Bilan 2016-17: New York Rangers, la routine du bricoleur

Cette édition des Rangers de New York a ressemblé à beaucoup d’autres avant elle : une saison régulière confortable et un petit parcours en playoffs. Pourtant, l’équipe pourrait bien être momentanément sur le reculoir, alors que Henrik Lundqvist a peut-être entamé son déclin.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_


Le portier suédois est évidemment la pierre angulaire des Rangers depuis maintenant 12 saisons. 12 saisons au cours desquelles New York n’a raté qu’une seule fois les playoffs et où les Blueshirts ont maintes et maintes fois pu se reposer sur le meilleur gardien de la dernière décennie.

Cette année a donc dérogé à la règle. À 35 ans, Lundqvist a connu sa première saison médiocre en carrière, laissant son équipe à la recherche de solutions alternatives pour trouver le succès. Heureusement, la vision de l'entraîneur Alain Vigneault a permis de tirer le maximum d’un effectif sans strass ni paillette mais assemblé pour être efficace. Cette identité perdure maintenant depuis trois saisons et permet aux Rangers de se maintenir juste un cran en dessous des favoris dans l’est. Mais le système tire dangereusement la langue. Reversés dans la division Atlantique, un Lundqvist retrouvé a très fortement contribué à la victoire sur les Canadiens de Montréal. Mais, dès le tour suivant, les doutes revenaient face à des piètres Senators et les Rangers n’ont pas été en mesure de prendre le meilleur sur la troupe d’Erik Karlsson. Sans le soutien du « King », les failles défensives des Rangers sont autant d’occasions pour leurs adversaires, que l’opportunisme des attaquants ne peut compenser.

Pour autant, les résultats de l’année doivent beaucoup à un début fracassant, qui plaçait les Rangers 2e de la ligue à mi-saison. La réussite insolente des tireurs s’est alors étiolée et New York a fini avec les défauts anticipés par les observateurs : un gardien en déclin, une défense hésitante.

NYR team

Le schéma des trois dernières saisons est quasiment un copier-coller pour les Rangers. L’équipe n’est pas en mesure d’assurer la possession du palet mais maximise les chances de ses propres attaquants, tout en misant sur Lundqvist pour limiter la casse derrière. Les Rangers ont ainsi enregistré le meilleur PDO de la ligue en 2014-15, en 2015-16 et le 6e cette saison. Cette « baisse » vient des performances en recul des gardiens, malgré le beau travail de Antti Raanta, mais les tireurs continuent, eux, d’enfiler les buts à un rythme assez incroyable. Meilleur pourcentage de réussite aux tirs cette saison, ils étaient déjà sur le podium les deux années précédentes. Voici le secret du jeu des Rangers, une réussite « dopée » par un jeu de contre-attaques amenant quasi systématiquement des chances dangereuses et des tirs proches du but adverse. Un schéma qui explique grandement que l’équipe a été bien plus efficace à l’extérieur (n°1 de la ligue avec 27 victoires) qu’à domicile.

Mais laisser le palet à l’adversaire en attendant un contre comporte bien sûr des risques. Or, les Rangers ont plus que jamais été dépassés cette saison au chapitre de la possession. Avec seulement 48,1%, New York s’est classé 24e de la ligue, et seule équipe dans le négatif qualifiée pour les playoffs avec Ottawa... 23e attaque et 22e défense pour les tentatives de tirs, les Rangers ont passé beaucoup de temps dans leur propre zone, où la brigade défensive est loin d’avoir été efficace alors que son rôle était justement d’accepter la domination tout en limitant les vraies chances de marquer adverses. C’est certainement le chantier numéro un des dirigeants en vue de la prochaine saison et plusieurs décisions pointent dans ce sens (Smith qui reste, Shattenkirk qui arrive, Girardi qui part).

NYR goal 2

Pensez donc que depuis la saison 2010-11, Lundqvist a sauvé chaque saison 29, 32, 23, 24, 13 et 39 buts l’an passé (meilleure performance de la décennie). Cette saison ? 6 petits buts. Sa moyenne d’arrêts à 5 contre 5 a toujours oscillé entre 92,9% et 93,7%. Cette saison ? 91,8%. La chute est soudaine et sévère mais les gardiens se heurtent tous à un mur physique à l’approche des 35 ans. Le Suédois pourrait bien ne pas échapper à la règle et ses quatre dernières années de contrat pourraient être longues pour les Rangers. En attendant pourquoi pas la relève en la personne de Igor Shestyorkin, impressionnant en KHL cette saison.

Antti Raanta a largement contribué à la saison des Rangers durant ses 30 apparitions. Comme Talbot avant lui, New York a pu l’échanger à bon prix (le 7e choix de la draft) et il aura la chance de se prouver en numéro un avec les Coyotes.

NYR def

Les Rangers ont bel et bien subi le jeu cette saison, une volonté assumée d’aspirer l’adversaire afin de créer des brèches pour leurs attaquants en contre-attaque. Cependant, la proportion avec laquelle la défense a pris l’eau demeure inquiétante mais vient peut-être d’un effectif déclinant auquel des changements s’imposaient. Le contrat de Dan Girardi a été racheté. Le joueur fait partie de ces défenseurs défensifs dont l’éthique de travail est louangée mais dont l’impact sur la glace est loin de valoir la réputation dont il est auréolé. Aux côtés de McDonagh une grosse partie de la saison, ils furent bien les plus efficaces dans leur zone défensive mais, au total, Girardi a été un poids pour les Rangers. D’un taux de possession de 43% avec lui, McDonagh grimpait à 55% sans lui ! La première paire devrait avoir plus d’allure l’an prochain, que le capitaine soit avec Kevin Shattenkirk ou Brendan Smith.

Smith n’a pas mal fait après son arrivée, comparativement à ses coéquipiers, et il en a été récompensé par un contrat de quatre ans. Marc Staal va probablement reculer d’un cran dans la hiérarchie car ses prestations laissent à désirer. Lui et Holden sont ceux avec qui les Rangers se créaient le moins de tentatives de tirs en attaque mais Holden est au moins parvenu à contribuer offensivement. Et surtout Brady Skjei a crevé l’écran sur la 3e paire. Sa contribution positive sur la possession et ses 40 points laissent à penser que New York tient là une autre pièce du puzzle. Dommage que Adam Clendening n’ait pas obtenu davantage la confiance de ses coachs car sa contribution paraissait elle aussi pleine d’espoir. Ce chouchou des analystes de statistiques avancées a sans surprise été récupéré par l’Arizona.

NYR att

En termes d’efficacité, les attaquants des Rangers se situent à l’opposé de leurs camarades de la ligne bleue. Nous avons expliqué que c’est là le fruit du système de jeu en contres, utilisant la vitesse de l’effectif pour s’approcher au maximum des cages adverses. Kreider, Zuccarello et Stepan ont, eux, présenté des profils plus communs, étant capables d’assurer la possession du palet. Ce trio est celui-ci qui décochait le plus de tirs tout en défendant le mieux. Une vraie première ligne digne de ce nom qui sera donc amputée de son centre l’an prochain après le départ de Derek Stepan en Arizona.

Mika Zibanejad a confirmé les espoirs portés en lui et déjà fait oublier Derrick Brassard. Le Suédois a certes bénéficié de souvent croiser Zuccarello et Kreider mais il a su élever son niveau de jeu dans ces moments de responsabilités. Encourageant pour l’avenir, lui qui n’a que 24 ans. Pavel Buchnevich devrait également se trouver une place définitive dans l’alignement l’an prochain. Ses 20 points en 41 matchs et son impact dans le jeu font de lui une autre pièce d’avenir pour l’attaque de New York.

Ce fut plus difficile pour Rick Nash dont les performances déclinent depuis quelques années. Son impact offensif est sur courant alternatif et ses largesses défensives paraissent de plus en plus évidentes. À 33 ans, il ne lui reste qu’une seule année de contrat et son gros salaire sera certainement plus utile ailleurs dans un an. Grabner, Vesey, Miller et Hayes ont été les plus à la traîne dans le jeu mais ont capitalisé un maximum en attaque, avec une réussite parfois insolente. Il est très peu probable que Grabner réussisse de nouveau à inscrire 27 buts l’an prochain, comme la folle série de début de saison de Vesey s’est logiquement ralentie au fil du temps. Les Rangers provoquent certes leur chance, mais celle-ci a des limites. En attendant, leur jeu défensif est suffisamment absent pour être noté. Nash, Grabner, Vesey, Miller et Hayes se classent tous au-delà du 387e rang sur les 472 attaquants de nos bilans pour les tentatives de tirs accordées en défense...

 

Les séries :

Si les points au classement les mettaient d’égal à égal avec les Canadiens aux yeux de certains analystes, il est clair que Alain Vigneault savait fort bien que ses joueurs ne partaient pas favoris pour ce premier tour des playoffs. Mais Montréal tomba dans son piège tactique, New York faisant le dos rond à chaque début de partie avant de profiter de la fatigue de son adversaire pour frapper en contres, comme à son habitude. Un adversaire qui s’est, de plus, évertué à vouloir forcer physiquement le verrou New York alors que les défenseurs se repliaient déjà instinctivement autour d’un Lundqvist des grands soirs. Le portier a notamment volé le premier match, une performance au final décisive puisque Montréal arracha les deux duels suivants. Sans Lundqvist, Montréal aurait pris une avance de 3-0 dans la série et envoyé les Blueshirts sur les terrains de golf.

Malheureusement, le portier retomba dans ses travers de la saison régulière face à Ottawa. Cela aurait pourtant pu suffire face à un adversaire largement à la mesure des Rangers, surtout dès que Karlsson quittait la glace. New York domina les quatre premiers duels mais en perdit deux par un but d’écart, dont une prolongation. Le match 5, plus serré, fut également remporté en prolongation pas les Sens. Les Rangers pourront longtemps conserver des regrets d’avoir manqué les tournants clés d’une série qui leur tendait pourtant les bras.

 

En résumé : La routine du bricoleur

Onzième présence en playoffs en douze ans donc pour les Rangers, mais une seule finale de la coupe, et aucun titre. Les années passent et se ressemblent. L’effectif semble toujours être rafistolé d’un bord avant de tanguer d’un autre. Vigneault fait son possible avec les armes dont il dispose mais la marge de manœuvre se rétrécit d’année en année. Si le déclin de Lundqvist se confirme, la situation pourrait devenir problématique. La défense, principal défaut de l’équipe, aura meilleure figure l’an prochain mais c’est l’attaque qui semble perdre en puissance avec le départ de Stepan. La saison sera peut-être difficile dans une division de plus en plus relevée.

 

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