Bilan 2016-17: Winnipeg

Les Jets de Winnipeg sont une autre petite déception de cette saison 2016-17. L’organisation compte de nombreux jeunes talents et Patrick Laine devait éclabousser la ligue de son talent. Ce fut le cas en effet, mais la déception vient davantage du rendu collectif, quitte à susciter quelques inquiétudes pour l’avenir.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

L’énigme des Jets cette année est que, malgré les Laine, Scheifele, Wheeler, Ehlers and co, l’attaque fut moins productive que la saison précédente. Le bottom-6 en attaque a également eu beaucoup de mal à tenir la cadence et les gardiens ont tout fait sauf aider leurs petits camarades. Nous étions loin, au final, de la potentielle équipe surprise.  

 win team 2

L'entraîneur Paul Maurice, en poste depuis 4 ans, avait misé sur un système se préoccupant davantage de créer des chances en contre-attaque, jouant sur la vitesse et la technique de ses attaquants vedettes. Il souhaitait ainsi maximiser les individualités à sa disposition, au détriment cependant de l’efficacité collective. Que ce constat soit voulu ou une conséquence fâcheuse, les Jets ont reculé de manière significative en termes de possession. De 51% en 2015-16, ils sont descendus en dessous de 49% cette saison, au 21e rang de la ligue. Certes, les vedettes offensives ont permis de se créer un bon nombre de chances de marquer, mais cela n’a relevé le pourcentage de buts espérés qu’à 49,7%, juste dans la moyenne de la ligue. Le pari a ainsi échoué car l’efficacité dans la zone offensive n’a pas compensé le manque d’occasions qu’un système collectif efficace peut créer de manière systématique. Ainsi, l’attaque des Jets ne s’est classée qu’au 24e rang de la ligue pour les tentatives de tirs obtenues !

L’équipe a également été largement ralentie par ses gardiens. Si les fines gâchettes ont enregistré le 6e taux de réussite aux tirs de la ligue, les gardiens ne sont classés que 27e pour le taux d’arrêts ! La somme des forces et des faiblesses de l’équipe a ainsi rendu une copie au final moyenne et un brin décevante.

Le plus curieux, c’est que les Jets ont passé peu de temps à cinq contre cinq : le quatrième plus petit total. Malheureusement, ni le jeu de puissance, ni le jeu en infériorité numérique n’ont tourné en leur faveur. Quand les équipes spéciales ne contribuent pas, la mission se complique...

 Win goal 2

Avec la mise de côté plus ou moins programmée de Ondrej Pavelec, les Jets devaient donner les rênes à Connor Hellebuyck, 24 ans et l’avenir à ce poste mais seulement 26 matchs de NHL dans les jambes. Le jeune cerbère a tout de même déçu avec un taux d’arrêts bien en deçà de la moyenne de la ligue, aucun but sauvé et des interrogations sur son futur. Les Jets ne lui ont offert qu’un contrat de un an cet été et ont signé Steve Mason pour 2 ans… Une situation qui ressemble un peu à du bricolage à court terme. Pavelec était même revenu en fin de saison pour tenter de sauver les meubles, car les performances du remplaçant Michael Hutchinson étaient encore plus faibles… Les Jets se retrouvent avec trois gardiens signés pour l’an prochain et pas de hiérarchie clairement établie.    

 win def

Le top-4 défensif est obligé de séparer ses deux meilleurs éléments, Byfuglien et Trouba, tous deux étant droitiers. Accompagné du rookie de 22 ans Josh Morrissey, Big Buff a encore été très efficace cette année, dans les deux sens de la patinoire et produisant en attaque (52 points). Mais le meilleur défenseur cette saison était peut-être Jacob Trouba. À 23 ans, le 9e choix de la draft 2012 s’affirme comme un très espoir à son poste. S’il n’a marqué « que » 31 points en 60 matchs, il est surtout davantage assigné à des missions défensives que Byfuglien, qui joue aussi presque 2 minutes de supériorité numérique en plus par match que lui. Trouba et le vétéran Tobias Enström étaient ainsi davantage envoyés sur des mise-en-jeu en zone défensive et constituaient la première paire en infériorité numérique. Malgré cela, Trouba a produit plus de points par 60mn que Byfuglien à 5 contre 5, tout en montrant une meilleure efficacité dans la prévention des chances de marquer adverses. Une véritable satisfaction pour les Jets. La 3e paire n’a eu que peu de temps de jeu à se mettre sous la dent mais n’a pas fait grand-chose pour convaincre. Stuart et Chiarot ont pris l’eau sur la possession et rien produit en attaque. À noter enfin que Tyler Myers n’a pu jouer que 11 matchs cette saison mais s’est montré, comme d’habitude, à l’aise défensivement. Son retour en santé sera un plus pour l’équipe, même si le potentiel est en deçà de celui entrevu au début de sa carrière.       

La clé pour Winnipeg sera d’équilibrer ses deux côtés défensifs. À droite, Byfuglien, Trouba et Myers - et même Postma - constituent un groupe plutôt solide. Le problème est venu de la gauche, avec la faillite d’Enström, de Chiarot et de tous leurs éventuels remplaçants - Melchiori, Strait et Stuart n’ont pas brillé. Un casse-tête pour Winnipeg.

 win att

Les lignes d’attaque des Jets peuvent facilement se séparer en deux. D’un côté un top-6 performant, dominateur dans le jeu et productif, et de l’autre un bottom-6 dominé et stérile. Blake Wheeler et Mathieu Perrault se démarquent ici comme de très bons joueurs de possession, aussi bien dans la création offensive que dans la prévention des attaques adverses. Bryan Little a également encore de belles réserves et les jeunes Scheifele (82 points) et Ehlers (64 points) confirment tous les espoirs placés en eux pour l’avenir. Patrik Laine a évidemment réussi une saison de feu avec 36 buts, à la hauteur des attentes. Mais le sniper a éprouvé beaucoup de difficultés loin de la rondelle. Son rendu défensif était l’un des moins bons de l’équipe, de quoi le démarquer significativement de ses camarades du top-6 en termes de possession. Il a évidemment encore beaucoup de temps pour polir son jeu, mais s’il souhaite devenir plus qu’un franc-tireur, il lui faudra arrondir quelques angles.

Nous le disions, le bottom-6 a réellement tiré l’équipe vers le bas. Si les Armia, Lowry, Copp Dano et Matthias ont bien appliqué le système de Paul Maurice, la finition n’était pas au rendez-vous. Et surtout, ces joueurs laissaient beaucoup trop la rondelle à l’adversaire au final pour que la situation tourne en leur faveur. Si Winnipeg souhaite accrocher les playoffs l’an prochain, il faudra renforcer la profondeur en attaque. Nic Petan ou Kyle Connor seront-ils des solutions ? Les deux jeunes ont débuté cette année après de très bonnes carrières junior et NCAA, respectivement.  

 

En résumé : Que manque-t-il ?

La situation dans les cages est évidemment préoccupante et les Jets partaient avec une longueur de retard à chaque match l’an passé. Dans une ligue aussi relevée, cela finit par peser lourdement dans la balance à l’échelle d’une saison complète. La défense semble en place et comporte des éléments qui confirment leur potentiel. Mais plus que le manque de profondeur en attaque, quoique certains éléments sont jeunes et peuvent s’aguerrir, c’est peut-être la tactique de Paul Maurice qui pose question. Celle-ci semble ajustée au niveau de ses stars mais en demande peut-être trop aux éléments secondaires. Or, un système efficace tire tout le collectif vers le haut. Les attentes commencent à être hautes à Winnipeg après des années de reconstruction, et la patience des dirigeants sera peut-être courte si l’an prochain n’apporte pas de résultats. 

 

<<Carolina

Philadelphie>>