Les universités ont été très tôt un des lieux du développement du sport américain, et le hockey sur glace n’a pas échappé à la règle, en particulier dans la zone historique de Nouvelle-Angleterre (autour de Boston) où les plus célèbres universités du pays (Yale, Harvard, etc) avaient parmi les meilleures équipes sportives dans les années 1920. Nous reviendrons un jour peut-être sur cette histoire antérieure, mais la présente histoire est centrée sur la NCAA.
La NCAA n’a mis en place un tournoi national que dans l’après-guerre. Ce premier tournoi de 1948 a été marqué par un incident, puisque les officiels de la NCAA ont désavoué l’arbitre et validé un but-clé inscrit en pleine confusion à la table de marque. Cela n’a pas empêché le tournoi de s’établir.
Le principe du tournoi final était d’inviter les meilleures équipes, selon la décision d’un comité qui examinait les résultats obtenus par les différentes universités dans des calendriers libres. Peu à peu, les équipes se sont organisées en conférences pour établir des championnats réguliers ainsi que des play-offs qui désignaient un champion, automatiquement qualifié pour les tournois nationaux.
Ce tournoi se déroulait initialement dans le Colorado, qui n’avait pas une grande tradition de hockey sur glace américain. Le hockey universitaire allait y gagner en importance avec les premières victoires du Colorado College. Mais c’est une autre équipe locale, Denver, qui allait bouleverser la communauté universitaire. Sitôt embauché, l’entraîneur Murray Armstrong appelait des juniors canadiens qu’il avait coaché – et qui firent de Denver le champion 1958. Or, cette université avait mauvaise réputation quant à la qualité de l’éducation qu’elle offrait à ses hockeyeurs.
Révolte américaine contre les Canadiens plus âgés
Cet évènement marquait une scission dans la conférence de l’Ouest. D’un côté, il y avait les universités comme Michigan ou Minnesota qui recrutent les joueurs des lycées de leur État, et de l’autre, Denver, Colorado College mais aussi North Dakota (issu d’un État moins peuplé) qui vont à la pêche des juniors canadiens. Il ne s’agit pas que d’une question d’origine. Les principes du hockey universitaire sont aussi déviés parce que les recrues sont plus âgées : ceux qui sortent des ligues juniors canadiennes ne sortent pas directement du lycée, ils peuvent avoir deux ans de plus et sont donc physiquement plus mûrs. On recense même un universitaire de 36 ans (!) au Colorado College. Jack Smith est surnommé Silver Fox (Renard argenté) par ses coéquipiers en raison de ses cheveux grisonnants. Il est même plus vieux que son coach Tony Frasca.
Un homme dénonce sans relâche ce système, c’est John Mariucci. Cet entraîneur américain de l’université du Minnesota refuse d’affronter Denver pour exprimer son hostilité à sa politique. Même quand les deux équipes sont dans la même conférence, leurs confrontations sont rayées du calendrier. La rancœur personnelle s’ajoute à la bataille de principes. Mariucci a été traité de façon méprisante de « vendeur de papier » par son ennemi juré Murray Armstrong (Mariucci travaille dans une entreprise de papèterie et n’est qu’entraîneur à temps partiel).
Au tournoi final 1961, Minnesota et Denver sont « obligées » de s’affronter car elles se retrouvent face-à-face au tournoi final, lors de la demi-finale réservée aux équipes de l’Ouest (soit la finale avant la lettre car les équipes de l’Est ne font pas le poids). Mariucci fait porter à son joueur Lou Nanne un panneau sur lequel est inscrit « Nous grillons le bacon canadien ». Le paradoxe – volontaire – est que Nanne est lui-même né et formé au Canada. Il est le seul étranger dans cette équipe de Minnesota entièrement constituée de joueurs locaux, mais il prendra la nationalité américaine et deviendra un joueur important de l’équipe nationale des États-Unis. Les hommes de Mariucci ne grillent rien du tout et se carbonisent eux-mêmes, battus 6-1. Mariucci aura néanmoins une importance à long terme : cette volonté de donner une identité au hockey américain infusera auprès de ses élèves (même canadiens comme Nanne). Et ce patriotisme contribuera aussi à revaloriser le hockey universitaire.
Le gardien lettré devenu politicien
Jusqu’ici, le hockey universitaire était mal vu dans les rangs professionnels : ces intellectuels n’étaient pas censés se mêler aux durs à cuire du circuit pro. Un homme va faire changer les mentalités : « Red » Berenson. Il a dédaigné une offre de passer pro pour intégrer une université et avoir une meilleure éducation. Cela ne l’a pas empêché de devenir une star de NHL.
L’autre homme qui rehaussera la vision du hockey universitaire américain est Ken Dryden. Le gardien du Canada à la Série du Siècle écrira un livre sur cette expérience et sera considéré comme un spécialiste éminent de la description du hockey sur glace et de sa culture. Auteur de livres sur ce sport, avocat, il sera ensuite homme politique de premier plan, parlementaire, ministre un temps envisagé comme candidat du Parti Libéral aux élections nationales. Mais auparavant, Dryden avait lui aussi suivi un cursus universitaire. Il avait conduit Cornell au titre 1967 sans perdre un seul match quand il était titulaire. C’est une date marquante car c’est la première fois qu’une université de la Ivy League gagne un titre sportif majeur en NCAA : Cornell était dès l’origine une université plus ouverte que ses consœurs (Yale, Harvard) réservées à des classes très aisées. Trois ans plus tard, en 1970, Dryden n’était plus là mais Cornell remporta tous ses matches de la saison pour être considérée comme la meilleure équipe universitaire de l’histoire.
Le hockey universitaire avait donc élevé son niveau, et il allait grandement contribuer à ce que le hockey aux États-Unis le fasse aussi. Même le président – canadien – de la NHL Clarence Campbell rendit hommage à la victoire de l’université du Minnesota en 1974 avec une équipe 100% locale en l’identifiant comme une date-clé dans le développement du hockey américain. L’entraîneur de Minnesota suivait en effet les traces de Mariucci dont il était un ancien élève. Son nom ? Herb Brooks. En 1980, il deviendrait le coach du Miracle avec des hockeyeurs issus des rangs universitaires, et un héros du sport américain (et mondial).
Le tricheur devenu politicien
Terminons ce petit tour d’horizon par la plus célèbre tricherie de l’histoire du tournoi final NCAA. Observez le défenseur Pete Stauber bouger la cage en finale 1988 sans que l’arbitre ne siffle le moindre tir de pénalité.
L’équipe gagnante étant invitée à la Maison Blanche, Stauber y rencontrera Ronald Reagan et racontera que ce moment déterminera son intérêt pour la politique. Policier pendant 20 ans et dirigeant d’un syndicat de police, il a été élu à la Chambre des représentants en 2018, en étant le premier candidat que Donald Trump est venu soutenir pendant sa campagne. Son soutien infaillible à Trump lui vaudra un tour sur l’avion présidentiel Air Force One en septembre 2020. Mais alors qu’il savait avoir été en contact avec plusieurs personnes positives au Covid-19 (dont Trump), Stauber a pris un avion de ligne et exposé les autres passagers en violation du règlement de la compagnie aérienne, un incident qui n’a pas empêché sa réélection quatre mois plus tard.
Nous avons présenté ici quelques jalons importants de l’histoire du hockey universitaire, mais c’est toute l’histoire de la NCAA qui a été ajoutée à Hockey Archives. Retrouvez l’intégralité des résultats et évènements à partir de ce lien : palmarès de la NCAA.