Bilan 2016-17: Chicago, comment empêcher le déclin ?

La saison de Chicago a pris la forme d’un grand retour de bâton. Vainqueurs de la division Centrale et premiers de la Conférence Ouest, les Hawks se sont pourtant fait balayer au premier tour des playoffs par Nashville, 8e et dernier qualifié. Si la stupeur a frappé nombre d’observateurs, la réalité est que Chicago a vécu une saison au-dessus de ses moyens, rendant une déconvenue printanière assez prévisible.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius


Les triples champions de la Coupe Stanley sont-ils en déclin ? Leur position au classement a certes fait démentir ceux qui les enterraient trop vite après la défaite au premier tour lors des séries 2016. Mais la claque reçue face à Nashville et les indicateurs de fond indiquent bien depuis deux saisons que la génération dorée se meurt.

Jonglant avec le plafond salarial depuis des années, le DG Stan Bowman doit s’accommoder des salaires accordés à ses vedettes Jonathan Toews, Patrick Kane mais aussi Brent Seabrook et Marian Hossa. Et si l’arrivée d'Artemi Panarin l’an passé avait redonné un vrai coup de boost à l’attaque, la défense prend de plus en plus dangereusement l’eau.

Chi team

Les Blackhawks de Joel Quenneville ont toujours été un monstre de possession, une équipe joueuse capable de monopoliser la rondelle et de faire tourner ses adversaires en bourrique. Sous la férule de l'entraîneur franco-ontarien, l’équipe s’est classée 2e, 1er, 2e, 7e, 2e, 2e et 2e pour le taux de possession de 2009 à 2015. Le déclin s’est amorcée l’an passé avec une 13e place, puis une 10e cette saison. Un léger mieux certes, mais le taux en lui-même (50,9%) passe pour la première fois sous les 51% en 9 ans. Et l’histoire est la même pour les buts espérés. Jamais au-delà de la 8e place avant 2014, les Hawks se sont classés 18e, 19e et 17e ces trois dernières saisons. Ils avaient bien redressé la barre au printemps 2015 en route vers un troisième sacre, mais celui-ci était déjà bien moins dominant que les deux précédents.

L’histoire de cette saison s’est en réalité jouée dans les cages. Évoluant derrière une équipe qui a perdu la bataille de la quantité jusqu’en février, et celle de la qualité toute la saison, dont les unités spéciales n’ont rien démontré de particulier, Corey Crawford et Scott Darling ont véritablement sauvé les meubles comme jamais auparavant. Les cerbères de Chicago terminent la saison avec le 3e taux d’arrêts de la ligue, achetant nombres de victoires synonymes d’autant de points au classement et d’espérances infondées.

Chi goal 2

À eux deux, Crawford et Darling ont sauvé 29 buts à leurs partenaires. Seules une poignée d’équipes ont fait mieux, toujours grâce à leur gardien titulaire (Bobrovsky, Holtby, Talbot), jamais grâce à un duo de gardiens. Si Crawford continue de prouver qu’il est l’un des gardiens les plus sous-estimés de la ligue, Darling a, lui, confirmé son potentiel. Un statut d’aspirant numéro un qui lui vaudra de garder les cages des Hurricanes de la Caroline l’an prochain. Belle histoire pour celui qui a combattu l’alcoolisme et s’est hissé à force de travail depuis les rangs semi-professionnels jusqu’à la NHL.

Sans lui, Crawford aura un défi encore plus coriace à relever l’an prochain. À moins que le jeune Anton Forsberg ne parvienne à faire ce que Antti Raanta et Darling ont réussi avant lui. Il devra surtout le faire derrière une défense qui s’affaiblit.

Chi def

Jamais en neuf années de Joel Quenneville, la défense de Chicago n’avait accordé autant de tentatives de tirs par 60 minutes. Encore une fois, la tendance négative avait commencé en 2014-15, avant de s’accentuer l’an passé. 3e défense de la ligue à ce chapitre en 2013 et 2014, les Hawks tournent depuis trois saisons entre la 10e et la 15e place. Loin des bas-fonds de la ligue certes, mais le déclin est palpable. Plus que la quantité de tirs allouée, c’est la qualité des chances adverses qui augmente d’année en année. Il est aisé de faire le lien entre ce fait et les jambes vieillissantes d’un Brent Seabrook par exemple, qui n’est plus capable d’accompagner Duncan Keith. Toujours prompt à appuyer l’attaque, Seabrook est cependant devenu l’équivalent d’un fromage suisse en défensive et aucun autre membre de la brigade défensive n’a accordé plus de tentatives de tir que lui cette saison. De plus, aligné majoritairement avec le rookie Michal Kempny, Seabrook a pris encore plus l’eau loin de lui. Les sept années de contrat qui lui restent risquent d’être longues pour Chicago.

Duncan Keith a également connu une saison moins glorieuse, à l’image de tout le collectif. Aligné avec Niklas Hjalmarsson, les deux ont été anormalement à la peine dans le jeu. C’est peut-être ce constat qui a poussé Stan Bowman à échanger le Suédois de 30 ans aux Coyotes en échange du jeune Connor Murphy, 24 ans, espérant redonner une certaine vitalité à sa ligne bleue. Bowman devra également faire sans Trevor van Riemsdyk l’an prochain, parti à Vegas puis en Caroline, auteur d’une belle saison avec le vétéran Brian Campbell. Campbell qui raccroche, lui, les patins alors que sa qualité de transition apportait encore beaucoup l’an passé dans un rôle protégé. Coincé par le plafond salarial, Chicago n’aura d’autres choix que de se tourner vers les jeunes pour combler les trous, mais les vétérans en place semblent bel et bien sur la pente descendante.

Chi att

En attaque, la situation est plutôt bonne. Artemi Panarin a pesé sur le jeu de façon impressionnante, formant avec Patrick Kane un duo terrifiant pour les équipes adverses. Jonathan Toews a de nouveau mis 58 points, même si 2016 et 2017 demeurent les deux seules années de sa carrière où Toews a produit moins de 2 points par 60mn à 5 contre 5. Le blockbuster envoyant Panarin à Columbus en retour de Brandon Saad, au-delà de l’aspect salarial, espère sûrement relancer la productivité de « captain Serious », lui qui dépassait les 3 points par 60mn en sa compagnie en 2012-13.

Le rookie Ryan Hartman est une vraie satisfaction. Très efficace dans les deux sens de la patinoire à seulement 22 ans, il constitue un espoir de relève pour les Hawks. Surtout que Marian Hossa, 38 ans, a semblé marquer le pas avant d’annoncer sa retraite à la surprise générale - ou du moins, une saison blanche causée par une maladie de peau. Anisimov a également paru en retrait et devra élever leur jeu d’un cran l’an prochain si les Hawks veulent survivre dans une division de plus en plus corsée. Il faudra aussi espérer une confirmation de Richard Panik, auteur de la meilleure saison de sa carrière (22 buts, 44 pts) et récompensé par un contrat de deux ans. Le Slovaque, dont le jeu physique a fait du bien, doit gagner en constance. La clé de l’équipe résidera peut-être dans la quatrième ligne. Joel Quenneville a cherché la bonne combinaison toute la saison et il aura fallu attendre les dernières semaines pour trouver un groupe efficace, autour de Tanner Kero, John Hayden - tout juste sorti de NCAA - et Hinostroza. On attend plus de Schmaltz et Motte, deux grands espoirs du club.

 

Les séries :

Si la fin de saison avait vu du mieux dans le jeu des Hawks, plus en contrôle du palet, resserrant la défensive, Chicago est tombé sur des Predators de Nashville qui montaient, eux aussi, en puissance. Opposition de génération, les rapides Predators ont virevolté autour des vieilles jambes des Hawks et Pekka Rinne a fermé la porte sur les rares occasions de Chicago. Deux blanchissages encaissés à domicile et trois petits buts marqués en quatre matchs, l’attaque de Chicago a été dominée par le quatuor défensif des Preds. La ligne de Toews, notamment, n’a rien pu faire face à la paire Ekholm-Subban. Dans l’autre sens, Forsberg-Johansen-Arvidsson ont constamment battu de vitesse Keith, Hjalmarsson, Seabrook et consorts. Corey Crawford n’a pas paru bien à l’aise devant une telle domination et la messe fut vite dite.

 

En résumé : Comment empêcher le déclin ?

Crawford et Darling ont su masquer les failles d’une équipe qui ne fait tout simplement plus partie de l’élite de la ligue. La défaite en playoffs est sèche mais reflète toute l’étendue de la tâche qui s’annonce pour Stan Bowman. Les vedettes offensives vont continuer de vieillir et prennent beaucoup (trop) de place sur le plafond salarial, et surtout la défense a besoin de se réinventer. Le casse-tête continuera l’an prochain, possiblement avec une nouvelle déception au final. La relation entre Bowman et Quenneville ne semble pas non plus être au beau fixe vu les réactions du coach aux échanges de cet été.

Rappelons tout de même que toutes les franchises de la ligue signeraient dans la minute pour gagner 3 coupes en 7 ans puis connaître un déclin programmé... Malgré tout, le système est bien rempli en espoirs offensifs et il y aura plutôt un casse-tête pour les 3e et 4e lignes. Un embarras qui permettra peut-être de renforcer la défense ?

 

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