Le classement des Tchèques est tout à fait correct : ils ont 10 points sur 12 possibles, ils seront déjà qualifiés en quarts de finale s’ils battent la Norvège ce midi et ils peuvent encore envisager une première place de poule en affrontant ensuite les deux adversaires majeurs (Suisse et Canada). S’il faut rappeler ce bilan comptable satisfaisant, c’est parce qu’il contraste avec les critiques subies et avec les performances en demi-teinte depuis le début du championnat du monde.
Le choix d’une rotation à trois gardiens a été particulièrement mis en cause, y compris par l’ancienne star Dominik Hasek… qui n’aimait déjà pas la moindre concurrence d’un second gardien quand il était en équipe nationale. Le gardien de NHL Karol Vejmelka a été tardivement installé comme titulaire, mais il a été confirmé après son match contre la Slovénie (où il a pris un mauvais but).
Les Tchèques ont surtout connu deux mauvaises nouvelles : Lukáš Sedlák mais aussi Filip Chytil – blessé par une crosse près du nez – sont définitivement forfaits pour le tournoi. Le règlement permet cette année de substituer les blessés avec une preuve médicale, une longue liste de 70 noms ayant été fournie au cas où. Heureusement, Radan Lenc, qui avait pris ses vacances avant le stage de l’équipe nationale, était resté disponible après son exclusion de la sélection finale et s’entraînait à Liberec. Il est arrivé hier et joue aujourd’hui. Le centre d’AHL Radim Zohorna doit arriver dans l’après-midi. Ce ne sont clairement pas des renforts déguisés, mais bien des remplaçants moins bons que les blessés.
Le match débute sur un petit rythme. Les Tchèques n’obtiennent guère d’occasion, sinon un tir croisé en angle fermé de Jiří Smejkal, repoussé de l’épaule gauche par Henrik Haukeland. À la neuvième minute, une passe ratée d’un bon mètre par David Němeček offre même un palet de but à Stig Vesterheim qui devance Kempný derrière le filet et tente (manque) un tour de cage. Le 0-0 est le score le plus logique qui soit à cet instant.
La Norvège est en train de faire son meilleur tiers-temps du tournoi… mais après douze minutes, Haukeland lâche un rebond sur un tir de Tomáš Dvořák et Johannes Johannesen fait trébucher Tomášek pour l’empêcher de le reprendre. Max Krogdahl a ensuite une méthode peu légale de faire le ménage dans l’enclave : un coup dans le menton de Kubalík. Le buteur de Détroit dit merci pour ce coup, car cela lui permet de décocher son lancer à 5 contre 3, direction la lucarne. C’est son septième but du tournoi, le cinquième en avantage numérique (0-1). L’indiscipline norvégienne l’a offert sur un plateau avec deux pénalités évidentes, la seconde parfaitement inutile.
Les Tchèques n’ont rien fait du tout à 5 contre 5, ils sont même menés 13 tirs à 8 malgré le passage en avantage numérique… mais ils ajoutent un deuxième but. La longue relance de Michal Kempný envoie en breakaway la fusée Jakub Flek, qui fusille Haukeland à mi-hauteur côté plaque (0-2, photo ci-dessous).
La domination tchèque est enfin sensible au deuxième tiers-temps mais paradoxalement la meilleure occasion est norvégienne quand un tir de Michael Haga est dévié par le bouclier de Vejmelka sur son poteau. La première faute tchèque est sifflée contre Košťálek qui a fait trébucher Olimb derrière la cage, sans trop de mal pour personne.
On n’en dira pas autant de la charge de Daniel Voženílek dans le dos de Nørstebø : le défenseur norvégien a tapé la tête dans le plexi et quitte la glace, visiblement commotionné. Les arbitres revoient l’action en vidéo et expulsent l’attaquant de Třinec. Pendant les cinq minutes d’infériorité numérique, les Tchèques bloquent beaucoup de tirs (Beránek et Černoch notamment)… et se procurent deux contre-attaques majeures. D’abord, Johanessen perd l’équilibre en contrôlant du gant un puissant dégagement de Jordan à la ligne bleue. Sobotka et Smejkal en profitent pour partir à 2 contre 0. La passe du vétéran est bonne, le tir de l’ailier d’Oskarshamn (qui a signé à Ottawa) l’est beaucoup moins. Flek se procure un nouveau breakaway pendant cette longue phase de 4 contre 5 et tente exactement le même tir que sur son but, mais Haukeland s’interpose cette fois (photo ci-dessous).
Radan Lenc part en prison à son tour pour une obstruction sur Olimb. Le jeu de puissance de la Norvège tarde à s’organiser, comme si elle commençait à perdre confiance en ses moyens. Privée de ses habituels meneurs absents (et proches de la retraite de toute façon), elle est en panne. Ses tirs sont trop peu puissants, trop peu précis.
Le jeune attaquant norvégien Noah Steen, qui entre en jeu pour la première fois du tournoi, obtient par son forechecking un dégagement hors limites de Němeček. Les Tchèques ne sont même pas en danger. La Norvège a passé 11 minutes sur 20 à cinq contre quatre et elle a été dominée aux tirs sur cette période (7 contre 8). Peut-il exister statistique plus terrible ? Interviewé à la pause par la télévision norvégienne, le coach Tobias Johansson déclare que le powerplay a été bon, qu’il ne regrette rien, et que, non, il ne manque pas un vrai buteur. Beaucoup de téléspectateurs ont eu envie de casser leur écran… Interrogé juste après, le gardien Haukeland le contredit sans le savoir en répondant tout de go que son équipe manque d’un joueur capable de nettoyer les lucarnes…
Au troisième tiers-temps, la crosse incontrôlée de Ludvig Hoff passe sous la visière de Košťálek. Cela vaut 2’+2′. Les Tchèques ne font pas mieux, Kubalík n’est jamais servi et perd même le palet dans la bande, ce qui fait ressortir son équipe de la zone offensive. Seule la seconde unité réussit à s’installer, mais Vladimír Sobotka n’arrive pas à dévier en cage ouverte la passe idéale de son capitaine Roman Červenka. Pendant l’infériorité numérique suivante (Johanessen a retenu Tomášek), la défense norvégienne semble mettre en place la même surveillance rapprochée pour Červenka que pour Kubalík. Cela laisse un peu plus d’espace à Smejkal pour s’infiltrer jusque dans l’enclave, en vain.
La Norvège s’installe durablement en zone offensive en fin de match, mais sans y être dangereuse. Elle y concède même une pénalité, un cinglage d’Ole Einar Andersen sur Flek à trois minutes de la fin. Une pénalité qui fait passer le temps, et Dieu sait que le temps n’est pas passé vite pour les spectateurs de ce match médiocre…
Il n’y a que Tobias Johansson pour croire encore qu’en appelant son temps mort et en sortant son gardien, le score va évoluer. Les arbitres ont tellement hâte d’aller sous la douche qu’ils laissent même jouer les huit secondes avec une cage tchèque très visiblement délogée d’un de ses gonds. Mais qu’on en finisse !
Le blanchissage de Vejmelka et le bon match du trio reconstitué de Karlovy Vary (Flek-Černoch-Beránek) seront les seules satisfactions pour des Tchèques qui n’affichent toujours pas un niveau de médaillables et qui semblent vraiment affaiblis par la perte de joueurs-clés.
Quant aux Norvégiens, il leur reste à espérer que la Slovaquie batte la Slovénie demain après-midi, ce qui assurerait déjà leur maintien. S’ils doivent compter sur leurs attaquants et sur leur powerplay pour le faire, cela s’annonce beaucoup plus difficile…
Désignés joueurs du match : Henrik Haukeland pour la Norvège et Ondřej Beránek pour la Tchéquie.
Commentaires d’après-match :
Radan Lenc (attaquant de la Tchéquie) : « J’ai dit que je ne voulais pas attendre pour jouer si possible. Je pense que c’est mieux pour moi d’entrer tout de suite. Je ne me sentais pas si mal. Les débuts de période étaient assez bons, les secondes moitiés étaient un peu plus difficiles pour moi. Mais je dois dire que je suis content de moi. Je connais tous mes coéquipiers, il y a eu quelques petites plaisanteries. Par exemple sur le fait qu’on me met à la porte et que je rentre par la fenêtre. »
photos M. Křížová
Norvège – Tchéquie 0-2 (0-2, 0-0, 0-0)
Samedi 20 mai 2023 à 12h20 à l’Arena Riga. 5348 spectateurs.
Arbitres : Andre Schrader (ALL) et Miroslav Štolc (SVK) assistés d’Eric Cattaneo (SUI) et Andreas Weise Krøyer (DAN).
Pénalités : Norvège 12′ (4′, 0′, 8′) ; Tchéquie 31′ (0′, 6′+5′+20′, 0′).
Tirs : Norvège 27 (15, 7, 5) ; Tchéquie 21 (9, 8, 4).
Évolution du score :
0-1 à 12’33 : Kubalík assisté de Košťálek et Červenka (double sup. num.)
0-2 à 18’43 : Flek assisté de Kempný et Vejmelka
Norvège
Attaquants :
Thomas Berg-Paulsen (-1) – Markus Vikingstad (-1) – Thomas Olsen
Ken André Olimb (C) – Mathias Trettenes (A) – Andreas Martinsen
Sondre Olden – Michael Haga – Eirik Salsten
Ludvig Hoff (4′) – Håvard Salsten – Petter Vesterheim (-1)
Noah Steen
Défenseurs :
Emil Martinsen Lilleberg (-1) – Mattias Nørstebø (-1)
Johannes Johanessen (A, 4′) – Ole Einar Engeland Andersen (2′)
Max Krogdahl (2′) – Christian Kåsastul
Isak Hansen
Gardien :
Henrik Haukeland
Remplaçant : Jonas Arntzen (G). Réservistes : Tobias Normann (G), Ole Julian Bjørgvik-Holm (D), Philip Granath (A).
Tchéquie
Attaquants :
Roman Červenka (C) – Vladimír Sobotka (A) – Dominik Kubalík
Jakub Flek (+1) – Jiří Černoch (+1) – Ondřej Beránek (+1)
Jiří Smejkal – Michael Špaček – David Tomášek
Radan Lenc (2′) – Daniel Voženílek (5’+20′) – Martin Kaut
Filip Chlapík [3 présences au troisième tiers]
Défenseurs :
Michal Kempný (+1) – Tomáš Kundrátek
Tomáš Dvořák – Jan Košťálek (2′)
Michal Jordán (A) – Jakub Zbořil
David Němeček (+1, 2′)
Gardien :
Karel Vejmelka
Remplaçant : Marek Langhamer (G). Réservistes : Šimon Hrubec (G), Ronald Knot (D). Substitués sur blessure : Lukáš Sedlák (A, os cassé sur le cou-de-pied), Filip Chytil (A, visage).