Nous inaugurons ici une nouvelle rubrique sur Hockeyarchives grâce à Martin Millerioux. Passé par Grenoble, Villard-de-Lans, Lyon et Annecy, il nous a partagé un document que nous souhaitions vous partager a notre tour.
Un billet d’humeur (externe à l’équipe Hockeyarchives) envoyé par une personnalité du hockey sur glace vous sera donc régulièrement proposé. En tout cas nous l’espérons !Bonne lecture !
Pas de Règlement de comptes à OK Corral ici bas, juste un constat et des points à améliorer.
Même si ça sent un peu l’effet Dunning Kruger, on devrait s’épargner le point Godwin…
Pour bien définir le concept de Développement et avoir des éléments tangibles de comparaison, nous pouvons nous appuyer sur quelques données.
On peut discuter de tout sauf des chiffres… haha Olivier … Enfin moi perso je ne conçois pas la vie comme un algorithme, n’en déplaise à Cédric Villani. Les mathématiques c’est bien mais ça te fait pas gagner un duel (cf Évariste écrit par FH Désérable, hockeyeur).
Petite pirouette artistique, qui nous fait retomber sur nos lames.
On peut donc prendre le nombre de licenciés chez les jeunes et/ou le classement IIHF (ranking)
- L’augmentation globale du nombre des licenciés au hockey est réelle depuis 15 ans mais elle le doit essentiellement aux loisirs séniors et aux licences féminines. Finalement, le vivier de jeunes hockeyeurs est un peu plus important mais est-ce que cela se traduit sur le classement mondial de nos jeunes?
- Entre 2000 et 2020, sur la période il est réducteur de dire que la France a perdu 5 places dans le ranking jeune, mais nous avons régressé dans la hiérarchie et/ou les autres nations ont progressé plus vite…
Ne me parlez pas de l’émergence des satellites baltes ou de la Slovaquie, ça date des années 1990.
Si nous nous arrêtons aux chiffres le constat semble mitigé. Nous avons un peu plus de jeunes joueurs, mais nous avons régressé sur l’échiquier mondial. Un développement figé, en quelque sorte cela s’apparente à l’ oxymore « croissance négative », doux euphémisme pour désigner récession…
Pourtant, de nombreuses actions ont été entreprises dans les clubs pro développer et se développer. Ce terme est vague et englobe de nombreuses facettes.
Qu’entendons nous par développement ?
- L’accroissement du nombre de pratiquants ?
- De patinoires ?
- L’augmentation du BIB (Bonheur Intérieur Brut) des joueurs ?
- Avoir une équipe nationale plus performante ?
- Un championnat plus réputé ?
- Des joueurs formés en France capables de jouer à l’étranger ?….
Partons du postulat que la politique sportive a pour but d’augmenter le niveau de nos jeunes joueurs et des équipes nationales jeunes. Il est important de définir précisément le but recherché sinon on navigue à vue et on finit sur la cale. J’ai souvenir, lors d’un colloque, que la fédération avait pour objectif de placer la France 10e nation mondiale à l’horizon 2024… pas déconnant, faisons donc comme ça… Dressons une liste non exhaustive des facteurs limitants si on vise le but recherché est l’excellence de nos jeunes
- L’Éducation Nationale pour avoir des après-midi dédiées au sport.
- Le modèle économique du sport en France, où chaque fédération cherche à engranger le plus de subventions corrélées au nombre de licenciés. Cela induit un effet papillon de non-sens dans le développement moteur, global et optimal des enfants. Un recrutement trop précoce (4 ans), un travail de fidélisation coûteux en éducateurs et avec peu de retombées. De ce fait, une hyperspécialisation trop hâtive, responsable de blessures chroniques, de perte de motivation, de schémas moteurs limitants pour le patinage, le maniement, les lancers. Le serpent qui se mord la queue…
- La fausse excuse du manque d’heures de glace [le maniement, les passes, les lancers peuvent se faire en dehors de la glace…]
- Des entraîneurs pas assez ouverts et curieux (transversalité des disciplines)
- Les structures associatives où des bénévoles sont les responsables hiérarchiques de salariés.
- Le manque de temps pour mettre en place un projet sportif cohérent avec le jeu des chaises musicales des entraîneurs à chaque intersaison.
- Le peu de considération des « préparateurs physiques » (ça commence à changer)
- La fausse bonne idée de faire grossir la base de la pyramide (cf la Slovénie)
- La mésentente avec les clubs de patinage d’artistique
- Le conformisme enseigné dans les ligues, les pôles et les équipes de France (joueur robot en manque de créativité)
- La frilosité des dirigeants à faire confiance à des jeunes et à les utiliser dans le Top 6 et Top 4 (de moins en moins vrai heureusement)
- Les règlements de la Fédération. Usine à gaz
- Le recrutement par les centres de formation qui pillent les autres clubs et affaiblissent le niveau du championnat
Cette liste dresse un bilan assez négatif mais permet d’entrevoir de belles pistes d’amélioration. Il n’y a pas de formule magique mais il serait intéressant de retrouver de la cohérence entres les attentes et les moyens mis en œuvre, sans sombrer dans le remède miracle yakafocon. Une approche globale et holistique peut être appréhendée.
Dans le meilleur des mondes (pas celui d’Aldous), voici quelques doses de soma à ingérer dans votre pipette.
- Il y a une entente avec le club de patinage de l’enceinte (pas celles de la séance publique…). Les cours de patinage sont assurés par des professeurs de patinage. Les crosses ne sont pas utilisées pendant les exercices de patinage sur la glace lors de la première année.
- Des entraînements avec crosse ont lieu en gymnase (maniement, passes, lancers, floorball)
- Des cours de motricité fine et globale ont lieu dès la première année.
- La découverte d’autres sports (par cycle, ou pendant les vacances ou en hors saison)
- Passer impérativement par l’athlétisme (gammes motrices), l’escalade, la natation, un sport de glisse latéralisé, sport de raquettes et sport co (tchouk-ball par exemple)
- Valoriser le poste de Préparateur physique global et optimal, en charge de l’élaboration du plan d’entraînement en collaboration avec les entraîneurs de la glace. La préparation, ce n’est pas que de la musculation et des échelles…
- Éduquer les dirigeants, les parents et les enfants, en clarifiant les rôles et en les impliquant dans le processus de l’apprentissage. On s’attache à l’humain, à bas le transhumanisme…
- On place l’enfant, donc l’individu au cœur du processus de son apprentissage (apprentissages autonomes) en enrichissant son panel de gestes moteurs. On crée un climat de confiance et on véhicule de vraies valeurs pas galvaudées par la société du spectacle (cf Guy Debord).
- La compétition avant 13 ans est un leurre et un frein au développement, comme l’entraînement à outrance et le sur-conditionnement technico-tactique. Laissez les joueurs s’exprimer et s’écouter (ressenti, feeling, feedback) sans les brimer mais en les ayant cadrés au préalable.
Certes, ce ne sont que quelques pistes axées essentiellement sur l’individu et il faut traiter les causes exogènes pour progresser dans la globalité. Ne pas se trouver des excuses, faisons de notre mieux pour faire de nos jeunes hockeyeurs des ATHLÈTES (sportifs) et des HOMMES.
Ensuite advienne que pourra.
Bonne réussite aux U20 pour leur CDM
Martin Millerioux – Décembre 2021