Le Mondial au Canada qui n’a jamais eu lieu

Les championnats du monde 2020 en Suisse, dont l’annulation a été couverte par les assurances et que l’organisation a annoncé avoir clôturé avec un bilan positif, resteront donc dans l’histoire comme les Mondiaux qui n’ont jamais eu lieu.

Mais cinquante ans plus tôt, déjà, un championnat du monde n’a jamais eu lieu, et pas n’importe lequel : le premier de l’histoire qui aurait dû être organisé au Canada ! Cette organisation, prévue à Montréal pour la phase aller puis à Winnipeg pour la phase retour, le pays du hockey s’y était préparé depuis près de deux ans, et il s’attendait à y être compétitif. À son congrès de Crans-sur-Sierre (Suisse) en juillet 1969, l’IIHF a en effet décidé d’autoriser la présence de joueurs professionnels – jusqu’à neuf – dans les équipes participant aux championnats du monde.

Les premiers pros canadiens à avoir posé le pied en terre soviétique l’ont ainsi fait un mois après le premier pied posé par l’Homme sur la Lune, fin août 1969 au prix Soviet Sport face à des équipes de clubs. La sélection canadienne renforcée de joueurs mis à disposition par des franchises NHL y termine deuxième de son groupe derrière le Khimik Voskresensk. Le Team Canada renforcé se montre capable au fil de la saison de tenir tête aux grandes nations européennes. Après des débuts difficiles – une tournée de cinq rencontres sans victoires en Tchécoslovaquie – il commence à trouver la bonne formule en terminant deuxième au tournoi des Izvestia à Moscou puis accueille chez lui avec de bons bilans l’URSS (3 victoires, 2 défaites) et la Tchécoslovaquie (2 victoires, 1 nul, 2 défaites). Voir matches internationaux 1969/70 pour les détails.

Mais le soir même du dernier match contre les Tchécoslovaques à Ottawa, la bombe explose : le Canada se retire de toute compétition et arrête ses échanges avec les pays européens !

Entre-temps, le président de l’IIHF Bunny Ahearne est en effet allé demander une autorisation au Comité International Olympique. Sans surprise, Avery Brundage, président du CIO et farouche défenseur de l’amateurisme, menace de bannir des prochains JO tout joueur qui rencontrerait une équipe constituée de professionnels. La fédération internationale fait alors marche arrière, sachant que le président de la fédération canadienne Earl Dawson refuse de renoncer aux pros face à un amateurisme désormais devenu hypocrite (les joueurs soviétiques sont hockeyeurs à plein temps et leurs homologues suédois touchent un peu d’argent sous la table).

Conséquence, le Canada boycotte la compétition jusqu’à nouvel ordre. Il faut donc trouver un pays-hôte de remplacement, et la Suède se propose pour la seconde fois consécutive (elle avait substitué la Tchécoslovaquie un an plus tôt à cause du Printemps de Prague). Les États-Unis, qui avaient été relégués un an plus tôt, refusent leur repêchage en groupe A pour exprimer leur solidarité avec le Canada, et c’est donc la Pologne qui est appelée en remplacement pour un championnat du monde devenu de facto 100% européen.

Fait curieux : la presse suédoise tacle aussi bien Brundage, dont les déclarations sur l’amateurisme soviétique sont ridiculisées, que l’IIHF, qui a cédé un peu facilement à la menace selon eux ; par contre, la presse canadienne occulte le rôle du président du CIO et concentre ses critiques sur « Bunny » Ahearne et sa fédération. Explication : si Brundage est ainsi épargné, c’est qu’il est alors en visite à Montréal pour la candidature de cette ville aux Jeux olympiques d’été de 1976…

Le boycott canadien durera sept ans jusqu’à ce que les professionnels soient autorisés de nouveau. Mais Ahearne aura tout de même obtenu de Brundage que ses sanctions ne s’appliquent que pour des rencontres officielles : cela ouvrira la voie à ce que, en marge des Mondiaux, les Soviétiques (et les autres équipes européennes) puissent affronter les pros – et pas n’importe lesquels puisqu’il s’agira des meilleurs joueurs NHL – lors de la série du siècle.

Malgré l’absence canadienne, le Mondial de Stockholm s’avèrera très intéressant et riche en évènements (de quoi faire rêver sur ce qu’il aurait pu devenir du côté de Montréal et de Winnipeg). En particulier, le podium n’est finalement pas joué d’avance comme certains le craignaient. Découvrez ainsi les chocs des deux premières journées : Finlande – URSS et Suède – Tchécoslovaquie.

Nous suivrons en feuilleton cet été le déroulement de ce Mondial d’il y a cinquante ans.

Mondial 1970