Bilan 2016-17: Toronto, le plein d'optimisme

Voici trois saisons que Brendan Shanahan a pris les rênes des Maple Leafs de Toronto. Trois ans que le mot d’ordre est « reconstruction ». Un effort méthodique et total qui porte déjà ses fruits, en avance sur les prévisions.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_


Toronto abordait la saison dernière avec le privilège de n’avoir aucune ambition. Derniers de la ligue la saison précédente, les Leafs savaient simplement que cette année marquerait l’arrivée en NHL de la génération appelée à porter la franchise vers les sommets. Pas moins de sept rookies ont été des joueurs réguliers des Maple Leafs cette saison, presque un tiers de l’effectif : Auston Matthews, Mitch Marner, William Nylander mais aussi Connor Brown, Nikita Zaitsev, Zach Hayman et Nikita Soshnikov. Frederik Andersen faisait ses débuts dans les cages torontoise et personne n’espérait autre chose que qu’un peu de folie de la part des jeunes et un autre petit pas en avant dans la reconstruction.

Ce fut en réalité un pas de géant. Toronto a certes bénéficié d’une division Atlantique moribonde, mais les jeunes ont prouvé qu’ils pouvaient avoir un impact immédiat, magnifiquement coachés par un Mike Babcock avide de leur laisser toute liberté créative. Le résultat est un grand message d’espoir pour une franchise privée de coupe Stanley depuis 1967.

 

Tor team

Mike Babcock avait mis en place un système de « hockey total » ressemblant à celui du hockey soviétique et consistant à toujours avoir 4 joueurs sur 5 très impliqués dans le jeu. La pression mise sur l’adversaire a surpris la ligue et immédiatement fait des dégâts. Loin de vouloir forcer ses jeunes vedettes dans un carcan limitant les risques, Babcock a encouragé ses troupes à partir à l’abordage. Le résultat est un beau pari. Toronto était cette année la 2e meilleure attaque de la ligue pour les tentatives de tirs obtenues, mais à l’inverse la 24e défense... Ce jeu très ouvert jouait sur l’atout majeur de l’équipe, le talent de ses attaquants, imaginant que Toronto gagnerait des matchs en marquant plus de buts que ses adversaires. Une initiative noble dans une ligue où bien des équipes cherchent toujours à gagner en encaissant moins de buts que leur adversaire... Une stratégie également plaisante à regarder pour les spectateurs.

Le seul hic du début de saison a été que les gardiens, Andersen et Enroth, furent à côté de leurs patins. Et si le plan a fonctionné immédiatement à l’avant, les gardiens n’ont ainsi pu assurer le minimum vital. Sitôt que Andersen a trouvé ses marques, les Leafs ont pu faire leur bout de chemin, jusqu’aux playoffs.

Tor goal 2

Le portier danois portait la lourde tâche d’être le cerbère désigné de la génération Matthews. Il avait également modifié son style durant l’été et le jeu très ouvert des Leafs lui a, en effet, demandé un temps d’adaptation. Mais, au final, il a livré des performances très honorables et dans la lignée de ses dernières saisons à Anaheim. Il a même sauvé une quinzaine de buts cette saison, contre 6 à 8 les années précédentes. Toronto peut donc dormir tranquille en sachant le poste entre de bonnes mains. Des mains en tous cas assez solides pour assurer le minimum requis.

Tor def

La défense était également aux mains des jeunes puisque Gardiner, Reilly et Zaitsev ont entre 23 et 27 ans. Zaitsev et Rielly ont assuré la partie difficile du travail, prenant les mises en jeu défensives aux côtés du trio de Nazem Kadri. Leur efficacité défensive a certainement souffert d’affronter les meilleurs trios adverses mais ils ont tout le temps de parfaire leur jeu. Au final, les deux s’en sont tirés honnêtement, assurant même un appui en attaque (36 pts pour Zaitsev, 27 pour Rielly). Jake Gardiner avait davantage vocation à aider l’attaque et a plus côtoyé les trios de Matthews et Bozak. Ses 43 points sont sa meilleure récolte en carrière et il a été un véritable moteur pour la possession du palet.

Derrière ce trio bien équilibré, Connor Carrick a montré de belles choses avec Gardiner mais son potentiel offensif reste limité. Marincin n’a joué que 25 matchs mais surtout la 3e paire, Hunwick – Polak a, elle, largement pris l’eau. Les deux sont ceux avec qui Toronto se créait le moins de tentatives de tirs en attaque et Polak était, en plus, celui qui en accordait le plus en défense. Ils ne seront pas de retour l’an prochain... Alexey Marchenko, arrivé en fin de saison de Détroit, et le vétéran Ron Hainsey viendront les remplacer. Enfin, la gestion du cas Frank Corrado laisse songeur. Dans l’effectif toute la saison afin d’éviter de le perdre au ballotage, il n’aura au final disputé que... 2 rencontres, avant d’être envoyé à Pittsburgh en mars.

Tor att

L’identité de la nouvelle génération des Leafs est d’ores et déjà connue. Ce groupe talentueux formera une menace constante et homogène pour les équipes adverses. Le nombre de joueurs offensifs fait en sorte que Mike Babcock peut déjà sans mal les répartir sur trois trios, pilotés par Kadri, Bozak et Matthews. La vitesse et la force de percussion des Leafs leur permettait cette année d’être très efficaces en zone offensive, et un grand nombre de leurs tentatives de tirs devenaient de fait des chances de marquer.

Matthews, surtout, a répondu aux énormes attentes placées en lui. Le numéro 1 de la draft 2016 signait ainsi un quadruplé dès son premier match, avant d’atteindre le plateau des 40 buts : une première pour un rookie des Leafs, effaçant Wendel Clark des tablettes. Marner, pour sa part, signait 42 assistances, un record pour un rookie depuis la marque de Gus Bodnar en 1944. William Nylander, enfin, récoltait à deux reprises le titre de rookie du mois.

Matthews, Bozak, Marner, van Riemsdyk, Nylander et Kadri ont ainsi tous produit des points à 5 contre 5. Hyman a suivi Matthews comme son ombre et a été l’avant le plus utilisé en infériorité numérique mais son potentiel offensif est très limité (28 pts). Brown a marqué 20 buts grâce à Matthews et Kadri et peut représenter une carte cachée avec de tels joueurs pour l’alimenter. Enfin, Komarov a accompagné Kadri face aux meilleures lignes adverses et a beaucoup œuvré en infériorité, en se montrant cependant moins efficace devant la cage que l’an dernier (14 buts).

La 4e ligne (Martin, Smith, Gauthier, Soshnikov) a connu beaucoup plus de difficultés et aura un tout autre visage l’an prochain avec Eric Fehr et Dominic Moore. Surtout que d’autres espoirs comme Kaspari Kapanen s’en viennent.

 

Les séries :

Reversé dans la division Métropolitaine face à l’ogre Washington, Toronto a bel et bien donné du fil à retordre à la bande à Ovechkin. Cinq des six matchs ont nécessité une prolongation et les Leafs ont ajouté une nouvelle couche d’optimisme à une saison déjà réussie.

Les Leafs ont même légèrement dominé les trois premiers matchs, prenant l’avance dans la série. Mais, dos au mur, les Caps ont alors retrouvé leur hockey dans un duel numéro 4 maîtrisé et où ils menaient 4-1 avant de se faire peur dans le dernier tiers. Dès lors, les petites batailles ont tourné à l’avantage des Caps et si un septième match n’aurait pas été démérité, c’est finalement Washington qui aura eu le dernier mot dans ce duel offensif.

Les jeunes talents de Toronto ne se sont pas laissés impressionner par l'événement et Auston Matthews a obtenu cinq points dont quatre buts. Andersen a tenu son bout dans les cages, tout comme Rielly et Gardiner en défense. Mais surtout, l’ensemble du groupe coaché par Mike Babcock a tenu la dragée haute à la meilleure équipe de la saison régulière. Que des signes encourageants pour les années à venir.

 

En résumé : Le plein d’optimisme

Tout va bien à Toronto. Le plan de reconstruction a fonctionné à merveille. La gestion des actifs et le repêchage est très intelligent et les résultats se voient déjà sur la glace. En avance sur les plans, la bande à Mike Babcock ne va aller qu’en s’améliorant, de quoi faire trembler le reste de la ligue. Dans une saison où Toronto a rendu hommage à ses vieilles gloires - Deon Keon, Charlie Conacher, Red Kelly, Frank Mahovlich et Wendel Clark ont désormais leur place dans l’Air Canada Centre - leur héritiers ont pris date.

 

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