Un homme paraît extrêmement stressé avant ce match : Tobias Johansson (image de droite). L’entraîneur suédois, réputé formateur, a été recruté avec pour mission de réussir enfin à rajeunir l’équipe de Norvège. Il doit rattraper le travail que n’ont pas fait ses prédécesseurs… et c’est lui qui risque d’en faire les frais. Après la défaite aux tirs au but face au Kazakhstan, un nouvel échec contre la Slovénie enverrait les Norvégiens tout droit vers la relégation. Match déconseillé aux âmes sensibles.
Après une minute de jeu, Johansson risque déjà des problèmes cardiaques alors que Kuralt met la pression en fond de zone. Johannes Johanessen n’arrive pas à contrôler du patin la passe en retrait de Martinsen, Robert Sabolič le récupère le palet et le donne en retrait à Rok Tičar au poteau opposé. Si le centre slovène arrive à lever ce palet dans l’angle ouvert à deux mètres de distance, c’est le but assuré… mais il le reprend à ras glace et à côté. Notons le bon déplacement du gardien Henrik Haukeland qui a contribué a perturber Tičar.
À la cinquième minute, c’est une passe aveugle de Blaž Tomaževič qui offre le palet à Markus Vikingstad à la ligne bleue slovène. Le centre norvégien conduit bien le palet, se déporte du défenseur et du gardien et n’a plus qu’à viser la cage qu’il s’est ouverte… Il lance loin de la cible ! Les attaquants tremblent autant dans le dernier geste que les joueurs adverses qui perdent le palet dans leur zone ! Les deux équipes sont nerveuses, les deux équipes ont peur, et elles reculent donc beaucoup vers leur cage.
L’élan initial des Slovènes s’éteint un peu. Thomas Berg Paulsen reçoit à la ligne bleue une longue relance du défenseur Johannes Johanessen (celui qui avait failli coûter un but d’entrée). L’ailier échappe aux griffes de Simšič et n’est pas attaqué par Pavlin qui le laisse tirer en angle… sauf que le tir est parfait, dans la lucarne proche de Gašper Krošelj (0-1, image de gauche).
Johanessen alterne toujours le meilleur et le pire, le voilà qui retient Tomaževič et prend la première pénalité. Haukeland lâche beaucoup de rebonds pendant ces deux minutes, notamment sur des tirs successifs de Drozg et Urbas, mais il n’encaisse pas de but. L’électrocardiogramme de Tobias Johansson s’est donc stabilisé à la pause. Les juniors norvégiens rigolent même sur le banc quand Petter Vesterheim raconte une bonne blague à Noah Steen (image ci-dessous). Les gamins ne paraissent pas les plus stressés…
Le haut de la mitaine de Gašper Krošelj dévie à la reprise un nouveau tir de Berg Paulsen, qui a bénéficié cette fois d’une passe subtile de Mattias Nørstebø en zone neutre. Les Slovènes se créent eux aussi toujours des occasions, notamment une déviation de Miha Verlič et un une-deux entre Simšič et Drzog, sur lequel le tir du premier nommé est contré par la crosse de Kåsastul couché au sol.
À la mi-match survient une source d’ulcère pour les entraîneurs en pareilles circonstances : une faute en zone offensive. Mathias Trettenes y fait trébucher inutilement Tičar. Alors que Kuralt fait écran devant le gardien pendant cet avantage numérique, le lancer de Robert Sabolič fait tinter la barre transversale (image ci-contre). Un bruit métallique si douloureux pour les nerfs slovènes : ça ne veut toujours pas rentrer.
Ole Einar Andersen, dont c’est le premier match dans le tournoi, a un mauvais réflexe en levant la crosse au visage de Sabolič. La crosse haute d’Urbas sur Olimb trente secondes plus tard échappe aux arbitres… On joue donc à 5 contre 4 et Rok Tičar croit égaliser d’un beau lancer en pivot… au moment où l’arbitre canadien Adam Bloski siffle une obstruction sévère contre Bine Mašič, au duel avec Hoff. Fin de l’avantage numérique, et même tir sur le poteau de Trettenes – servi entre les cercles par Olimb qui a subtilisé le palet dans la bande à Drozg – à 4 contre 4. La frustration slovène se traduit en fin de tiers par une pénalité idiote de Sabolič – un coup de crosse qui fait tomber une canne adverse – sans trop de conséquence.
La Norvège se crée une autre énorme occasion au début du troisième tiers-temps, à 5 contre 5 : Emil Lilleberg reprend une passe de derrière la cage de Sondre Olden et ce tir est détourné avec beaucoup de chance par le manche de la crosse de Simšič en opposition.
Le temps passe et une nouvelle pénalité d’Urbas n’aide pas la cause slovène. Le danger est même un peu plus fort devant la cage de Krošelj, où Tičar doit écarter du patin un palet chaud après une infiltration d’Olimb. Les bleus – qui pourraient aider les perspectives olympiques d’autres Bleus par une victoire… – ont du mal à emballer le match, peut-être endormis dans cette patinoire de Riga quasi-vide. Les meilleurs joueurs slovènes sont évidemment de plus en plus utilisés, et peut-être un peu fatigués. On ne sent en tout cas pas d’effort désespéré, sauf en défense où Aleksandar Magovac – décidément spécialiste des situations compromises après son sauvetage miraculeux face au Canada – enlève le palet de la crosse de Sondre Olden qui se voyait déjà tirer en cage ouverte.
La Norvège a un coup de chaud quand Lilleberg dégage un palet en tribune à moins de trois minutes de la fin, mais les arbitres signalent qu’il a touché le plexi. L’engagement en zone offensive permet quand même à la Slovénie de s’installer, mais curieusement, malgré la possession fermement acquise, Matjaž Kopitar ne sort même pas son gardien ! Il le fait sur une action ultérieure, tout juste une minute avant la sirène. Après un tir hors cadre de Sabolič, le palet rebondit dans la balustrade et revient près de la cage où se forme une mêlée indescriptible : Emil Lilleberg est à genoux sur la ligne de but pour suppléer son gardien et Ken André Olimb se jette pour prendre dans le ventre un dernier slap d’Urbas. Les Norvégiens entourent et félicitent leur capitaine qui vient de se sacrifier.
Sur son banc, Tobias Johansson prend une gorgée d’air comme un apnéiste ressorti des profondeurs ! Avec 4 points au compteur, la Norvège a sans doute assuré son maintien. Et elle reste donc plutôt bien placée pour garder l’avantage sur la France au classement IIHF.
La Slovénie perd pour la quatrième fois en quatre confrontations face à la Norvège lors des championnats du monde. Les trois fois précédentes, elle s’était contentée d’un seul but… Cette fois elle n’en a mis aucun ! Elle garde peut-être un complexe d’infériorité, en tout cas elle n’a pas eu une mentalité de tueuse, à commencer par son coach en tardant à sortir son gardien. Elle misera donc sur le match face au Kazakhstan pour obtenir son maintien.
Désignés joueurs du match : Žiga Jeglič pour la Slovénie et Henrik Haukeland (ci-contre) pour la Norvège.
Commentaires d’après-match :
Žiga Jeglič (attaquant de la Slovénie) : « À la fin nous avons essayé d’avoir la possession et de mettre des palets à la cage, mais nous n’avons pas réussi à mettre de but. Je crois que notre départ n’était pas super. Nous étions un peu trop excités au début et ils ont mis un but. Évidemment notre powerplay et nos tirs à la fin n’étaient pas assez efficaces. On ne peut gagner un match si on ne marque pas un but. »
Thomas Berg-Paulsen (attaquant de la Norvège) : « Match énorme pour nous. Le gardien était sorti un peu loin, je l’ai mis en lucarne. Bien sûr on aurait pu tuer le match plus tôt, mais nous sommes heureux de ces trois énormes points. Ils ont eu des occasions, cela aurait pu faire 1-1 si Haukeland n’avait pas réussi ce blanchissage. »
Slovénie – Norvège 0-1 (0-1, 0-0, 0-0)
Mardi 16 mai 2023 à 16h20 à l’Arena Riga. 2167 spectateurs.
Arbitres : Adam Bloski (CAN) et Christoffer Holm (SUE) assistés de Nicolas Constantineau et Daniel Hynek (TCH).
Pénalités : Slovénie 6′ (0′, 4′, 2′) ; Norvège 8′ (2′, 4′, 2′).
Tirs : Slovénie 18 (5, 7, 6) ; Norvège 29 (9, 12, 8).
Évolution du score :
0-1 à 14’05 : Berg-Paulsen assisté de Johannesen et Olsen
Slovénie
Attaquants :
Jan Urbas (C, 2′) – Žiga Jeglič – Miha Verlič
Robert Sabolič (2′) – Rok Tičar (A) – Anže Kuralt
Jan Drozg (-1) – Nik Simšič (-1) – Ken Ograjenšek (-1)
Žiga Pance – Tadej Čimžar – Blaž Tomaževič
Défenseurs :
Blaž Gregorc (-1) – Žiga Pavlin (A, -1)
Aleksandar Magovac – Kristjan Čepon
Aljoša Crnovič – Bine Mašič (2′)
Gardien :
Gašper Krošelj
Remplaçants : Luka Gračnar (G), Miha Štebih (D), Miha Zajc (A). Réserviste : Žan Us (G).
Norvège
Attaquants :
Thomas Berg-Paulsen (+1) – Markus Vikingstad (+1) – Thomas Olsen (+1)
Sondre Olden – Mathias Trettenes (A, 2′) – Andreas Martinsen
Michael Haga – Ken André Olimb (C) – Eirik Salsten
Petter Vesterheim – Håvard Salsten – Ludvig Hoff
Défenseurs :
Emil Martinsen Lilleberg – Mattias Nørstebø (+1, 2′)
Johannes Johanessen (A, +1, 2′) – Ole Julian Bjørgvik-Holm puis à 20’00 Ole Einar Engeland Andersen (2′)
Max Krogdahl – Christian Kåsastul
Gardien :
Henrik Haukeland
Remplaçants : Jonas Arntzen (G), Noah Steen (A). Réservistes : Tobias Normann (G), Isak Hansen (D), Philip Granath (A).