Bilan 2016-17: Minnesota, rendez-vous l’année prochaine

La saison du Wild s’est conclue en queue de poisson après bien des promesses. L'entraîneur Bruce Boudreau était parvenu à bâtir un plan de match sur mesure, le bonifiant encore à l’approche des playoffs. C’était sans compter sur un facteur hors de tout contrôle : tomber sur un gardien adverse dans la forme de sa vie. La déception de se faire sortir au 1er tour est certes grande mais l’équipe a un bel avenir devant elle.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_


La signature de Bruce Boudreau l’été dernier constituait un renfort de poids pour l’organisation. En 10 ans de coaching dans la NHL, Boudreau a remporté 8 fois sa division ! Et s’il n’a atteint qu’une seule fois les finales de conférence, il a toujours su bâtir des puissances en saison régulière. L’année dernière a, malheureusement pour le Wild, suivi une nouvelle fois ce schéma.

Mais sans la performance extraordinaire de Jake Allen avec St Louis, son équipe aurait légitimement pu jouer les trouble-fête dans la conférence ouest. Des regrets donc, mais aussi de belles promesses.

Min team

Dans une NHL qui mise de plus en plus sur le hockey offensif, Bruce Boudreau avait paradoxalement choisi de construire un système de jeu basé sur une défense de fer, le pari de la qualité avant la quantité. Misant sur un hockey « low event », de petits scores, le Wild formait de loin la meilleure structure défensive de la ligue. Le Wild assumait même de laisser la rondelle à l’adversaire mais celui-ci devait alors suer sang et eau pour espérer s’approcher du but. Et si Minnesota était la 12e défense pour les tentatives de tirs accordées, l’équipe était surtout celle qui accordait le moins de chances de marquer de toute la ligue. Le bloc mis en place devant Devan Dubnyk agissait ainsi comme un paratonnerre redoutable. Malgré un taux de possession qui n’est devenu positif que sur la fin de saison, Minnesota s’est donc classé première de la ligue haut la main pour les buts espérés tant sa défense était étanche. Ajoutez à cela une attaque correcte mais opportuniste, affichant le meilleur taux de réussite aux tirs de la ligue, le Wild a surfé toute la saison sur ce hockey à double tranchant.

Peut-être conscient que l’histoire récente montre tout de même que l’attaque gagne les coupes Stanley plutôt que les défenses, Boudreau a ouvert le jeu le dernier quart de la saison. Assumant davantage la possession du palet, Minnesota est devenu alors encore plus dangereuse et prête pour affronter des écuries justement offensives comme Chicago ou Nashville en playoffs. Mais ça, c’était avant de tomber sur Jake Allen...

Min goal 2

Dans les cages du Wild, Devan Dubnyk a connu une saison en deux temps. Longtemps impérial, il a subi un coup de moins bien les derniers mois. Si son taux d’arrêts est demeuré au-dessus de la moyenne de la ligue, il a fini par encaisser plus de buts que prévu, lui qui en avait sauvé 11 en 2015 comme en 2016. Ses performances en playoffs ont été rassurantes malgré l’élimination et son contrat de 4,3 millions de dollars demeure une aubaine à long terme pour le Wild.

Darcy Kuemper a vécu une saison difficile et ne sera pas de retour l’an prochain. Le Wild misera plutôt sur Alex Stalock ou Niklas Svedberg qui revient de KHL.

Min def

La défense de fer du Wild reposait sur un trio formé de la paire Ryan Suter - Jared Spurgeon et de Jonas Brodin. Les trois ont surtout marqué les esprits par leur efficacité défensive, aussi bien dans la faible quantité de tirs concédés comparativement à leurs camarades, mais aussi par leur capacité à prévenir les chances de marquer adverses. Ils se classent dans ce domaine aux 2e, 3e et 5e rang de la ligue, sur 240 défenseurs. Ils ont, de plus, été les seuls à assurer une possession positive à leur équipe. Meilleur marqueur du lot avec 40 points, Ryan Suter en a surtout inscrit 12 en supériorité numérique. À 5 contre 5, Spurgeon et Brodin, qui a manqué 14 matchs, ont ainsi davantage produit que Suter. Le premier termine à 38 pts dont 10 buts, et le deuxième à 25 pts.

Matt Dumba et Marco Scandella venaient ensuite dans la hiérarchie du Wild, avec des profils différents. Dumba était légèrement protégé des tâches défensives et prenait une part importante à l’avantage numérique (34 pts, dont 12 en avantage) alors que Scandella a fait face à de meilleurs adversaires et jouait en infériorité numérique (13 pts au total). Malgré sa réputation de défenseur défensif fiable, Scandella était loin d’être le plus efficace dans sa propre zone, et seuls Folin et Prosser concédaient plus de tentatives de tirs que lui. Une réputation dépassant la réalité a ainsi sûrement décidé le Wild à l’échanger aux Sabres cet été.

Min att

Il est visuellement possible de discerner plusieurs stratégies dans les lignes offensives du Wild, ou du moins plusieurs façons de s’y prendre. D’un côté, les joueurs comme Nino Niederreiter, Jason Pominville, Eric Staal ont davantage joué un jeu de possession, gardant le contrôle de la rondelle et provoquant un plus grand nombre de tentatives de tirs. La proportion à convertir celles-ci en chances de marquer était par contre inférieure à la ligne Koivu, Granlund, Zucker, qui misait davantage sur un jeu en contre, inférieur en quantité mais supérieur en qualité.

Les deux écoles ont fonctionné et posséder 8 attaquants au-delà de 40 points est assez remarquable. Pour indication, Pittsburgh n’en avait que 5 cette année, Washington ou Toronto 6. Si la chance a un peu joué en sa faveur, cela signifie tout de même que le Wild a de quoi aligner trois lignes capables de produire offensivement. Sans compter que le système regorge de prospects de grande qualité. L’année prochaine sera peut-être également l’occasion d’améliorer la 4e ligne, très largement en dessous des autres cette saison. 


Les séries :

Il ne sert à rien chercher bien loin les raisons de la victoire de St Louis  : Jake Allen a volé la série. Minnesota a écrasé les Blues sous les tirs, finissant les quatre premiers duels à plus de 55%, voire 60% des buts espérés, un gouffre dans la NHL. Seulement voilà, à 5 contre 5, Jake Allen a stoppé 97% des tirs et a constamment écœuré les attaquants du Wild qui avaient l’impression de devoir accomplir un miracle pour la mettre au fond  : 1 seul but par match les trois premières rencontre, 2 lors du 4e duel...

Surtout qu’à l’autre bout de la glace, St Louis a été à l’inverse extrêmement opportuniste. La défense du Wild ne leur a pourtant laissé que des miettes. Les Blues ont ainsi obtenu 44 tentatives de tirs par 60 minutes durant la série, le pire total des playoffs alors que l’avant-dernière équipe, Boston, est à 52, presque 10 de plus ! Mais les buts sont rentrés au parfait moment. Victoires en prolongation les matchs 1 et 5, but vainqueur à 2'30" de la fin au match 2... Tout s’est parfaitement aligné pour que St Louis s’échappe avec la victoire, laissant une équipe du Minnesota frustrée. Jake Allen est retombé sur terre dès le tour suivant, comme c’est souvent le cas.

 

En résumé : Rendez-vous l’année prochaine

Cette élimination au premier tour restera sans doute longtemps en travers de la gorge des partisans mais, en réalité, bien peu de leçons devraient en être tirées. Aussi bien durant la saison régulière qu’en playoffs, la troupe de Bruce Boudreau a pratiqué un hockey ultra pragmatique prompt à les emmener loin au printemps. Il n’y a aucun regret à avoir à ce niveau-là. Il y a de quoi être optimiste pour l’avenir. D’autant que les jeunes comme Joel Eriksson Ek, Luke Kunin et Gustav Olofsson pourraient intégrer l’effectif dès cette année et avoir un impact positif. Dommage que le petit maestro russe Kirill Kaprizov reste encore trois ans en KHL. Mais il sera du renfort pour plus tard. En attendant, toutes les pendules sont à l’heure.

 

< Toronto

Calgary >