L’effectif olympique de la Suisse n’a jamais été aussi difficile à obtenir, tant les candidats potentiels sont nombreux. Et pas seulement des marqueurs en forme de la saison actuelle de LNA, mais des hockeyeurs avec un vécu international. Même le fait de jouer en NHL n’est pas un argument suffisant pour avoir sa place garantie. La densité est telle que chaque position était discutée.
Néanmoins, le titre de vice-champion du monde obtenu au printemps a « bloqué » une grande partie de la composition. On ne change pas une équipe qui gagne, c’est pourquoi Sean Simpson a donc reconduit la majorité des finalistes. Il veut retrouver le même état d’esprit collectif neuf mois plus tard à Sotchi. Les absents ont toujours tort, et il n’a été facile pour personne de « revenir » dans cette sélection nationale.
Gardiens
Jonas Hiller (Anaheim Ducks, NHL)
Reto Berra (Calgary Flames, NHL)
Tobias Stephan (Genève-Servette, LNA)
On n’entend plus parler depuis plus de deux ans des mystérieux vertiges dont souffrait Jonas Hiller, au point de devoir abandonner son poste. Cette saison, Anaheim est une équipe en pleine confiance, et de ce fait Hiller a obtenu 14 victoires de suite, une performance jamais réussie depuis vingt ans en NHL, même si depuis il a connu deux défaites. Moins expérimenté, Reto Berra se positionne en alternative. Il a un gabarit encore plus grand, mais est pourtaant moins dépendant de son positionnement que Hiller, qui est un gardien papillon classique. Berra est en effet célèbre pour ses arrêts spectaculaires dans des positions improbables, surtout depuis sa bicyclette qui l’a fit connaître en NHL en novembre dernier.
La seule incertitude de la sélection était le poste de troisième gardien. Martin Gerber, qui a joué le dernier Mondial en alternance avec Berra, a eu le malheur de se blesser en décembre contre la Norvège, et cela lui a finalement coûté sa place. Simpson a joué la sécurité en appelant Tobias Stephan plutôt que le vétéran de 38 ans.
Défenseurs
Roman Josi (Nashville Predators, NHL) – Raphael Diaz (Canadiens de Montréal, NHL)
Roman Josi n’est normalement pas le joueur le plus spectaculaire. Mais aux derniers championnats du monde, il est véritablement sorti du lot en s’avérant une formidable rampe de lancement pour l’équipe suisse. Aura-t-il la même forme « olympique » à Sotchi ? La question est tout aussi épineuse pour Diaz : l’arrière formé à Zoug joue moins ces derniers temps à Montréal, victime de la concurrence, et a passé plusieurs rencontres en tribune. La Suisse a néanmoins confiance dans cette paire déjà assemblée en mai dernier. Ce sont deux joueurs disciplinée et techniquement très sûrs avec le palet.
Julien Vauclair (Lugano, SUI) – Mathias Seger (ZSC Lions, SUI)
Sean Simpson a annoncé qu’il continuerait de faire de Mathias Seger son capitaine pour ces Jeux olympiques : il l’était déjà à Zurich lorsque les Lions sont devenus champions d’Europe. L’homme aux quinze championnats du monde est un leader à la combatitivité toujours remarquable. Julien Vauclair, douze Mondiaux pour sa part, ne lui concède presque rien en expérience et a lui aussi beaucoup donné pour l’équipe nationale durant sa période la plus glorieuse.
Mark Streit (Philadelphia Flyers, NHL) – Severin Blindenbacher (ZSC Lions, SUI)
L’ex-capitaine Mark Streit a admis de laisser pour de bon le capitanat à son successeur Seger qui est présent plus régulièrement, même s’il l’avait « récupéré » lors des Mondiaux. Cela ne l’empêchera d’apporter son leadership, que reconnaît Seger qui était son dauphin à Zurich (où il a aussi connu le droitier Blindenbacher). C’était avant que Streit ne parte en NHL où il s’est imposé comme un défenseur offensif de premier plan. Il est un peu l’individualité saillante au sein de lignes arrières sérieuses, capable de prendre des responsabilités avec le palet. Il mènera en particulier le jeu de puissance.
Philippe Furrer (Berne, SUI) – Yannick Weber (Vancouver Canucks, NHL)
Yannick Weber était le joueur de NHL le moins attendu de la sélection car il est peu apprécié en Suisse depuis sa prestation ratée aux derniers Jeux olympiques. Il a aussi été perçu comme arrogant par le vestiaire en ayant tendance à se surestimer par rapport à ses coéquipiers. Il continue pourtant à être titulaire en NHL, même en étant passé de Montréal à Vancouver, et peut être utile s’il se concentre sur un rôle adapté de septième défenseur, pouvant apporter son redoutable lancer de la droite en powerplay. Philippe Furrer est toujours dans l’effectif à ce jour, mais il souffre de récurrents syndromes post-commotion (maux de tête et de nuque) après avoir repris le jeu trop tôt.
Les absents en défense : même si l’équipe suisse soutient de plus en plus souvent la comparaison contre les adversaires physiques, on peut être surpris que Simpson ne se soit pas doté de profils plus physiques. Il a laissé à la maison Goran Bezina, géant au slap précieux même s’il peut se faire dépasser en patinage, et Luca Sbisa, défenseur agressif de NHL qui doit encore progresser dans sa compréhension du jeu, surtout sur grande glace. Vu le nombre de joueurs potentiels en powerplay (les « Nord-Américains »), Bezina ne serait pas forcément le premier choix pour remplacer le défensif Furrer. Ce serait plutôt Sbisa si celui-ci se remet correctement de sa déchirure ligamentaire à la main droite (il reprend le jeu à Anaheim fin janvier). Il est possible que la place soit attribuée lors du camp de préparation où seront conviés, outre Bezina, trois des vice-champions du monde de 2013 : Robin Grossmann (blessé en cours du tournoi) et les deux joueurs de la quatrième ligne Eric Blum et Patrik Von Gunten. Aucun d’eux n’est un gros gabarit.
Attaquants
Simon Moser (Milwaukee Admirals, AHL) – Martin Plüss (Berne, SUI) – Nino Niederreiter (Minnesota Wild, NHL)
La première ligne des derniers championnats du monde pourrait être reconduite telle quelle : ce n’est pas forcément qu’elle aura plus de responsabilités offensives que les autres, car l’offensive suisse est très homogène. Pour affronter les meilleures lignes adverses, la science du jeu du capitaine bernois Martin Plüss et l’intensité de l’attaquant défensif Simon Moser seraient utiles. Quant à Nino Niederreiter, il a gagné sa place sur ce trio majeur après avoir enfin exprimé son potentiel technique et physique aux Mondiaux, puis il a confirmé en s’imposant en NHL après son échange au Minnesota.
Roman Wick (ZSC Lions, SUI) – Kevin Romy (Genève-Servette, SUI) – Damien Brunner (New Jersey Devils, NHL)
Ces trois-là étaient les trois grands absents des championnats du monde : Brunner participait aux play-offs de la Coupe Stanley avec Detroit, les deux autres étaient blessés. Ils se sont quand même frayés une place dans cette équipe qui a gagné sans eux. Damien Brunner vient de revenir au jeu après un mois d’absence (genou) et devrait donc reformer l’excellent duo des Mondiaux 2012 avec Romy. Quant à Wick, actuel meilleur marqueur de LNA suisse, il est aussi doté de très bonnes mains pour protéger le palet, créer le danger en zone offensive et tirer du poignet.
Denis Hollenstein (Genève-Servette, SUI) – Luca Cunti (ZSC Lions, SUI) – Simon Bodenmann (Kloten, SUI)
Ce trio avait épaté aux derniers championnats du monde malgré son manque d’expérience internationale, et si Simpson les a de nouveau appelés, c’est sans doute pour essayeer de le reconstituer. C’est une ligne dotée de vrais instincts offensiffs et d’un patinage rapide, autout d’un centre tout en finesse, Cunti, et de deux ailiers pleins d’énergie. Si jamais ils se révélaient trop « tendres » dans ces JO, il est possible que la deuxième ligne des Mondiaux (Suri-Gardner-Ambühl) leur soit privilégiée.
Andres Ambühl (Davos, SUI) – Morris Trachsler (ZSC Lions, SUI) – Matthias Bieber (Kloten, SUI)
Andres Ambühl, qui jouera certainement à l’aile puisqu’il y a cinq centres dans l’effectif, peut aussi amener sa vitesse et son forechecking à la quatrième ligne en accentuant sa capacité perturbatrice dans la zone adverse. Morris Trachsler amènera son impact physique, et Mathias Bieber son efficacité dans les deux sens de la glace.
Reto Suri (Zoug, SUI), Ryan Gardner (Berne, SUI)
Joueur n’hésitant pas à s’engager physiquement, Reto Suri a été une des surprises des derniers Mondiaux et doit lui aussi confirmer ses capacités internationales. Non invité dans son pays natal à Vancouver il y a quatre ans, Ryan Gardner jouera ses premiers Jeux olympiques à 35 ans. Même si sa sélection ne fait pas l’unanimité, il pourrait être utile comme treizième attaquant pour les unités spéciales : en avantage numérique pour placer ses presque deux mètres devant le gardien adverse et enfiler les rebonds, en désavantage numérique pour utiliser son allonge afin de gêner les jeux adverses. Gardner est aussi meilleur que ses collègues suisses sur les mises au jeu.
Les absents en attaque : parmi les attaquants qui ont participé à la dernière finale des championnats du monde, il n’en manque qu’un, Julian Walker, l’ailier sans doute le plus limité offensivement, qui accompagnera tout de même l’équipe à Sotchi pour la préparation. La confiance a donc été maintenue aux héros de Stockholm, et tant pis pour le Fribourgeois Julien Sprunger qui n’a pu reconquérir sa place. Tant pis aussi pour le jeune Sven Bärtschi, qui a perdu sa place en NHL (Calgary) début décembre car il doit encore profgresser défensivement malgré son indéniable talent offensif.