqués souligne bien cette incapacité à finir le travail en attaque. Le 27e PDO de la ligue est ainsi uniquement dû aux tireurs, alors que les gardiens ont fait, eux, le travail. Los Angeles, c’est la chronique d’une équipe brillante sur le papier mais incapable de concrétiser et complètement abandonnée par la réussite.    

 LA goal 2 

Et la situation aurait même pu être pire, alors que Jonathan Quick se blessa lors du premier match de la saison. Après quelques temps d’hésitation, c’est finalement le vétéran Peter Budaj qui a pris la situation en main, lui qui avait été relégué en Ligue Américaine ces dernières années. Budaj a fait plus que sa part du travail, se tenant légèrement au-dessus de la moyenne de la ligue et sauvant une dizaine de buts pour ses coéquipiers. Dans ces conditions, obtenir Ben Bishop de Tampa Bay à la date limite contre le Slovaque a fait se hausser les sourcils des fans : le poste de gardien ne paraissait pas du tout une priorité. Pire, Bishop a rendu une copie misérable... Les 16 matchs joués par Quick furent conformes à son niveau habituel et tout laisse à penser que celui-ci n’aura pas de séquelles de sa blessure, ce qui est de bon augure pour la saison prochaine.

 LA def

Le top-4 en défense – Doughty, Forbort, Muzzin et Martinez – a bien rempli sa mission en empêchant tôt les attaques adverses de se mettre en place, même si, une fois dans sa zone, la prévention des chances de marquer figure dans la moyenne de la ligue. Drew Doughty a été peut-être un cran en retrait cette année en termes d’impact sur la possession (12 buts, 44 pts dont 19 en supériorité). La raison se trouve peut-être dans son compagnon à la bleue Derek Forbort. Le rookie a, en effet, éprouvé plus de mal que les autres membres du top-4, notamment dans la relance. C’est avec lui sur la glace que les Kings obtenaient le moins de tentatives de tirs en attaque. Doughty aurait-il un peu trainé Forbort comme un bagage un peu encombrant ? C’est fort possible. Toutefois, Forbort est jeune, et, pour sa première saison, il a réalisé une prestation encourageante.

Ensemble, la paire avait un taux de possession de 52,6%. Doughty sans Forbort grimpait à 60,5% alors que Forbort sans Doughty chutait à 48,1%. Dans le détail, Doughty sans Forbort permettait aux Kings d’être non seulement beaucoup plus efficaces en attaque mais également en défense. La charge d’affronter les meilleures lignes adverses était peut-être trop grande pour le rookie. Derrière, Martinez et Muzzin ont assumé leur rôle sans parvenir à peser autrement qu’en supériorité numérique (15/39 et 10/28 pts, respectivement), ce qui s’est traduit par un ratio +/- catastrophique (-17 et -21). La troisième paire aura fluctué, le rookie Kevin Gravel et Brayden McNabb s’octroyant l’essentiel des matchs. Ce dernier a suffisamment plu à Las Vegas pour être sélectionné lors de la draft d’expansion.

 LA att

Un autre point qui pénalise désormais les Kings est sa perte de profondeur en attaque. Si Kopitar et Gaborik sont encore très efficaces sur le plan de la possession, Toffoli, Pearson et bien sûr Carter de bons éléments, le reste de l’effectif peine désormais à se démarquer. Le système permet certes à tous d’être positifs pour la possession, mais l’efficacité en attaque et la finition ne sont pas au rendez-vous pour les Lewis, King, Nolan, Clifford, etc. La capacité des Kings à obtenir des buts de leur fond d’alignement était un élément crucial dans leurs conquêtes de la coupe, mais ce n’est plus le cas désormais. L’image marquante aura peut-être été celle d’un Dwight King vraiment à la peine dans les deux sens de la patinoire, à Los Angeles comme à Montréal en fin de saison.

Sur le plan comptable, Kopitar aura connu une saison affreuse selon ses standards habituels. Le Slovène ne signe ainsi que 12 buts et 52 points, bien loin de ses meilleures performances. Il aura peiné toute la saison en première ligne, loin aussi de ses candidatures au trophée Selke. Mal entouré avec un Gaborik blessé une partie de l’année (seulement 21 pts en 56 matchs), parfois un Dustin Brown en bout de course, et pas vraiment d’ailier fort, Kopitar a laissé Jeff Carter assumer l’essentiel des responsabilités. Le grand pivot fut clairement l’attaquant le plus régulier de l’équipe et signe, avec 32 buts et 66 pts, une saison remarquable, tirant vers le haut Pearson et Toffoli, dont on attendait mieux (16 buts, 34 pts). L’inquiétude vient du manque de relève, puisque seul Adrian Kempe a réellement débuté cette année (25 matchs, 6 pts). Une prestation offensive et collective médiocre, réalisée par des attaquants d’expérience : n’est-ce qu’un accident de parcours ou le signe qu’ils arrivent en fin de course, après ces deux titres de 2012 et 2014 ?

 

En résumé : Et maintenant ?

Le système de Daryl Sutter qui a tant fait gagner les Kings n’était sans doute plus à l’ordre du jour, pas plus que les joueurs disponibles n’étaient en mesure de l’exécuter. Le limogeage du coach ainsi que du DG Dean Lombardi signe l’entrée dans une nouvelle ère. Avec les jambes vieillissantes de Gaborik, Brown, Carter, Kopitar, Quick and co, le management sera certainement tenté de jouer un dernier va-tout avant de tirer le rideau sur cette génération. L’ajout du vétéran Mike Cammalleri, qui avait commencé sa carrière au club, semble bien indiquer que les Kings y croient encore. Ils tentent avec l’ex-Devils d’ajouter du punch en attaque. Il sera intéressant de voir ce que Rob Blake dans les bureaux et John Stevens derrière le banc seront capables de faire pour entretenir l’espoir. 

 

<<Dallas

Carolina>>