Tchécoslovaquie - Suède (29 avril 1920)

 

Jeux Olympiques 1920, match pour la médaille de bronze.

Dernier match du tournoi olympique, celui qui attribue la médaille de bronze, la seule accessible pour les équipes européennes. Le déroulement du tournoi tend à démontrer la supériorité de la Suède : elle a encaissé un score cumulé de 1-19 contre les formations nord-américaines, quand les Tchécoslovaquies ont été écrasés 0-31 en additionnant leurs deux défaites. Les Scandinaves jouent leur sixième match en sept jours, mais ils alignent de nouveau les titulaires, ceux qui avaient éliminé la Belgique et la France en début de tournoi avant une rotation partielle de l'effectif.

On n'a certes pas vu à l'oeuvre ce que valait la Tchécoslovaquie contre un adversaire abordable (européen), mais la partie sera décevante à cet égard. Son capitaine Josef Šroubek ouvre le score sur un but-gag : son tir depuis la gauche de la patinoire est dévié malencontreusement par le défenseur Einar Lundell quand il essaie d'arrêter le palet avec sa main. Il surprend en fait son propre gardien Seth Howander qui voit le palet glisser près de sa jambe. Après une autre action tchèque dangereuse, la Suède transfère le jeu dans le camp adverse et se met à dominer sans rémission. Le capitaine Lindqvist, jusqu'ici défenseur, est envoyé au centre de l'attaque pour diriger les offensives. Le journal suédois Danges Nyheter comptera 16 tirs à 2 dans la première période et 32 à 0 dans la seconde ! Et pourtant, le gardien Karel Wälzer, aligné à la place de Peka pour ce dernier match, n'encaisse aucun but. Les Tchécoslovaques utilisent tous les recours possibles pour diminuer la pression : leur défense dégage parfois le palet par-dessus les balustrades et Wälzer déplace même la cage !

À quelques minutes de la fin, Einar Lundell empêche une contre-attaque tchécoslovaque en tombant avec l'attaquant, qui heurte alors le nez du Suédois avec sa crosse dans sa chute. Lundell - dont ce n'est décidément pas la journée - perd connaissance et saigne du nez. Il n'est évacué et reprendra ses esprits une demi-heure plus tard. Comme le prévoient les règles quand il y a un blessé, les Tchécoslovaques retirent également un joueur. Mais avec un homme en moins de chaque côté et un peu plus d'espaces, les Suédois n'arrivent pas à marquer et concèdent une défaite très frustrante. La Tchécoslovaquie récupère une médaille de bronze presque inespérée, et après la cérémonie de remise des récompenses, la nuit se termine par une grande danse sur la glace.

Pour les Suédois, c'est l'heure des règlements de compte qui commencent, non pas entre les joueurs mais entre les suiveurs. Le journaliste Torsten Tegnér porte la faute de la défaite "sur les organisateurs et sur Bergvall, qui ont créé et mis en place ce système comique de tournoi". Le petit problème pour Tegnér, c'est que cette critique écrite après le match, envoyée par câble télégraphique, est publiée dans la même édition du 30 avril du journal Idrottsbladet qu'un article qu'il avait envoyé précédemment par la poste. Dans cet article écrit après le tirage au sort, Tegnér prévoyait le déroulement du tournoi (la qualification de la Suède pour la finale, puis un match décisif face à la Tchécoslovaquie pour le bronze) mais il vantait aussi la "précision mathématique" de la formule du tournoi et concluait : "Dans tous les cas nous pouvons être satisfaits qu'à travers le système Bergvall un principe d'organisation sportive juste et sain a été universellement accepté, et ce sur une initiative suédoise, même si cette fois cette réforme pourrait être à notre désavantage. Une deuxième place dans le tournoi, avec les deux équipes nord-américaines dans l'autre moitié du tableau, aurait été injuste et contraire à toute idée du sport."

Tegnér était tellement fier de ce système qu'il prétendait même l'avoir inventé ! Dans ce même article, il expliquait qu'il avait émis l'idée à Erik Bergvall, alors son patron au Nordiskt Idrottslif, et que celui-ci se l'était approprié. Autant dire qu'il s'est ridiculisé par les contradictions entre ses deux articles publiés dans le même journal. Bergvall a ensuite eu beau jeu de faire remarquer que Tegnér prétendait avoir inventé en 1913/14 un système qui avait été utilisé dans le tournoi de water-polo des Jeux olympiques 1912... Cet exemple montre bien la vacuité de la tendance à "refaire le match" (et l'histoire) après la bataille. Les observateurs suédois ont certes déploré que la fatigue leur ait coûté la médaille qu'ils méritaient, mais quelques jours plus tôt ils estimaient que jouer un maximum des rencontres était exactement ce dont ils avaient besoin pour engranger de l'expérience en hockey sur glace...

Marc Branchu

Tchécoslovaquie - Suède 1-0 (1-0, 0-0)
Jeudi 29 avril 1920 à 23h00 au Palais de Glace d'Anvers, Belgique.
Arbitrage de Frank Fredrickson (CAN).

1-0 : Šroubek

Tchécoslovaquie

Attaquants : Karel Pešek - Josef Šroubek (C) - Vilém Loos

Demi : Karel Hartmann

Défenseurs : Otakar Vindyš - Jan Palouš

Gardien : Karel Wälzer

Non alignés : Jan Peka (G), Karel Kotrba, Josef Loos

Suède

Attaquants : Georg Johansson - Einar Svensson [puis Lindqvist à 20'] - Erik Burman

Demi : Nils Molander

Défenseurs : Einar Lundell - Einar Lindqvist (C) [puis Svensson à 20']

Gardien : Seth Howander

Non alignés : Albin Jansson (G), Hansjacob Mattsson, Wilhelm Arwe, David Säfwenberg

 

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