Présentation des JO 1998

 

Calendrier et résultats des Jeux Olympiques 1998

 

Début 1989, avant même l'écroulement du bloc communiste et de ses "amateurs d'État", la fédération internationale de basketball (FIBA) avait voté pour autoriser les joueurs de NBA à participer aux Jeux olympiques, dont ils étaient les seuls professionnels encore exclus. Lors des Jeux olympiques d'été de Barcelone en 1992, la "Dream Team" américaine de basket, qui réunissait sans doute les plus grandes stars de l'histoire de ce sport autour de Michael Jordan, devint championne olympique avec plus de 30 points d'écart à chaque match. Sa participation bénéficia d'un immense relais médiatique qui accrut fortement la popularité du basket partout dans le monde. Les produits dérivés aux couleurs de la NBA déferlèrent sur la planète.

Gary Bettman était alors l'adjoint de David Stern, le commissionner de la NBA. Il a vu l'opportunité publicitaire exceptionnelle que permettait un évènement mondial comme les Jeux olympiques, et il voulait utiliser cet exemple en arrivant à la tête de la NHL en 1993. Un premier obstacle était levé quand René Fasel - très ouvert à l'idée d'intégrer les joueurs de NHL - succéda au vieil Allemand Günther Sabetzki - qui y était réfractaire - à la présidence de l'IIHF.

Une difficulté subsistait, que la NBA ne connaissait pas. La saison de la ligue professionnelle de hockey sur glace suit un calendrier identique à celle de basket-ball, d'octobre à juin. La NHL a bien un temps envisagé de déplacer le hockey sur glace aux Jeux olympiques d'été, mais le CIO a vite balayé l'idée saugrenue tant le programme estival est déjà absolument saturé. La participation aux Jeux olympiques d'hiver nécessitait donc de convaincre les propriétaires des franchises NHL d'interrompre la saison. Des négociations s'engagèrent avec la NHLPA, le syndicat des joueurs. La NHL proposa une pause de 14 jours, fenêtre dans laquelle il faudrait organiser un tournoi olympique de 12 jours. Impensable compte tenu du décalage horaire entre l'Amérique et le Japon : la NHLPA proposa un arrêt de 21 jours.

Le CIO et le comité d'organisation s'impatientaient. L'IIHF informa qu'un compromis devait être trouvé avant septembre 1995, car elle devait connaître la formule choisie pour commencer à organiser les phases de qualification olympique. En fin de compte, la NHL fit une toute petite concession avec une pause de 16 jours. Cela ne suffira pas pour que les joueurs participent à la cérémonie d'ouverture. Ils pourront être présents permet donc un tournoi final avec les six "Dream Teams", mais les autres devront passer par un tour qualificatif sans avoir leurs éléments de NHL tout de suite à disposition.

Chaque camp aura obtenu quelques avancées dans le compromis. Le CIO a obtenu à travers l'IIHF que des contrôles anti-dopage inopinés puissent être organisés au sein de la NHL. La NHLPA a obtenu de son côté que les joueurs puissent être hébergés dans des hôtels et non pas selon l'usage au village olympique, et qu'ils puissent porter leur équipement habituel (l'IIHF voulait initialement un équipementier unique). La NHL a obtenu pour sa part d'installer une boutique officielle dans la patinoire "Big Hat" de Nagano pour vendre ses produits dérivés. Au début de cette saison 1997/98, la ligue a déjà commencé son opération de conquête du Japon en organisant pour la première fois des matches de saison régulière en dehors du continent américain, à Tokyo entre Vancouver et Anaheim. Cette équipe avait été choisie parce qu'elle comprenait le Canadien d'origine japonaise Paul Kariya... mais il était absent, faute d'accord contractuel avec son équipe. Il s'est préparé plusieurs mois avec le Team Canada avant de signer son contrat avec les Mighty Ducks.

Mais le 1er février, juste après avoir marqué un but, Paul Kariya a pris un cross-check dans la tête de Paul Suter, défenseur de Chicago mais surtout international américain. Le coupable n'a même pas pris de pénalité sur le moment, et ses 4 matches de suspension ne l'empêchera pas d'être présent à Nagano. En revanche, Kariya est très incertain après cette quatrième commotion cérébrale en quatre saisons de NHL. Des voix s'élèvent déjà pour dénoncer un retour de bâton : en risquant de perdre son principal ambassadeur au Japon, la NHL pourrait être punie par sa propre faute, parce qu'elle n'a pas su protéger ses joueurs contre la violence.

Qu'on ne s'y trompe pas : ce tournoi olympique ne sera pas juste un show de la NHL. Les meilleurs hockeyeurs du monde sont si bien répartis que la compétition s'annonce sportivement beaucoup plus passionnante que Barcelone 1992. Le Canada, pays du hockey sevré de médaille d'or olympique depuis 1952, se présente bien sûr en favori, mais la Suède et les États-Unis sont présentés comme de dangereux concurrents. Un tournoi sans précédent qui a déjà un retentissement médiatique sans précédent dans le monde entier, à l'image des 20 pages sur le hockey sur glace dans L'Équipe Magazine (dont une interview exclusive de Gretzky).

Les six qualifiés d'office : Canada, Suède, États-Unis, Russie, République Tchèque, Finlande.

Tour préliminaire, groupe A : Slovaquie, Italie, Kazakhstan, Autriche.

Tour préliminaire, groupe B : Allemagne, Bélarus, France, Japon.

 

Les six grands

 

La sélection la plus difficile est forcément celle du Canada , aussi bien par le réservoir de joueurs impressionnant que parce que tout Canadien a une opinion sur le sujet. Lorsque l'équipe fut dévoilée fin novembre, les réactions scandalisées furent nombreuses. Il fallait un bouc émissaire à pointer du doigt, et ce fut Rob Zamuner, dernier joueur dans l'ordre alphabétique et sans doute le moins connu. Des courriers scandalisés s'offusquaient qu'il eût pu être choisi à la place de la légende Mark Messier. Une opinion répandue, et répétée sous tous les tons... mais par des gens dont la connaissance du hockey était superficielle même s'ils s'imaginaient tout savoir. Ils pointaient les statistiques supposées faibles de Zamuner sans tenir compte du fait qu'il a mis 50 points la saison passée... sans participer aux jeux de puissance ! Ce détail-clé remet en perspective la performance remarquable de celui que Bobby Clarke a appelé "le meilleur attaquant défensif de la NHL". Tout le staff a dû défendre Zamuner, en rappelant qu'il avait donné toute satisfaction aux derniers championnats du monde.

L'absence de Messier n'a pas été une surprise majeure pour les experts, qui avaient déjà pointé le problème que sa sélection poserait pour constituer l'équipe. La défaite face aux Américains lors de la Coupe du monde 1996 avait déjà été imputée à une équipe comprenant trop de vétérans. Bobby Clarke a tourné la page des années 1980 et le dynastie d'Edmonton en osant à la fois laisser Messier à la maison et nommer capitaine non pas Wayne Gretzky mais le plus jeune Eric Lindros qui est au sommet de ses moyens physiques. Le risque était d'être accusé de favoritisme puisque Clarke est le manager des Flyers de Philadelphie, finalistes de la dernière Coupe Stanley avec Lindros en vedette. Mais la décision a été collective et assumée par les deux autres membres du comité de sélection, Bob Gainey et Pierre Gauthier.

La théorie exposée par Clarke en décembre était que le Canada jouerait avec deux lignes offensives, une ligne défensive (alors supposée être le trio Zamuner-Primeau-Linden) et une quatrième ligne d'énergie. Wayne Gretzky serait - crime de lèse-majesté - le 13e attaquant, même s'il aurait le même temps de glace que les autres et serait utilisé en jeu de puissance. Le coach Marc Crawford s'est écarté de ses principes. Il veut des rotations courtes entre quatre lignes similaires qui comprennent chacune deux marqueurs et un joueur plus défensif. Il a précisé que les 13 attaquants et les 7 défenseurs joueraient tous, ce qui implique que personne n'aura de temps de jeu très élevé.

Le Canada aura aussi un atout jamais utilisé en la personne de Patrick Roy, qui n'avait encore jamais porté le maillot à la feuille d'érable. Roy est un gardien qui dirige ses défenseurs, pas tous habitués à autant de communication, et cela peut aider à trouver les bons ajustements dans un tournoi aussi court. Son objectif est clair, il veut qu'on lui laisse le tireur et que ses arrières bloquent les passes et s'occupent des rebonds.

L'équipe canadienne se distingue donc par une très grande homogénéité globale, même si elle n'a peut-être pas le pur buteur en forme. Ses joueurs les plus efficaces sont limités à 25 buts jusqu'ici cette saison (Lindros, Brind'Amour et peut-être le substitut Recchi) alors que sept joueurs à 30 buts ou plus seront au Japon chez les équipes concurrentes. Si le nom de Mark Recchi apparaît ici, c'est qu'on lui a dit de se tenir prêt pour remplacer Paul Kariya. Le staff canadien est pessimiste sur le rétablissement de sa star - et furieux qu'il ait été blessé par un Américain - et envisage au mieux qu'il arrive en manquant le début de la compétition, au pire qu'il ne prenne pas l'avion. Cela priverait la formation de son ailier le plus talentueux, qui serait remplacé par un profil très différent (Kariya est un pur passeur de petit gabarit, Recchi un finisseur puissant).

Gardiens : Patrick Roy (Colorado Avalanche, NHL), Martin Brodeur (New Jersey Devils, NHL), Curtis Joseph (Edmonton Oilers, NHL).

Défenseurs : Rob Blake (Colorado Avalanche, NHL), Raymond Bourque (Boston Bruins, NHL), Éric Desjardins (Philadelphia Flyers, NHL), Adam Foote (Colorado Avalanche, NHL), Al MacInnis (Saint Louis Blues, NHL), Chris Pronger (Saint Louis Blues, NHL), Scott Stevens (New Jersey Devils, NHL).

Attaquants : Rod Brind'Amour (Philadelphia Flyers, NHL), Shayne Corson (Canadiens de Montréal, NHL), Theoren Fleury (New York Islanders, NHL), Wayne Gretzky (New York Rangers, NHL), Trevor Linden (New York Islanders, NHL), Eric Lindros (Philadelphia Flyers, NHL), Joe Nieuwendyk (Dallas Stars, NHL), Keith Primeau (Carolina Hurricanes, NHL), Joe Sakic (Colorado Avalanche, NHL), Brendan Shanahan (Detroit Red Wings, NHL), Steve Yzerman (Detroit Red Wings, NHL), Rob Zamuner (Tampa Bay Lightning, NHL) + Paul Kariya (Mighty Ducks of Anaheim, NHL) ou Mark Recchi (Canadiens de Montréal, NHL).

Entraîneur : Marc Crawford.

 

La Suède est la championne olympique en titre, et ses héros de Lillehammer seront de nouveau les joueurs-clés quatre ans plus tard. Le gardien Tommy Salo aura un rôle important, il est réputé fiable mais devra démontrer son excellence. Peter Forsberg a contribué à combattre les préjugés contre les Suédois en NHL en ajoutant la force physique à ses qualités de classe mondiale et en prouvant sa capacité à conduire son équipe à la victoire dans les plus rudes batailles. Les Scandinaves sont toujours d'aussi bons patineurs, et ne manquent pas de joueurs capables d'infliger des mises en échec, d'Ulf Samuesson à Calle Johansson et de Tomas Sandström au jeune Daniel Alfredsson.

La Tre Kronor est aujourd'hui dirigée par Kent Forsberg, le père de Peter, qui favorise un style défensif assez conservateur. Certains relativisent ses qualités d'entraîneur et pointent le rôle important dans l'ombre de son adjoint Barry Smith (l'assistant de Scotty Bowman à Detroit). Le staff suédois s'appuie sur de bonnes lignes arrières menées par Nicklas Lidström, qui est en train de s'imposer comme le meilleur défenseur de la NHL. Mais on y observe un petit défaut : on ne compte aucun droitier parmi eux.

Un des enjeux de la Suède sera donc de bâtir le bon équilibre avec des pièces de puzzle qui ne "s'emboîtent" pas forcément de manière si naturelle. Ses deux meilleurs joueurs Peter Forsberg et Mats Sundin sont normalement des joueurs de centre. Ils seront dispersés sur deux trios différents. Pour autant, Sundin sera aligné à l'aile gauche (avec Sandström au centre) même s'il sera quand même utilisé de manière privilégiée pour les mises au jeu décisives dans sa zone. Les deux stars seront réunies en supériorité numérique : Sundin y sera précieux par son tir de la droite, en position au cercle gauche du jeu de puissance à quatre attaquants (avec Alfredsson et Sandström) et Nicklas Lidström à la pointe. Il n'y a que des gauchers sur la seconde unité de supériorité (Öhlund-Johansson-Renberg-Nylander-Dahlén).

Gardiens : Tommy Salo (New York Islanders, NHL), Tommy Söderström (Djurgårdens IF, SUE), Johan Hedberg (Baton Rouge, ECHL).

Défenseurs : Tommy Albelin (Calgary Flames, NHL), Calle Johansson (Washington Capitals, NHL), Nicklas Lidström (Detroit Red Wings, NHL), Mattias Norström (Los Angeles Kings, NHL), Mattias Öhlund (Vancouver Canucks, NHL), Marcus Ragnarsson (San José Sharks, NHL), Ulf Samuelsson (New York Rangers, NHL).

Attaquants : Daniel Alfredsson (Ottawa Senators, NHL), Mikael Andersson (Tampa Bay Lightning, NHL), Ulf Dahlén (HV 71 Jönköping, SUE), Peter Forsberg (Colorado Avalanche, NHL), Andreas Johansson (Pittsburgh Penguins, NHL), Jörgen Jönsson (Farjestad, SUE), Patric Kjellberg (Djurgårdens IF, SUE), Mats Lindgren (Edmonton Oilers, NHL), Michael Nylander (Calgary Flames, NHL), Mikael Renberg (Tampa Bay Lightning, NHL), Tomas Sandström (Mighty Ducks of Anaheim, NHL), Mats Sundin (Toronto Maple Leafs, NHL), Niklas Sundström (New York Rangers, NHL).

Entraîneur : Kent Forsberg.

 

Le staff des États-Unis a dû entreprendre un travail de pédagogie pour expliquer aux médias américains que ce n'est pas parce que la NHL fournit la majorité des joueurs que la finale opposera forcément le Canada aux États-Unis, même si c'est le rêve de la ligue et des télévisions, ainsi que des joueurs des deux équipes. Le pays se voit au sommet en gardant en référence la victoire lors de la Coupe du monde 1996 de la NHL. Il oublie un peu que, jusqu'ici, les plus grands succès américains avaient été obtenus par des universitaires (les médailles d'or olympiques 1960 et 1980). L'année 1996, avec le bronze aux Mondiaux et la Coupe du monde, constituait donc l'exception plutôt que la règle : le reste du temps, les équipes américaines incluant des joueurs professionnels avaient toujours échoué à conquérir la moindre breloque.

On ne change pas une équipe qui gagne : les États-Unis cherchent donc la copie conforme de leur succès. Ils ont le même entraîneur, Ron Wilson, et présentent exactement les mêmes lignes, aussi bien offensives que défensives. La seule différence est une amélioration, le remplacement de Bryan Smolinski par Jeremy Roenick - qui était blessé à l'époque. Reste à savoir si la victoire d'il y a un an et demi est transposable dans un autre contexte. Les hockeyeurs américains connaissent moins les règles de l'IIHF, mais elles ne leur sont pas forcément plus défavorables qu'en NHL. Par exemple, avoir un patin dans le demi-cercle du gardien est autorisé pour un joueur autre que le buteur qui n'interfère pas sur le gardien. Les ailiers puissants John LeClair et Keith Tkachuk devraient utiliser cet avantage pour asseoir leur présence menaçante dans leur slot, eux qui sont bien partis pour connaître une troisième saison consécutive de plus de 50 buts en NHL.

C'est évidemment plus le passage à la grande glace qui pose question. L'attaque américaine dispose de joueurs rapides comme Tony Amonte, Pat LaFontaine, Mike Modano ou Doug Weight, et même ses grands gabarits ont d'autres arguments que le jeu physique. La lenteur pourrait en revanche être le talon d'Achille de la défense, et en particulier des frères Hatcher, deux colosses qui pourraient se faire déborder par des adversaires plus vifs.

L'autre inquiétude dans les rangs américains tient dans la crise traversée par les Rangers de New York, qui fournissent deux joueurs-clés. Vainqueur du trophée Norris de meilleur défenseur de NHL en juin dernier, Brian Leetch est la cible des tabloïds new-yorkais cette saison, et pas uniquement à cause de sa fiche +/- très négative. On lui a épargné un peu d'attention en ne le nommant pas capitaine (Chelios aura cet honneur). Le gardien Mike Richter, le héros de la Coupe du monde, a connu un début de saison difficile mais semble avoir corrigé ses petits défauts de position ces dernières semaines après s'être vu accorder une petite pause qui lui a permis d'analyser son jeu. Richter considère les Jeux olympiques de 1988 comme la plus grande expérience de sa vie, même si le coach de l'époque (Dave Peterson) avait tiré comme bilan que ses gardiens inexpérimentés n'avaient pas tenu la pression. Les Américains avaient fini septièmes. Richter ne pensait pas alors qu'il aurait une seconde chance olympique une fois passé professionnel, et compte bien cette fois revenir de cet évènement historique avec une médaille.

Gardiens : Mike Richter (New York Rangers, NHL), John Vanbiesbrouck (Florida Panthers, NHL), Guy Hebert (Mighty Ducks of Anaheim, NHL).

Défenseurs : Bryan Berard (New York Islanders, NHL), Keith Carney (Chicago Blackhawks, NHL), Chris Chelios (Chicago Blackhawks, NHL), Derian Hatcher (Dallas Stars, NHL), Kevin Hatcher (Pittsburgh Penguins, NHL), Brian Leetch (New York Rangers, NHL), Mathieu Schneider (Toronto Maple Leafs, NHL), Gary Suter (Chicago Blackhawks, NHL).

Attaquants : Tony Amonte (Chicago Blackhawks, NHL), Adam Deadmarsh (Colorado Avalanche, NHL), Bill Guerin (Edmonton Oilers, NHL), Brett Hull (St. Louis Blues, NHL), Pat LaFontaine (New York Rangers, NHL), John LeClair (Philadelphia Flyers, NHL), Shawn McEachern (Ottawa Senators, NHL), Mike Modano (Dallas Stars, NHL), Joel Otto (Philadelphia Flyers, NHL), Jeremy Roenick (Phoenix Coyotes, NHL), Keith Tkachuk (Phoenix Coyotes, NHL), Doug Weight (Edmonton Oilers, NHL)

Entraîneur : Ron Wilson.

 

Cela fait bientôt cinq ans que la Russie n'a plus rien gagné. Tout le monde s'est habitué à ne plus la considérer comme une grande puissance du hockey mondial. Ses joueurs semblent toujours talentueux en un contre un, mais, devenus individualistes jusqu'à la caricature en découvrant le capitalisme, ils n'arrivent plus à produire le hockey collectif qui faisait leur réputation. Où est donc passé ce jeu de mouvement à cinq qui faisait la gloire du hockey soviétique ? La réponse est arrivée pendant les derniers play-offs NHL : à Détroit ! C'est dans la capitale américaine de l'automobile que Scotty Bowman a mis en place le "Russian Five" qui a conduit les Red Wings à la conquête de la dernière Coupe Stanley.

Mais parmi ces cinq joueurs qui ont ravivé des souvenirs sous des maillots rouges, aucun n'était présent dans la sélection initiale soviétique. Vladimir Konstantinov a été victime d'un grave accident de la route pendant l'été. Les anciens rebelles Igor Larionov et Vyacheslav Fetisov se déclarent toujours en opposition avec la mentalité des dirigeants russes qui n'a pas changé selon eux, et ainsi que leur jeune partenaire Vyacheslav Kozlov est sur la même ligne, dans tous les sens du terme. Quant à Sergei Fedorov, il n'a pas joué de la saison puisqu'il n'a pas trouvé d'entente avec les Red Wings sur un nouveau contrat. Néanmoins, quand Aleksei Kovalev s'est blessé, le manager général Aleksei Kasatonov a quand même rappelé Fedorov, qui sera utilisé à l'aile plutôt qu'au centre compte tenu de son manque de pratique.

Les Russes disposent toujours d'une attaque redoutable, au moins dans le top-6 autour du capitaine Pavel Bure, affolant de vitesse, et du duo Fedorov/Yashin. Ils pourraient bénéficier de marqueurs secondaires à l'exemple de Valeri Bure, qui a récemment débloqué une série de 27 matches sans but avec un soudain hat-trick dans le derby contre Edmonton peu après son échange de Montréal à Calgary. Le cadet des Bure a aussi enfilé la tenue de sniper pour flinguer les absents : "Ce sont des millionnaires maintenant, et ils pensent qu'ils sont de grandes stars. Comment écouteraient-ils un coach qui gagne 10 000 ou 20 000 dollars ? Je ne pense pas qu'ils agissent comme des professionnels. Ce n'est pas juste pour les entraîneurs."

L'entraîneur Vladimir Yurzinov aura quand même un sacré challenge pour recréer un équilibre collectif entre ces joueurs. Il a des joueurs créatifs devant, mais les forfaits le privent des défenseurs offensifs Sergei Zubov et Oleg Tverdovsky qui aurait été utiles pour appuyer l'attaque (même si Gonchar qui remplace Karpovtsev blessé est un jeune joueur qui a ce profil).

Autre joueur qui boycotte la sélection, Nikolaï Khabibulin n'avait pas digéré que Viktor Tikhonov lui confisque pour sa collection personnelle sa médaille d'or après les JO d'Albertville où il était le jeune troisième gardien. Les deux portiers qui le devançaient dans la hiérarchie en 1992, Mikhaïl Shtalenkov et Andrei Trefilov, sont toujours là. Shtalenkov était alors titulaire et Trefilov remplaçant, mais le poste de numéro 1 est aujourd'hui plus ouvert, sans véritable certitude à ce poste.

Gardiens : Mikhail Shtalenkov (Mighty Ducks of Anaheim, NHL), Oleg Shevtsov (Severstal Cherepovets, RUS), Andrei Trefilov (Chicago Blackhawks, NHL).

Défenseurs : Sergei Gonchar (Washington Capitals, NHL), Aleksei Gusarov (Colorado Avalanche, NHL), Darius Kasparaitis (Pittsburgh Penguins, NHL), Igor Kravchuk (Ottawa Senators, NHL), Boris Mironov (Edmonton Oilers, NHL), Dmitri Mironov (Mighty Ducks of Anaheim, NHL), Dmitri Yushkevich (Toronto Maple Leafs, NHL), Aleksei Zhitnik (Buffalo Sabres, NHL).

Attaquants : Maxim Afinogenov (Buffalo, NHL), Pavel Bure (Vancouver Canucks, NHL), Valeri Bure (Calgary Flames, NHL), Sergei Fedorov (sans club), Valeri Kamensky (Colorado Avalanche, NHL), Andrei Kovalenko (Edmonton Oilers, NHL), Sergei Krivokrasov (Chicago Blackhawks, NHL), Aleksei Morozov (Pittsburgh Penguins, NHL), Sergei Nemchinov (New York Islanders, NHL), German Titov (Calgary Flames, NHL), Aleksei Yashin (Ottawa Senators, NHL), Valeri Zelepukin (Edmonton Oilers, NHL), Aleksei Zhamnov (Chicago Blackhawks, NHL).

Entraîneur : Vladimir Yurzinov.

 

Alors que la République Tchèque venait de remporter les championnats du monde, elle avait vécu un désastre complet à la Coupe du monde de la NHL où elle devait rassembler les meilleurs joueurs de la ligue nord-américaine. Radek Bonk (-4) ne s'était jamais vraiment intégré dans le groupe tchèque et le nouveau sélectionneur Ivan Hlinka n'a pas assez confiance en lui pour prendre le risque de le re-sélectionner. La ligne Holik-Nedved-Jagr n'avait pas du tout fonctionné (fiches de -4 et -5). Nedved n'est pas éligible en compétition officielle IIHF puisqu'il a joué pour le Canada en 1994, et Holik a entre-temps tourné le dos à la fédération tchèque en prenant un passeport américain.

Reste le cas de Jaromír Jágr. Il n'est évidemment pas question de se priver d'un joueur aussi dominant, mais pour qu'il puisse utiliser ses qualités pour le bien de l'équipe, il est essentiel de trouver un centre qui sache s'adapter à lui, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Hlinka a eu une idée aussi inattendue que géniale : il a rappelé le vétéran de 34 ans Vladimir Ruzicka, qui comptait 186 sélections pour la Tchécoslovaquie dans les années 1980, mais n'avait jamais été rappelé pendant huit ans. Hlinka lui a glissé pendant une journée de golf qu'il le sélectionnerait s'il jouait bien en Extraliga. Il l'a testé pour deux tournois, et en a fait son centre numéro 1. Ruzicka avait côtoyé le numéro 68 au sein de la tournée d'exhibition du "Jagr Team" et les deux hommes s'entendaient bien sur et en dehors de la glace. Ce retour a aussi un autre avantage : il évite un conflit potentiel en n'ayant pas à trancher le capitanat entre Jagr et Reichel. Le champion du monde 1985 Ruzicka est un joueur que tout le monde respecte par son âge et son expérience, ce qui en fait un "C" unanimement reconnu.

Ivan Hlinka a donc fait preuve de psychologie pour constituer son équipe. Il s'appuie sur une moitié de joueurs évoluant en Europe en se méfiant des renommées et des étiquettes. Il y a bien un joueur de NHL supplémentaire qu'il aurait voulu avoir, et ce n'est pas le plus connu d'entre eux : le jeune Václav Prospal (22 ans) s'est malheureusement cassé la cheville. Peu importe pour Hlinka si, pour les observateurs qui ne connaissent que la NHL, cette sélection comporte beaucoup de noms totalement inconnus. Ce n'est pas le cas seulement pour les observateurs d'ailleurs : Dominik Hašek a avoué qu'il ne connaissait pas certains de ses coéquipiers et qu'il ne savait pas comment il devait les appeler ! Il le découvrira bien assez vite...

Les équipes adverses n'ont pas besoin de connaître tous les joueurs tchèques pour savoir qu'elles ne sont pas très à l'aise à l'idée de jouer un match éliminatoire face au gardien qui a conquis le titre de meilleur joueur de NHL, Dominik Hašek, qui détient le meilleur pourcentage d'arrêts chaque saison depuis quatre ans. Un atout maître qui inspire une grande méfiance à tous les adversaires.

Gardiens : Dominik Hašek (Buffalo Sabres, NHL), Roman Cechmánek (HC Vsetín, TCH), Milan Hnilicka (Sparta Prague, TCH).

Défenseurs : Roman Hamrlík (Edmonton Oilers, NHL), František Kucera (Sparta Prague, TCH), Libor Procházka (AIK, SUE), Jirí Šlégr (Pittsburgh Penguins, NHL), Richard Šmehlík (Buffalo Sabres, NHL), Jaroslav Spacek (Färjestad BK, SUE), Petr Svoboda (Philadelphia Flyers, NHL).

Attaquants : Josef Beránek (HC Vsetín, TCH), Jan Caloun (HIFK Helsinki, FIN), Jirí Dopita (HC Vsetín, TCH), Milan Hejduk (HC Pardubice, TCH), Jaromír Jágr (Pittsburgh Penguins, NHL), Robert Lang (Pittsburgh Penguins, NHL), David Moravec (HC Vítkovice, TCH), Pavel Patera (AIK, SUE), Martin Procházka (Toronto Maple Leafs, NHL), Robert Reichel (New York Islanders, NHL), Martin Rucinský (Canadiens de Montréal, NHL), Vladimír Ruzicka (Slavia Prague, TCH), Martin Straka (Pittsburgh Penguins, NHL).

Entraîneur : Ivan Hlinka.

 

La Finlande reste la moins considérée des grandes nations du hockey sur glace, et la sixième des Dream Teams. À l'heure de pointer les faiblesses de cette équipe finlandaise, la presse nord-américaine désigne comme un seul homme le gardien Jarmo Myllys, qui avait raté ses apparitions en NHL dans sa jeunesse et ne semble pas de taille dans ce tournoi des étoiles, même s'il a entre-temps conquis la place de titulaire en équipe nationale et participé à la conquête du titre mondial 1995.

La Finlande dispose bien évidemment d'une star de tout premier plan avec Teemu Selänne, à la fois meilleur buteur (déjà 41 buts) et meilleur marqueur (68 points) de la saison de NHL en cours. Selänne sera aligné à l'aile droite de l'habituelle première ligne des "castors juniors" (avec Ville Peltonen et Saku Koivu) à la place du maître du repli défensif Jere Lehtinen. Cela implique que les Finlandais mettent toutes leurs armes sur un premier trio redoutable, mais cela peut accentuer un certain manque de soutien offensif. L'attaque inclut certes toutes les légendes du hockey finlandais, mais les anciens compagnons de Gretzky, Jari Kurri et Esa Tikkanen, ont eux aussi vieilli. Il sera intéressant d'observer Kurri dans un rôle de centre, essayé à Milan et Los Angeles mais inédit pour lui en équipe nationale.

Quand on évoque le soutien offensif, cela doit aussi impliquer les défenseurs. Or, ce secteur dont on parle beaucoup moins a subi la révolution la plus importante. L'ex-capitaine Timo Jutila et son assistant Hannu Virta ont été pendant des années des joueurs essentiels des lignes arrières sous la houlette de l'entraîneur suédois Curt Lindström, l'homme qui a conduit la Finlande au plus haut niveau mondial. La transition de Lindström à Hannu Aravirta, qui a été son adjoint pendant quatre ans, devait se faire dans une certaine continuité. Mais sans Jutila et Virta (qui ont 34 ans), et sans le petit gabarit relanceur Petteri Nummelin qui apparaissait comme leur héritier le plus direct mais n'a pas été sélectionné, la défense finlandaise a changé de visage avec des profils bien plus physiques. Cette équipe qui avait enchanté le dernier tournoi olympique par son jeu offensif se prépare ainsi à plus défendre dans des joutes plus âpres.

Gardiens : Jarmo Myllys (Luleå HF, SUE), Ari Sulander (Jokerit Helsinki, FIN), Jukka Tammi (Frankfurt Lions, ALL).

Défenseurs : Aki-Petteri Berg (Los Angeles Kings, NHL), Tuomas Grönman (Pittsburgh Penguins, NHL), Janne Laukkanen (Ottawa Senators, NHL), Jyrki Lumme (Vancouver Canucks, NHL), Janne Niinimää (Philadelphia Flyers, NHL), Teppo Numminen (Phoenix Coyotes, NHL), Kimmo Timonen (HIFK Helsinki, FIN).

Attaquants : Raimo Helminen (Ilves Tampere, NHL), Sami Kapanen (Carolina Hurricanes, NHL), Saku Koivu (Canadiens de Montréal, NHL), Jari Kurri (Colorado Avalanche, NHL), Jere Lehtinen (Dallas Stars, NHL), Juha Lind (Dallas Stars, NHL), Mika Nieminen (Jokerit Helsinki, FIN), Ville Peltonen (Frölunda HC Göteborg, SUE), Kimmo Rintanen (TPS Turku, FIN), Teemu Selänne (Mighty Ducks of Anaheim, NHL), Esa Tikkanen (Florida Panthers, NHL), Antti Törmänen (Jokerit Helsinki, FIN), Juha Ylönen (Phoenix Coyotes, NHL).

Entraîneur : Hannu Aravirta.

 

 

Tour préliminaire : le groupe A

 

La Slovaquie dispose de deux des meilleurs buteurs du monde. Zigmund Palffy (48 buts) et Peter Bondra (46) étaient dans les huit meilleurs finisseurs de NHL la saison dernière, et ils sont toujours dans le top-8 lors de la saison en cours (30 et 36 buts). Leur participation au tournoi olympique de ces deux stars - auxquelles on pourrait ajouter le fin passeur aux 55 assists Jozef Stümpel et le meilleur buteur des derniers JO Miroslav Šatan - n'est pourtant pas assurée. Liés par leurs contrats, ils n'auront pas le droit de venir à Nagano dès le début de la quinzaine olympique et devront donc espérer que leurs coéquipiers se qualifient sans eux pour le tour final. La nouvelle formule, contrainte, par la pause réduite de la NHL, ne favorise que les six grandes équipes.

Les Slovaques ont l'habitude d'être laissés-pour-compte et de devoir passer par un chemin plus difficile. Repartis du bas de l'échelle après la partition de la Tchécoslovaquie, ils se sont hissés au plus haut niveau le plus vite possible à la force des bras et ils sont passés à travers toutes les qualifications olympiques pour être présents à Lillehammer puis ici au Japon. Mais s'ils ont toujours réussi, leur parcours n'a jamais été une évidence. Leur marge sur les autres nations reste réduite.

Bien sûr, même en l'absence des attaquants-vedettes de la NHL, la Slovaquie dispose encore d'un talent offensif supérieur aux autres. Mais le poste de gardien est un point faible jamais vraiment résolu. Et la défense paraît très inexpérimentée après avoir perdu deux hommes pour raisons médicales.

Les Slovaques ont en effet été victimes d'une épidémie de grippe actuellement virulente sur tout le nord du Japon. L'avion qui les ramenait du tournoi de préparation à Tomakomai (où ils ont perdu contre la France) a même dû faire un atterrissage d'urgence à l'aéroport de Niigata : en difficulté respiratoire, le défenseur Jergus Baca a perdu connaissance pendant cinq minutes et son visage commençait à devenir bleu. Le médecin de l'équipe ne sentait presque plus son pouls et craignait de le voir mourir. Il a été hospitalisé tout comme son coéquipier Róbert Pukalovic. Ces deux joueurs ont guéri et reprendront l'entraînement pour être disponibles pour le tournoi final, lorsque l'effectif pourra être modifié... et accueillir alors tous les joueurs NHL pour prendre la forme définitive. C'est en tout cas ce que toute la Slovaquie espère.

Gardiens : Igor Murín (Dukla Trencín, SVK), Pavol Rybár (HK 36 Skalica, SVK), Miroslav Šimonovic (HC Košice, SVK).

Défenseurs : Jerguš Baca* (HC Košice, SVK), Ivan Droppa (HC Košice, SVK), Stanislav Jasecko (HC Košice, SVK), Miroslav Mosnár (Slovan Bratislava, SVK), Róbert Pukalovic* (Slovan Bratislava, SVK), Lubomír Sekeráš (HC Trinec, TCH), Ján Varholík (HC Košice, SVK), Lubomír Višnovský (Slovan Bratislava, SVK).

Attaquants : Zdeno Cíger (Slovan Bratislava, SVK), Jozef Dano (HC Trinec, TCH), Oto Hašcák (HC Zlín, TCH), Branislav Jánoš (HC Zlín, TCH), Lubomír Kolník (Slovan Bratislava, SVK), Roman Kontšek (Dukla Trencín, SVK), Ján Pardavý (Dukla Trencín, SVK), Róbert Petrovický (Worcester IceCats, AHL), Vlastimil Plavucha (HC Košice, SVK), Peter Pucher (HC Košice, SVK), Karol Ruzsnyák (Slovan Bratislava, SVK), Roman Stantien (HC Vsetín, TCH).

* ces deux joueurs ne sont pas déclarés dans l'équipe compte tenu de leur hospitalisation, ce qui laisse deux places libres pour les joueurs de NHL qui devraient arriver pour le dernier match du tour préliminaire

Renforts de NHL pour le tour final : Róbert Švehla (D, Florida Panthers, NHL), Peter Bondra (A, Washington Capitals, NHL), Pavol Demitra (A, Saint Louis Blues, NHL), Zigmund Pálffy (New York Islanders, NHL), Miroslav Šatan (A, Buffalo Sabres, NHL), Jozef Stümpel (A, Boston Bruins, NHL), Richard Zedník (A, Washington Capitals, NHL).

Entraîneur : Ján Sterbak.

 

Pendant cinq ans, l'entraîneur canadien Bryan Lefley - nommé après la déception de la dernière place lors des Jeux olympiques d'Albertville - a conduit l'Italie aux plus belles années de son histoire sur le plan des résultats. Mais le 29 octobre dernier à l'aube, à seulement 49 ans, Lefley a trouvé la mort quand sa Mercedes a heurté un camion arrivant en sens inverse près de Bolzano. Il quittait cette ville, où il avait assisté la veille au soir à un match d'EHL entre l'équipe locale et le Dynamo Moscou, pour se rendre à un stage de l'équipe nationale à Bressanone. Cette saison, alors qu'il venait de conduire Berne à un titre de champion suisse, Lefley avait justement choisi d'abandonner son poste en club pour se consacrer entièrement à l'équipe d'Italie.

Le choc a été brutal pour tout le hockey italien. Les hommages ont été unanimes envers cet homme qui avait su réussir l'amalgame entre des joueurs d'horizons différents et de langues différentes, les oriundi formés en Amérique du nord - majoritaires - mais aussi les hockeyeurs italiens avec lesquels ils avaient su établir de bons rapports humains. On comprend que la succession impromptue se soit produite dans des circonstances difficiles pour son adjoint Adolf Insam. Mais le groupe est resté soudé. Il a remporté les quatre rencontres internationales jouées depuis le décès de son coach, même si c'était contre des adversaires plus faibles (Slovénie, Autriche et Japon).

Le but de cette équipe, qui a évolué depuis cinq ans parmi les huit meilleures nations mondiales, est évidemment de rester à cette place, ce qui signifierait qu'elle se qualifierait pour le plus grand tournoi de l'histoire, comme un aboutissement posthume du travail de son entraîneur décédé. Mais si Lefley a toujours atteint le top-8 aux championnats du monde pendant son mandat, il avait en revanche raté les quarts de finale lors de sa seule participation olympique, il y a quatre ans à Lillehammer. La raison en était très simple : l'Italie était tombée dans le groupe de la Slovaquie, "nouvelle" nation qui avait fini première de sa poule pour ses grands débuts.

Une histoire qui se reproduit. Qualifiée d'office grâce à ses performances, l'Italie affronte les trois équipes les moins bien classées des tournois de qualification (car ce sont l'Allemagne et le Bélarus qui ont fini premières de poule). Mais parmi ces trois équipes se trouvent de nouveau les Slovaques, qui constituent - même affaiblis - un très gros morceau.

Gardiens : Mario Brunetta (Eisbären Berlin, ALL), David Delfino (Kölner Haie, ALL), Mike Rosati (Adler Mannheim, ALL).

Défenseurs : Chris Bartolone (Krefeld Pinguine, ALL), Chad Biafore (Eisbären Berlin, ALL), Mike DeAngelis (Reno Rage, WCHL), Leo Insam (Düsseldorfer EG, ALL), Bob Nardella (Chicago Wolves, IHL), Robert Oberrauch (HC Bolzano, ITA), Larry Rucchin (Düsseldorfer EG, ALL).

Attaquants : Patrick Brugnoli (Gardena, ITA), Markus Brunner (Merano, ITA), Giuseppe Busillo (Kölner Haie, ALL), Mario Chitarroni (Eisbären Berlín, ALL), Dino Felicetti (Fassa, ITA), Stefano Figliuzzi (ZSC Lions, SUI), Maurizio Mansi (Brunico, ITA), Stefano Margoni (Fassa, ITA), Gaetano Orlando (SC Berne, SUI), Martin Pavlu (HC Bolzano, ITA), Roland Ramoser (EC Kassel Huskies, ALL), Lucio Topatigh (HC Bolzano, ITA), Bruno Zarrillo (Kölner Haie, ALL).

Entraîneur : Adolf Insam.

 

Le Kazakhstan, comme le Bélarus, n'a pas participé au tournoi de préparation contrairement aux six autres équipes. Il ne fait quasiment pas de stages, mais cela ne l'a pas empêché de ses qualifier. Il faut dire que tous ses joueurs ou presque ont été formés à la même école de hockey, celle du Torpedo Ust-Kamenogorsk, une des plus réputées de l'ancienne Union Soviétique. Les exceptions sont le duo Antipin-Glovatsky qui vient de Temirtau : il s'agit de deux joueurs rugueux qui vont au contact, une caractéristique d'ailleurs partagée par d'autres défenseurs comme Nikitin ou Troshchinsky.

Sans négliger donc cette dimension physique surtout dans ses lignes arrières, le Kazakhstan conserve un héritage soviétique évident. Son sélectionneur Boris Aleksandrov est un ancien international soviétiques des années 1970 et il a gardé la philosophie du CSKA d'un hockey total par unité de cinq joueurs qui attaquent et se regroupent ensemble. Il faudra toutefois confronter ce style de jeu à un rythme plus élevé.

Si la préparation commune n'est pas une nécessité, c'est que la plupart des joueurs se côtoient en club. Le Kazakhstan aligne en effet les deux premières paires défensives et les deux stars offensives du Metallurg Magnitogorsk, une des meilleures équipes du championnat russe, une formation qui joue un pur hockey de tradition soviétique. Les frères Koreshkov - les deux stars offensives en question - retrouvent à Nagano celui qui était leur ancien partenaire de ligne avant son départ en Amérique du nord, Konstantin Shafranov. Ce trio n'était pas là dans l'équipe qui a fini deuxième du dernier Mondial B, et il ajoute beaucoup de talent technique à l'effectif. Il serait donc dangereux de négliger cette équipe sans références. Même la jeune quatrième ligne Dudarev-Pchelyakov-Zavyalov se connaît très bien et a quitté cette année Ust-Kamenogorsk pour le Severstal : ils sont les joueurs offensifs majeurs (avec le Biélorusse Bekbulatov) de ce club bien classé dans le championnat russe.

En constatant que les Kazakhstanais avaient un équipement vieillissant, la marque Easton les a dotés de matériel neuf. Une générosité toutefois limitée puisque l'entreprise a fourni une crosse par joueur, ce qui ne leur durera pas très longtemps. Au-delà de l'anecdote qui relève d'une publicité pas chère d'un équipementier, cette histoire ne manque pas elle non plus de rappeler les années 1970, et plus précisément la série du siècle. On se souvient qu'à l'époque le matériel décrépi des Soviétiques avait été un sujet de moquerie à leur arrivée à Montréal... avant que ces joueurs à l'équipement usé ne fassent taire les rieurs en donnant une leçon aux plus grandes vedettes du hockey canadien au premier match.

Gardiens : Vitali Eremeev (Torpedo Yaroslavl, RUS), Aleksandr Shimin (Torpedo Ust-Kamenogorsk, RUS-2).

Défenseurs : Vladimir Antipin (Metallurg Magnitogorsk, RUS), Vadim Glovatsky (Metallurg Magnitogorsk, RUS), Igor Nikitin (Avangard Omsk, RUS), Andrei Savenkov (Sibir Novosibirsk, RUS), Andrei Sokolov (Metallurg Magnitogorsk, RUS), Vitaly Tregubov (Severstal Cherepovets, RUS), Aleksei Troshchinsky (Dynamo Moscou, RUS), Igor Zemlyanoy (Metallurg Magnitogorsk, RUS).

Attaquants : Mikhaïl Borodulin (Metallurg Magnitogorsk, RUS), Pyotr Devyatkin (Salavat Yulaev Ufa, RUS), Igor Dorokhin (Heilbronner EC, ALL-2), Dmitry Dudarev (Severstal Cherepovets, RUS), Pavel Kamentsev (Avangard Omsk, RUS), Aleksandr Koreshkov (Metallurg Magnitogorsk, RUS), Evgeny Koreshkov (Metallurg Magnitogorsk, RUS), Oleg Kryazhev (Avangard Omsk, RUS), Andrei Pchelyakov (Severstal Cherepovets, RUS), Erlan Sagymbaev (Sibir Novosibirsk, RUS), Konstantin Shafranov (Fort Wayne Komets, IHL), Vladimir Zavyalov (Severstal Cherepovets, RUS).

Entraîneur : Boris Aleksandrov.

 

Dernière du précédent tournoi olympique de Lillehammer, l'Autriche a aussi été la dernière qualifiée, à l'issue d'un match de barrage contre la Suisse, qui a donc raté le rendez-vous olympique pour la seconde fois de suite. À l'exception du Japon (pays organisateur), elle est aussi la moins bien classée de tous les participants puisqu'elle a fini seulement quatrième du dernier Mondial B.

Mais jusqu'ici, l'entraîneur Ron Kennedy, nommé lors de la relégation à domicile au Mondial de Vienne, a réussi tous ses objectifs puisqu'il a aussi ramené le pays dans l'élite mondiale, même si c'était là encore de justesse. Reste à savoir ce que les Autrichiens pourront faire dans les deux rendez-vous de l'année. Ils arrivent ici sur la pointe des pieds et savent qu'ils ne seront pas les favoris.

Un passage de témoin était obligatoire, puisque Manfred Mühr, leur capitaine pendant de nombreuses années, a pris sa retraite cet été. C'est Herbert Hohenberger qui s'est vu attribuer le "C", un signe important au sein d'une défense où les joueurs autrichiens ne semblent pas jouir d'une grande confiance. Kennedy y a en effet introduit trois nouveaux naturalisés (Michael Lampert, Tom Searle et maintenant Dominic Lavoie) depuis sa nomination l'an dernier.

Gardiens : Claus Dalpiaz (26 ans, SB Rosenheim, ALL), Reinhard Divis (22 ans, VEU Feldkirch, AUT), Michael Puschacher (29 ans, Klagenfurter AC, AUT).

Défenseurs : Herbert Hohenberger (28 ans, Kölner Haie, ALL), Michael Lampert (25 ans, VEU Feldkirch, AUT), Dominic Lavoie (30 ans, VEU Feldkirch, AUT), Engelbert Linder (35 ans, Villacher SV, AUT), Tom Searle (34 ans, VEU Feldkirch, AUT), Martin Ulrich (28 ans, VEU Feldkirch, AUT), Gerhard Unterluggauer (21 ans, Villacher SV, AUT).

Attaquants : Christoph Brandner (22 ans, Kapfenberger SV, AUT), Martin Hohenberger (21 ans, Villacher SV, AUT), Dieter Kalt (23 ans, Adler Mannheim, ALL), Wolfgang Kromp (27 ans, Villacher SV, AUT), Normand Krumpschmid (29 ans, Wiener EV, AUT), Rick Nasheim (35 ans, VEU Feldkirch, AUT), Christian Perthaler (29 ans, Klagenfurter AC, AUT), Patrick Pilloni (27 ans, Klagenfurter AC, AUT), Andreas Puschnig (25 ans, Villacher SV, AUT), Gerhard Puschnik (31 ans, VEU Feldkirch, AUT), Gerald Ressmann (27 ans, Klagenfurter AC, AUT), Mario Schaden (25 ans, Klagenfurter AC, AUT), Simon Wheeldon (21 ans, VEU Feldkirch, AUT).

Entraîneur : Ron Kennedy (CAN).

 

 

Tour préliminaire : le groupe B

 

Alors même que ses clubs sont de plus en plus riches et puissants, l'Allemagne est un géant fragile du hockey. Elle a terminé le dernier Mondial à la onzième place, la pire de son histoire. Le sélectionneur George Kingston, que certains trouvent aussi démodé que son élégante moustache, est pourtant resté en place malgré cet échec. Il a encore été critiqué pour les non-sélections des défenseurs expérimentés Jörg Mayr et Michael Bresagk, mais l'identité de l'entraîneur ne constitue que l'écume du problème de fond du hockey allemand.

Le problème de fond, c'est que la DEL - la ligue allemande - compte maintenant 78% d'étrangers, après la libéralisation totale consécutive à l'arrêt Bosman et la rupture avec la fédération. Et encore ce chiffre surestime-t-il beaucoup la proportion effcetive des joueurs locaux. Si on pouvait décompter le temps de jeu réel des Allemands, on se rendrait compte qu'il est très limité, bien en dessous de 22%. Très peu d'entre eux sont alignés dans les situations à responsabilité, en supériorité ou en infériorité numérique.

Les vétérans vivent encore sur leurs acquis, mais la nouvelle génération allemande n'a quasiment pas de temps de jeu. L'équipe nationale tient encore que quelques piliers. Mais Didi Hegen (l'homme aux 107 buts en équipe nationale) et les deux gardiens "Peppi" Heiß et Klaus Merk sont tous très proches de leur fin de carrière, de même que les naturalisés Benoît Doucet et Mark MacKay qui compensent un déficit criant au centre. À moyen terme, on ne voit pas ce qui pourrait enrayer le déclin. Mais à court terme, la qualification pour le tournoi final reste encore tout à fait possible. La fédération l'espère afin de donner une formidable exposition à l'équipe nationale et de remettre en lumière les hockeyeurs allemands dont plus personne ne se préoccupe en DEL.

Gardiens : Joseph Heiß (Kölner Haie, ALL), Olaf Kölzig (Washington Capitals, NHL), Klaus Merk (Adler Mannheim, ALL).

Défenseurs : Brad Bergen (Düsseldorfer EG, ALL), Erich Goldmann (Worcester IceCats, AHL), Uwe Krupp (Colorado Avalanche, NHL), Daniel Kunce (Nuremberg Ice Tigers, ALL), Mirko Lüdemann (Kölner Haie, ALL), Jochen Molling (Berlin Capitals, ALL), Markus Wieland (EV Landshut, ALL).

Attaquants : Jan Benda (Portland Pirates, AHL), Thomas Brandl (Düsseldorfer EG, ALL), Lars Brüggemann (Jacksonville Lizard Kings, ECHL), Benoît Doucet (Düsseldorfer EG, ALL), Peter Draisaitl (Kölner Haie, ALL), Jochen Hecht (Adler Mannheim, ALL), Dieter Hegen (Düsseldorfer EG, ALL), Andreas Lupzig (Kölner Haie, ALL), Mark MacKay (Schwenninger Wild Wings, ALL), Reemt Pyka (Krefeld Pinguine, ALL), Jürgen Rumrich (Berlin Capitals, ALL), Marco Sturm (San José Sharks, NHL), Stefan Ustorf (Berlin Capitals, ALL).

Entraîneur : George Kingston (CAN).

 

Le Bélarus a écrasé le dernier Mondial B en gagnant toutes ses rencontres. Cette arrivée en force des anciennes Républiques soviétiques a justifié passage du Mondial à 16 équipes dès cette année, parce que l'IIHF craint que les équipes nationales "de l'Ouest" ne perdent leur place. La Lettonie a déjà forte impression dès sa première participation à l'élite mondiale (7e), et si elle n'est pas là pour ces Jeux olympiques, c'est parce qu'elle avait été éliminée chez elle dans un premier tour de qualification... par le Bélarus.

Ces Biélorusses ne jouent presque pas de matches internationaux en dehors des compétitions officielles, ils n'en ont effectué que deux en août dernier en Lettonie. Mais cela leur permet de jouer sur l'effet de surprise. Il y a un an, ils avaient fini première du tournoi de qualification olympique disputé à Innsbruck en surprenant l'Autriche et la Norvège qui ne les avaient encore jamais affrontés. Ils peuvent donc constituer un danger pour la France, qui ne les avait croisés qu'une fois (et avait gagné) lors de sa participation au tournoi des Izvestia en décembre 1993, mais aussi pour l'Allemagne, qui ne les a jamais rencontrés.

La formation biélorusse est évidemment une équipe typique de l'école soviétique, avec une très grande vitesse d'exécution technique. Elle sait parfaitement utiliser la largeur de la glace dans son jeu collectif, mais devra toutefois retrouver rapidement ses automatismes entre des joueurs plus dispersés que ceux du Kazakhstan, mais dont les qualités sont connues dans plusieurs bons championnats. Le Bélarus aura aussi l'avantage d'être le seul pays à disposer d'un joueur de NHL dès le début du tournoi. Ruslan Salei a en effet été suspendu en NHL pour un coup de tête sur un joueur de Chicago. Une suspension qui arrive de manière très opportune pour qu'il soit disponible pour son pays dès le match d'ouverture contre la France !

Gardiens : Leonid Grishukevich (19 ans, 1m76, 69 kg, Yunost Minsk, BLR), Andrei Mezin (23 ans, 1m80, 76 kg, Flint Generals, IHL), Aleksandr Shumidub (23 ans, 1m73, 89 kg, Polymir Novopolotsk, BLR).

Défenseurs : Aleksandr Alekseev (30 ans, 1m84, 75 kg, Rungsted, DAN), Sergei Erkovich (23 ans, 1m90, 98 kg, Las Vegas Thunder, IHL), Oleg Khmyl (28 ans, 1m82, 85 kg, Lada Togliatti, RUS), Igor Matushkin (23 ans, 1m85, 93 kg, Bodens IK, SUE-2), Oleg Romanov (27 ans, 1m82, 85 kg, Lada Togliatti, RUS), Ruslan Salei (23 ans, 1m88, 93 kg, Mighty Ducks of Anaheim, NHL), Sergei Stas (23 ans, 1m80, 92 kg, Nuremberg Ice Tigers, ALL), Aleksandr Zhurik (22 ans, 1m93, 96 kg, Hamilton Bulldogs, AHL).

Attaquants : Aleksandr Andrievsky (29 ans, 1m96, 100 kg, HPK Hämeenlinna, FIN), Oleg Antonenko (26 ans, 1m86, 87 kg, Neftekhimik Nijnekamsk, RUS), Vadim Bekbulatov (27 ans, 1m80, 85 kg, Severstal Cherepovets, RUS), Aleksandr Galchenyuk (30 ans, 1m81, 75 kg, Michigan K-Wings, IHL), Aleksei Kalyuzhny (20 ans, 1m78, 79 kg, Dynamo Moscou, RUS), Viktor Karachun (29 ans, 1m86, 86 kg, Augsburger Panther, ALL), Andrei Kovalev (31 ans, 1m82, 84 kg, Krefeld Pinguine, ALL), Aleksei Lozhkin (23 ans, 1m75, 78 kg, Fredericton Canadiens, AHL), Vassili Pankov (29 ans, 1m85, 85 kg, Slovan Bratislava, SVK), Evgeny Roshchin (25 ans, 1m87, 92 kg, CH Jaca, ESP), Andrei Skabelka (27 ans, 1m86, 88 kg, Torpedo Yaroslavl, RUS), Eduard Zankovets (28 ans, 1m74, 78 kg, ES Weißwasser, ALL-2) + Vladimir Tsyplakov (28 ans, 1m84, 87 kg, Los Angeles Kings, NHL).

Entraîneur : Anatoli Varivonchik.

 

Kjell Larsson avait négocié un nombre de jours de regroupement très important pour mettre la France au niveau de ses adversaires et préparer les trois tournois olympiques précédents. Dans une fédération en faillite gérée par un administrateur judiciaire, le hockey est géré à l'économie et le stage estival a été annulé au dernier moment alors que les joueurs étaient sur place parce qu'il n'y avait même plus de sélectionneur (Patrick Francheterre avait été mis à pied après avoir vendu du matériel fédéral afin de pouvoir payer le staff médical de l'équipe...). Les Bleus sont déjà contents d'être là : leur présence aux Jeux olympiques - sportivement acquise depuis trois ans grâce au quart de finale de 1995 - a même dû faire l'objet d'un débat avec le Ministère des Sports, finalement tranché en faveur du hockey, contrairement à ce qui s'était passé en 1972 lors du précédent tournoi olympique organisé au Japon.

L'équipe de France n'a enfin su qui serait son entraîneur qu'en novembre, il y a seulement trois mois. Il est d'autant plus surprenant que ce soit un nom extrêmement connu sur la planète hockey. James Tibbets, manager et entraîneur-adjoint de l'équipe de France, a en effet fait venir son compatriote américain Herb Brooks, un choix imposé par Patrice Maurin, le DTN de la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG), alors que le Comité National de Hockey sur Glace (CNHG) suivait plutôt la piste Jean Perron.

Herb Brooks, c'est le légendaire coach du Miracle de 1980 qui a réussi à terrasser l'invincible Union Soviétique avec une escouade formée d'universitaires. La présence de ce héros national aux États-Unis à la tête des Bleus semble en soi également miraculeuse. Elle s'explique parce que ce n'est pas un emploi à temps plein. Il est toujours scout pour les Penguins de Pittsburgh... et ce n'est évidemment pas dans le championnat de France qu'il dépiste les futurs joueurs de NHL ! Il n'a donc occupé sa fonction que pour quelques tournois. La comparaison avec 1980 est donc vraiment nulle et non avenue. Le "miracle" avait en fait été bâti par le travail, pendant six mois de regroupement permanent de l'équipe, afin de lui conférer une condition physique élevée pour pratiquer le jeu que Brooks souhaitait, qui impliquait avec un fort tempo. Le coach américain, qui a eu un temps bien plus réduit qu'à l'époque de Kjell Larsson pour travailler, craint ouvertement que les joueurs n'aient "pas les jambes", faute de préparation adaptée.

Les victoires inattendues sur l'Allemagne et la Slovaquie en préparation laissent pourtant croire qu'une qualification ne serait pas impossible. Le calendrier est néanmoins défavorable : la France commence par le Bélarus qui a déjà Salei dans ses rangs, et finit par les Allemands qui auront entre-temps récupéré leurs joueurs de NHL. Les hockeyeurs français ont comme point commun avec leur coach qu'ils ne sont plus à un miracle près... mais leur crédulité mystique a des limites. Ils ont arrêté de croire à la multiplication des pains - et aux dirigeants de la fédération - depuis bien longtemps.

Gardiens : François Gravel (Hannover Scorpions, ALL), Cristobal Huet (Grenoble, FRA), Fabrice Lhenry (Frankfurt Lions, ALL).

Défenseurs : Karl Dewolf (Amiens), Serge Djelloul (EC Graz, AUT), Grégory Dubois (Amiens, FRA), Jean-Christophe Filippin (Reims, FRA), Jean-Philippe Lemoine (Frankfurt Lions, ALL), Denis Perez (Rouen, FRA), Serge Poudrier (Hannover Scorpions, ALL).

Attaquants : Richard Aimonetto (Chamonix, FRA), Pierre Allard (Grenoble, FRA), Stéphane Barin (Grenoble, FRA), Philippe Bozon (Adler Mannheim, ALL), Arnaud Briand (Reims, FRA), Roger Dubé (EC Kassel Huskies, ALL), Laurent Gras (Chamonix, FRA), Anthony Mortas (Reims, FRA), Robert Ouellet (Grenoble, FRA), Christian Pouget (Adler Mannheim, ALL), François Rozenthal (Amiens, FRA), Maurice Rozenthal (Amiens, FRA), Jonathan Zwikel (Reims, FRA).

Entraîneur : Herb Brooks (USA).

 

Ces Jeux olympiques à domicile, le Japon les a préparés depuis quatre ans. Dès 1994, la JIHF - la fédération japonaise de hockey sur glace - a recruté Dave King pour s'occuper son équipe nationale. C'est un homme disposant d'une immense expérience internationale : King a dirigé le Canada pendant trois Jeux olympiques, il restait sur une médaille d'argent à Albertville en 1992 et avait aussi décroché trois médailles aux championnats du monde.

Après avoir d'abord continué son mandat (assez réussi) de coach en NHL avec les Flames de Calgary, Dave King a lancé en 1995 un programme de trois ans. Premier rendez-vous : le Mondial B 1996 à Eindhoven. Ce fut un relatif désastre. Les Asiatiques accrochèrent trois matches nuls (contre la Pologne, la Grande-Bretagne et le Danemark) mais cela n'a pas suffi à éviter la dernière place, derrière les organisateurs néerlandais. Le Japon était donc relégué au Mondial C, qu'il a dû disputer seulement onze mois avant de recevoir les meilleurs équipes de la planète. Il y a fini quatrième derrière... l'Estonie. L'IIHF est venu le repêcher en annonçant la qualification automatique de la meilleure nation d'Extrême-Orient pour les prochains Mondiaux.

Mais l'enjeu le plus important est d'être compétitifs pour ce tournoi olympique dans le nouveau "Big Hat" de 10 000 places qui doit devenir un foyer du hockey japonais et a déjà accueilli le championnat national l'an passé (la seconde patinoire, l'Aqua Wing de 6000 places, doit être transformé en centre aquatique après les JO). Après l'échec d'Eindhoven, Dave King est passé manager et a recruté un nouveau coach suédois, Björn Kinding, qui travaillait pour la fédération suisse. King et Kinding ont alors mis en place un programme de préparation physique pour améliorer le point faible des hockeyeurs asiatiques, ainsi que des longues tournées pour les décomplexer face aux hockeyeurs étrangers.

Le Japon compte aussi beaucoup sur des joueurs d'origine japonaise qu'il avait demandé à King de recruter en Amérique du Nord pour que ceux-ci relèvent le niveau de l'équipe. Ils sont arrivés depuis près de quatre ans afin à la fois d'obtenir la nationalité japonaise et d'être éligibles vis-à-vis de l'IIHF. Dès leur première saison, ces joueurs arrivés dans un pays inconnu - d'autant qu'ils ne parlaient généralement pas japonais - ont dominé la ligue locale. Le gardien Dusty Imoo a été élu meilleur joueur, Ryan Fujita meilleur marqueur, et le plus jeune du lot - Chris Yule - meilleur rookie. Ils ont obtenu leurs passeports ces deix derniers mois, juste à temps. Comme ils sont sept, les journalistes les ont baptisés les Sept Samouraïs, en référence au film de Kurosawa. Ce Japon renforcé a quelques motifs d'espoir. Il s'est préparé intensivement cette saison avec huit rencontres équilibrées face au Team Canada (2 victoires, 3 nuls, 3 défaites) ainsi qu'un succès décroché sur la France en novembre. Il n'est pas incapable de remporter un match. En remporter plusieurs pour se qualifier dans le tour final paraît cependant hors de propos.

Gardiens : Shinichi Iwasaki (Kokudo, JAP), Dusty Imoo (Seibu, JAP), Jiro Nihei (Kokudo, JAP).

Défenseurs : Hiroyuki Miura (Kokudo, JAP), Atsuo Kudo (Kokudo, JAP), Takeshi Yamanaka (Oji Tomakomai, JAP), Takayuki Kobori (Seibu, JAP), Tatsuki Katayama (Kokudo, JAP), Takeshi Yamanaka (Oji Tomakomai, JAP), Takayuki Miura (Seibu, JAP).

Attaquants : Steven Tsujiura (Kokudo, JAP), Shin Yahata (Kokudo, JAP), Akihito Sugisawa (Oji Tomakomai, JAP), Hiroshi Matuura (Oji Tomakomai, JAP), Tsutsumi Otomo (Kokudo, JAP), Ryan Fujita (Seibu, JAP), Toshiyuki Sakai (Kokudo, JAP), Matthew Kabayama (Seibu, JAP), Makoto Kawahira (Oji Tomakomai, JAP), Ryan Kuwabara (Kokudo, JAP), Yuji Iga (Kokudo, JAP), Chris Yule (Kokudo, JAP), Kunihiko Sakurai (Oji Tomakomai, JAP).

Entraîneur : Bjorn Kinding (SUE).

 

Marc Branchu

 

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