Bilan 2016-17: San José, changement de garde ?

Les Sharks avaient tout du prétendant idéal. L’esprit de revanche pour l’an passé, un effectif à maturité, une saison régulière qui semblait maîtrisée... jusqu’à ce que la machine ne s’enraye et que les illusions s’écroulent.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_


D’octobre à mars, les Sharks ont tenu un rythme de croisière tranquille, bien installés en tête de la division Pacifique. Brent Burns affolait les compteurs, Pavelski, Couture, Thornton, Marleau, Vlasic, Jones, tous performaient à la hauteur de leur talent et la saison régulière ressemblait à une longue mise en jambe pour les playoffs. Longue ? Peut-être trop longue. Sur le dernier mois de compétition, ils ne se sont classés que 27e de la ligue avec 5 petites victoires pour 9 défaites, principalement la faute à une baisse de régime des gardiens, un passage à vide des tireurs et quelques blessures. Un fâcheux cocktail négatif au plus mauvais moment qui leur a coûté non seulement la première place dans la division, mais aussi la deuxième, synonyme d’avantage de la glace.

Pire, Joe Thornton allait rater les deux premières manches de la série suite à une blessure au genou, et jouer le reste à l’orgueil, de même que Couture. Face à des jeunes Oilers en furie, et un Cam Talbot en feu, les Sharks ont finalement rendu les armes en six matchs, bien loin de l’objectif initial de la saison.

SJ team

Et pourtant, San Jose avait bien la figure d’un prétendant. 5e équipe de la ligue pour la possession, 6e attaque et la 14e défense pour les tentatives de tirs, le système penchait vers l’offensive mais sans laisser la porte ouverte à tous vents derrière. 8e pour les buts espérés comme pour les buts marqués, un PDO stable à 100, il n’y avait aucune surprise à l’horizon, les résultats n’ayant pas été tiré à la hausse ou la baisse par la réussite ou les gardiens. Les unités spéciales n’ont pas été très performantes mais cela n’a que peu d’importance en playoffs. Cependant, compte tenu de la qualité et de l’expérience du top-6, un jeu de puissance aussi médiocre pose question. Plusieurs observateurs se sont ainsi interrogés sur les choix de Peter DeBoer.

Si les lignes d’attaques ont régulièrement été mixées, le jeu des Sharks a toujours reposé sur la séparation des tâches au sein du top-4 défensif entre les paires Vlasic-Braun, abonnés aux missions défensives, et Burns-Martin, libre de virevolter en attaque. Qu’importe alors qui les accompagnait, tant le géant barbu a fait des étincelles cette saison. Jusqu’aux playoffs...

SJ goal 2

Martin Jones a tout de même connu une saison en demi-teinte après les belles promesses de l’an dernier. Son taux d’arrêts a diminué pour tomber en deçà de la moyenne de la ligue, mais il a sauvé plus de buts qu’en 2015-16. Il a surtout réalisé de très bonnes phases finales, et l’élimination n’est certainement pas de sa faute, un fait rassurant pour la suite.

Le remplaçant Aaron Dell a surtout livré une saison très au-delà des espérances pour un portier de 28 ans n’ayant jamais connu la NHL. Des 62 gardiens retenus pour nos bilans NHL, il a enregistré, de loin, le meilleur taux d’arrêts à 5 contre 5, à près de 95% ! Toutes situations confondues, il se classe 2e derrière Bobrovsky. Dell n’a bien sûr joué que 20 matchs et il ne faut surtout par voir en lui un possible numéro un quelque part, mais il a grandement aidé l’équipe cette année et pourra confirmer ses performances l’an prochain.

SJ def

Nous l’avons dit, la défense des Sharks se divise en deux catégories. Braun et Vlasic faisaient face aux meilleurs lignes adverses et partaient le plus souvent de leur zone défensive. Leur taux de possession en a grandement souffert, alors que la paire se plaçait dans le positif les années précédentes. C’est peut-être là un premier signe d’un affaiblissement par la base, surtout lorsque l’heure fut venue d’affronter Connor McDavid. Braun et Vlasic demeuraient en revanche très efficaces dans leur zone, prévenant les chances de marquer adverses bien mieux que tous leurs camarades. Les deux ont 30 ans et Vlasic a signé un contrat de huit ans pour les saisons 2018-19 à 2025-26. À voir si le déclin s’amorce déjà ou non pour l’un des tout meilleurs défenseurs défensifs de la ligue.

La saison de Brent Burns aurait pu être celle de tous les superlatifs sans une baisse de régime en fin saison, lui aussi. Burns a été, de loin, celui avec qui les Sharks se créaient le plus de tentatives de tirs, se classant le 2e meilleur défenseur de la ligue dans ce domaine. Il était cependant, avec Martin, celui avec qui les Sharks concédaient le plus de tentatives en défense. La balance de ce jeu ouvert est restée largement positive et celui qui voudrait brider le moteur du géant pour qu’il soit plus responsable défensivement n’a pas compris grand-chose à ce joueur. Burns a titillé les meilleurs marqueurs de la ligue toute la saison et battu le record de Sandis Ozolinsh avec 29 buts...

SJ att

Mis à part Thornton et Pavelski, toujours collés ensembles, le top-6 des Sharks a très souvent changé de combinaisons. Ces deux joueurs sont ceux qui ont globalement affronté les meilleurs trios adverses, sortant souvent vainqueurs en termes de possession, avec une belle efficacité pour se créer des chances de marquer. La production offensive de « Jumbo Joe » a cependant piqué du nez cette saison et ses 50 points sont son plus bas total depuis son année rookie (et 26 points en 33 matchs en 2012-13). Une baisse due en grande partie à un déficit de buts, car son jeu de passe reste au niveau : il est le 13e joueur à franchir les 1000 assistances en carrière.

Cause ou conséquence, Joe Pavelski est passé sous la barre des 30 buts pour la première fois depuis 2011-12. Patrick Marleau était encore capable de marquer plus de 25 buts à 37 ans dans un rôle protégé et optimisé pour lui. Logan Couture a peiné dans le jeu, notamment défensivement, alors que sur ses ailes, Bødker, Donskoi, Marleau et Ward ont alterné le bon et le moins bon.

Au chapitre des satisfactions, l’acquisition de Jannik Hansen en mars semble une belle prise et le Danois restera encore l’an prochain en Californie. Les jeunes Tomas Hertl et Timo Meier ont montré de belles choses dans le jeu. Il n’a manqué que la production offensive à Meier, 9e choix de la draft 2015, mais il a surtout joué sur le 3e trio pivoté par Chris Tierney qui avait des missions défensives et a peu produit de buts. La vraie bonne nouvelle de la saison vient donc de la production du bottom-6, alimenté par une pléiade de jeunes qui ont alterné entre NHL et AHL, dont Kevin Labanc et Ryan Carpenter sont les meilleurs représentants.


Les séries :

On pourrait accumuler les concours de circonstances pour expliquer la défaite au premier tour des Sharks. La baisse de régime en fin de saison était de mauvais augure, baisse due en grande partie aux blessures consécutives de Thornton et Couture. Perdre l’avantage de la glace et tomber face aux Oilers n’était pas un cadeau : la vitesse d’Edmonton a fait mal paraître certaines jambes lourdes de deux longues saisons. Todd McLellan connaissait aussi parfaitement ses anciens joueurs et a pu ajuster le jeu des Oilers en conséquence. Vlasic - Braun n’ont pas pu contenir Connor McDavid et la ligne de Thornton a été tenue en échec par le trio de Nugent-Hopkins. La partie d’échec a tourné à l’avantage d’Edmonton, bien aidé par les deux blanchissages consécutifs de Talbot dans les matchs 2 et 3. Un manque de réalisme offensif qui fut chronique cette saison.

Mis à part un match 4 complétement maitrisé, les Sharks ont surtout semblé manquer de jus, et Edmonton a objectivement mieux joué que prévu. La déception est tout de même de taille.

 

En résumé : Changement de garde ?

Joe Thornton a resigné pour un an mais ce sera certainement son dernier tour de piste. Pavelski a 33 ans, Ward 36, Couture déjà 28. Patrick Marleau n’a donc pu résister à l’offre des Maple Leafs. Voilà 25 buts qui manqueront l’an prochain aux Sharks. Est-ce le temps de faire de la place pour les jeunes ? Il est tout de même impératif de profiter des dernières bonnes années de Burns et Vlasic avant que leurs contrats ne deviennent des contraintes pour l’organisation. Hertl, Meier, Lablanc, Danny O’Regan et dans un avenir proche Jeremy Roy devraient prendre des places de choix dans l’alignement. Une rencontre des générations impérative sous peine de voir la franchise décliner sous le poids des contrats de ses stars vieillissantes.

 

<< Boston

Edmonton >>