Bilan 2016-17: St Louis, une équipe bridée ?

Les Blues de St Louis font figure de challenger dans l’ouest depuis maintenant 5-6 ans, mais sans parvenir à passer la vitesse supérieure. Après une première présence dans le dernier carré de la ligue en 2015-16, la saison passée a peut-être fait l’effet d’un pas en arrière. Certains problèmes ne sont toujours pas réglés (dans les buts), d’autres demeurent (le coaching), et d’autres arrivent (la masse salariale).

Par Thibaud Chatel @batonsrompus et Nicolas Leborgne @Belizarius_


Les attentes commencent à peser lourd sur les épaules des Blues, à force de voir Chicago et Los Angeles soulever des coupes, San José et Nashville aller en finale. Les Blues sont le seul prétendant historique dans l’ouest à n’avoir jamais réussi à approcher la coupe, la faute d’être toujours tombé sur plus fort que soi. Il a toujours manqué un petit quelque chose à St Louis et l’histoire s’est répétée cette année face aux Predators, après avoir littéralement volé le Wild en première ronde. Les Blues ne sont généralement pas dominants en séries, face aux meilleures équipes de leur conférence, et il faut peut-être garder en tête que dans la NHL moderne les attaques gagnent les coupes, pas la défense. Peut-être que la philosophie des Blues devrait dès lors être revue plutôt que de persévérer.

La frustration de mi-saison qui a conduit au départ de Ken Hitchcock n’a pourtant laissé place qu’à peu de changements de ce côté. Mike Yeo poursuit dans la même veine stratégique et l’effectif demeurera inchangé, notamment dans les cages où Jake Allen sera en poste pour les quatre prochaines années.

Stl team

Le recul de l’équipe au niveau du jeu cette saison vient bien d’un bilan très mitigé en attaque. Celle-ci a reculé du 10e au 23e rang pour les tentatives de tirs obtenues, du 11e au 26e pour les chances de marquer. L’absence de quantité n’empêchait cependant pas une qualité certaine, et les offensives des Blues se révélaient souvent dangereuses, mais le nombre d’essais restait limité. De l’autre côté, la défense a encore solidifié sa place parmi les meilleures structures de la ligue. St Louis venait au 4e rang pour les tentatives de tirs accordées mais surtout au 2e rang pour les chances de marquer concédées à l’adversaire. Cette identité très défensive, à l’image de la 3e meilleure infériorité numérique de la ligue, mise en place sous Ken Hitchcock, s’est encore renforcée après le passage de témoin à Mike Yeo.

La possession de l’équipe est au final moyenne, à 50,3%. Les buts marqués correspondent aux buts espérés même si les tireurs ont été assez productifs (7e taux de la ligue). Rappelons que Mike Yeo n’a, en cinq saisons avec Minnesota, dépassé qu’une seule fois les 50% de possession. Il déclara de plus publiquement à l’orée des playoffs que son équipe laisserait consciemment le palet à l’adversaire, sûr de la solidité de sa défense. En réalité, seule une performance inhumaine de Jake Allen a permis la qualification face à Minnesota. Sitôt retombé dans ses normes, le gardien n’a rien pu apporter au second tour face aux Predators.

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En trois saisons comme titulaire ou titulaire bis, Jake Allen n’a en réalité jamais crevé l’écran. Son taux d’arrêts oscille juste au-dessus de la moyenne de la ligue et il n’a jamais sauvé plus de 4 buts, et 0 cette saison. Après des moments de doutes début 2017, il a signé une belle série de performances en février, ce qui a décidé les Blues à lui garder leur confiance. Son 1er tour face au Wild était tout simplement ahurissant. À 5 contre 5, Jake Allen a stoppé 97% des tirs et a constamment écœuré les attaquants du Wild qui avaient l’impression de devoir accomplir un miracle pour la mettre au fond : 1 seul but par match les trois premières rencontre, 2 lors du 4e duel... L’histoire montre qu’il est possible de voler une série. Deux séries ? Très difficile. Face à Nashville, Allen n’avait plus grand-chose de la muraille du premier tour avec un taux d’arrêts tombé à 90,9% et plusieurs buts facilement accordés. Malgré cela, l’état-major des Blues lui a accordé un nouveau contrat de quatre ans cet été, certes peu onéreux au regard des autres gardiens titulaires de la ligue, mais Allen n’est objectivement pas une grande monnaie d’assurance à l’heure actuelle.

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La défense des Blues a donc été une nouvelle fois solide, et efficace dans sa zone. Elle souffre pourtant d’un mal peu courant (à part Team Canada), celui de posséder trop de droitiers. Pietrangelo, Parayko et Shattenkirk sont tous droitiers. Une telle situation reléguait par exemple Shattenkirk sur une 3e paire, faute de place, et a rendu son échange inévitable alors que son contrat expirait. La première paire était formée de Pietrangelo et Bouwmeester, un tandem déséquilibré tant les performances de l’un surclassent celles de l’autre. De 48% de possession avec Bouwmeester, Pietrangelo passait à 54% sans lui. Bouwmeester est un autre de ces défenseurs réputés « fiables » mais qui, de fait, passent beaucoup trop de temps dans leur propre zone à subir le jeu. C’est avec lui sur la glace que les Blues obtenaient le moins de tentatives de tirs en attaque à part Gunnarsson. À 33 ans, le vétéran est encore là pour 2 saisons et il est presque dommage d’affubler Pietrangelo d’un tel partenaire pendant les plus belles années de sa carrière. Ses 14 buts sont sa meilleure performance et il confirme faire partie du top 20 de la ligue à son poste.

Est-il pour autant le meilleur de son équipe ? Pas si sûr car Colton Parayko offre depuis deux saisons des performances remarquables. Lui aussi affublé d’un partenaire bien moins capable (Edmundson), il parvient encore davantage que Pietrangelo à surpasser ce handicap pour dynamiser le jeu de l’équipe. Il produit autant de points par 60mn que Pietrangelo mais ne bénéficie pas encore d’un temps de jeu équivalent, aussi bien à 5 contre 5 qu’avec les unités spéciales. St Louis lui a offert un contrat de 5 ans cet été et il devrait former avec Pietrangelo le duo de choc de la brigade défensive pour bien des années.

Kevin Shattenkirk a donc quitté le navire, et pas de la façon escomptée par les Blues. Refusant un « sign and trade » qui aurait augmenté sa valeur, il n’a pu être échangé que comme un joueur de location aux Capitals, avant de signer de son plein gré avec les Rangers. Repoussé 3e droitier dans la hiérarchie, Shattenkirk bénéficiait d’un rôle protégé, sautant souvent sur la glace en zone offensive. Son impact sur le jeu et sa production offensive n’en sont pas moins remarquables et il reste l’un des meilleurs en supériorité numérique à son poste. Une lourde perte pour les Blues qui n’ont obtenu aucun renfort immédiat en retour.

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L’attaque des Blues a utilisé au mieux le peu d’offensive que l’équipe parvenait à générer. Les trois premiers trios étaient globalement positifs pour la possession et efficaces en zone adverse. Vladimir Tarasenko prouve sa régularité au plus haut niveau en enchaînant les saisons de 73, 74 et 75 points (37, 40 et 39 buts), et son entente avec Schwartz en a évidemment fait le trio le plus dangereux des Blues. À noter que cette ligne était largement favorisée par un très grand nombre de départs en zone offensive afin de maximiser leur impact. Lehterä a connu plus de difficultés et sa production offensive a chuté cette saison, sans doute une raison pour laquelle St Louis a accepté de l’échanger aux Flyers contre Brayden Schenn, au profil beaucoup plus productif.

Alex Steen a marqué 51 points mais souffert défensivement. Paul Stastny régresse lentement à 31 ans alors qu’il ne lui reste qu’une seule année de contrat : il n’a finalement jamais vraiment confirmé son année rookie... Patrick Berglund et David Perron se sont vus confier des tâches plus défensives et leur production à 5 contre 5 s’en est ressentie, mais le travail accompli était de qualité. Berglund a finalement signé un nouveau contrat et Perron a pris la direction de Vegas, une autre perte pour St Louis qui l’utilisait aussi en power play. Mais le retour de Vladimir Sobotka de KHL devrait compenser et celui-ci a prouvé avec 6 points en 11 matchs de playoffs qu’il en avait encore dans le réservoir.

Au chapitre de la jeunesse, Robby Fabbri et Ivan Barbashev ont montré de belles choses, même si le Russe a du faire avec les performances de ses coéquipiers du fond d’alignement. L’absence de Fabbri, blessé, a fortement pesé en phases finales.

Un fond d’alignement qui est le seul à avoir pris l’eau. Le 4e trio Reaves, Upshall et Brodziak s’est révélé au mieux inefficace, au pire un fardeau. Les Blues ont tout de même réussi l’exploit d’échanger Reaves (et un choix de 2e ronde) à Pittsburgh pour un choix de première ronde...


Les séries :

Nous avons déjà parlé de l’impact de Jake Allen sur la série contre Minnesota. Le Wild qui a écrasé les Blues sous les tirs durant toute la série, finissant les quatre premiers duels à plus de 55%, voire 60% des buts espérés, un gouffre dans la NHL. À l’autre bout de la glace, St Louis a été à l’inverse extrêmement opportuniste. La défense du Wild ne leur a pourtant laissé que des miettes. Les Blues ont ainsi obtenu 44 tentatives de tirs par 60 minutes durant la série, le pire total des playoffs alors que l’avant-dernière équipe, Boston, est à 52, presque 10 de plus ! Mais les buts sont rentrés au parfait moment. Victoires en prolongation des matchs 1 et 5, but vainqueur à 2mn30 de la fin au match 2... Tout s’est parfaitement aligné pour que St Louis s’échappe avec la victoire.

Alors qu'Allen comme Pekka Rinne retrouvaient des performances ordinaires, la série contre Nashville a rapidement tourné au duel tactique entre les deux entraîneurs. Mike Yeo voulait tenir Tarasenko loin de Subban-Ekholm et Laviolette voulait pareillement éviter que Forsberg-Johansen-Arvidsson ne croisent Pietrangelo. À ce petit jeu les Preds ont trouvé la solution, leur première ligne et la paire Subban-Ekholm dominant leur sujet comme contre Chicago alors que la ligne de Tarasenko n’a pu trouver la faille que face à Josi-Ellis et que Pietrangelo-Bouwmeester ont globalement subi leurs duels. La profondeur de Nashville en défense fit mal à une attaque des Blues déjà peu productive et le quatuor des Preds a inscrit en plus de précieux buts. Si St Louis a livré une belle bataille aux futurs finalistes, il a encore une fois manqué quelque chose pour passer l’étape suivante.

 

En résumé : Une équipe bridée ?

L’effectif des Blues est bourré de talents, sauf dans les buts où Jake Allen ne semble pas en mesure d’apporter une contribution stable sur le long terme. De plus, l’identité très défensive du système de Mike Yeo prend, comme toujours pour les stratégies de ce genre, le pari que l’adversaire manquera ses occasions. C’est s’en remettre aux défaillances des autres et placer une responsabilité très importante sur son gardien. Tout sauf prendre le contrôle de son destin. Si Los Angeles ou Boston ont gagné des coupes avec des défenses très efficaces, leurs attaques l’étaient tout autant. Tant que St Louis ne réussira pas à au moins balancer les deux aspects de son jeu, il se pourrait bien qu’ils continuent d’échouer printemps après printemps.

 

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