Bilan 2016-17: Calgary, peuvent-ils faire mieux ?

Équipe en construction, les Flames de Calgary peuvent certainement se satisfaire d’une présence en playoffs pour cette saison. La défaite face aux Ducks d’Anaheim, même si sévère, a cependant montré la différence de niveau qui sépare encore Calgary des meilleures équipes de la Conférence. La progression continue mais avec quelques points d’interrogation.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_


L’organisation s’était quelque peu laissée bercer par l’ivresse du succès en 2014-15, une saison Cendrillon couronnée d’un succès au premier tour des séries face à Vancouver. Mais, en réalité, la réussite insolente des tireurs et une bonne saison de Jonas Hiller et Karri Rämö dans les buts cachait un système de jeu bien pauvre. La saison suivante n’avait pas manqué de remettre les choses dans l’ordre, comme bien d’autres équipes trop chanceuses avant elle en ont fait l’expérience, et Bob Hartley avait été remercié fin 2016.

L’arrivée en poste de Glen Gulutzan a constitué un sérieux progrès pour les Flames et l'entraîneur a trouvé les bonnes combinaisons pour son équipe au cœur de cet hiver, suffisamment tôt pour arracher une qualification en playoffs. Les Flames demeurent tout de même une équipe inégale qui doit énormément de son succès à quelques éléments déterminants. La paire de défense Marc Giordano – Dougie Hamilton est parmi les meilleures de la ligue, Johnny Gaudreau et Sean Monahan font des étincelles en attaque et Frolik - Tkachuk - Backlund forment un des trios « défensifs » les plus efficaces qu’il soit. Mais au-delà de ces joueurs, le niveau est pour l’instant trop faible pour prétendre aux grands honneurs, et la question du poste de gardien reste grande ouverte.

Calg team

Les Flames venaient au 15e rang de la ligue pour la possession cette année et le 22e pour les buts espérés. De quoi facilement les qualifier d’équipe la plus faible dans l’ouest à l’entrée des playoffs. Longtemps accrochée au classement par le bout des ongles, une bonne séquence de Brian Elliott en février a finalement donné de la marge de manœuvre à l’équipe alors que la concurrence (Los Angeles) s’enlisait. Gulutzan avait également à ce moment-là resserré les rangs en défense et donné plus de place au trio de Backlund.

La production de Johnny Gaudreau est légèrement en hausse à 5 contre 5 mais il lui a manqué quelques points en supériorité numérique. Monahan, Backlund ont connu des saisons à la hauteur des espérances et le rookie Matthew Tkachuk a démontré de fort belles promesses. Le problème demeure bien la seconde moitié de l’alignement et le poste de gardien.

Calg goal 2

Brian Elliott a sans doute hypothéqué ses chances de s’établir pour de bon comme gardien numéro un dans la NHL, même s’il tentera de rebondir à Philadelphie la saison prochaine. À 32 ans, sa première saison avec les Flames a été une déception. Ses performances en saison régulière et surtout en playoffs ont été loin des standards nécessaires pour s’imposer sur le long terme. Le gardien a seulement connu une bonne séquence en février mais n’a rien pu faire par la suite pour aider ses coéquipiers.

Calgary a donc déjà tourné la page et est allé chercher Mike Smith en Arizona. Mais, à 35 ans, le vétéran n’est certainement qu’une parenthèse en attendant que le jeune Tyler Parsons, vainqueur de la Mémorial Cup en 2015 et médaillé d’or avec les USA aux championnats du monde junior 2016, soit prêt pour la NHL.

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La différence de niveau au sein de la brigade défensive des Flames est visuellement impressionnante. Giordano et Hamilton ont bel et bien formé l’une des paires les plus complètes et les plus efficaces de la ligue la saison passée. Avec eux sur la glace, les Flames pouvaient espérer une possession du palet largement positive, chose inusitée pour Calgary... Et la clé de ce succès réside certainement sur les épaules de Dougie Hamilton. Avec lui, Giordano affichait un taux de possession à 56,7%. Sans Hamilton, il tombait à 46,9%. L’ancien joueur des Bruins s’est également classé 2e de la ligue pour les points/60mn à 5 contre 5, juste derrière Brent Burns et devant Erik Karlsson. Et tout cela en supportant la même charge de travail que le reste du top4 défensif. Il a simplement été tenu éloigné de l’infériorité numérique pour le moment, comme l’étaient P.K. Subban ou Erik Karlsson à son âge. Hamilton clôture l’année avec 13 buts et 50 pts, soit le 9e total de la ligue, devant Giordano (12 buts, 39 pts).

Derrière, TJ Brodie a fait de son mieux avec les partenaires qu’on lui a confiés (36 pts). Clairement plus proche du niveau de Giordano et Hamilton que du reste de l’équipe, son entente avec Wideman était correcte, mais il lui a été difficile de porter sur son dos Michael Stone ou Derrick Engelland. Les Flames ont payé très cher pour faire l’acquisition de Travis Hamonic cet été pour l’épauler. Hamonic est peut-être un peu surévalué mais il a également souffert d’affronter de trop grosses responsabilités défensives avec les Islanders. Un rôle de numéro 4 sur la seconde paire des Flames lui conviendra sans doute mieux.

Resigner Michael Stone pour 3 ans est, par contre, une décision à se gratter la tête. Donner 3,5 millions à un défenseur de 3e paire, qui fut aussi inefficace avec Arizona qu’avec Calgary, démontre une proportion inquiétante de l’organisation à aimer les vieux stéréotypes du hockey. Stone est un gros gabarit qui distribue de nombreuses mises en échec, signe qu’avec lui sur la glace, son équipe court souvent après la rondelle...

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L’attaque des Flames se divise en deux catégories... Nous l’avons dit, le trio Backlund – Frolik – Tkachuk a abattu un travail colossal cette saison. Affrontant les meilleures lignes adverses, prenant le plus de mises en jeu en zone défensive, les trois ont constamment récupéré la rondelle et assuré sa possession aux Flames. Jouer majoritairement avec Giordano – Hamilton à ses côtés possède certes quelques avantages. Tkachuk et Backlund ont également réussi à produire raisonnablement à 5 contre 5 et le « vieux » Frolik, 29 ans, maintient son rythme de 40-45 points par saison. Avec 48 pts, Tkachuk signe une saison rookie convaincante et son style abrasif a tout pour plaire au public. Il termine 6e de la ligue parmi les rookies.

Gaudreau et Monahan avaient clairement la responsabilité des missions offensives, démarrant plus de 43% de leurs shifts en zone offensive. Cette proportion les place autour du top-10 de la ligue, sur près de 500 joueurs. C’est dire que l'entraîneur Gulutzan les protégeait par conséquent des missions défensives, terrain où les deux stars pataugent assez rapidement. Il manque toutefois aux Flames un ailier pour compléter ce trio, car ni Michael Ferland ni Alex Chiasson n’ont semblé en mesure de contribuer à leur niveau.

Les 3e et 4e trios se sont révélés des faiblesses pour l’équipe et les Flames voudront resserrer les rangs à ce niveau car le bottom-6 n’était cette saison ni efficace en défense, ni une source supplémentaire d’attaque. Ainsi, on attend beaucoup plus de Sam Bennett qu’une récolte de 26 pts.


Les séries :

Le résultat final, un balayage des Ducks, est un brin sévère pour les Flames. Ceux-ci menaient à mi-match dans la première rencontre avant de chuter 3-2. Rebelote dans la deuxième manche alors que Getzlaf donna la victoire aux Ducks en power play à 5 minutes de la fin. Mais Calgary a surtout perdu la série dans la troisième période du match 3. En avance 4 à 1, les Flames se sont fait remonter, à domicile, avant de s’incliner en prolongation.

S’ils faisaient au moins jeu égal, voire mieux, dans le jeu, Calgary a surtout subi les conséquences des piètres performances de Brian Elliott dans les buts. Avec 88% d’arrêts, Elliott est passé à côté de ses playoffs. Son top-4 défensif a pourtant contrôlé le jeu, Hamilton-Giordano et Brodie terminant tous à plus de 57% des buts espérés. Ajoutons à cela que les Flames ont converti un tiers de leurs avantages numériques, le meilleur taux de la ligue en playoffs. Tous les éléments étaient réunis pour que Calgary s’accroche un peu plus même si, Edmonton en a fait l’expérience par la suite, la capacité des Ducks à prendre le contrôle dans les moments clés symbolise le fossé entre une jeune équipe et un vrai prétendant. Une bonne leçon à retenir pour la suite.

On peut se demander par ailleurs dans quelle mesure cette équipe d’Anaheim n’était pas le pire tirage possible pour Calgary. Les Flames n’ont plus gagné au Honda Center en Californie depuis... 25 matchs.


En résumé : Peuvent-ils faire mieux ?

D’un côté, les Flames possèdent quelques très belles cartes, des joueurs qui figurent parmi l’élite de la ligue et qui devraient le rester de longues années. Une progression est donc attendue et espérée. Mais de l’autre côté, l’effectif manque encore de profondeur et le pool de prospects ne réserve pas de grande surprise. Il faut également voir si Glen Gulutzan est capable d’élever le jeu de l’équipe d’un cran avant que les Giordano, Backlund, Frolik et Brodie ne commencent à décliner. Bref, Calgary doit résoudre plusieurs problèmes majeurs sous peine d’arriver bientôt à la croisée des chemins entre réel espoir ou génération en demi-teinte. Les Flames restent une équipe en équilibre et la qualification en playoffs se joue encore à pile ou face.

 

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