La Pologne écarte le Kazakhstan de la route des Bleus

Les Jeux olympiques ont toujours occupé une place particulière dans la reconnaissance mondiale du Kazakhstan, et cela remonte à Nagano, quand le pays assez fraîchement indépendant avait éliminé les Slovaques pour accéder à la phase finale de la compétition pour la première participation des joueurs de NHL. Après un ratage deux ans plus tard dû à une défaite en Estonie, le Kazakhstan avait depuis lors été présent quatre fois de suite au tournoi final de qualification olympique, et systématiquement dans le groupe de la France. Il s’était qualifié en éliminant les Bleus à Klagenfurt en 2005, et avait ensuite ravivé le cauchemar en battant les tricolores les deux fois suivantes, sans se qualifier toutefois, avant que les Français ne se vengent à Oslo en 2016.

Ce mantra du France-Kazakhstan en tournoi de qualification olympique semblait devoir se répéter puisque le Kazakhstan était favori pour être le deuxième meilleur qualifié et aller à Riga (face à la Lettonie, l’Italie et la France). Il lui fallait pour cela gagner son tournoi de pré-qualification à domicile. Les Pays-Bas n’ont fait que de la figuration, tout comme une Ukraine en décomposition. Tout se jouerait donc comme prévu dans une « finale » Kazakhstan-Pologne.

Il faut se méfier de ces Polonais qui avaient piégé les Hongrois pour se qualifier au tour final il y a quatre ans. Ils étaient à l’époque dans une petite résurgence. Ils n’étaient même pas si loin de monter dans l’élite lors de deux Mondiaux D1A à domicile en 2015 et 2016, mais ils sont aujourd’hui retombés en D1B. Deux divisions les séparent donc cette année du Kazakhstan, qui va faire son retour parmi les grands. Malgré quelques succès d’estime de ses clubs, le hockey polonais reste dans une crise durable. La télévision publique TVP Sport, pointant les faibles audiences et le mauvais éclairage des patinoires, a décidé de se désinvestir du hockey sur glace et ne retransmet plus le championnat national. La Pologne s’est présentée ce week-end sans plusieurs joueurs majeurs comme les défenseurs Paweł Dronia et Mateusz Bryk ou encore Patryk Wronka, meilleur marqueur du championnat polonais l’an passé et joker efficace de Gap depuis quelques semaines.

Le Kazakhstan présente 18 joueurs du Barys Nur-Sultan (troisième de la Conférence Est de KHL), qui évoluent dans leur aréna, et parmi eux se trouvent 6 naturalisés aux rôles majeurs. La Pologne n’en a qu’un, mais il est vite le plus occupé : John Murray, un gardien américain arrivé en Pologne il y a sept ans, est tout de suite sous le feu des tireurs kazakhs. Il effectue 20 arrêts en première période, dont plusieurs décisifs face à Roman Starchenko dès la quatrième minute ou encore sur un déplacement rapide pour s’opposer en deux temps à Talgat Zhailauov, parfaitement servi par une passe transversale de Nigel Dawes. Les Polonais ne tirent que trois fois à la cage… mais ils marquent avec une bonne dose de chance. Le lancer de la ligne bleue de Bartosz Ciura, hors cadre, heurte le patin du défenseur Nikita Mikhailis et ricoche vers les filets !

La Pologne est confortée dans sa stratégie défensive de sacrifice. Elle bloque beaucoup de lancers et attend les contre-attaques. Mais c’est encore sur une action installée qu’elle double la mise. Henrik Karlsson lâche un rebond axial sur un tir puissant de Martin Przygodzki et Oskar Jaśkiewicz s’en empare. Mais les Polonais se relâchent après ce but, et 17 secondes plus tard, le Kazakhstan réduit le score : Curtis Valk fait le tour de la cage et sert Dustin Boyd en position idéale au poteau opposé. La ligne nord-américaine ajoute un deuxième but sur une attaque très directe, conclue par un Boyd très insistant au rebond. On pense alors que la Pologne ne se remettra pas d’avoir dilapidé son avance de deux buts.

Pourtant, dès le début du troisième tiers-temps, le tir du poignet de Filip Komorski frappe le poteau et Maciej Urbanowicz prend le rebond dans la cage ouverte. Les Polonais ne lâchent plus leur nouvel avantage. La réussite vient encore à leur secours : outre les 51 arrêts, le poteau et la transversale repousse des lancers. Dustin Boyd, seul face à la cage grande ouverte, rate même le palet sur un centre de Dawes !

Le Kazakhstan tombe de très haut. Pour les Karlsson (36 ans), Dawes (35 ans) ou Boyd (33 ans), le rêve olympique semble envolé. La Pologne est la moins bien classée de tous les qualifiés et laisse donc le vainqueur de Grande-Bretagne/Hongrie prendre le billet pour Riga. Les Polonais, eux, se dirigent vers le groupe le plus relevé (Slovaquie, Bélarus, Autriche), groupe dont on ne connaît toujours pas la ville organisatrice. La fédération slovaque a gardé sa décision en réserve car les dirigeants de la Steel Arena n’ont pas encore d’accord avec la ville car ils ont 200 000 euros de factures d’énergie impayées. Quelle que soit la ville hôte (qu’ils espèrent proche pour venir en voisins), les chances des Polonais paraissent minimes, mais leur présence à ce niveau est déjà un signe positif.

Commentaires d’après-match

Tomek Valtonen (entraîneur de la Pologne) : « Je suis agréablement surpris de l’engagement des joueurs polonais. Je suis dans le hockey depuis longtemps, mais je n’avais pas vu un jeu avec autant de dévouement qu’aujourd’hui. C’était beau à voir. Il y a six naturalisés de niveau NHL dans l’équipe du Kazakhstan, qui jouent pour cette équipe nationale pour ses salaires considérables. Nous nous battons pour l’aigle blanc, pas pour la paye. J’ai répété que je veux choisir la meilleure équipe, pas les meilleures individualités. Chaque joueur qui n’est pas venu avait une bonne raison, j’en ai parlé avec eux. Je n’exclus personne de ce groupe. Mais je n’appellerai pas ceux qui ne voulaient pas venir l’an dernier. C’est vrai, j’ai critiqué l’ouverture du championnat polonais aux étrangers, mais j’ai les c… de dire que je me suis trompé. Le rythme du championnat s’est élevé et les joueurs n’ont pas eu de problème à rivaliser avec un Kazakhstan beaucoup plus fort. J’espère quand même qu’une limitation des étrangers sera réintroduite dans les prochaines années et que les jeunes auront leur chance. »

Marcin Kolusz (défenseur de la Pologne) : « Nous étions censés gagner les deux premières rencontres et nous l’avons très bien fait. Face au Kazakhstan, tout a fonctionné. Oui, ils étaient meilleurs, ils patinaient mieux, ils avaient plus souvent le palet, ils ont eu plus d’occasions. Mais nous avons bloqué plus de tirs et notre jeu paraissait bien structuré. Les Dieux du hockey étaient avec nous. Espérons qu’ils nous regarderont maintenant avec gentillesse et qu’ils seront avec nous dans ces matches importants. »

Talgat Zhailauov (attaquant du Kazakhstan) : « Nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Nous avons peiné à concrétisé nos occasions et à percer leur gardien. Je n’ai pas de mots… Tout le monde est triste. Mais il faudra vivre avec. »

Glev Karataev (directeur général de la fédération du Kazakhstan) : « Le tournoi a été très bien préparé par le comité d’organisation. Beaucoup de gens ont été impliqués. Malheureusement, il y a des joueurs où le palet ne rentre pas, c’en était un. Andrei Skabelka continuera son travail au moins jusqu’au championnat du monde. C’est un très bon entraîneur, il a un bon staff. Bien sûr, ce tournoi est un échec, mais il faut se projeter sur les Mondiaux et y obtenir un bon résultat. Il y a une tendance à la naturalisation, mais si l’équipe nationale joue moins bien que le Barys, ça ne va pas. Les enfants doivent avoir un but pour les motiver. Quand nous aurons plus de choix, le championnat du Kazakhstan et le championnat junior se développeront. Malheureusement, aujourd’hui, la situation est ainsi. »

 

Kazakhstan – Pologne 2-3 (0-1, 2-1, 0-1)
Dimanche 9 février 2020 à 17h00 à la Barys Arena de Nur-Sultan. 5622 spectateurs.
Arbitrage d’Adam Kika (TCH) et Gordon Schukies (ALL) assistés d’Andrew Dalton (GBR) et Andreas Malmqvist (SUE).
Pénalités : Kazakhstan 2′ (0′, 2′, 0′), Pologne 6′ (4′, 0′, 2′).
Tirs : Kazakhstan 53 (20, 18, 15), Pologne 17 (3, 12, 2).

Évolution du score :
0-1 à 07’28 : Ciura
0-2 à 30’30 : Przygodzki assisté de Jaśkiewicz
1-2 à 30’47 : Boyd assisté de Valk et Dawes
2-2 à 35’29 : Boyd assisté de Dawes et Valk
2-3 à 40’29 : Urbanowicz assisté de Komorski et Dziubiński

Kazakhstan

Attaquants :
Nigel Dawes (A, +1) – Dustin Boyd (+1) – Arkadi Shestakov
Nikita Mikhaïlis (-1) – Curtis Valk – Roman Starchenko (-1)
Pavel Akolzin – Dmitri Shevchenko (-1) – Evgeni Rymarev
Talgat Zhailauov (C, -1) – Anton Sagadeev – Egor Petukhov
Dmitri Gurkov (-1)

Défenseurs :
Leonid Metalnikov (-2, 2′) – Darren Dietz (A)
Egor Shalapov (+1) – Jesse Blacker (-1)
Aleksei Maklyukov – Nikita Kleshchenko
Valeri Orekhov

Gardien :
Henrik Karlsson [sorti de 58’23 à 59’25 et de 59’31 à 60’00]

Remplaçant : Sergei Kudryavtsev (G).

Pologne

Attaquants :
Aron Chmielewski (A) – Dominik Paś – Bartlomiej Jeziorski
Martin Przygodzki (+1) – Bartlomiej Neupauer (+1) – Damian Kapica (+1)
Krystian Dziubiński (C, +2) – Filip Komorski (+2, 2′) – Maciej Urbanowicz (+2)
Nourredine Bettahar (-2) – Filip Starzyński (-2) – Szymon Marzec (-2)

Défenseurs :
Patryk Wajda (2′) – Marcin Kolusz (A)
Arkadiusz Kostek – Bartosz Ciura
Oskar Jaśkiewicz (2′) – Jakub Michałowski

Gardien :
John Murray

Remplaçant : Michal Kieler (G)