Dans le hockey sur glace comme dans bien des domaines, la Grande-Bretagne a souvent plus regardé vers le large que vers le continent, pour reprendre le mot de Churchill.
Mais alors qu’elle vient de lancer le « Brexit » et s’apprête à quitter l’Union Européenne, elle fait son grand retour sur la scène internationale. Cela faisait un quart se siècle qu’elle n’avait pas organisé de championnat du monde de l’IIHF, une durée plus longue que n’importe quel autre pays.
Les Britanniques ne s’intéressent traditionnellement qu’à leurs ligues pros structurées sur le modèle nord-américain. Ils n’ont jamais prêté attention à leur équipe nationale, ni plus généralement au développement du hockey sur glace, resté un sport mineur alors qu’il trouve ici ses racines. Mais après avoir échoué de peu deux ans de suite à monter en division IA mondiale, ils ont présenté au Congrès IIHF de 2016 la candidature de Belfast, retenue par 18 voix à 7 face au concurrent estonien.
Comme au Mondial C de 1992, la Grande-Bretagne espérait monter chez elle. L’adversaire majeur est comme prévu le Japon, relégué du niveau supérieur et qui décline au moment même où Coréens et Chinois investissent dans le hockey dans la perspective olympique. Après le départ de Mark Mahon, les Japonais ont promu Takahito Suzuki comme entraîneur principal et n’ont donc plus de coach principal étranger (même si l’adjoint Burke Henry est canadien). Suzuki a été le coéquipier des principaux cadres de l’équipe et doit imposer son autorité. Les deux favoris ont tout gagné et se retrouvent pour la grande finale.
Les affluences sont restées décevantes pour ce rare évènement international dans les îles britanniques : même pour voir la Grande-Bretagne, la patinoire n’était même pas remplie à Belfast. Mais pour cette finale, elle est enfin remplie : 4500 spectateurs, dont les hôtes de marque que sont le chanteur Rod Stewart et son ex-épouse et ex-mannequin Rachel Hunter, venus soutenir leur fils Liam Stewart, international britannique de hockey sur glace.
Le public s’attend à un match très serré. Une partie au cordeau comme celles que les Britanniques ont perdues ces deux dernières années (contre la Corée du Sud en 2015 à Eindhoven puis contre l’Ukraine à Zagreb en 2016). Le Japon prend vite le contrôle grâce à des pénalités britanniques. Puis à la dixième minute, le centre de Yuri Terao, destiné au défenseur Ryo Hashimoto monté au second poteau, est dévié contre son camp par Jonathan Weaver… sur le poteau.
Les Britanniques ont eu très chaud, et le Japon est encore plus arrêté dans son élan quand Hiroki Ueno doit quitter le jeu, blessé par une mise en échec juste devanc le banc des joueurs. Ueno était le deuxième marqueur de son équipe, et les Japonais, parfois facilement déstabilisés psychologiquement, voient leurs lignes perturbées. Non seulement leur verve offensive a disparu, mais en plus ils we mettent à commettre des fautes. Haga rejoint Nakashima en prison, et les Britanniques se retrouvent à 5 contre 3. Le jeu en triangle entre Ben O’Connor à la ligne bleue, Robert Farmer sur la ligne de fond et Robert Dowd dans l’enclave est parfaitement exécuté à grande vitesse (1-0).
C’est encore en supériorité numérique que les Britanniques enfoncent le clou. Le tir de Dowd est dévié à ras glace par Brendan Brooks pour filer entre les jambes de Yutuka Fukufuji. Le tournant intervient trois minutes plus tard : Shogo Nakajima fixe les deux défenseurs David Phillips et O’Connor, décale Sato lancé comme un boulet qui fonce à la cage et fait relâcher le palet au gardien en l’emportant avec lui. La cage est ensuite déplacée par le défenseur. Le but est refusé après appel à la vidéo, une décision qui donne des ailes aux Britanniques.
Dans la foulée, Matt Myers masque et dévie (à moins que ce ne soit le défenseur) un tir du poignet de la ligne bleue de Colin Shields. Absent dans les échecs de ces deux dernières années, Shields est entré dans l’histoire cette semaine. Avec 41 buts, il a battu le record en équipe nationale de la légende du hockey britannique Tony Hand (40 buts). Le public, devant lequel il joue toute la saison pour les Belfast Giants, lui a alors réservé une standing ovation. Shields a également été élu meilleur attaquant du tournoi.
Le succès des Britanniques ne souffre plus d’aucune discussion. Avec quatre lignes équilibrées, ils arrivent à contrôler la vitesse japonaise, et se procurent même des contre-attaques. Evan Mosey reçoit une belle relance de David Phillips, patiente intelligemment et sert une bonne passe levée pour Myers qui inscrit un doublé personnel (4-0). Au dernier retour des vestiaires, les Japonais tentent bien une résurgence offensive, mais elle est trop tardive. Ben Bowns, solide et rapide des jambières, s’adjuge un blanchissage.
La Grande-Bretagne fera donc son retour en division IA mondiale après trois ans d’absence, sans même compter sur un élargissement à huit équipes qui est en discussion. Le plus dur sera de s’y maintenir car l’équipe de 30 ans de moyenne d’âge. Weaver a 40 ans, Shields 37, et Russ Cowley avait annoncé le mois dernier la fin de sa carrière, couronnée par cette victoire à 33 ans. Seuls trois joueurs ont moins de 26 ans, dont le fils Stewart et le treizième attaquant Samuel Duggan (18 ans), qui évolue chez les juniors à Örebro (Suède) et représente l’avenir.
Désignés joueurs du match : Hiroto Sato pour le Japon et Ben Bowns pour la Grande-Bretagne.
Commentaires d’après-match
Paul Russell (entraîneur de la Grande-Bretagne) : « C’est fantastique. Cela a mis du temps à venir. On a prouvé à beaucoup de gens qu’ils avaient tort, c’est ce qu’il y a de mieux. Nous le méritons. Nous voulions atteindre la division supérieure. On dirait que nous avons retrouvé une identité. Nous avons joué différemment de ce que la Grande-Bretagne faisait dans le passé. Nous avons été agressifs, nous n’avons pas attendu et reculé. Notre identité maintenant est celle d’une équipe proactive. »
Russ Cowley (attaquant de la Grande-Bretagne) : « J’en ai beaucoup rêvé. Je pense à ma femme, à mes parents. Nous le méritons. L’expérience de ces deux dernières années nous a servi. Nous avons beaucoup observé les Japonais en vidéo, nous leur avons enlevé ce qu’ils voulaient faire. Nous avons tué deux pénalités au début et pris le momentum. Prendre ma retraite avec la médaille d’or de ce groupe est probablement le moment le plus mémorable de ma carrière. »
Japon – Grande-Bretagne 0-4 (0-1, 0-3, 0-0)
Samedi 29 avril 2017 à 19h30 à la SSE Arena de Belfast. 4460 spectateurs.
Arbitrage de Kristijan Nikolic (AUT) assistés de Marton Nemeth (HON) et David Nothegger (AUT).
Pénalités : Japon 12′ (2′, 6′, 4′, 0′), Grande-Bretagne 6′ (0′, 2′, 4′, 0′).
Tirs : Japon 20 (6, 5, 5, 4), Grande-Bretagne 25 (14, 6, 3, 2).
Évolution du score :
0-1 à 17’42 » : Dowd assisté de Farmer et O’Connor (double sup. num.)
0-2 à 24’37 » : Brooks assisté de Dowd et Clarke (sup. num.)
0-3 à 29’19 » : Myers assisté de Shields et D. Phillips
0-4 à 37’55 » : Myers assisté de Mopsey et Shields
Japon
Attaquants :
Hiroki Ueno [puis Nishiwaki] – Daisuke Obara (-1, 2′) – Yushiroh Hirano (2′)
Makuru Furuhashi (-1) – Shogo Nakajima (-1, 2′) – Kenta Takagi (-1, 2′)
Sho Sato (-1) – Go Tanaka (C) – Yuri Terao
Yushi Nakayashiki – Shogo Iwatsuki – Masahito Nishiwaki (-1)
Défenseurs :
Keigo Minoshima (-1) – Yosuke Haga (A, -1, 4′)
Hiroto Sato – Mei Ushu (A, 2′)
Goshi Kumagai – Ryo Hashimoto
Kotaro Yamada (-1) – Kazunari Koizumi (-1)
Gardien :
Ben Bowns
Remplaçant : Stephen Murphy (G).
Grande-Bretagne
Attaquants :
Evan Mosey (+2) – Matthew Myers (+2) – Colin Shields (+2)
Robert Farmer – Liam Stewart – Brendan Brooks (2′)
David Clarke – Craig Peacock – Robert Dowd (A)
Robert Lachowicz – Russell Cowley – Jonathan Phillips (C)
Samuel Duggan
Défenseurs :
Ben O’Connor (+1) – David Phillips (+2)
Jonathan Weaver (2′) – Stephen Lee
Mark Richardson (A, +1) – Paul Swindlehurst (2′)
Mark Garside
Gardien :
Ben Bowns
Remplaçant : Stephen Murphy (G).