Voilà bien longtemps que les Titans de Colmar et les Scorpions de Mulhouse ne s’étaient plus affrontés au sein d’une même division, c’est-à-dire une petite quinzaine d’années. À cette époque, les deux clubs tentaient de remonter à la surface après quelques infortunes diverses, à savoir un dépôt de bilan pour les Mulhousiens et un retour progressif suite à un clash en assemblée générale puis une saison blanche pour les Colmariens.
Depuis, les deux clubs ont connu des fortunes diverses, et se retrouvent désormais dans cette division à jouer le haut de tableau. Si ce fait constitue une surprise pour les Titans, il l’est moins pour les joueurs de l’Illberg, dont l’ambition est de viser le tournoi final de fin de saison.
Autant dire que l’intérêt de la rencontre – prendre le leadership régional et surtout du championnat – vaudra son pesant de cacahuètes. Le public ne s’y est pas trompé puisque les deux tribunes sont copieusement remplies. Voilà bien longtemps qu’on n’avait pas fait une si longue queue pour rentrer dans la patinoire : depuis le match-finale de Division 3 d’avril 2018 contre Morzine pour être plus précis !
Est-ce que Colmar allait jouer sur le même et récent schéma que contre Strasbourg, à savoir laisser les visiteurs prendre en main le match, pour ensuite profiter de leurs approximations et lancer quelques contres opportunistes ? Le score à la fin du premier vingt le confirme en tout cas. Après un tout début de match crispé des deux protagonistes, c’est Mulhouse qui prend en main la partie en pressant très haut son hôte. La mitaine d’Anatoli Sizov vient de capter un envoi adverse (8’46’’) lorsque Michael Deslauriers hésite un quart de seconde à capter son palet à la bleue colmarienne. Instant fatal puisque Jo Boehrer, lui, le récupère pour envoyer son collègue Renaud Studer ouvrir le score (1-0 à 8’53’’).
Dominateurs, les Scorpions ne sont pourtant pas encore exempts de reproches dans leur zone, comme sur cette seconde mauvaise implantation en avantage numérique qui occasionne un nouveau raid colmarien, que Nicolas Jona capte (11’50’’). Le même Deslauriers se rachète dans les instants suivants en battant Sizov après le tour de sa cage (1-1 à 12’51’’). Mulhouse reprend des couleurs mais reste approximatif, cette fois-ci sur son placement : Colmar vient de s’installer et Eloi Lenner redonne de la bleue un but d’avance, Jona ayant été masqué au départ du tir par le trafic devant sa cage (2-1 à 15’53’’).
Heureusement pour Mulhouse, la série de tirs en rafale qui s’ensuit sur la cage de Sizov voit l’estonien finalement capituler sur un rebond exploité de près par Julien Burgert (2-2 à 17’22’’). Les Scorpions peuvent donc regagner le vestiaire de façon plus sereine même si tout n’a pas été facile dans ce premier tiers tendu, comme le confirme cette nouvelle échauffourée à la sonnerie entre Boehrer, Deslauriers et Joachim Sonnet notamment.
Ayant probablement gardé en mémoire le récent match joué par les Titans contre l’Étoile Noire strabourgeoise, supervisé à l’époque dans les tribunes par quelques Scorpions, les noirs visiteurs sont sortis du vestiaire avec plus de détermination. Certes, l’entame du second tiers est équilibrée, Mulhouse n’ayant sa première occasion franche qu’au bout de cinq minutes de hockey « resserré », mais Colmar va peu à peu perdre le rythme, laissant les mMlhousiens reprendre plus fermement en main la partie. Tout d’abord sur un rebond d’un premier tir de Burgert que Thomas Ackerman reprend plus vite que Sizov, trop décalé pour revenir (2-3 à 25’15’’). Dans la foulée, Noah Oswald remonte vers l’estonien. Lequel s’interpose avant de voir Mickael Marchand allumer à bout portant le rebond (2-4 à 25’58’’).
Les travées de la patinoire ne sont plus habituées à voir leur club en difficulté et acculé à ce point. En effet, Mulhouse assiège alors littéralement la zone locale, tout en muselant par le nombre (jusqu’à trois joueurs !) le moindre mouvement du stratège Jonathan Boehrer. Il est donc devenu difficile pour les Titans de se projeter vers la cage de Jona, hormis sur ce grand écart que le Mulhousien exécute (29’03’’). C’est donc son collègue Sizov qui doit s’employer pour contrer les rafales adverses (31’05’’), avant de voir le hasard laisser sa cage grand ouverte inviolée (35’43’’).
Une entame de dernier tiers mollassonne, un faux rythme, il n’y a rien de mieux pour endormir puis revenir au score. Et pourtant, c’est encore Mulhouse qui prend une longueur d’avance supplémentaire lors d’un efficace grattage défensif d’Arnaud Fuss qui lui permet d’envoyer Kylian Dufour en break pour le 2-5 (45’09’’). Ça se complique réellement pour les locaux, surtout que Burgert, taquin, « insiste » pour rentrer physiquement avec son palet et Sizov dans la cage de l’Estonien (48’36’’). L’arbitre avait sifflé avant que le palet franchisse la ligne, le but est donc logiquement refusé.
Colmar peine toujours à s’implanter en zone adverse, Marchand en profitant pour lancer la contre-attaque (51’25’’). On arrive à un moment crucial du match, le dernier probablement : Ostwald et Édouard Alves se livrent bataille, le premier heurte le genou du second dans l’affrontement. Le jeune Colmarien allongé se tient l’articulation, l’ancien Nantais est alors exclu pendant 5 longues minutes. Quasiment dans la foulée, Linus Kaistila le rejoint pour avoir gagné quelques secondes à dissimuler le palet devant son gardien. C’est donc d’une double supériorité que les Colmariens, rejoints sur la glace par un Alves redevenu plus fringant, vont disposer pour pouvoir revenir au score. Le palet circule bien, mais les Mulhousiens se battent comme des lions devant Jona pour gagner du temps, gratter et récupérer le palet, à l’instar de Fuss au four et au moulin. Les deux avantages numériques sont donc terminés sans aucune remontée au score, la messe est alors dite pour ce derby à enjeu.
Colmar aura crânement tenté sa chance, notamment au cours du premier tiers, en jouant une partie prudente et disciplinée. Les Titans ont cependant et ensuite sombré face à un adversaire nettement plus déterminé et probablement plus aguerri.
C’est en effet l’une des forces actuelles des Scorpions mulhousiens que de disposer de trois lignes complètes plutôt homogènes et compétitives, quand dans le même temps, Colmar ne pouvait compter inquiéter durablement son hôte que par l’intermédiaire de sa seule ligne de choc. Mulhouse a mis un tiers avant de la museler et d’étouffer ainsi tout le restant de l’équipe.
Les Scorpions, toujours invaincus, continuent ainsi leur excellent début de saison et engrangent un maximum de confiance et de cohésion en vue des éliminatoires de fin de saison. Après leurs deux derniers matches, les Colmariens redescendent progressivement sur terre. Qu’ils se rassurent, si le haut de tableau va être dur à viser pour eux, en gardant l’esprit discipliné et combatif dont ils font preuve actuellement, et en y ajoutant un peu plus de constance et de culot, il doit leur être possible d’accéder à ces mêmes éliminatoires sans trop douter.
Au final, même si les Titans ont souffert et progressivement laissé les Scorpions mettre irrémédiablement la main sur la partie, la patinoire a pu assister à un match engagé, vif et rapide, à défaut d’avoir vu ses chouchous l’emporter. Mais à ce sujet, et au son des ambiances, on pouvait se demander si la majorité de l’affluence était vraiment venue voir les locaux, et pas plutôt les visiteurs ! Au moins le club a bénéficié en un seul match d’une billetterie habituellement recouverte en trois !
photos : Scorpionspictures.com
Colmar – Mulhouse 2-5 (2-2, 0-2, 0-1)
Samedi 16 novembre 2024 à 20h00 à la patinoire de Colmar. 900 spectateurs.
Arbitres : MM. Steeve Girard et Ludovic Pasian.
Pénalités : Colmar 12’ (8’, 4’, 0’) ; Mulhouse 17’ (6’, 2’, 4’+5’)
Tirs : Colmar 25 (8, 6, 11) ; Mulhouse 38 (13, 21, 4)
Évolution du score :
1-0 à 08’53’’ : Studer assisté de Boehrer
1-1 à 12’41’’ : Deslauriers assisté de Haffner et Marchand (sup. num.)
2-1 à 15’53’’ : Lenner assisté de Boehrer
2-2 à 17’22’’ : Burgert assisté de Ackermann et Leblond
2-3 à 25’15’’ : Ackermann assisté de Burgert et Leblond
2-4 à 25’58’’ : Marchand assisté de Oswald et Deslauriers
2-5 à 45’09’’ : Dufour assisté de Fuss (inf. num.)
Colmar
Attaquants :
Jonathan Boehrer (2’) – Bastien N’Guiamba – Renaud Studer
Alexandre Karcher (2’)– Victor Patois – Paul Fuchs
Joan Koenig – Antoine Dauthier – Rayen Strayer
Vincent Knoery
Défenseurs :
Lucas Maurer (C, 2’) – Edouard Alves (2’)
Noah Bean – Alexis Parolo
Eloi Lenner (2’) – Iliann Eigelthinger (2’)
Gardien :
Anatoli Sizov puis à 56’25’’ Quentin Hartmann
Mulhouse
Attaquants :
Mickael Marchand (C) – Noah Oswald (5’) – Teo Haffner
Julien Burgert – Mathieu Leblond – Thomas Ackermann (4’)
Vincent Da Silva (A) – Kylian Dufour – Arnaud Fuss
Défenseurs :
Vincent Deslauriers (4’) – Joachim Sonnet (A, 2’)
Linus Kaistila (2’) – Aurélien Klessmann
Diego Zorita – Mathis Guth
Gardien :
Nicolas Jona
Remplaçants : Lukas Paicheler (G), Valentin Poulain, Guillaume Huck, Julien Wurth, Quentin Chauvel, Sabri Nakhli.