Bilan 2016-17: Columbus, ne pas s'enflammer

Les Blue Jackets de Columbus ont constitué l’une des bonnes surprises de cette saison. Malgré une élimination sèche au premier tour aux mains des futurs champions Pittsburgh, la troupe de John Tortorella a démontré qu’elle était bien sur une dynamique ascendante.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

Pourtant, malgré la présence de jeunes talents dans l’effectif, les Jackets nourrissaient tout de même quelques doutes à l’orée de la saison. La raison principale était la présence derrière le banc de John Tortorella. L'entraîneur, plutôt membre de la vieille école, n’avait rien démontré de rassurant l’année précédente, où, bien que diminuée par des blessures, l’équipe avait produit un jeu faible et sans inspiration. « Torts » avait, de plus, subi une déconvenue spectaculaire à la Coupe du monde de septembre avec l’équipe américaine, symbolisant l’échec d’une stratégie basée sur le jeu physique face au talent pur des autres nations.

L'entraîneur a cependant su modifier son plan de match, peut-être en conséquence directe de cette expérience. Sans pour autant réinventer la roue, le jeu des Jackets s’est mieux adapté au fil de la saison au profil de ses joueurs, tout en bénéficiant de l’explosion de plusieurs éléments comme Alexander Wennberg, Zack Werenski et le pari gagnant Sam Gagner. Combiné à l’extraordinaire saison du gardien Sergei Bobrovsky, les Jackets ont pu jouer dans la cour des grands, peut-être au-dessus de leurs moyens, mais prenant un pas dans la bonne direction.

CBJ team

En 2015-16, les Jackets avaient proposé le 24e jeu de possession de la ligue (47,5%). La progression de cette saison, à 51,1%, au 8e rang de la ligue, est donc un véritable accomplissement. L’effectif en forme a bien aidé, mais Tortorella a laissé plus de champ libre à ses attaquants, misant sur leur vitesse et leur talent naturel. Si envoyer la rondelle au fond était encore la tactique principale, Columbus a pu davantage les récupérer qu’auparavant. En défense, l’éclosion de Werenski a permis d’équilibrer les paires défensives, Seth Jones passant notamment de Ryan Murray et Barett Jackman à Werenski comme partenaire... Au final, les Jackets ont gagné dix places dans les deux sens de la patinoire, grimpant du 21e au 11e rang en attaque et du 26e au 16e rang en défense pour les tentatives de tirs.

Cela ne les place tout de même qu’à peine au-dessus de la moyenne de la ligue, une situation symbolisée par une 14e place aux buts espérés, alors que l’efficacité en zone défensive faisait souvent défaut. L’amélioration est là mais le succès de cette saison, une 4e place au classement de la ligue, a donc largement bénéficié de la performance de Bobrovsky dans les buts. Lui et ses remplaçants ont enregistré le 2e taux d’arrêts de la ligue, Bobrovsky se plaçant lui-même dans un univers à part chez les gardiens de la NHL. Les nombreux buts sauvés par le portier ont été autant de points grappillés par l’équipe qui aurait, sinon, plutôt lutté pour une place en wild-card.

Au final, Columbus franchit la barre des 100 points pour la première fois de son histoire, et obtient seulement sa troisième participation en playoffs. Parmi les autres records, citons un mémorable 10-0 infligé à Montréal en novembre, aucune défaite en 14 matchs en décembre pour une série finale de 16 succès consécutifs, et le meilleur bilan à domicile de l’histoire du club - et bien sûr, un record de buts marqués.

CBJ goal 2

Bobrovsky était cette saison le meilleur gardien de la ligue. En pleine santé, le Russe a dominé ses homologues notamment par sa régularité quand les Price, Dubnyk, Holtby ont tous subi des petits passages à vide. Avec plus de 38 buts sauvés cette saison, Bobrovsky décroche la seconde meilleure performance dans ce domaine de la décennie, derrière les 39 de Lundqvist en 2015-16, devant les 37 de Price en 2014-15 et les 33 de Thomas en 2010-2011. Logiquement récompensé du trophée Vezina, Bobrovsky a également permis à Tortorella de remporter le Jack Adams du meilleur entraîneur, tant on sait que ce trophée est dépendant de la performance des gardiens...

Point négatif, une telle saison sera difficile à rééditer l’an prochain, tant par son côté exceptionnel que par l’historique en montagne russe du joueur. Les Jackets espèrent assurément qu’il se stabilisera dans l’élite de la ligue, tout en l’appuyant un peu mieux dans le jeu.

CBJ def

Columbus pouvait se targuer cette saison de posséder un beau top-4 en défense. Il serait cependant plus juste de parler d’un trio de fer car Jack Johnson semble réellement un cran en retrait. En duo avec David Savard, la paire présentait un taux de possession de 50,5%. Mais Savard sans Johnson grimpait à 54,3% alors que Johnson sans Savard tombait à 45,3%. L’ancien 3e choix de la draft 2005 tire un peu la langue à 30 ans et avec une seule année à son contrat, la direction des Jackets se posera certainement la question de son avenir car des jeunes cognent à la porte.

Savard, et surtout la paire Seth Jones – Zack Werenski s’est donc largement démarquée dans le bon sens du terme. Si l’efficacité générale de l’équipe en zone défensive est au mieux moyenne, une performance attribuable aux schémas tactiques employés, ces trois joueurs ont été de véritables facteurs de possession pour les Jackets. Avec eux sur la glace, Columbus obtenait largement plus de tentatives de tirs que ses adversaires. Werenski a réussi le tour de force d’être celui avec qui les Jackets obtenaient le plus de tentatives de tirs en attaque et en accordaient le moins en défense, même s’il a été protégé des mises au jeu défensives. Un talent brut qui devra confirmer la saison prochaine et qui permet surtout à Seth Jones de montrer son plein potentiel de défenseur numéro un. Les deux joueurs terminent à douze buts chacun, record de la franchise.

Jack Johnson a (déjà) 30 ans, mais n’oublions surtout pas que Savard est ensuite le plus vieux de la bande à 26 ans. Jones en a 22, tout comme Nutivaara, Murray 23, Werenski 20 et ils seront rejoints l’an prochain par Gabriel Carlsson. À 20 ans, le premier choix des Jackets à la draft 2015 a fait directement le saut du championnat suédois aux playoffs NHL l’an passé ou presque. À surveiller.

CBJ att

Brandon Saad a été la bougie d’allumage à l’attaque cette saison. Assurant la possession, notamment en étant celui qui entrait le plus en zone offensive en transportant la rondelle, plutôt que de l’envoyer au fond, il a été tout autant efficace et productif. Chose intéressante, Artemi Panarin qui le remplacera l’an prochain présente un profil très similaire. Foligno et Wennberg ont été tirés vers le haut en compagnie de Saad, prenant passablement l’eau lorsque celui-ci n’était plus avec eux sur la glace. Chose intéressante, le jeune Oliver Bjorkstrand, 22 ans, a montré des choses très intéressantes en compagnie des mêmes Foligno et Wennberg durant son passage en NHL (13 points en 26 matchs). Sniper mémorable en WHL, brillant aussi lors du titre AHL l’an dernier, le Danois progresse fort.

Une autre force majeure de Columbus cette saison était sa profondeur en attaque. Œuvre du DG Jarmo Kekäläinen, l’ajout de potentiel offensif a fait en sorte que le 4e trio rassemblait Scott Hartnell et Sam Gagner, au lieu des plombiers habituels. Flanqué du moins talentueux Sedlak, Hartnell et Gagner se sont amusés face aux fonds d’alignement adverses, monopolisant la rondelle et produisant des points à 5 contre 5 en bonne quantité comparativement à leur temps de jeu.

Gagner a également fait partie d’une équipe de supériorité numérique très performante et qui savait se trouver les yeux fermés. Le quintet Werenski, Wennberg, Foligno, Gagner et Aktinson a ainsi amassés une vingtaine de points chacun en power play. Un Aktinson qui a justement connu la meilleure saison de sa carrière avec 35 buts, dont 11 en supériorité numérique. Toutefois, sa ligne avec Jenner et Dubinsky a largement moins bien fait dans le jeu que les 1er ou 4e trio. De même, la 3e ligne Calvert, Karlsson, Anderson a été à la peine à 5 contre 5. Il est assez clair qu’ils ont subi de plein fouet le système de jeu de Tortorella les obligeant à abandonner le palet mais sans avoir les habiletés naturelles pour le récupérer facilement. En espérant que des corrections soient apportées l’an prochain.

 

Les séries :

Ce devait être l’une des affiches du premier tour. Sergei Bobrovsky devait donner aux Blue Jackets un avantage décisif face aux gros canons des Penguins mais il n’en fut rien. Le portier a livré une performance bien loin de ses standards de cette année. Son taux d’arrêts de 88,2% fut le pire de la ligue après Brian Elliott, et à des lustres de son 93,1% de la saison régulière.

Car si Columbus a gagné la bataille de la possession (53% sur l’ensemble de la série), ce sont bien les Penguins qui se sont montrés les plus dangereux. À l’indice des buts espérés, les Penguins ont largement dominé tous les matchs sauf la 4e rencontre, remportée par Columbus, en plus de marquer sur 33% de leur supériorité numérique ! Les Jackets se sont souvent fait prendre dans leur dos et Bobrovsky a été mis hors de position comme Holtby le fut le tour suivant par la vitesse des Pens. La différence de talent et de maturité a ici été frappante. Columbus n’a donc pas fait mieux qu’il y a trois ans face aux Penguins et attend toujours sa première série victorieuse en phase finale.

 

En résumé : Ne pas s’enflammer

Cette défaite paraît sèche au regard des performances en saison régulière, mais elle a rappelé combien Bobrovsky a pesé sur les résultats des Jackets cette saison. Tortorella a certes amélioré son système, cependant le niveau de jeu n’est pas pour l’instant digne du top-10 de la ligue. Et les stratégies similaires, de « dump and chase » ne tiennent plus la route dans une NHL de moins en moins physique et de plus en plus rapide. Si jamais Bobrovsky redescend sur terre l’an prochain, ou pire, connaît un passage à vide dont il a le secret, les failles de l’équipe pourraient apparaître au grand jour. L’effectif est pourtant jeune et talentueux, attention à ne pas gâcher les meilleures années de cette génération avec une philosophie qui n’a pas les moyens de ses ambitions.

 

<< Calgary

Boston >>