Bilan 2016-17: Tampa Bay

Toutes les équipes prétendantes au titre vivent leur fin de saison comme une déception, toutes sauf une, celle qui soulève le trophée. Mais pour Tampa Bay, cette déception fut particulièrement amère. Qui aurait en effet imaginé voir le Lightning manquer les playoffs ?

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

La troupe du DG Steve Yzerman figurait bien parmi les favorites en octobre dernier. Après deux présences consécutives dans le dernier carré, dont une défaite en finale, les coéquipiers de Steven Stamkos étaient prêts. Un Stamkos revenu de blessure après avoir manqué les séries de 2016 en raison d’un caillot sanguin. Certes, la défense semblait encore une fois le point faible mais les canons offensifs pouvaient largement compenser. Dans les buts, le duo Bishop – Vasilevskiy possédait une belle feuille de route.

La saison a pourtant commencé mollement et, après 15 matchs, la fiche de l’équipe n’était que de 8 victoires et 7 défaites. Nous étions à la mi-novembre et Steven Stamkos se blessait dans la foulée gravement au genou droit, une blessure qui allait lui faire rater le reste de la saison. Cette blessure bousculait un équilibre collectif déjà précaire. Juste après le All-star break, le Lightning tombait dernier de la conférence Est. C’est à partir de février que Tampa dispute un troisième fragment de saison convaincant. Lors des trente derniers matchs, les joueurs de Jon Cooper signent un bilan de 20-6-4 et terminent à 94 pts - en dehors des phases finales. Le sprint final aura permis de voir les débuts prometteurs de nombreux jeunes, qui ont pris date pour l’avenir. 2016-2017 ne sera sans doute qu’un accident de parcours.

TB team

Le début de saison du Lightning révéla surtout un plus grand manque de profondeur que prévu. En attaque, le bottom-6 subissait trop souvent le jeu et Johnson, Killorn, Filpulla ou Callahan affichaient des taux de possession entre 46 et 47%, loin des 52% de Kucherov et des 55% de Stamkos. Même chose en défense. Avec Garrison ou Sustr, Tampa n’avait pas du tout la même allure qu’avec Hedman et Anton Strålman, même si ce dernier paraissait avoir sacrément ralenti au cours de l’été. Jusqu’en janvier, l’équipe a semblé ainsi tourner au ralenti, affichant un taux de possession en deçà des 50%, alors que le Lightning avait été l’une des meilleures équipes dans ce domaine depuis l’arrivée de John Cooper derrière le banc. Cooper que Yzerman a laissé en poste, avec raison, malgré la pression montante.

L'entraîneur a bien fini par trouver les bonnes combinaisons, notamment en plaçant le jeune Jake Dotchin en compagnie de Victor Hedman sur sa première paire de défense, comblant ainsi la défaillance de Strålman. De février à la fin de saison, Tampa s’est classé au 5e rang de la ligue pour la possession du palet, une position bien plus en accord avec son potentiel. Cela n’a pourtant pas suffi à accrocher une place en séries. Trop de points avaient été laissés en chemin alors qu’une seule victoire de plus aurait suffi à les hisser au 8e rang de la conférence...

TB goal 2

Si les comptes se sont équilibrés en fin de saison, ces points perdus en chemin ont été notamment l’œuvre du duo de gardiens, ou plutôt de Ben Bishop. Celui-ci obtenait la majorité des départs en début de saison, peut-être pour le mettre en vitrine en vue d’un inévitable échange puisque son contrat se terminait en juin et que Vasilevskiy est l’avenir du club à ce poste. Or, les deux premiers mois de Bishop ne ressemblaient en rien à ses performances habituelles, et l’équipe y a laissé quelques plumes. Le vétéran a redressé la situation par la suite mais le mal était peut-être fait. Au final, les deux terminent juste au-dessus de la moyenne de la ligue pour le taux d’arrêts. Bishop a sauvé une poignée de buts à 5 contre 5 alors que Vasilevskiy se montrait plus performant en infériorité numérique. Le jeune Russe a désormais la pleine responsabilité du poste et ses dirigeants espèrent sûrement voir ses performances s’élever d’un cran au fil des saisons. Après un détour par Los Angeles, Bishop pourra, lui, rebondir du côté de Dallas.

TB def

La défense de Tampa n’a pas été moins performante que les années précédentes dans ses tâches défensives. 7e de la ligue pour les tentatives de tirs concédées en 2015-16, elle est restée 7e cette année. La différence est venue de sa capacité de transition vers l’attaque, qui a, de fait, parfois manqué de munitions faute d’être approvisionnée par ses arrières. Victor Hedman a longtemps paru seul au monde dans ce contexte. Même affublé de Strålman pendant presque 50 matchs, le géant suédois a été au four et au moulin pour son équipe. Anton Strålman a pour sa part vu son taux de possession passer de 55,2% avec Hedman à 48,8% sans lui... Hedman qui a parfaitement cliqué avec Dotchin sur les derniers 30 matchs pour finir la saison à 72 points, juste derrière Brent Burns, dont 33 en supériorité numérique. Logiquement nominé pour le trophée Norris, Hedman est sans aucun doute l’un des tout meilleurs à son poste dans la ligue. Après deux ans et demi dans la ligue Américaine, Jake Dotchin s’est donc trouvé une place sur la première paire des Bolts. Jolie promotion pour ce choix de 6e tour en 2012. Accompagnant parfaitement Hedman, Dotchin a évidemment eu plus de mal sans lui mais tout en tirant vers le haut ses autres partenaires. De bon augure pour la suite.

Nesterov apportait beaucoup en attaque mais était transparent en défense, un pari que l’on aime ou pas... Strålman, Garrison, Sustr et Coburn ont beaucoup plus souffert, dans tous les compartiments du jeu. Yzerman paya finalement le prix (l’espoir Gusev, des choix de 2e et 4e ronde) pour que Vegas repêche Garrison et ses 4,6 millions de dollars. Il sera par contre remplacé par Dan Girardi, une décision un peu curieuse tant le profil de Girardi ressemble à celui de Garrison, en pire... À voir aussi si Mikhail Sergatchev, acquis des Canadiens de Montréal et espoir de premier plan au poste, pourra se tailler une place dans l’alignement la saison prochaine.

Dans tous les cas, Tampa devra trouver une contribution bien plus homogène en défense : derrière les 72 pts de Hedman, le deuxième pointeur, Strålman, n’a signé que 22 pts. Hedman a marqué 16 buts, les huit autres défenseurs utilisés 17.

TB att

Si Stamkos ne s’est plus approché des 50 ou 60 buts qu’il a déjà inscrits en une saison, il ne faut surtout pas sous-estimer l’impact de son absence sur le jeu de Tampa. Non seulement un marqueur de 40 buts est inestimable dans la ligue actuelle, mais Stamkos est également un centre numéro un dominant dans le jeu et qui rend instinctivement meilleurs ses coéquipiers autour de lui. Le capitaine du Lightning était particulièrement dominant cette année, même si l’échantillon de 17 matchs est petit. Ses 3,29 points par 60mn à 5 contre 5 étaient la meilleure production de la ligue (McDavid est à 2,89 et Crosby 2,68). Nikita Kucherov intègre aussi le top 20 de la ligue en la matière et a confirmé être parmi les tout meilleurs attaquants au monde. Facteur de possession, machine à se créer des chances de marquer et productif, il a endossé du mieux que possible les responsabilités en attaque après la blessure de Stamkos. Son slap ravageur au cercle droit en supériorité est devenu un classique de la ligue.

Tyler Johnson marque toujours des points mais confirme malheureusement qu’il est très dépendant d’un ailier de premier plan comme Kucherov. Sans lui, Johnson coule au niveau de la possession et sa production s’en ressent fortement. S’il a signé une nouvelle entente de 7 ans, 5 millions par an, cet été, ses dirigeants espèrent certainement le revoir plus proche de ses 72 points de 2014-15.

Palat, Drouin et le rookie Brayden Point ont connu des saisons très respectables, même si la production offensive pourrait s’améliorer. Point a particulièrement su assurer l’intérim après que Tampa eut perdu trois centres dans le même match. Installé en première ligne après cela, il signe 40 pts en 68 matchs pour ses débuts. Killorn et Filppula ont connu plus de difficultés, le dernier acceptant finalement de lever sa clause de non-échange pour prendre le chemin de Philadelphie en mars. Yanni Gourde, 25 ans et rookie, a montré de belles promesses en 20 matchs passés avec Killorn et Drouin (8 pts). À confirmer sur le long terme. Enfin, la 4e ligne demeure un point noir dans ce tableau plutôt alléchant. Les Paquette, Brown, Dumont (malgré tout précieux aux mises au jeu défensives) et surtout Callahan - même si celui-ci n’a pu disputer que 18 rencontres - ont été dominés dans le jeu, sans même réussir vraiment leurs missions défensives.

 

En résumé : On oublie et on recommence

La déception de la saison passée doit servir de tremplin pour l’avenir de l’équipe. Yzerman a surtout réglé une partie de son casse-tête salarial avec les départs de Boyle, Filippula, Garrison et Bishop. Cela lui a délié les mains et permis de resigner plusieurs attaquants majeurs, notamment Palat et Johnson. Le contrat donné à Johnson est bon pour les deux parties et il a utilisé son trop-plein d’attaquants pour acquérir un espoir de premier plan en défense (Drouin contre Sergatchev), ce qui manquait cruellement à l’équipe. Enfin, la hiérarchie dans les buts est claire maintenant que Vasilevsky est seul en poste. Alors que tous les espoirs de l’organisation ou presque sont en NHL, Tampa ressemble plus que jamais à un sérieux prétendant pour l’an prochain.

 

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