Bilan 2016-17: Edmonton, de l’espoir mais aussi des craintes

Enfin Edmonton a vu le printemps, après onze années de traversée du désert. Le sauveur s’appelle évidemment Connor McDavid, déjà couronné meilleur joueur de la ligue à sa première saison complète, et dont les Oilers paraissent déjà ultra-dépendant. Derrière les belles promesses de cette saison se cache en effet un chantier encore important avant de revivre la gloire des années 80.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_

 

Onze ans de reconstruction, mal gérée, à la limite du risible. La qualification en playoffs, l’élimination d’un gros prétendant, puis le fait de passer si proche de la finale de conférence ont redonné un souffle de vie à une ville rongée par les échecs successifs. Connor McDavid a ravi la NHL par sa vitesse et son talent hors du commun, entraînant dans sa suite Leon Draisaitl et les autres piliers des Oilers nouvelle génération, Oskar Klefbom et Cam Talbot.

Au final donc, une saison remarquable : 33 points de mieux au classement (de 29e à 7e de la ligue), 44 buts de plus et 35 buts encaissés de moins. La stabilité du staff (pour la première fois depuis 2011-2012 !) a sans doute payé. Le parallèle avec les Oilers de 1980-1981 a parfois été fait : une équipe qui avait progressé, portée par Wayne Gretzky, et perdu en playoffs après avoir gagné le premier tour. La version McDavid peut-elle lancer la même dynastie ? Il n’est pas dit que l’effectif sera autant épargné par les blessures la saison prochaine...

Et, de même que sa blessure avait coupé les jambes de l’équipe l’an passé, le visage des Oilers lorsque McDavid quittait la glace laisse songeur. Avec McDavid, les Oilers affichent 53% de possession, 60% des chances de marquer, 56% des buts espérés et 62% des buts marqués, des indicateurs d’un niveau élite quasi inégalé dans la ligue. Mais dès que McDavid est sur le banc, la possession tombe à 49%, les chances de marquer à 46%, les buts espérés à 47% et les buts marqués à 49%... Tous les indicateurs dégringolent ainsi dans le rouge et démontrent à quel point la jeune star porte son équipe à bout de bras. Car, au bout du compte, les Oilers sont encore une équipe en devenir manquant cruellement de profondeur. Chantier en cours ou problème de management ? Certaines décisions du GM Peter Chiarelli laissent perplexe et il faut espérer pour les fans que l’organisation ne se mette pas elle-même des bâtons dans les roues.

Edm team

Pour leur première apparition dans la toute nouvelle Rogers Place, les Oilers ont commencé la saison très fort, avant de voir leur niveau de jeu se niveler, ou être rattrapé par une ligue plus coriace à l’approche des playoffs. Les indicateurs de possession sont au final tout juste positifs, dans le ventre mou de la ligue au total comme dans les deux sens de la patinoire (17e attaque et 13e défense pour les tentatives de tirs). La différence positive entre les buts espérés et les buts marqués provient d’une certaine réussite des tireurs (8e de la ligue pour la réussite aux tirs) et de Cam Talbot. Celui-ci, avec 73 matchs joués, a monopolisé le poste de gardien de but et Edmonton a ainsi enregistré le 8e taux d’arrêts de la ligue. Cette bonne double performance a donc dopé les résultats des Oilers mais, comme toujours avec ces indicateurs, ne constituent surtout pas une base fiable à long terme.

Cependant, un motif d’optimisme vient du fait que le top-6 des Oilers a facilement réussi à se créer des chances de marquer. Seules les attaques de Pittsburgh et Toronto s’en créaient plus par heure de jeu. Ces occasions de qualité, jumelées au talent brut des tireurs, peuvent laisser penser que la réussite aux tirs de cette année n’est pas si imméritée que cela. De l’autre côté, Cam Talbot continue de prouver qu’il mérite son statut de numéro un et ses bonnes performances devraient perdurer à long terme.

Edm goal 2

Si sa première année à Edmonton avait été en demi-teinte (92% d’arrêts, 0 but sauvé), Cam Talbot a fait taire les critiques cette saison. Dans le top-10 des titulaires de la ligue pour le taux d’arrêts, il a surtout sauvé près de 31 buts aux Oilers. Même s’il avait joué un nombre de matchs plus raisonnable, il aurait fini parmi l’élite de la ligue à ce chapitre, parmi les Bobrovsky, Price et Holtby. Ses performances en playoffs ont, de plus, été très satisfaisantes. Ses deux blanchissages consécutifs face à San José ont donné une avance aux Oilers qu’ils n’ont plus lâchée par la suite et il a été tout autant solide face aux Ducks. Edmonton aura bien besoin de lui dans les années à venir pour tenir le fort derrière une défense assez aérée...

Edm def

Car, certes, les Oilers ont pratiqué un jeu ouvert, prompt à alimenter les contre-attaques de McDavid and co, mais cela a largement mis à mal la brigade défensive. Défenseur le plus utilisé à 5 contre 5, Kris Russell a été un gouffre en termes de possession, très loin derrière ses coéquipiers. Il a pourtant largement joué avec le trio de McDavid et n’a pas été plus exposé que les autres aux meilleurs trios adverses. Il a certes été le plus efficace dans la prévention des chances de marquer, mais à peine. Et ce fait est loin de compenser une telle possession négative et l’absence de production offensive. Malgré cela, Chiarelli a offert au défenseur de 30 ans un contrat de 4 ans et 4 millions de dollars, une décision douteuse.

À ses côtés, Andrej Sekera a fait de son mieux malgré son partenaire. De 45% de possession avec Russell, Sekera passait à 58% sans lui ! Et le Slovaque de 31 ans a également été le plus productif de la brigade avec Klefbom. Une bonne cuvée donc pour lui, qui confirme son statut de numéro 2.

L’autre duo réunissait Oscar Klefbom et Adam Larsson, acquis dans l’échange pour Taylor Hall. Klefbom a connu une bonne saison, confirmant son potentiel après une année précédente coupée par des blessures. Il a su être un facteur positif pour son équipe dans les deux sens de la patinoire. À ses côtés, Adam Larsson a rendu une copie conforme aux attentes, si ce n’est que sans lui Klefbom passait de 49% à 54% de possession... Là encore, il faut se demander si le choix de mettre des joueurs aux étiquettes très défensives dans le top-4 aide réellement une équipe pourtant portée vers un jeu rapide et de transition. C’est le choix de Chiarelli...

Edm att
Nul besoin de revenir sur la saison de Connor McDavid, et nous avons déjà exposé l’impact de sa présence ou de son absence sur le jeu des Oilers. En termes de points par 60mn à 5 contre 5, McDavid s’est classé 3e de la ligue, derrière Stamkos et Conor Sheary. Pour l’efficacité offensive, la capacité à se créer des chances de marquer, il était 8e, concrètement derrière les trios complets de Sidney Crosby et de Ryan Getzlaf. En termes de temps de jeu à 5 contre 5, seul Patrick Kane a été plus utilisé que lui. À 20 ans, le nouveau visage de la ligue mérite bien sa place parmi les tout meilleurs, au point de signer une prolongation de contrat qui a affolé les compteurs, même s’il occupera au final moins de place sous le plafond salarial que Crosby ou Ovechkin à leurs époques comme nous l'analysions ici.

McDavid a entraîné dans son sillage Leon Draisaitl. Le jeune Allemand a vu sa production bondir à 77 points, pas une très bonne nouvelle pour son DG qui doit justement lui faire signer une nouvelle entente d’ici octobre. Et s’il reste sans contrat à la mi-août, c’est assurément que le cas est complexe. Le joueur table sur sa production, et des playoffs très solides, mais ce n’est là qu’une seule saison, passée aux côtés du meilleur joueur de la ligue. D’une possession à 54% avec McDavid, Draisaitl tombait à 48% sans lui, de quoi se garder quelques réserves. L’Allemand est extrêmement talentueux, mais ses 77 points reflètent-ils la réalité à long terme ?

Le cas le plus surprenant fut celui de Pat Maroon. Certes bon marqueur en AHL, il n’avait jamais fait mieux que 11 buts en une saison avant de se joindre aux Oilers l’an passé. Depuis, c’est 8 buts en 16 matchs et surtout 27 réalisations cette saison sur l’aile de McDavid. Et surtout, le grand gaillard ne semble même pas réellement dépendant de son capitaine dans le jeu. Une bonne nouvelle, à condition qu’il ne réclame pas un salaire démesuré dans un an.

Pour le reste de l’équipe, le mal aimé Eberle a été fidèle à lui-même, 20 buts et 50 points, mais a été expédié aux Islanders en retour de Dylan Strome. Strome est plus jeune de 3 ans mais après son année rookie de 50 points, il n’a plus récolté que 28 et 30 points. À son âge, Eberle mettait entre 25 et 30 buts et autour de 60 points. Et Chiarelli n’a pas vraiment économisé de masse salariale puisque la différence a été utilisée pour payer Russell. Le DG espère certainement que jouer à la droite de McDavid relancera Strome.

Lucic a, lui, encore mis 50 points, dont 25 en supériorité numérique avec McDavid et Draisaitl. Sa contribution à 5 contre 5 a été bien moins remarquable. Nugent-Hopkins n’a quasiment jamais croisé son capitaine sur la glace, dans un rôle un peu de laissé-pour-compte. Souvent affublé des ailiers du fond d’alignement, l’ex-premier choix de la draft a fait ce qu’il a pu. Il a, par ailleurs, parfaitement muselé le trio de Joe Thornton au premier tour des séries. Lui aussi est-il sur le départ ? Il semble bien que Chiarelli souhaite faire table rase du passé des Oilers. Enfin, le fond d’alignement des Oilers a fait piètre figure et c’est un sérieux chantier à améliorer pour la franchise.


Les séries :

Éliminer les Sharks de San José en 6 manches au premier tour a été une bonne surprise. Inférieurs sur le papier, des Oilers tout feu tout flamme ont pris de court des Sharks en méforme sur la fin de saison. Cam Talbot a blanchi les matchs 2 et 3 et c’est bien Edmonton qui est sorti vainqueur des moments clés de la série. Le retour en playoffs du club ne pouvait mieux commencer.

Le second tour face aux Ducks avait débuté de la même manière. Mais cette fois, c’est l’expérience des coéquipiers de Ryan Getzlaf qui a su faire la différence au bon moment. Après avoir remporté les deux premiers matchs à l’extérieur, les Oilers paraissaient en contrôle, mais Anaheim est parvenu à arracher les deux suivants. Dans le match 5, les Oilers menaient 3-0 à quatre petites minutes de la fin du match... avant que les Ducks ne parviennent à égaliser et ne l’emportent en prolongation ! La situation paraît incroyable mais résume bien les occasions gâchées par une équipe d’Edmonton qui aura trop souvent relâché la bride au cours des matchs face à un adversaire extrêmement combatif. Un match 6 maîtrisé par Edmonton ne put empêcher Anaheim d’imposer sa science lors du dernier duel. Edmonton aura laissé échapper la série, une sacrée leçon pour le futur.

 

En résumé : De l’espoir mais aussi des craintes

La saison 2016-17 a bien vu l’avènement de l’ère Connor McDavid dans la NHL. Avec lui, les Oilers ont retrouvé les playoffs et risquent d’être une présence récurrente au printemps pour les années à venir. Mais là où une équipe comme Pittsburgh a réussi à bien faire sans Crosby, ou Tampa Bay sans Stamkos, il est très légitime de se demander ce que serait Edmonton sans son capitaine. Le jeu de l’équipe demeure moyen et a surtout bénéficié de la grosse saison de Talbot et du talent de quelques stars. La profondeur devant est problématique et Chiarelli continue de faire des choix qui semblent tirer son effectif vers le bas et vont rapidement créer des problèmes de masse salariale. Attention à la désillusion.

 

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