Bilan 2016-17: Montréal, une occasion gâchée

Cette saison des Canadiens de Montréal laisse l’impression d’une occasion ratée. Dans une division Atlantique historiquement ouverte, le potentiel du collectif désormais entraîné par Claude Julien s’est heurté à un mur dès le premier tour des playoffs. Un Henrik Lundqvist en feu et des décisions managériales plus que douteuses auront ainsi gaspillé une année de la fenêtre de tir du club, une fenêtre qui se réduit désormais rapidement.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

À l’issue d’une saison 2015-16 cauchemardesque, le DG Marc Bergevin avait choisi de conserver sa confiance en l'entraîneur Michel Therrien, tout en modifiant le visage de son équipe pour lui donner une identité plus « gagnante ». Les arrivées de Shea Weber, d’Andrew Shaw et le pari Alexander Radulov devaient ainsi réparer le problème identifié par la direction quand tous les indicateurs pointaient plutôt vers la faillite du système de jeu de Michel Therrien, tenu à bout de bras par Carey Price depuis 4 ans.

Si Michel Therrien avait cependant corrigé nombre des torts dudit système, dynamisant notamment l’attaque, un coup de moins bien de Carey Price en janvier a rappelé combien l’équipe demeurait dépendante de son gardien pour lui sauver la mise, même avec le leadership acquis l’été précédent... Ce constat pourtant évident depuis des années n’a cette fois pas laissé le choix à Marc Bergevin. Connu pour être un entraîneur rigide, Michel Therrien avait, de plus, semblé avoir perdu son vestiaire après avoir rejeté une nouvelle fois la responsabilité des défaites sur certains joueurs. Hasard ou opportunité, Claude Julien, le meilleur entraîneur francophone de la ligue, venait de se faire limoger par Boston une semaine auparavant. Nommé à la tête des Canadiens mi-février, Julien a immédiatement solidifié la structure défensive et surtout effacé le handicap principal du club depuis 5 ans : son coaching.     

Mtl team 

Le visage du club sous Michel Therrien n’était pas si vilain cette année, bien loin des saisons 2014, 2015 et 2016. Claude Julien a encore amélioré la situation et l’équipe a connu au final une très belle saison. 3e attaque et 6e défense de la ligue pour les tentatives de tirs, 4e taux de possession au total, Montréal a été solide dans les deux sens de la patinoire. 5e pour les buts espérés et 6e pour les buts marqués, un indice PDO supérieur à 100 grâce au talent naturel de Carey Price, les Canadiens avaient réellement le visage d’une équipe candidate au titre. L’absence d’un centre numéro un était en partie comblée par l’équilibre des trois premières lignes offensives et Shea Weber, Andrei Markov et Jeff Petry étaient tous des défenseurs top2, à défaut d’être d’avoir un numéro un.

La complémentarité de l’effectif a ainsi permis aux Canadiens de remporter sans trop de mal une division Atlantique dans laquelle Tampa Bay ou Florida se sont sabordés de bonne heure.   

Mtl goal 2

De retour après la blessure au genou qui lui avait fait manquer toute la fin de saison dernière, Carey Price avait bien retrouvé l’ensemble de ses capacités. Impérial lors de la Coupe du monde avec le Canada, le cerbère des Habs a connu une saison digne de ses standards habituels. À 5 contre 5, il possède le 6e taux d’arrêts de la ligue et seuls Bobrovsky, Talbot et Holtby ont sauvé plus de buts que lui, 25. Signé l’été dernier, Al Montoya a également bien fait dans son rôle de remplaçant, un poste plutôt chancelant ces dernières saisons à Montréal. 

mtl def

L’arrivée de Shea Weber en lieu et place de P.K. Subban signifiait un changement de stratégie notable pour les Canadiens. Weber est l’un des tous meilleurs de la ligue pour annihiler les chances de marquer adverses. Face à lui, les attaquants peuvent difficilement espérer s’approcher réellement des cages de Price. Par contre, Weber n’est pas connu pour pouvoir assurer lui-même la relance du jeu et appuyer l’attaque de manière systématique. Ayant toujours pu se reposer sur un partenaire mobile (Ryan Suter, Roman Josi) pour le faire, il a cette année passé beaucoup de temps dans sa propre zone, faute de pouvoir transporter le jeu en dehors. Weber affiche ainsi un taux de possession inférieur à la majorité de ses collègues à la ligne bleue. Seul Alexei Emelin a provoqué moins de tentatives de tirs en attaque que lui et seul le même Emelin et Beaulieu ont accordé plus de tentatives de tirs en défense. Si Weber s’assurait de limiter la qualité des chances adverses, la quantité de celles-ci posait ainsi problème car le palet revenait bien trop rapidement dans les palettes adverses. Enfin, si Weber a fait parler la poudre en supériorité numérique, 12 buts, sa production à 5 contre 5 est demeurée moyenne. Ce constat n’est cependant pas étonnant et correspond tout à fait au profil attendu de ce joueur. Weber a livré la marchandise annoncée.

Aligné en fin de saison avec Andrei Markov, les deux ont formé une paire plus incisive dans les deux sens de la patinoire, Markov prenant en charge la transition du jeu vers l’attaque. Lui et Jeff Petry ont, de fait, été cette saison les deux leaders dans ce domaine. Corrects défensivement, leur proportion à confisquer le palet pour alimenter l’attaque faisait deux les rampes de lancement du jeu collectif montréalais. Un secteur où le vétéran russe manquera donc cruellement l’an prochain.

En revanche, la troisième paire défensive n’a pas complètement convaincu. On attend toujours que Nathan Beaulieu franchisse un cap : ce ne sera pas sous les couleurs du CH, puisqu’il a été échangé à Buffalo en juin. Les limites affichées par les autres joueurs exigent ainsi du top-4 une endurance au sommet...   

Mtl att

Le top-6 de Montréal a été globalement à son aise cette saison. Max Pacioretty, une nouvelle fois auteur de 35 buts, Alexander Radulov (54 points) et Alex Galchenyuk (44 points en 61 matchs) ont répondu aux attentes en zone offensive. Andrew Shaw et Brendan Gallagher ont créé beaucoup de choses, avec cependant un certain manque de réussite. Le rookie Artturi Lehkonen est prometteur (18 buts), Phillip Danault a su exploiter son profil complet pour faire sa place et Paul Byron a inscrit 22 buts grâce à sa vitesse, une des plus impressionnantes de la ligue.

Le problème du système offensif de l’équipe tenait par contre dans la qualité des chances obtenues. Si Michel Therrien avait finalement accéléré l’accès à la zone offensive, il tenait à ce que ses joueurs bombardent la cage adverse dès que possible, malheureusement sans toujours se soucier de mettre en place une séquence dangereuse. Ainsi, dans la quantité des tirs décochés par les Canadiens, il a souvent semblé que peu d’entre eux étaient réellement dangereux pour les gardiens adverses, un constat qui a pesé jusqu’en séries. La 4e ligne a également été un problème toute la saison, que ce soit avec les joueurs d’origine (Mitchell, Flynn, MacCarron, etc.) ou les acquisitions du mois de mars (King, Ott, Martinsen). Le pari de Marc Bergevin d’insuffler une grosse dose de physique en vue des playoffs s’est fait au détriment complet de la qualité de jeu. Avec ces joueurs sur la glace, Montréal était en effet incapable de sortir de sa zone et encore moins de créer le moindre danger en attaque. 

Au chapitre des déceptions, Tomas Plekanec a connu une vraie baisse de régime, dans tous les compartiments du jeu. À 34 ans, il se pourrait bien que la carrière du Tchèque pique du nez alors qu’il lui reste une seule année de contrat. Alex Galchenyuk a beaucoup fait parler cette saison. La jeune star figurait parmi les meilleurs pointeurs de la ligue avant de se blesser au genou en décembre et n’a jamais semblé retrouver sa touche en fin de saison. Électrique en attaque, il est certain que le joueur de centre doit améliorer son jeu en défense et sans la rondelle en général. Les rumeurs d’échanges ont été largement alimenté par les médias, même si Marc Bergevin a peut-être envie de court-circuiter cette période d’apprentissage en faisant l’acquisition d’un centre plus expérimenté. Le risque pour Montréal serait de le voir exploser dans un environnement où on lui ferait davantage confiance, comme Tyler Seguin à son arrivée à Dallas.

 

Les séries :

Montréal abordait réellement sa série contre les Rangers de New-York en tant que favori, fort d’un bilan parfait contre l’équipe d’Alain Vigneault en saison régulière. Avec la perspective d’affronter Ottawa ou Boston ensuite, la route vers la finale de conférence était pour ainsi dire dégagée. Face à des Rangers voués à subir et à tenter leur chance en contre, les matchs de la série ont repris la même recette soir après soir. Montréal dominait largement les débuts de matchs, se heurtant à un Henrik Lundqvist retrouvé après une saison décevante. Incapables de prendre une avance confortable, ou une avance tout court, Montréal a toujours paru s’éteindre au fil des matchs. La trappe des hommes d’Alain Vigneault brisait les offensives des Montréalais et les rapides attaquants new-yorkais devenaient alors de plus en plus dangereux, alors que les jambes des défenseurs des Habs se faisaient lourdes.

La série s’est ainsi transformée en guerre d’attrition, le plan voulu par New-York. Les deux gardiens ont livré des performances très solides mais seul Lundqvist a pu propulser les siens vers la victoire. Sans cela, il est probable que Montréal passait au tour suivant mais telles sont les séries de la NHL. Lundqvist est bien redescendu sur terre dès le tour suivant mais c’était trop tard pour Montréal. Les Canadiens peuvent cependant ne s’en prendre qu’à eux-mêmes pour s’être mis des bâtons dans les roues en alignant les joueurs acquis en mars. Les 10 à 12 minutes jouées par Ott, King and co étaient autant de minutes tranquilles pour les Blueshirts. Les rapides Andrighetto (échangé au Colorado) ou le jeune Hudon auraient été autant de cartouches supplémentaires alors qu’un petit but aurait pu faire tourner le cours de cette série. 

 

En résumé : Une occasion ratée mais on chamboule tout

Le constat final aurait pu être simplement fataliste. Les voyants de la saison régulière étaient presque tous au vert, surtout avec l’arrivée de Claude Julien, et échouer face à un gardien en feu arrive chaque année en séries (demandez à Minnesota). Malgré cela, Marc Bergevin a encore choisi de modifier en profondeur son effectif en vue de la saison prochaine. Est-ce là une vraie vision stratégique pour plaire à Claude Julien ? Ou bien comme l’été dernier des tentatives éparses d’améliorer l’équipe, et de calmer la grogne montante autour de son bilan ? L’avenir le dira mais l’inquiétude concernant Montréal vient avant tout de son administration.

 

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