Bilan 2016-17: Carolina

Carolina est une autre équipe qui se reconstruit lentement mais intelligemment. Si les Canes étaient encore un peu courts cette saison, de nombreux indices tendent vers la bonne direction.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

Difficile de reconstruire un effectif sans avoir la chance de repêcher parmi les tous premiers à la draft. Même s’ils n’ont plus connu les playoffs depuis 2009, les Hurricanes n’ont jamais repêché plus haut que le 5e rang durant cette période. Des choix intelligents leur ont certes permis de bâtir un projet petit à petit mais sans pouvoir compter sur l’apport immédiat d’un Connor McDavid, Auston Matthews ou Jack Eichel. La troupe du DG Ron Francis avance ainsi un peu dans l’ombre depuis des années, à l’image d’une brigade défensive aussi talentueuse que peu médiatisée. 

Car team

L’un des piliers de l’optimisme entourant la franchise est le travail accompli par l'entraîneur Bill Peters depuis son arrivée. Nous mettons souvent l’emphase sur l’importance qu’ont les systèmes de jeu dans les résultats des équipes et Carolina est un bel exemple d’optimisation. Malgré un effectif pour le moins hétéroclite et sans joueur d’élite, les Canes de Peters ont toujours été positifs pour la possession ces trois dernières saisons. Ils grimpent même à la 7e place cette année à ce chapitre. Avec la 12e attaque et la 8e défense pour les tentatives de tirs, le système mis en place est même bien équilibré et repose sur un jeu efficace dans les deux sens de la patinoire.

Le véritable frein aux ambitions de la Caroline vient cependant d’un manque de talent dans la finition et dans les cages. Les gardiens des Canes se sont encore classés 29e de la ligue cette année pour le taux d’arrêts. Ils étaient 28e l’an passé et 29e il y a deux ans… Disons que les attaquants adverses n’ont pas besoin de beaucoup d’occasions face à de tels gardiens… La réussite aux tirs des joueurs est, elle, passée de 29e en 2015, à 24e en 2016 et 20e cette saison, au fur et à mesure que les jeunes de l’organisation s’aguerrissent. Mais si Carolina pouvait encore espérer 51% des buts cette année, la réalité ne fut que de 46%, insuffisant pour croire aux playoffs. Le système de Peters peut bien donner l’avantage sur le papier, si les tirs ne rentrent pas et que les gardiens prennent l’eau, il n’y a pas grand-chose à faire… Si ce n’est chercher à améliorer la situation. Parmi les motifs de satisfaction, il y a toutefois un excellent jeu en infériorité numérique, porté par une brigade extrêmement jeune - Lindohlm, Slavin et Pesce n’ont que 22 ans. Tous ces éléments ont permis aux Hurricanes de flirter avec la Wild Card pendant trois bons mois, avant de peiner à finir la saison. 

Car goal 2

Et la nécessité première, si Ron Francis souhaitait voir ses hommes lutter pour les playoffs, était de leur donner un cerbère digne de confiance. Cam Ward et Eddie Läck n’avaient rien de gardiens numéro un cette saison, finissant tous deux en deçà de la moyenne de la ligue pour le taux d’arrêts. Läck fut même l’objet de vives critiques de la part de Bill Peters lors d’un de ses passages à vide. L’abcès fut crevé en privé mais l’incident illustrait parfaitement la frustration des dirigeants de se voir si peu aidés par leurs derniers remparts. Ron Francis a donc agi vite durant l’intersaison pour acquérir l’un des numéros un en devenir les plus convoités du marché, Scott Darling de Chicago. S’il n’a forcément joué qu’un nombre de matchs limité dans sa carrière, Darling se classe quand même 6e de la ligue sur les trois dernières années pour le taux d’arrêts. Cela en jouant derrière une défense des Hawks de plus en plus poreuse. Carolina prend ici bien sûr un pari, mais comme Cam Talbot ou Martin Jones avant lui, Darling a tous les atouts pour endosser la responsabilité d’un numéro un. Son parcours atypique lui a donné un moral d’acier : après avoir réglé des problèmes d’alcoolisme liés à une phobie sociale dans les rangs universitaires, il était tombé au fond des ligues semi-pro. Sa fulgurante rédemption a tout d’un conte de fées. À lui de continuer l’histoire avec Carolina. 

 

Car def2

Les plus beaux espoirs de l’organisation reposent sur la défense. Jeunes, dynamiques et surtout nombreux, les Slavin (34 pts), Pesce (20 pts), Hanifin (29 pts), Faulk (37 pts) seront bientôt rejoints par Haydn Fleury et Jake Bean. Slavin et Pesce ont connu une saison de haut vol, et constituent un secret de moins en moins bien gardé. Les deux furent efficaces dans les deux sens de la patinoire, face aux meilleures lignes adverses, tout en produisant des points. Avec Faulk, ils forment un véritable trio majeur alors que Hanifin prendra certainement le rôle de numéro 4 l’an prochain avec le départ de Ron Hainsey. Le vétéran paraissait bien plus à la peine que ses petits camarades mais il eut la joie d’aller gagner la coupe avec Pittsburgh en fin de saison. Autre acquisition majeure de Ron Francis cet été, Trevor van Riemsdyk viendra donner un sérieux coup de boost à la 3e paire défensive, qui constituait tout de même le talon d’Achille cette année. Slavin a prolongé pour sept ans après la saison, témoignage de la confiance du staff.

 Car att

L’effectif des Canes compte de bons joueurs de système mais manque de finisseurs à part Jeff Skinner, auteur de sa meilleure saison en carrière avec 37 buts. Son entente avec Victor Rask (45 pts) s’améliore d’année en année mais il est tentant de se demander ce que serait Skinner avec un véritable centre numéro un. On a tendance à oublier que Jordan Staal n’a que 28 ans, tant il semble être dans la ligue depuis des lustres. Affrontant les meilleurs trios adverses, Staal est diablement efficace, parvenant à fermer le jeu en défense et à créer beaucoup d’offensives (45 pts). À ses côtés, le jeune Sebastien Aho a connu une très bonne saison rookie de 49 points à seulement 19 ans. Également impressionnant aux championnats du monde, il ne va que s’améliorer dans les années à venir. Un atout de plus dans le jeu des Canes. Teräväinen a lui aussi montré de très belles choses, surtout dans son jeu défensif, mais manque un peu de mordant en attaque (42 pts). Il est pourtant à son aise en avantage numérique (15 pts) et il a encore le temps de débloquer, lui qui n’a que 22 ans.

Au chapitre des bonnes nouvelles, il faut noter que Jay McClement, dont l’impact fut notoirement négatif, ne sera pas de retour, pas plus que Victor Stålberg qui tirait la langue. Avec l’ajout de Marcus Krüger, l’année prochaine sera assurément un autre pas dans la bonne direction, en attendant pourquoi pas un échange amenant un centre numéro un. 

Enfin, le club a dit un au revoir émouvant à Bryan Bickell. L’ancien vainqueur de la coupe Stanley avec Chicago est contraint à la retraite après avoir été diagnostiqué d’une sclérose en plaques. Un adieu délicat : l’attaquant a terminé sa carrière par un tir au but gagnant contre Philadelphie, ce qui a ému Bill Peters aux larmes.

 

En résumé : Prêts à se battre

De joker lointain cette année, les Canes devraient grimper au rang d’outsider l’an prochain dans la division Métropolitaine. Ron Francis continue de boucher les trous manquant et l’ajout de Scott Darling dans les buts sera le plus gros facteur de succès d’un club jeune, talentueux et parfaitement mené par Bill Peters. Derrière les Washington, Pittsburgh et Columbus, ils seront à surveiller de très près. Après des années de construction patiente, le temps des saisons qui comptent vraiment est sans doute arrivé. 

 

<<Los Angeles

Winnipeg>>