Dans ce début des années 1980, la défiance du hockey mondial entre l’Amérique du Nord, estampillée NHL, et le hockey soviétique monte d’un cran supplémentaire. Le hockey nord-américain, et plus précisément canadien, a repris des forces, s’appuyant sur une nouvelle génération de joueurs encore plus talentueuse. De leur côté, les grands joueurs soviétiques ont semblé entamés, physiquement et mentalement, dans cette course folle politico-sportive.
Après la victoire de l’équipe Canadienne à la Coupe Canada en 1976, les équipes NHL de Montréal et Buffalo, notamment, ont fait mordre la glace au célèbre CSKA Moscou lors des superséries 1980. Enfin, de jeunes universitaires américains ont réussi à faire plier l’équipe nationale d’URSS aux Jeux olympiques de Lake Placid, et ont raflé la médaille d’or. Tout semblait démontrer la supériorité du hockey outre-Atlantique. Mais à y regarder au détail, les lacunes du hockey en NHL étaient loin d’être résorbés.
Un homme, Scotty Bowman, coach des Buffalo Sabres, l’a déjà compris en analysant les bases du jeu soviétique et en déclarant que la NHL devait s’inspirer de ce type de hockey.
Loin de s’apitoyer sur son sort, l’URSS revient encore plus forte, avec de nouveaux joueurs, une préparation encore plus intense et qui a appris de ses défaites. Ce travail s’est conclu par une énorme victoire en finale de la coupe Canada 1981. Le score de 8-1 a été un choc pour le public canadien et vécu comme une humiliation, toujours pas digérée, par les joueurs eux-mêmes.
Si chaque camp s’accorde à respecter les qualités de son adversaire, la conquête du sommet du hockey mondial devient une lutte acharnée ! Pourtant, il est loin le temps où les joueurs pouvaient se haïr dans ce genre de confrontation. Dix années sont passées depuis la série du siècle de 1972. Le respect et l’amitié entre certains dépassent les luttes du cadre politico-sportif.
En cette fin d’année 1982, un nouveau défi est organisé avec les « super séries 1983 ». Six équipes de la NHL affrontent l’équipe nationale soviétique.
Le directeur général des Minnesota North Stars, Lou Nanne, présente le contexte : « J’ai vraiment hâte de les voir à l’œuvre contre notre équipe. Vous verrez beaucoup d’action. C’est différent de la Coupe Canada. C’est une série beaucoup plus émotive. C’est notre effectif contre le leur. Même si les Russes se prêtent plus au contact physique depuis ces dernières années, l’accent sera mis sur la vitesse et le jeu de passe. »

Cette fois, les franchises NHL vont devoir affronter une sélection rassemblant tous les meilleurs joueurs soviétiques issus des clubs moscovites CSKA, Spartak et Dynamo, ainsi que du Torpedo Gorki. Le défi va être encore plus compliqué à gérer.
Les Soviétiques arrivent à Edmonton après 15 heures d’avion, sans avoir une seule journée de repos avant de jouer. C’est avec 9 heures de décalage horaire dans les pattes que les rouges sautent sur la glace pour affronter la franchise NHL qui monte : les Edmonton Oilers de Wayne Gretzky. La jeune merveille des Oilers ne cache pas son impatience d’effacer la profonde cicatrice de l’échec en finale de la Coupe Canada : « Il est question d’enfin obtenir une revanche au moins partielle pour l’insulte lors de la Coupe Canada. »
Wayne Gretzky a fait une longue intervention dans la presse pour témoigner de son respect envers Vladislav Tretiak : « Tretiak est le meilleur gardien de but au monde. S’il le voulait et s’il le pouvait, il n’aurait qu’à exiger un contrat en blanc de n’importe quelle équipe de la Ligue nationale et ajouter son nom et le montant désiré. C’est un cas un peu unique d’un gardien qui change complètement l’allure d’un match quand ça compte vraiment. Encore mieux que Ken Dryden ne le faisait avec le Canadien. Lors de mon voyage à Moscou, une journée, nous avons tourné une séquence au Parc Gorki. Les autorités soviétiques se sont montrées fort discrètes parce que si la population de Moscou avait su que son Vladislav Tretiak était au parc, il serait venu trop de partisans. On dit là-bas qu’il y a 8 millions d’habitants à Moscou… dont 5 millions et demi de fans de hockey. Ce match, ça ne peut pas me faire oublier l’humiliation de notre Coupe Canada, mais au moins, ça nous donne une chance de nous reprendre. Pour moi et la majorité de mes coéquipiers, ce match est très important. »
L’arbitre NHL Andy Van Hellemond, qui doit officier lors du premier match à Edmonton, expose son impatience et son regard sur ces matchs de défis : « J’aime travailler avec les joueurs soviétiques et européens. Ils sont tellement disciplinés que c’est beaucoup plus facile pour un arbitre de diriger le match. D’ailleurs, en Europe, ce sont les joueurs qui contrôlent le match alors que dans la ligue Nationale, c’est l’arbitre qui doit donner le ton à une rencontre. D’ailleurs, l’arbitrage ne peut faire une grande différence dans ces matchs. Ils sont disciplinés et généralement propres. Cette vieille légende qu’ils (les Soviétiques) utilisent des coups sournois et vicieux est fausse. Cela remonte à 1972 quand un Soviétique avait frappé du patin Gary Bergman. Depuis, on se gargarise avec cette histoire. Ils se donnent bien plus de coups de salauds dans la ligue Nationale que dans le hockey européen. »
Certains éditorialistes canadiens ne donnent pas cher de la peau des franchises NHL, même s’ils prédisent tout de même quelques victoires dont une par le géant, les Canadiens de Montréal.
Les comptes-rendus et vidéos de chaque match :
28/12/1982 Edmonton Oilers – URSS
30/12/1982 Nordiques de Québec – URSS
01/01/1983 Canadiens de Montréal – URSS
02/01/1983 Calgary Flames – URSS
04/01/1983 Minnesota North Stars – URSS
06/01/1983 Philadelphia Flyers – URSS
Lors d’un entrainement commun avec le Canadien, ouvert au public et aux enfants, une foule canadienne passionnée est venue honorer les stars soviétiques, demander des autographes… Vladislav Tretiak est même devenu un Montréalais à titre honoraire.
Vladislav Tretiak : « Je me sens un peu comme chez moi à Montréal ! En tout cas, bien plus qu’aux États-Unis… Lors de cet entrainement à Montréal, cet exercice est une extraordinaire expérience pour moi et mes camarades. De la foule intéressée par nos prouesses. Je suis certain que tous ces jeunes qui sont des joueurs de hockey pour la plupart, ont appris beaucoup en regardant le Canadien et notre équipe s’entraîner aujourd’hui. Ils seront sans doute de meilleurs joueurs maintenant. »
Après l’entrainement, alors que Viktor Tikhonov autorisait ses joueurs à signer des autographes, une meute d’enfants s’est ruée sur la glace pour récupérer des souvenirs en prenant les crosses, les gants, et même les palets ayant servi à la session.
Hormis l’avis contestataire de Bobby Clarke, tout le monde s’accorde à dire, presse comprise, que ces défis sont des événements d’importance et apporte clairement des enseignements pour pouvoir progresser en matière de hockey. La passion est partagée entre les fans et les joueurs. Il est loin le temps des croisades de 1972 et 1974. Le hockey devient réellement international et crée maintenant de l’échange d’idées et de méthodes à employer dans le hockey. Deux mondes s’opposent mais pourtant les joueurs de l’Est voient plus loin vers l’Ouest…
Vyacheslav Fetisov : « Le Canada, c’est la Mecque du hockey. C’est un plaisir d’y jouer, c’est aussi très agréable de voir que les partisans canadiens connaissent suffisamment leur hockey pour apprécier les adversaires. Le pays me plaît beaucoup. Je serais intéressé à venir y jouer. Très intéressé même lorsque j’aurai fini d’évoluer avec l’équipe nationale de mon pays. Peut-être qu’il y aura moyen alors de venir jouer pour une équipe canadienne. »








































