Chéri, tu as pensé à ton passeport ?

Retour sur un imbroglio qui a failli transformer le tournoi le plus attendu de l’histoire du hockey sur glace en une farce juridico-administrative, avec des comptes-rendus inédits.

Lorsqu’on pense aux Jeux olympiques de Nagano – premier tournoi olympique pour laquelle la NHL avait brièvement interrompu cette saison – on évoque souvent le fiasco des équipes nord-américaines, revenues sans médaille. Mais un autre pays majeur du hockey sur glace garde un très mauvais souvenir du tournoi : la Suède, alors championne olympique en titre.

Le premier match États-Unis – Suède, qui ouvrait le tournoi final, démontrait toutes les qualités de la Tre Kronor lors d’un duel intense et palpitant.

Le deuxième match Suède – Canada devenait dès lors déjà un grand duel de favoris pour une première place du groupe très importante.

Le troisième match Suède – Bélarus semblait plus anecdotique, et personne au sein de l’équipe aux trois couronnes ne se doutait alors que c’est ce même adversaire qui lui ferait vivre le pire cauchemar de son histoire quatre ans plus tard. Ce jour-là, Tommy Salo était encore bien meilleur que son jeune vis-à-vis Andrei Mezin.

C’est dans les heures qui suivirent ce match que le scandale éclata : le défenseur Ulf Samuelsson, qui avait pris la nationalité américaine, n’était plus suédois et ne pouvait donc représenter son équipe nationale ! Il expliquait tout penaud que sa femme l’avait prévenu de vérifier sa situation administrative, mais qu’il pensait qu’elle sur-réagissait.

On vécut alors des heures très chaudes à Nagano. Selon le règlement, les Suédois auraient dû perdre leurs rencontres précédentes par forfait. Mais cela aurait faussé le tableau, les Russes auraient été lésés ! L’IIHF voulait maintenir le classement, mais les Tchèques faisaient appel pour avoir un parcours plus facile (on sait aujourd’hui que le véritable tableau les conduirait à l’or…). Et cela, c’était sans compter sur les pressions supposées de la télé américaine…

Retour sur ces heures fatidiques et ce quart de finale préparé dans de drôles de conditions.

 

Avec le recul, que retenir de cette équipe de Suède tombée dans l’oubli et résumée à un passeport ? En premier lieu, que Peter Forsberg était alors au sommet de sa forme. Comme vous le verrez dans ces comptes-rendus, il était alors un joueur dominant physiquement, en pleine possession de ses moyens. Hormis contre le Bélarus, où il fut plus discret, il avait en outre des adversaires parfaits pour s’exprimer, lui dont le goût des mises en échec était bien adapté aux adversaires nord-américains.

Reste la question : Ulf Samuelsson était-il le pion indispensable qui a manqué à la Suède ? Revoir toutes ces rencontres démonte en grande partie cette théorie populaire, largement excessive. Les meilleurs défenseurs scandinaves ont été au fil du tournoi Mattias Norström, Nicklas Lidström et Calle Johansson. C’est Lidström (joueur élu depuis dans les 100 meilleurs de l’histoire de la NHL) qui s’est fait avoir sur le premier but encaissé en quart de finale, le but-clé. En l’absence de Samuelsson, Tommy Albelin a fait son retour dans l’effectif après avoir perdu sa place en cours de tournoi : il était certes sur la glace sur le but encaissé en infériorité, mais il a aussi sauvé un 2 contre 1 en début de match. Pas de quoi en faire un bouc émissaire.

Déjà à la fin du siècle dernier, les Suédois se distinguaient par leurs bons défenseurs. Le petit défaut à Nagano, Samuelsson ou pas était qu’ils n’avaient plus aucun droitier, toutes les lignes arrières et presque toute l’équipe tirant de la gauche (sauf Mats Sundin et Daniel Alfredsson qui se servaient donc de cette qualité recherchée en powerplay).

La Suède a surtout été éliminée par manque criant de jeu offensif. Cette tendance, à la tristesse déjà palpable face au voisin finlandais aux JO, s’accélèrerait quelques mois plus tard contre ce même adversaire aux Mondiaux de Zurich (un titre navrant de champion du monde avec un but en deux manches de finale et un style de jeu qu’on a accusé de tuer le hockey).

Mais bien sûr, psychologiquement, le fameux passeport an joué un rôle en plongeant une équipe dans l’incertitude au lieu de préparer soigneusement ce match. Il vaut mieux être sûr de ne jamais perdre sa nationalité quand on veut jouer un tournoi international, cela a l’air tellement bête à dire…

« Chéri, tu es vraiment sûr sûr que tu es toujours suédois ? »