Zurich (champion) : ZSC Lions über alles
Champion en 2024, grandissime favori à sa propre succession, Zurich a tenu son rang. On pouvait craindre un léger relâchement après tant d’efforts pour décrocher le titre un an plus tôt. Le risque ? Une démobilisation, l’usure mentale, la fatigue physique, ou encore la surcharge liée à la Champions Hockey League. Mais les Lions ont su gérer leur saison avec maîtrise, alternant sérieux en National League et ambition européenne.
Bien installés dans le peloton de tête dès l’automne, les Zurichois ont pu faire tourner leur effectif grâce à leur profondeur de banc et aux renforts ponctuels du club-école des GCK Lions. En parallèle, ils ont enchaîné les tours de CHL jusqu’à s’adjuger le trophée, dominant les Suédois de Färjestad en finale. Un exploit majeur, marqué par les performances XXL de Sven Andrighetto (22 points dont 10 buts en 12 matchs, élu MVP de la compétition) et Denis Malgin (18 points).
Les deux internationaux suisses ont aussi brillé sur la scène nationale : Andrighetto (20 buts, 39 points en saison régulière, puis 22 points en 16 matchs de playoffs) et Malgin (36 points en 39 matchs, 20 en séries) ont formé avec Derek Grant (40 points dont 21 buts) un trio redoutable, renforcé par la constance de Jesper Frödén (41 points en 45 matchs) et l’efficacité à deux sens de Juho Lammikko (38 points, +23). Des étrangers au rendement irréprochable, parfaitement intégrés dans le collectif zurichois.
Pourtant, tout n’a pas été linéaire. Pendant la trêve de Noël, le club a dû encaisser la démission surprise de Marc Crawford, pour raisons de santé mentale. Il a été remplacé par Marco Bayer, inexpérimenté à ce niveau et accueilli avec scepticisme. Les débuts ont été hésitants (4 défaites sur ses 5 premiers matchs), puis Zurich a terminé la saison sur un rythme plus modéré (32 points pris sur les 23 dernières journées), mais Bayer a su tenir le cap, gérer les égos, les rotations et la double campagne nationale-européenne.
En playoffs, Zurich a montré toute sa solidité. Kloten balayé 4-1, Davos écarté 4-2, puis Lausanne maîtrisé 4-1 en finale : les ZSC Lions ont toujours su produire l’effort juste au bon moment, réalisant ainsi le doublé CHL/National League, un exploit inédite et d’autant plus retentissant.
Si l’attaque zurichoise a su répondre présent (3e de la ligue), c’est surtout par sa défense que Zurich a construit son succès. Derrière un Simon Hrubec impérial (2,25 buts encaissés et 92,1 % d’arrêts en saison régulière, 1,60 et 94,0 % en séries), les Lions ont pu s’appuyer sur une arrière-garde expérimentée et solide. Dean Kukan (24 points, +20 en saison, +15 en playoffs) a mené le groupe avec autorité, bien épaulé notamment par Yannick Weber (+17 en saison régulière) ou encore l’inamovible Patrick Geering (+15 en séries). À cinq contre cinq, Zurich a été presque intraitable, compensant un jeu de puissance longtemps inefficace (12e de la ligue avec 17,4 %) mais qui s’est réveillé au meilleur moment en séries (29,2 %).
Avec un budget estimé à 60 millions d’euros pour l’ensemble de la holding ZSC Lions, le club zurichois repose sur une structure tentaculaire, forte de 1 687 licencié-e-s réparti-e-s dans 79 équipes. Ce vivier impressionnant alimente une filière de formation parmi les plus performantes du continent : les GCK Lions ont été sacrés champions U20, tandis que le ZSC s’est offert les titres en U18 et U16. Une pyramide solide et bien huilée, qui fait du ZSC un club modèles en matière de formation et de résultats dans le paysage suisse. ZSC über alles, et sans doute encore pour longtemps.
Lausanne (2e) : encore raté
Au regard de l’intersaison 2024 agitée – départ du gardien titulaire Connor Hughes (partit tenter sa chance en Amérique du Nord) et de cinq joueurs étrangers – on n’attendait pas forcément le finaliste malheureux de 2024 à pareille fête. Et pourtant, Lausanne a signé la meilleure saison régulière de son histoire, en terminant pour la première fois à la 1re place du classement.
L’éclosion du jeune Kevin Pasche, propulsé titulaire à 22 ans, a été l’une des grandes révélations de la saison. Le portier vaudois a impressionné : 42 matchs, 2,09 buts encaissés en moyenne, 92,6 % d’arrêts et 9 blanchissages, à une seule unité du record de Leonardo Genoni. Devant lui, un effectif dense et homogène, dominé statistiquement par Antti Suomela (40 points dont 15 buts), mais où les Suisses ont tenu un rôle majeur : Damien Riat (37 points, 17 buts), Théo Rochette (31 points dot 16 buts en 38 matchs), Jason Fuchs (29 points) ou encore Ken Jäger (27 points) ont tous contribué aux succès du LHC.
Les autres attaquants étrangers eux, ont été plus inconstants. Janne Kuokkanen, souvent blessé (35 matchs), s’est limité à 25 points (et seulement 6 buts). Lauri Pajuniemi a déçu (21 points), au point d’être souvent laissé de côté en playoffs. Même Michael Raffl, le capitaine, n’a pu peser en raison de blessures récurrentes (16 matchs seulement).
Malgré ces aléas, Lausanne a pu s’appuyer sur un collectif bien rodé, fort de la 2e meilleure supériorité numérique (derrière Genève-Servette) et de la 2e infériorité numérique (derrière Langnau)… tout en étant paradoxalement l’équipe la plus pénalisée du pays.
La fin de saison régulière, un peu moins convaincante (5 défaites sur les 10 derniers matchs), a coïncidé avec des ajustements d’effectif avec deux renforts étrangers qui ont peut-être troublé l’équilibre : arrivée de Brendan Perlini, transfert de Dominik Kahun depuis Berne…
En playoffs, le LHC a montré un visage combatif. Poussé à 7 matchs par Langnau en quart-de-finale (malgré l’absence de Stéphane Charlin dans les buts adverses pendant 5 matchs), le club vaudois a ensuite réalisé une remontada spectaculaire contre Fribourg, effaçant un déficit de 3 victoires à 1 pour l’emporter au bout du suspense. Mais la marche était trop haute en finale face aux ZSC Lions. Handicapés par les blessures et un peu moins efficaces dans tous les compartiments du jeu, les Lausannois ont dû une nouvelle fois se contenter du statut de vice-champion.
Et l’été s’annonce encore agité. Quatre défenseurs quittent le navire (Andrea Glauser, Lukas Frick, Gavin Bayreuther, David Sklenička), tout comme quatre attaquants, dont trois étrangers (Kuokkanen, Pajuniemi, Raffl) et Tim Bozon. En contrepartie, Lausanne frappera fort sur le marché avec le retour de Connor Hughes dans les cages et les arrivées annoncées (entre autres) d’Austin Czarnik, Drake Caggiula, Sami Niku et Erik Brännström pour renouveler l’effectif.
Davos (3e) : aux limites de ses capacités
Sixième en saison régulière l’an passé et éliminé en quarts de finale, le HC Davos a confirmé sa montée en puissance cette saison en terminant à la 5e place avant de s’incliner en demi-finale face au futur champion, le ZSC Lions. Une élimination logique face à une équipe zurichoise plus complète, alignant quatre lignes offensives équilibrées et trois paires défensives solides. Davos a également vu sa couronne de « sa » Coupe Spengler lui échapper, malgré une avance au score en demin-finale, renversé par Fribourg-Gottéron, futur vainqueur du tournoi.
Le HCD s’est largement reposé sur ses joueurs étrangers, auteurs de 61 % des buts de l’équipe. Un trio offensif redoutable a mené la charge : Matěj Stránský (24 buts, 39 points), Adam Tambellini (22 buts, 41 points), Filip Zadina (21 buts, 34 points)
Cinquième meilleure défense du championnat, Davos a pu s’appuyer sur un tandem de gardiens très performant Sandro Aeschlimann (34 matchs, moyenne de 2,34 buts encaissés, 91,7 % d’arrêts) et Luca Hollenstein (22 matchs, moyenne de 2,26, 91,8 % d’arrêts)
L’histoire retiendra également que cette saison marque la fin de la carrière d’Andres Ambühl, véritable légende du hockey suisse. À 41 ans, il raccroche les patins après :1322 matchs professionnels, dont 1147 avec Davos ? 221 matchs de playoffs ? 25 saisons en Suisse (et une en Amérique du Nord), 737 points (296 buts, 441 assists), 6 titres de champion suisse (2002, 2005, 2007, 2009, 2012, 2015) et 3 médailles d’argent avec la Nati aux Championnats du monde
Un monument tire sa révérence, alors que le HC Davos, en reconstruction, semble progresser à chaque saison. À voir si l’année prochaine sera celle de la confirmation ou des limites atteintes.
Fribourg-Gottéron (4e) : L’armoire à trophées enfin inaugurée (… par une Coupe Spengler)
Ce devait être une saison de transition, elle fut finalement digne d’un thriller. Après une révolution de palais à l’été 2024 qui a vu Christian Dubé écarté par celui qui l’a remplacé au poste de Manager General (Gerd Zenhäusern) et remplacé à la bande par son ancien assistant (Patrick Emond) sur une base intérimaire en attendant l’arrivée programmée de Roger Rönnberg, la saison s’annonçait délicate. Et elle l’a été. Dès le mois d’août, quelque chose ne tourne pas rond : mauvaise énergie, vestiaire fracturé, changement mal accepté par certains cadres. Mais la greffe ne prend pas, Fribourg-Gottéron se traîne en queue de classement « Dès le premier jour, au mois d’août, quelque chose ne jouait pas. Il y avait une mauvaise énergie, clairement. Le changement d’entraîneur a déplu à certains joueurs et cela a eu un impact dans le vestiaire » confiera Zenhäusern au journal La Liberté. Le plus fidèle soutien de Dubé, Chris DiDomenico, traîne son spleen et finit par être transféré en novembre à Ambrì-Piotta contre Jakob Lilja. En interne, la défiance s’installe : Yannick Rathgeb, recrue phare du précédent mercato, dénonce publiquement les méthodes du coach : « Il promettait des choses qu’il n’a pas faites après. C’est difficile d’être motivé quand tu sais que le coach, lui-même, n’est pas motivé. L’entraîneur me critiquait dans les médias, des choses que je faisais faux, mais il ne me parlait pas. Je n’avais plus envie de jouer pour lui. Pour l’équipe oui, mais pas pour lui. » (La Liberté)
Le couperet tombe à la veille de Noël, après une 19e défaite en 31 matchs et une 11e place au classement : Pat Emond est relevé de ses fonctions. Lars Leuenberger, ancien joueur du club et… futur assistant de Rönnberg, reprend l’équipe. Un pari osé vu ses échecs récents à Bienne et Olten… mais qui s’avère gagnant : Gottéron retrouve rapidement des couleurs, remporte la Coupe Spengler (1er titre de son histoire !) et termine la saison régulière à une inespérée 6e place, synonyme de qualification directe pour les playoffs.
En quart-de-finale, Gottéron dispose en costaud du grand rival bernois et file en demi-finale défier Lausanne avec la volonté de venger l’élimination vécue au même stade de la compétition par les Vaudois un an auparavant. Mais les pensionnaires de la BCF Arena vont être rattrapés par leur lose légendaire. Alors qu’ils mènent la série par 3 victoires à 1 et que les Lausannois sont dans les cordes, les Dragons vont se prendre les pieds dans le tapis, laissant les Lions effectuer une remontada et remporter la série en 7 matchs (avec un score cumulé de 11 à 3 sur les 3 derniers matchs). Pas aidé par les blessures de leurs centres, notamment Jacob de la Rose (touché en quart contre Berne) et surtout Lukas Wallmark (blessé à l’épaule contre Lausanne), Gottéron n’a pas su conclure une série pourtant bien embarquée.
Côté statistiques, le trio suédois a tenu la baraque avec Lukas Wallmark (45 points), Marcus Sörensen (43 points) et Jakob de la Rose (27 points, malgré une blessure en playoffs). Derrière, six joueurs ont franchi la barre des 20 points (Julien Sprunger, Sandro Schmid, Ryan Gunderson et Christoph Bertschy), ainsi que Linden Vey, arrivé début novembre comme 7e étranger et rapidement devenu indiscutable (22 points).
En revanche, grosse déception pour Killian Mottet : encore olympique à Pékin en 2022, l’attaquant fribourgeois a totalement perdu pied cette saison (1 but, 6 assistances en 41 matchs). Régulièrement relégué au rôle de 13e attaquant, il a dû se résoudre à changer d’air et rejoindra Ajoie à l’intersaison.
Dans les cages, Reto Berra a tenu son rang avec des statistiques solides (2,28 buts encaissés en moyenne, 90,7 % d’arrêts), mais à 38 ans et utilisé à 42 reprises en saison régulière, le vétéran a sans doute manqué de fraîcheur dans les moments clés.
Berne (5e) : De l’instabilité chronique au vrai progrès… mais toujours sans printemps
À Berne, la seule chose qui ne change jamais, c’est que tout finit toujours par changer dans le tumulte. Et la saison 2024/25 n’a pas dérogé à la règle : dramas en coulisses, performances sportives contrastées, gestion contestée… mais aussi meilleure saison régulière depuis 2019 et une attaque flamboyante. Une campagne paradoxale où le feu couvait en interne malgré des résultats globalement positifs.
Sportivement, le SCB renoue avec les sommets : 3e de la saison régulière (à seulement 2 points du 2e) avec la 2e meilleure attaque du pays derrière Zoug. Le trio étranger Czarnik – Merelä – Ejdsell a carburé : Austin Czarnik : top scorer de la ligue (56 points, 20 buts), Waltteri Merelä : 47 points en 52 matchs pour sa première saison en Suisse et Victor Ejdsell : 37 points dans un rôle plus secondaire mais efficace. Le tout bien épaulé par un collectif suisse/à licence suisse solide avec six joueurs au-delà des 20 points, de Tristan Scherwey (21 pts) à Benjamin Baumgartner (35 points). En défense, mention spéciale pour Romain Loeffel, auteur de la meilleure saison de sa carrière à 34 ans 35 points, dont 12 buts (record chez les défenseurs) et un excellent différentiel de +17.
Mais comme l’an passé, tout s’est effondré en quart de finale, qui plus contre le rival Fribourg-Gottéron dans un derby des Zähringen à la sauce playoffs . Ni la densité de l’effectif (8 étrangers pour 6 places), ni l’alternance gardiens n’ont permis de trouver la bonne formule. L’absence de hiérarchie claire – notamment devant le filet – ont paralysé une équipe pourtant bien armée pour aller plus loin.
La saison aura aussi été marquée par le clash permanent en coulisses, où la communication absente du manager général Patrik Bärtschi a cristallisé les critiques (la presse, Klaus Zaugg en tête, s’en est donné à cœur joie). Résultat : Czarnik, top scorer de la ligue, file à Lausanne, Patrick Nemeth à Fribourg, Philipp Wüthrich à Ambrì, et surtout Dominik Kahun, en froid total avec le coach Jussi Tapola, finit placardisé (24 matchs, 9 points), puis part en fin de saison régulière… à Lausanne, remplacé par Miro Aaltonen (ex-Kloten), suspendu puis relancé malgré un contrôle positif à la cocaïne. Le tout au moment où Martin Plüss reprend le flambeau en intérim, en attendant le 5e directeur général en 10 ans… Un feuilleton à épisodes. Invité à s’exprimer dans les colonnes de Blick sur les départs, le directeur du CP Berne, Marc Lüthi n’a pas maché ses mots : « Jusqu’à présent, à l’exception de Czarnik, nous ne perdons aucun joueur que nous aurions aimé garder ». Les principaux intéressés apprécieront…
Curieusement, Jussi Tapola reste en place malgré deux échecs consécutifs en quart-de-finale. Il bénéficie d’un sursis lié aux résultats en saison régulière, mais son incapacité à gérer la rotation des étrangers et (certains) egos pourraient finir par lui coûter cher.
Zoug (6e) : Triste dernière pour Dan Tangnes
Clap de fin amer pour Dan Tangnes, qui espérait conclure ses six années à la tête de Zoug sur une note plus glorieuse. Mais au terme d’un exercice marqué par une forme de continuité dans la régularité (4e de saison régulière), les Zougois ont subi une sortie de route brutale : balayés en quart de finale par un HC Davos redoutable… dirigé par Josh Holden, ancien assistant de Tangnes devenu coach à succès. La claque est d’autant plus cinglante que Zoug n’a inscrit que 4 petits buts en 4 matchs lors de cette série, incapable de répondre à l’intensité et au jeu direct des Grisons. Une fin qui symbolise à elle seule une saison frustrante.
Le départ de Zoug vers une politique plus sobre sur le plan budgétaire a conduit à un contingent d’étrangers moins clinquant que par le passé (et notamment lors de la conquête des titres de 2021 et 2022) et ce pour des résultats mitigés : Jan Kovář, en regain de forme, termine meilleur pointeur du club (36 points), Daniel Vozenilek a surpris agréablement (35 points, 16 buts), mais Fredrik Olofsson (6 buts seulement, 29 points) et Andreas Wingerli (27 points) ont déçu. En playoffs ? Catastrophe collective : Vozenilek (1 point, 16 minutes de pénalité), Olofsson (-3), Wingerli (-2) ont disparu des radars, tout comme les cadres suisses. À titre de comparaison, le sextet étrangers de Davos a totalisé 12 buts et 12 assistances sur la même séries
Les statistiques de la saison régulière laissaient entrevoir des motifs d’espoir : Lino Martschini (44 points, 18 buts) ou encore Grégory Hofmann (19 buts en 43 matchs) qui reste à 32 ans un buteur redoutable même si son influence dans le jeu s’est réduite par rapport à ses meilleures années, ont tenu leur rang. Mais en séries, tous se sont effondrés : Hofmann (-4), Dario Simion (0 point, -4), Martschini (0 point, -3), Sven Senteler (-5). L’attaque, historiquement force des Zougois, s’est retrouvée muette au pire momen
L’un des rares motifs de satisfaction se nomme Leon Muggli. À 18 ans, le défenseur a été le deuxième Suisse le plus utilisé à son poste derrière Tobias Geisser, avec des responsabilités importantes, y compris en infériorité numérique. Drafté en 2024 par Washington, il a terminé la saison en AHL avec Hershey, en attendant peut être de pouvoir faire le grand saut en NHL dans un avenir proche. En revanche, Zoug perd deux autres espoirs et purs produits de la formation du club : Ludvig Johnson (18 ans), drafté par Utah et Attilio Biasca (22 ans), partent tous deux chercher plus de temps de jeu à Fribourg-Gottéron. Un sérieux camouflet pour la formation zougoise, qui peine à retenir ses talents.
Leonardo Genoni, blessé en avant-saison, a manqué près de trois mois de compétition. Tim Wolf, son back-up, a d’abord peiné avant de monter en puissance. Genoni a ensuite repris son trône avec efficacité (2,39 de moyenne, 91,9%) avant de briller avec l’équipe nationale, où il a été MVP du Mondial (7 matchs, 4 blanchissages, 0,99 but encaissé, 95,3% d’arrêts), emmenant la Suisse jusqu’à une finale crève-coeur contre les États-Unis.
Zoug tourne la page Dan Tangnes sur un échec cuisant, symptomatique d’un cycle qui touche à sa fin. Si les fondations restent solides, un renouveau est nécessaire, tant dans le leadership que dans la capacité à retrouver l’efficacité offensive. Les arrivées annoncées de Dominik Kubalík et de Tomáš Tatar (près de 0,5 point/match en 14 saisons de NHL) marquent-ils le retour de joueurs étrangers de premier plan à l’EVZ ?
Kloten (7e) : une saison paradoxale
Après une saison 2023-2024 aussi ratée sportivement qu’agitée en coulisses, le EHC Kloten abordait cet exercice avec un objectif simple mais essentiel : retrouver de la stabilité. Pour cela, le club a confié les rennes de l’équipe Lauri Marjamäki (pour sa première expérience hors de Finlande), épaulé par les anciens joueurs Kimmo Rintanen et Benjamin Winkler. Si le jeu proposé n’a jamais véritablement enflammé les patinoires, il a au moins permis aux Aviateurs de retrouver une place dans le top 8 (7e de la saison régulière), d’éliminer Ambri-Piotta en play-in et de tomber avec les honneurs contre Zurich en quart de finale.
Kloten est sans doute l’équipe la plus paradoxale de la saison. Malgré une attaque modeste (10e) et une défense quelconque (9e), malgré le pire powerplay (15,9%) et le pire penalty killing (69,9%) de la ligue, les Aviateurs ont terminé 7e. Leur secret ? Une discipline remarquable (2e équipe la moins pénalisée), un jeu défensif prudent (5e équipe qui concède le moins de tirs) et un style assez conservateur, quitte à sacrifier la production offensive (13e en volume de tirs générés).
Le début de saison a été porté par un Miro Aaltonen étincelant (35 points dont 20 buts en 36 matchs)… jusqu’à ce qu’un contrôle positif à la cocaïne en janvier vienne ternir son parcours. Son contrat résilié par Kloten, suspendu un mois (!), il a fini la saison… à Berne ! Un tournant qui aurait pu faire chavirer le collectif. Mais Kloten s’est réorganisé autour d’un noyau où les Finlandais sont restés très visibles : Niko Ojamäki a presque doublé sa production (33 points contre 19 en 2023-2024), Sami Niku, comme attendu, a brillé offensivement (30 points, 4e parmi les défenseurs), l’autre défenseur Thomas Grégoire s’est montré complémentaire (25 points, 8 buts). En revanche, Daniel Audette (28 points) et surtout Tyler Morley (17 points) ont largement déçu, avec une production très inférieure aux standards attendus pour des étrangers de National League. Le salut est venu de jeunes talents qui ont su saisir leur chance. Misha Ramel (21 ans), du haut de ses 1m68, a explosé avec 27 points dont 11 buts, Rafael Meier (20 ans) a impressionné pour son premier exercice complet (44 matchs, 14 points, +8), Dario Meyer, à 28 ans, a connu un tardif mais notable envol (24 points dont 10 buts). En revanche, Axel Simic, freiné par les blessures, a été limité à 26 matchs (5 buts contre 18 la saison passée), et Keanu Derungs n’a pas confirmé (3 buts contre 10 en 2023-2024). Dans les buts, le retour en Suisse de Ludovic Waeber n’a pas tenu toutes ses promesses (2,79 buts encaissés, 90,3% d’arrêts en 33 matchs), au point que Sandro Zurkirchen, pourtant prévu en second rôle, lui a volé la vedette en fin de saison avec de meilleures stats (2,38 de moyenne, 91,6% d’arrêts).
Kloten est parvenu à redresser la barre sans vraiment séduire, dans un style parfois austère mais efficace. La base semble assainie, mais un cap qualitatif reste à franchir pour viser plus haut, notamment en spécial teams et sur le marché des imports.
Langnau (8e) : porté par les performances stratosphériques de Stéphane Charlin
En progrès constants depuis trois saisons, les SCL Tigers ont enfin concrétisé leurs efforts en retrouvant les playoffs, une première depuis l’épopée surprise de 2018-2019. Et cette fois encore, les Emmentalois n’ont pas fait de la figuration : vainqueurs de Kloten en play-in, ils ont ensuite poussé le Lausanne HC, leader de la saison régulière et futur finaliste, jusqu’au septième match d’un quart de finale disputé.
Le grand atout de Langnau cette saison ? Sa défense. Avec seulement 126 buts encaissés en saison régulière (2e meilleure performance derrière Zurich), les Tigres ont affiché une solidité impressionnante… du moins en apparence. Car paradoxalement, ils ont concédé beaucoup de tirs (32,5 par match, seul Ajoie fait pire) et surtout un grand nombre d’occasions dangereuses dans le slot (près de 15 par match). Nous sommes donc loin du bétonnage en règle de l’époque d’Heinz Ehlers.
La vraie explication tient donc en un nom : Stéphane Charlin. Le portier genevois a littéralement transcendé son équipe : 94,6% d’arrêts, 1,80 but encaissé par match, 20 victoires et 5 blanchissages en 34 apparitions. Il efface le précédent record de la ligue (94,2% pour Lukas Flüeler en 2014-2015) et est logiquement sacré MVP de la saison par les coachs et capitaines. Sa blessure début février, qui l’a écarté pour la fin de la saison régulière et les cinq premiers matchs des quarts, a peut-être privé Langnau d’un exploit encore plus retentissant. Autre surprise de l’exercice : le meilleur pointeur n’est pas un import, mais un Suisse. Dario Rohrbach signe la saison de sa carrière avec 32 points (12 buts, 20 assistances), preuve du développement réussi de la filière locale. Les étrangers ne sont pas en reste avec des productions homogènes : l’inusable Harri Pesonen, toujours aussi précieux (18 buts, 31 points), Sean Malone (30 points en 39 matchs et parmi les meilleurs joueurs de la ligue aux engagements avec 59,0%), Aleksi Saarela (29 points), les défenseurs Juuso Riikola et Vili Saarijärvi (25 points chacun). Pas de go-to guy offensif donc, mais une menace bien répartie, soutenue par Julian Schmutz (23 points), Flavio Schmutz (21 points) et Dario Allenspach (18 points), qui confirment leur rôle de cadres secondaires.
Avec un coach stable (Thierry Paterlini) et un collectif bien huilé, Langnau a trouvé une formule compétitive, capable de rivaliser avec les meilleurs. Si le départ de Charlin pour Genève sera difficile à compenser, la progression du noyau suisse et la stabilité du jeu offrent de vraies perspectives pour s’installer dans le top 8 à moyen terme.
Ambrì-Piotta (9e) : le plafond de verre
Cinq ans après sa dernière participation aux séries, Ambrì-Piotta espérait revivre le frisson des play-offs avec le retour de Dominik Kubalík, meilleur buteur du club lors de sa dernière saison en Léventine avant son départ pour la NHL. Le retour du Tchèque a bien eu lieu, avec 27 buts en 48 matchs, mais il n’a pas suffi à propulser les Tessinois au-delà du play-in.
Comme souvent ces dernières années, les hommes de Luca Cereda se sont heurtés à un plafond de verre. Battus par Kloten dans le deuxième tour du play-in, ils peuvent nourrir quelques regrets. Avec seulement 12 victoires en temps réglementaire (soit une de plus qu’Ajoie, bon dernier), les Biancoblù ont vécu une saison où les prolongations ont rythmé leur quotidien : 25 des 52 rencontres se sont conclues au-delà des 60 minutes de jeu ?
Le trio d’étrangers offensifs a été la principale arme des Léventins : en plus de Kubalík, Philippe Maillet (38 points en 43 matchs) a progressivement endossé la place de centre n°1 qui lui était dévolue, et Chris DiDomenico a retrouvé son mordant après un début de saison difficile à Fribourg (40 points en 35 matchs sous ses nouvelles couleurs après avoir été échangé contre Jakob Lilja). Le Canadien a ainsi bien compensé l’échec de Jonathan Ang, rapidement exfiltré vers le HV71 en SHL.
Derrière ce trio, le manque de profondeur s’est fait sentir. Seul Manix Landry (22 ans, 25 points), en fort progrès, a émergé au second centre, au détriment d’un André Heim en retrait (20 points et -9). Les cadres Inti Pestoni (21 points), Dario Bürgler (18 points) ou Dominic Zwerger (14 points) ont vu leur production continuer à décliner tandis que les jeunes (Tommaso De Luca ou Miles Müller), peinent encore à assurer une contribution régulière à l’offensive.
La défense a connu les mêmes déséquilibres : le duo importé Tim Heed (38 points, -21) et Jesse Virtanen (35 points, -9) a beaucoup apporté en zone offensive, mais au prix d’un engagement défensif parfois friable, en témoigne leurs. Les deux étrangers ont d’ailleurs été les joueurs les plus utilisés de tout le championnat, dépassant les 24 minutes de temps de glace par match. En dehors de Dario Wüthrich (+15), irréprochable sur le plan défensif malgré un drame personnel (sa compagne, la snowboardeuse Sophie Hediger a emportée par une avalanche fin décembre), aucun autre défenseur n’a su tirer son épingle du jeu et boucler l’exercice avec une fiche positive. La progression de Rocco Pezzullo – surprenant la saison passée – a été freinée par une blessure limitant sa saison à 20 matchs.
Au poste de gardien, le transfuge de Davos Gilles Senn a retrouvé la sérénité et du temps de jeu (31 rencontres disputées, son plus haut total depuis la saison 2017-2018), reléguant même Janne Juvonen sur le banc. Pour son dernier exercice dans le Tessin, le portier finlandais a clôturé la saison avec moins de 90% d’arrêts mais il a été préféré à Senn en play-in
Une fois encore, Ambrì-Piotta a livré une saison engagée et combative, mais insuffisante pour franchir l’ultime marche vers les séries. Tant que l’effectif restera aussi déséquilibré – concentré autour de quelques individualités surutilisées – les Tessinois auront du mal à retrouver une place durable dans le top 8.
Rapperswil-Jona (10e) : le pire a été évité
Objectif double pour Rapperswil-Jona en début d’exercice : tourner la page d’une saison 2023-2024 ratée (12e place), et apprendre à vivre sans Roman Červenka, capitaine emblématique et maître à jouer de l’équipe depuis cinq ans, rentré au pays pour finir sa carrière à Pardubice.
Les débuts laissent espérer le meilleur : quatre victoires d’entrée, dont un succès convaincant à Genève. Mais le soufflé retombe vite : six victoires seulement lors des 24 rencontres suivantes, une spirale négative ponctuée d’une série de sept défaites consécutives qui coûte sa place à l’entraineur Stefan Hedlund, artisan des belles saisons 2021-2022 (4e) et 2022-2023 (3e). Il est remplacé en décembre par son assistant Johan Lundskog, lui-même en quête de rachat après deux échecs successifs en tant que head coach (limogé à Berne puis à Mannheim).
Sous sa houlette, les Lakers retrouvent un semblant de constance, et remontent de la 13e à la 9e place, validant in extremis leur billet pour le play-in. Mais malgré l’avantage de la glace, ils s’inclinent de justesse contre Ambrì-Piotta : défaite 2-1 à la Gottardo Arena a, puis match nul 3-3 à domicile qui scelle leur élimination.
Privé de Červenka, Rapperswil s’en est remis à sa recrue phare Malte Strömwall. Le Suédois a répondu présent avec 22 buts et 46 points, dans le top 10 des scoreurs de National League. Il a formé un duo efficace avec Tyler Moy (42 points), seul autre joueur à franchir la barre des 30 unités. En revanche, le reste de l’attaque est resté trop discret, malgré les progrès notables de Gian-Marco Wetter (passé de 13 à 25 points) et la bonne intégration du jeune Jonas Taibel (52 matchs joués, premières sélections nationales).
Avec 154 buts encaissés, Rapperswil termine 11e défense du championnat, loin des standards attendus pour une qualification directe en séries. Les blessures d’Emil Djuse (21 matchs joués) ont forcé le club à faire appel à Bobby Nardella, alors que Philip Holm a connu une saison difficile, terminant avec le plus mauvais différentiel de l’équipe (-13). Seule éclaircie : Iñaki Baragano (23 ans), qui signe sa meilleure saison sur les bords du lac de Zurich avec 16 points et un différentiel de +13 (meilleur de l’équipe).
Si l’exercice s’achève encore une fois en dehors des play-offs, les progrès par rapport à la saison précédente sont réels : un classement relevé, un jeu plus cohérent sous Lundskog, l’émergence de jeunes joueurs suisses et un axe offensif à reconstruire sur des bases solides. Comme la plupart des « petits » de National League, les Lakers devront toutefois muscler leur défense et retrouver de la profondeur s’il veulent candidater aux séries.
Bienne (11e) : reconstruire sous les coups du sort
Après une intersaison marquée par une saignée dans l’effectif et l’arrivée du Suédois Martin Filander à la tête de l’équipe, personne ne s’attendait à voir le HC Bienne briller immédiatement. Terminer à la 11e place, aux portes des play-ins, s’inscrit finalement dans une certaine logique, tant les circonstances ont été contre les Seelandais.
La saison de Bienne a été plombée par une avalanche de blessures, à commencer par la plus préoccupante : celle de son capitaine Gaëtan Haas. Victime d’une nouvelle commotion cérébrale dès le 5 octobre, il n’a disputé que 5 matchs. Un moment, c’est même sa carrière qui a été en jeu. Il s’est confié avec lucidité dans les colonnes de Blick, racontant ses doutes profonds et les difficultés à reconnaître les signaux de son corps. « Je pense que je n’ai pas pris assez de temps pour moi au début. J’ai voulu revenir le plus vite possible, comme je l’ai toujours fait. J’ai poussé et poussé jusqu’à ce que je me prenne un mur. Là, j’ai réalisé que ça n’allait pas, que même ma vie quotidienne n’était plus normale. J’ai dû prendre des décisions et aller chercher de l’aide auprès des bonnes personnes. (…) Je voulais me prouver que j’allais bien, mais les symptômes étaient là et je pense que je me mentais à moi-même. À ce moment-là, je ne savais même plus ce que c’était d’être ‘normal’. Je me posais sans cesse des questions : est-ce que je vois bien ? Est-ce que j’ai mal à la tête ? Est-ce que ça me fatigue ? Ces questions m’obsédaient, et je n’avançais plus. » Il devrait toutefois être de retour la saison prochaine.
D’autres cadres ont également souffert : le défenseur Viktor Lööv, lui aussi sujet aux commotions, n’a joué que 12 matchs, et sa carrière est désormais incertaine. Quant à Damien Brunner, usé physiquement, il a pris la décision de raccrocher les patins en cours d’exercice après une longue convalescence liée à une blessure à la hanche. Les absences se sont également accumulées pour Lias Andersson (12 matchs manqués), Jere Sallinen (14), Aleksi Heponiemi (15) ou encore Luca Cunti (20).
Malgré ces difficultés, la défense biennoise a tenu la baraque : 6e défense de la Ligue, alors que le HCB est l’équipe ayant concédé le 2e plus grand nombre de tirs. Un paradoxe rendu possible par la solidité de Harri Säteri, véritable pilier dans les cages : 2,34 buts encaissés par match, 92,4 % d’arrêts, et surtout 42 matchs joués pour plus de 2500 minutes sur la glace – seul Reto Berra a été plus sollicité.
En revanche, le secteur offensif a cruellement manqué d’inspiration : 130 buts inscrits seulement, 13e attaque de la National League. Le quatuor Toni Rajala (36 pts, 17 buts), Fabio Hofer (33 pts, 17 buts), Lias Andersson (33 pts, 15 buts) et Antony Greco (12 buts) a porté l’essentiel de la charge offensive, signant près de 46 % des buts de l’équipe à eux seuls. Derrière, plus rien ou presque : aucun autre joueur n’a atteint la barre des 10 buts. Les étrangers Sallinen (8 buts) et Heponiemi (6) sont restés bien en-deçà des attentes.
Ironie du sort, les nombreuses absences ont permis à plusieurs jeunes du cru de se montrer. Le prodige Jonah Neuenschwander a fait ses débuts en NL alors qu’il n’avait pas encore 16 ans, symbolisant cette volonté de lancer la relève. Les internationaux juniors Niklas Blessing (18 ans, 31 matchs), Nolan Cattin (19 ans, 30 matchs) et Gaël Christe (20 ans, 47 matchs) ont eux aussi gagné en expérience. On peut également ajouter à cette liste Rodwin Dionicio (21 ans), prêté en fin de saison par Anaheim (après qu’il eut été rétrogradé des San Diego Gulls en AHL vers Tulsa en ECHL) qui a montré des flashs de son talent. Des éléments sur lesquels Bienne pourrait bâtir les fondations du futur.
Genève-Servette (12e) : une gueule de bois qui dure…
Champion de Suisse en 2023, champion d’Europe (CHL) en 2024… puis 12e du championnat et éliminé dès les play-in un an plus tard. Genève-Servette poursuit sa descente, incapable d’enrayer une dynamique inquiétante. Rapidement à la peine en National League, défait en demi-finale de la CHL par les ZSC Lions, le club genevois semble avoir perdu en deux ans tout ce qui faisait sa force.
L’entame de saison a été marquée par une situation floue autour de l’entraîneur Jan Cadieux, dont le contrat n’avait pas été prolongé à l’automne. Fragilisé par un début de saison poussif, il est finalement remercié le 28 décembre 2024, un peu plus de trois ans après sa nomination. Son bilan est contrasté : deux titres (NL et CHL), mais aussi deux saisons sans play-offs. S’ensuit une période de flottement : les assistants Yorick Treille et Rikard Franzén sont un temps promus, avant que Treille ne soit officiellement nommé seul head coach en janvier, assisté de Stefan Hedlund (ex-Rapperswil-Jona). Treille devrait poursuivre la saison prochaine avec Ville Peltonen comme « associated coach », en attendant potentiellement l’arrivée de Sam Hallam (sélectionneur de la Suède) en 2026.
Le directeur sportif Marc Gautschi n’a pas mâché ses mots en fin de saison déclarant dans les colonnes du Blick : « Il n’y a pas d’excuses. À la fin, tout ce qu’on a construit depuis la finale face à Zoug il y a cinq ans, à savoir notre culture ou le respect qu’on avait gagné dans cette ligue, on l’a jeté à la poubelle avec une saison pareille. (…) On a tellement fait d’erreurs stupides. On n’a jamais joué compact, discipliné. Même avec autant de qualité, tu ne peux pas gagner des matches de cette manière (…), rien n’a fonctionné cette année. (…) On n’a presque jamais joué à notre niveau. (…). Combien de joueurs ont eu de bonnes saisons chez nous depuis deux ans ? ».
Gautschi reconnait sa part de torts, en n’ayant pas assez remanié l’équipe au cours de la précédente intersaison : « Je pense que l’erreur que j’ai faite date de l’année passée. Quand on a fini 10e, on n’a pas fait de changements. J’aurais dû échanger deux ou trois joueurs, montrer qu’on n’était pas contents. Même si on avait gagné des titres avant et la Champions Hockey League, on aurait dû procéder à des changements. C’était mon erreur. » Le GSHC a enchaîné les erreurs de gestion et de recrutement. L’échec Michael Špaček, arrivé d’Ambrì avec un pedigree flatteur (100 points en cumulé sur les deux derniers exercices) mais un caractère difficile, illustre cette dérive : 13 points en 21 matchs, puis un départ au Sparta Prague début décembre. Ni Oula Palve (6 points en 9 matchs) en perdition en Ajoie, ni Dmytro Timashov (9 points en 22 matchs) n’auront fait mieux pour le remplacer.
En défense, les Suédois Theodor Lennström et Sami Vatanen (19 points) n’auront pas été à la hauteur, le premier n’ayant jamais pu enfiler le costume de successeur d’Henrik Tömmerness et le second très loin de son niveau MVP de la CHL en 2024. Ils ne seront pas conservés. En attaque, le trio finlandais Sakari Manninen (50 points), Teemu Hartikainen (48 points dont 25 buts) et Markus Granlund (47 points en 39 matchs) a tenu son rang, sans pour autant tirer l’équipe vers le haut.
Les Suisses, eux, ont souvent sombré : Tanner Richard (17 points), Marco Miranda (1 but en 44 matchs), ou Alessio Bertaggia (-15) ou Simon Le Coultre (-17) sont très loin de leur rendement de 2023. Marc-Antoine Pouliot (22 points à 40 ans) et Vincent Praplan (30 points) font figure d’exception. Quant à Luca Hischier, recruté à prix d’or, il n’a disputé que 15 matchs, gêné par les blessures.
Dans les cages, Robert Mayer n’a jamais rassuré (2,95 buts encaissés, 90,1 % d’arrêts). Antti Raanta, arrivé à l’automne pour pallier la blessure de Gauthier Descloux et la méforme de Mayer, n’a pas convaincu non plus (90,2 % d’arrêts en 24 matchs) malgré son pédigrée NHL.
Le club a acté le besoin de renouvellement. Lennström, Vatanen, Hartikainen et Raanta quittent le navire. Taylor Beck, Jason Akeson et le défenseur Vili Saarijärvi arrivent pour renforcer l’effectif étranger. Côté suisse, Stéphane Charlin, Tim Bozon et Dave Sutter rejoignent les Aigles, tandis que Bertaggia et Arnaud Jacquemet (retraite) s’en vont. Avec un staff renouvelé et un effectif largement remanié, Genève veut croire en un nouveau départ. Mais après deux saisons manquées, la confiance est fragile.
Lugano (13e) : la catastrophe industrielle
Le HC Lugano a touché le fond. Treizième de National League, le club tessinois boucle sa pire saison depuis sa remontée dans l’élite en 1982. Une chute qui marque la fin de l’ère Hnat Domenichelli, directeur sportif remercié début janvier après avoir successivement misé sur Chris McSorley puis Luca Gianinazzi sans jamais dépasser un quart de finale de play-offs, malgré un budget conséquent.
La situation était déjà préoccupante dès le début de saison, alors que les performances de l’équipe ne suivaient pas, malgré un effectif bâti pour jouer les play-offs. Les origines locales de Luca Gianinazzi ont pu lui offrir un sursis, mais début 2025, alors que le HCL végète à la 12e place, Domenichelli tente une dernière manœuvre en faisant venir l’ancien coach biennois Antti Törmänen comme conseiller. Cela ne suffira pas à inverser la tendance : Gianinazzi et l’ensemble de son staff sont démis de leurs fonctions, et Domenichelli le suit dès le lendemain.
Nommé par intérim, l’Allemand Uwe Krupp n’a pas su relancer la machine. L’équipe termine à une inquiétante 13e place et doit passer par les playouts pour assurer son maintien. Face à Ajoie, après deux défaites initiales, le HCL se ressaisit pour finalement s’imposer en six rencontres et éviter le pire.
Les raisons de cette saison ratée sont multiples. À commencer par des soucis criants au poste de gardien : Niklas Schlegel n’a jamais trouvé la constance (moins de 90% d’arrêts), et Joren van Pottelberghe, recruté pour stabiliser la cage, a été victime d’un accident insolite (cheville cassée… en promenant son chien) et limité à cinq matchs. Lugano a alors sacrifié une licence étrangère pour faire venir Adam Húska. Discret en saison régulière, le Slovaque a brillé lors des playouts (1,39 but encaissé, 93,9% d’arrêts), évitant la catastrophe.
Le recrutement étranger n’a pas été à la hauteur des attentes : Jiří Sekáč (29 points) et Radim Zohorna (22 points) ont déçu, tout comme le défenseur Carl Dahlström. Recrue phare de l’intersaison précédente, David Aebischer n’a pas répondu aux espoirs placés en lui. Côté suisses, les cadres sont aussi passés à côté : Luca Fazzini a certes inscrit 22 buts (39 points), mais termine à -12. Marco Müller affiche un -15, et l’ancien international Santeri Alatalo un très lourd -23.
La reconstruction est désormais entre les mains de Janick Steinmann, nouveau GM, de retour dans un club qu’il a connu en tant que joueur. À Rapperswil-Jona, il avait su construire un projet solide et amener les Lakers à un statut durable dans l’élite. C’est tout le mal que l’on peut souhaiter à Lugano, qui n’a désormais plus droit à l’erreur.
Ajoie (14e) : dernier, encore
Pour sa quatrième saison dans l’élite, Ajoie boucle une nouvelle fois l’exercice au dernier rang. Et ce, malgré un effectif pourtant présenté comme plus compétitif que celui de l’an passé. Malheureusement pour le club jurassien, la saison a très mal débuté avec sept défaites consécutives. Après seulement quatre semaines de compétition et une maigre victoire en treize rencontres, le manager général Julien Vauclair a dû trancher et se séparer de l’entraîneur Christian Wohlwend.
L’intérim de quelques jours assuré par Vauclair n’a été qu’une transition avant la nomination de Greg Ireland, que le Directeur Sportif connaissait de son époque de joueur à Lugano. Mais l’écart avec le peloton était déjà creusé. L’arrivée d’Ireland, combinée à celles de Pierre-Édouard Bellemare (28 points en 34 matchs) et du défenseur offensif Anttoni Honka, a cependant permis une embellie. Le trio composé de Jerry Turkulainen (38 points en 30 matchs), Bellemare et Julius Nättinen (52 points en autant de rencontres), s’est montré particulièrement productif entrouvrant l’espoir de pouvoir éviter la dernière place, avant que la blessure du premier nommé ne vienne freiner cet élan.
Malgré un rythme supérieur à un point par match sous les ordres d’Ireland, Ajoie est resté irrémédiablement décroché, terminant à 20 points de la 13e place. Le manque d’apport du contingent suisse, où seuls Marco Pedretti (12 points) et Arno Nussbaumer (10 points) ont atteint la barre des dix points, a cruellement pesé. L’échec retentissant d’Oula Palve (2 buts en 32 matchs malgré son statut de meilleur marqueur de Liiga l’an passé), ainsi que l’irrégularité et les absences du défenseur T.J. Brennan (-17 en 25 matchs, souvent surnuméraire), n’ont fait qu’aggraver les difficultés.
Condamné au play-out, le HCA a remporté les deux premiers matchs contre Lugano avant de s’incliner à quatre reprises, glissant ainsi vers le barrage promotion/relégation. Julien Vauclair avait pourtant tenté d’anticiper en négociant avec Olten le retrait de leur candidature à la montée, en échange notamment de la libération de Wohlwend. Il avait aussi renforcé le club soleurois via des prêts (Bastien Pouilly, Tim Minder, Kyen Sopa) en fin de saison. Mais c’est finalement Viège – éligible à une promotion – qui s’est présenté comme adversaire.
Battus lors du premier match, les Ajoulots ont sauvé leur peau de justesse : une victoire arrachée en prolongation lors de la deuxième rencontre, puis trois succès plus maîtrisés pour assurer leur maintien en National League. Ajoie a frôlé la catastrophe, et s’il veut espérer autre chose qu’une nouvelle saison de galère, un véritable virage devra être pris – dans la structure, le recrutement, et l’identité de jeu.
Swiss League : Viège créé la surprise
Après deux titres consécutifs, La Chaux-de-Fonds ne réussira pas la passe de trois. Deuxième de la saison régulière derrière Bâle, le HCC a été éliminé dès les quarts de finale par Olten (7e), équipe en retrait au classement mais mieux armée à l’approche des séries. La plus belle victoire de la saison est finalement venue hors glace, avec l’officialisation en mars du projet de rénovation de la patinoire des Mélèzes : capacité portée à 6521 places à l’horizon 2029, et des ambitions de promotion confortées à moyen terme.
L’équipe surprise s’appelle Viège. Abonnés aux éliminations précoces ces dernières années, les Haut-Valaisans ont cette fois brillé en playoffs : victoire sur Sierre (4-1), puis balayage de Thurgovie (4-0) avant de dominer le grand favori Bâle en finale (4-1). Pour sa dernière saison derrière le banc, Heinz Ehlers quitte le club sur un titre. Un départ annoncé dès janvier qui a soudé le vestiaire, selon le président Sébastien Pico : « Le départ d’Heinz a rapproché tout le monde. Les joueurs et le staff se sont dit : « On aura peut-être des destins différents dès la saison prochaine mais là, on se serre les coudes pour aller au bout des choses »» (Watson). En barrage de promotion/relégation, Viège a bien failli créer l’exploit contre Ajoie. Vainqueur du match 1, proche d’un 2-0 dans la série (Viège menait 3-0 avant de s’incliner en prolongation), le HCV a fini par s’incliner en cinq rencontres, handicapé notamment par les blessures du leader offensif Adam Brodecki et du gardien Robin Meyer. La campagne victorieuse des Viégeois porte aussi la marque de Kevin Hecquefeuille, champion en 2015 avec Langnau comme joueur, sacré cette fois comme assistant. L’Amienois n’a pas été retenu pour succéder à Ehlers et secondera Luca Gianinazzi (ex-Lugano) la saison prochaine.
Autre club à avoir retenu l’attention : Bâle. Leader de la saison régulière pour sa 3e saison dans la ligue, le club rhénan poursuit sa structuration. Malgré une finale perdue, les résultats sportifs sont encourageants. Reste à mobiliser davantage le public : la moyenne de 2500 spectateurs (38 % de taux de remplissage) dans la patinoire Saint-Jacques reste décevante pour une équipe ambitieuse, mais qui souffre de l’ombre du FC Bâle, le club de football local.
Sierre, éliminé en quarts par Viège, a vu d’un bon œil la non-promotion de son voisin cantonal. Toujours en quête d’un premier succès en séries depuis son retour en Swiss League en 2019, le club pourra compter sur l’arrivée de Chris McSorley derrière le banc. L’ex-entraîneur de Genève-Servette s’investit toujours plus dans le projet valaisan, qui a franchi une étape importante avec la validation du projet de la Valais Arena (6500 places), attendue également pour 2029.
Enfin, la belle surprise de la saison est venue de Coire. Pour sa première saison à ce niveau, le club grison a terminé 6e sans le moindre renfort étranger, profitant notamment des prêts en provenance de Langnau. À signaler les débuts remarqués du gardien français Martin Neckar (15 matchs, 2,54 de moyenne, 92,0 % d’arrêts), justement prêté par les Tigers.
Illustrations de Pierre Maillard (site internet), sauf Zurich (page Facebook ZSC Lions)














































