Bilan 2016-17: Boston, à la croisée des chemins ?

Voici quelques années que Boston a entamé son déclin et une tentative de reconstruction rapide. Malgré des trous béants dans l’effectif, l'entraîneur Claude Julien était pourtant parvenu à tirer le maximum de son effectif cette saison malgré les performances calamiteuses de Tuukka Rask dans les cages. Payant finalement le prix pour son cerbère, le départ de Julien marque un tournant pour la franchise, qui espère ne pas le regretter.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

La saison des Bruins est une histoire à deux vitesses. D’un côté, donc, Claude Julien était parvenu à faire d’un effectif très hétéroclite le système le plus rodé de la ligue, à l’image des grandes années des Bruins cette dernière décennie. Mais de l’autre côté, les gardiens de but ont livré des performances tirant constamment l’équipe vers le bas, sans compter que la réussite fuyait aussi passablement les tireurs. Sur le papier, Boston se donnait ainsi toutes les chances de créer la surprise dans une division Atlantique anormalement ouverte, mais les performances sur la glace ont semblé trop régulièrement tourner injustement en leur défaveur.

Si Boston a tout de même accroché les playoffs, un dernier coup de la chance a mis sur la touche trois de ses défenseurs top-4 juste avant les séries, laissant un effectif désarmé, même face à des pauvres Senators d’Ottawa. Une saison de regret et de malchance donc, où la direction a peut-être manqué de patience en limogeant Claude Julien en février. Son remplaçant Bruce Cassidy a bien tenté de perpétuer les directives de son ex-boss, mais on l’a senti incapable de s’adapter au fil des matchs et le jeu de l’équipe s’en est quelque peu ressenti. À voir s’il pourra relever le défi l’an prochain ou si Boston pourrait vivre un déclin stratégique comme à Détroit après le départ de Mike Babcock.

Bos team

Car il fallait bien un génie tactique pour faire de cet effectif là une machine à monopoliser la puck. Meilleure équipe de la ligue pour la possession de rondelle, meilleure attaque pour les tentatives de tirs obtenues, meilleure défense pour les tentatives concédées, le plan mis en place par Claude Julien et perpétué par Bruce Cassidy donnait un avantage conséquent soir après soir à Boston, emmené par le formidable trio Pastrnak-Bergeron-Marchand, le meilleur de la ligue en la matière. Ajoutons à cela le meilleur penalty kill de la ligue, la 7e supériorité numérique...

La seule raison pour laquelle Boston n’a marqué que 49,3% des buts, au lieu des 55,4% espérés, a été des gardiens hors du coup (28e taux d’arrêts de la ligue) et des tireurs en manque de réussite (24e réussite aux tirs de la ligue). Boston enregistre au final le 29e PDO de la saison, un triste fardeau à porter durant 82 matchs mais qui devrait rebondir l’an prochain. Telle est la logique des performances en NHL, on n’y reste jamais trop chanceux ou malchanceux bien longtemps.

En parlant d’avenir, précisons que les Bruins qui naviguaient à 56% de possession sous Julien sont descendus à 53% sous son successeur. 53% demeure tout de même un niveau très élevé, et l’équipe pourrait continuer à jouer les trouble-fête si Cassidy maintient cette performance. À condition que les gardiens redressent la tête. Car le sprint final a bénéficié malgré tout de ce “choc psychologique” : après le 7 février et la nomination de Cassidy, Boston a signé la meilleure marque de la ligue en buts par match (3,37) et a terminé deuxième en victoires (18) et supériorité (27,8%). Autant dire que Boston arrivait en playoffs avec un élan certain, mis à mal par les blessures donc : onze joueurs participaient à leurs premières phases finales.

Bos goal 2

Où est passé le Tuukka Rask de la grande époque, celui qui est allé jusqu’en finale de la coupe ? Cette saison constitue bien entendu sa plus mauvaise en carrière. Presque à 92% de taux d’arrêts, 4 buts encaissés de plus que prévu, lui qui en a toujours sauvés auparavant. Rappelons encore une fois que la défense devant lui est celle qui accordait le moins de tentatives de tirs de la ligue, le 4e plus bas nombre de chances de marquer, et que Rask a été le gardien face à qui les attaquants adverses tiraient en moyenne le plus loin de la ligue !

Il faut tout de même préciser que les performances de Rask déclinent d’année en année depuis sa titularisation dans les cages. Son taux d’arrêts à 5 contre 5 est passé de 93,7% en 2013 et 94,2% en 2014 à 93,1%, 92,6% puis 92% cette saison. Il sauve également de moins en moins de buts, de plus d’une dizaine en 2013 et 2014 à, donc, un bilan négatif cette saison. Arrivé sur le tard dans la lumière, il est facile d’oublier que Rask a déjà 30 ans, c’est plus que Price, Holtby, Bobrovsky... Alors que les gardiens déclinent après leur entrée dans la trentaine, il faut espérer pour Boston que le Finlandais connaîtra tout de même des jours meilleurs. Difficile de faire pire en tous cas.

Bos def

Le top-4 défensif des Bruins était constitué de Zdeno Chara, du rookie Brandon Carlo, d’Adam McQuaid et d’un seul « puck mover » : Torey Krug. Vraiment pas de quoi soupçonner un système supprimant de façon systématique l’approche du but aux attaquants adverses. Il faut également ajouter les très belles prestations de Colin Miller sur la 3e paire, qui n’ont pas échappé à Las Vegas d’ailleurs... Torey Krug a livré une saison de grand calibre. Même s’il était un peu plus dispensé des missions défensives que la paire Chara-Carlo, Krug a dominé ses équipiers de la tête et des épaules dans les deux sens de la patinoire. Son implication offensive lui a valu de récolter 51 points, un sommet en carrière, dont 25 sur l’avantage numérique, au 5e rang parmi les défenseurs de la ligue.

Petit bémol tout de même, l’association du capitaine Chara avec Brandon Carlo, 20 ans, a semblé un beau pari pour Claude Julien mais la paire a tout de même livré les moins bonnes performances de l’équipe. Certes plutôt assignés à des tâches défensives, les deux sont ceux qui accordaient le plus de tentatives de tirs de la brigade défensive. Et si Carlo s’est attiré beaucoup d’éloges pour avoir été ainsi directement promu, les carences dans son jeu sont encore bien visibles, aussi bien en défense qu’en attaque. Il a évidemment encore le temps d’apprendre bien des choses mais il convient de prendre sa saison avec des pincettes.

La blessure de Krug et Carlo à la veille des playoffs a contraint l’organisation à lancer Charlie McAvoy, son meilleur espoir. Brillant au Mondial junior, le défenseur universitaire ne devait jouer qu’en AHL et démarrer son contrat NHL seulement la saison prochaine. Les blessures ont forcé la main et consommé la première année de son contrat rookie... Le gamin a joué plus de 26 minutes par match face aux Senators, et pris date pour l’avenir.

Bos att

N’en déplaise à ses détracteurs, le duo Patrice Bergeron – Brad Marchand a quelque chose de magique. Les deux se sont classés cette saison aux premiers rangs de la ligue pour la possession du palet. Ils sont également tous deux sur le podium des joueurs se démarquant relativement le plus du reste de leur coéquipiers, comme ils l’étaient l’an passé, et l’année d’avant... Les deux sont dans le top-5 de la ligue pour obtenir des tentatives de tirs en attaque, comme pour en accorder le moins en défense. Flanqués de la gâchette David Pastrnak (record de carrière à 70 pts), le trio a tellement dominé les débats chez les Bruins que le reste de l’effectif a parfois fait pâle figure à côté.

Krejci (54 pts), Vatrano (18 pts en 44 matchs) ou Backes (17 buts, 38 pts) n’ont pas démérité et ont relativement bien produit à 5 contre 5 vis-à-vis de leur temps de jeu. Le bottom-6 des Bruins, en revanche, a été beaucoup plus à la peine, ne parvenant guère à ses créer des chances en attaque et encore moins à produire des buts. Bonne nouvelle, Dominic Moore et Jimmy Hayes ne seront pas de retour. Les Bruins devraient également donner plus de chances à ses jeunes afin de stabiliser les trios, faisant davantage confiance à l’avenir à Vatrano et Spooner sur un 3e trio, et Riley Nash au centre d’un 4e trio défensif. L’équipe AHL de Providence a fini 7e de la ligue et comptait neuf joueurs au delà des 30 pts : un vivier qu’il faudra solliciter la saison prochaine, à l’image d’un Sean Kuraly buteur en playoffs.

 

Les séries :

C’est donc privés de Krug, McQuaid et Carlo que les Bruins ont entamé la série contre Ottawa, signant un contrat NHL en urgence au jeune Charlie McAvoy, leur choix de 1er tour de la draft 2016. Ces absences, plus celle de Krejci, qui n’a joué que 3 matchs, ont certainement contribué à niveler le combat et la série a été âprement disputée, tous les matchs se terminant par un écart d’un but dont quatre en prolongations. Le jeu fut lui aussi serré, même si Ottawa semblait avoir pris la mesure des Bruins lors des quatre derniers matchs.

L’opposition s’est résumée à une longue partie d’échec, mettant aux prises deux équipes difficilement capables de se créer des chances en attaque. Boston et Ottawa ont été ainsi 14e et 15e (sur 16) pour le nombre de tentatives de tirs obtenues durant ces playoffs. Autant dire que n’avons pas assisté à un festival offensif. Et connaissant le rendement de Boston en saison régulière, cela montre le poids des absences mais aussi un échec de Cassidy dans son duel avec Guy Boucher. Celui-ci avait notamment sacrifié sa paire Phaneuf-Ceci face à la ligne de Bergeron, laissant à Erik Karlsson la liberté de s’exprimer face au reste de l’alignement des Bruins. Malgré deux micro-fractures au pied, avec 6 passes en autant de matchs, Karlsson a été la différence dans ce concours d’opportunisme. Tant pis pour les Bruins, et tout de même rageant.

 

En résumé : À la croisée des chemins ?

Difficile de prédire ce que seront les Bruins l’an prochain. Tout dépendra de la capacité des espoirs de l’organisation à avoir un impact immédiat sur un collectif qui va sinon toujours manquer de profondeur. Et quid du long terme ? Bergeron, Marchand, Krejci, Backes, McQuaid ont tous plus de 29 ans et Chara 40. La prochaine génération des Bruins risque plutôt de reposer sur les épaules de Pastrnak et des espoirs Anders Bjork, Zachary Senyshyn en attaque, Charlie McAvoy et Brandon Carlo en défense. Faut-il tenter de mixer les deux générations tant que Bergeron et Marchand en ont dans le réservoir ? Faut-il les échanger contre une pléthore de jeunes joueurs afin de solidifier la génération à venir ? Un dilemme qui se posera assurément dans un an, après la probable retraite de Zdeno Chara.

 

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