Un 0-0 pour éliminer une autre équipe, au hockey aussi !

Une des pages les plus sombres de l’histoire du football fut le match Allemagne-Autriche de la Coupe du monde de football, dans lequel les deux équipes arrêtèrent rapidement d’attaquer et de jouer pour conserver un score (1-0) qui les qualifiait toutes deux et éliminait le troisième larron, l’Algérie .

Une telle pratique serait impossible au hockey sur glace, non ? Le jeu est trop rapide pour qu’on puisse rester sur un score donné. Et pourtant… Depuis 2007, il n’y a plus de match nul dans les compétitions internationales et donc les équipes doivent se départager, limitant les possibilités de calcul. Mais auparavant, les formules pouvaient prêter le flanc à ce genre d’entente.

Les tournois à quatre sont une formule classique des qualifications olympiques : comme il n’y a qu’un seul qualifié, deux équipes ne peuvent pas s’entendre pour passer toutes deux. Mais à la fin du siècle dernier, l’IIHF avait mis en place des groupes de quatre pour les qualifications aux championnats du monde. Un système qu’elle a vite supprimé… après le scandale qu’on vous narre maintenant. Les deux groupes, organisés à Sheffield et à Amiens, qualifiaient en effet deux équipes chacun (plus un barragiste).

0-0, la faute à la machine à laver

Du côté de Sheffield, devant leur public, les Britanniques étonnaient face à des nations de l’ex-URSS qui évoluaient dans l’élite : ils se surprenaient à un premier match nul contre l’Ukraine, puis réussissaient déjà un 0-0 contre la Lettonie qui mettait en lumière une condition importante pour bien jouer au hockey : l’état de la glace…

Le dernier jour, un ex-Amiénois assommait les Britanniques à deux secondes de la fin, et ceux-ci n’étaient dès lors plus maîtres de leur destin. C’est alors sans illusion qu’ils assistaient – ou refusaient d’assister – à un lamentable 0-0 avec 14 tirs à 12, qui peut sans doute être classé comme le pire match international de l’histoire… Mais vous pourrez lire les commentaires des entraîneurs pour le moins étonnant : la victime pardonne et dit qu’elle aurait fait pareil, tandis que le coupable renvoie le palet dans le camp des organisateurs en accusant… l’absence de machine à laver !

On remarquera que, dans le même temps à Amiens, la France et l’Italie étaient exactement dans la même situation avant leur dernier match. Elles auraient pu s’arranger sur un résultat qui leur aurait convenu à toutes deux. Là aussi, tout avait commencé par un match nul France-Norvège, avec une égalisation providentielle d’Arnaud Briand tout juste élu capitaine par ses coéquipiers. Puis lors de France-Danemark, les Bleus avaient maté une jeune nation en progrès qui n’avait pas encore atteint l’élite.

Il n’y eut pas d’arrangement pour autant. Mais les calculettes influèrent sur le dernier match France-Italie. Le sélectionneur Stéphane Sabourin déclara que le grand défaut de ses joueurs était de savoir compter ! Ils étaient en effet dans une position un peu trop confortable avant le coup d’envoi, ce qu’ils ont eu du mal à gérer.

Tout se termina un mois plus tard dans l’anonymat d’un match de barrage en pays neutre – autre formule curieuse qu’il valait mieux abandonner ! – entre Norvège et Grande-Bretagne, les « troisièmes de poule » qui avaient regardé en spectateurs le dernier match qui qualifiait leurs deux rivaux. Lisez la déclaration de Stevie Lyle, futur gardien de Morzine-Avoriaz :  « Je n’ai que 20 ans, j’aurai au moins 15 occasions de monter dans le groupe A. » Si sa carrière internationale a bien duré plus de quinze ans, les Britanniques sont montés dans l’élite un an après sa retraite définitive.  Et ils y sont restés, mais on ne va pas revenir là-dessus, ce sont des souvenirs moins joyeux à remuer…