Quoi qu’il arrive dans cette « finale » du tournoi Karjala, les deux équipes ont déjà réussi leur week-end, sauf grosse catastrophe au dernier match, et dépassé leurs espérances.
Auteurs de onze buts en deux rencontres, les Tchèques ont été très efficaces offensivement, ce qui n’était plus le cas depuis longtemps. Mais aujourd’hui, ils se retrouvent face au jeune gardien russe Ilya Sorokin, dont un observateur avisé du nom de Martin Brodeur a loué « l’étonnante tranquillité », dans un style différent des gardiens russes habituels.
Il a de quoi être tranquille en début de match : la tactique tchèque est prudente, elle ne se découvre pas avec le palet, et le round d’observation semble s’éterniser. Même si les attaquants russes sont surveillés de plus près que par leurs précédents adversaires, ils se procurent quand même les meilleures occasions. Vyacheslav Leshchenko se procure en particulier deux échappées solitaires : la première est repoussée par le bouclier de Furch, et sur la seconde, il lève un peu trop son palet.
La Russie a plus de mal avec la construction du jeu en deuxième période. Elle commet des erreurs en zone neutre et concède des dégagements interdits. La pression tchèque est récompensée par la première pénalité russe, contre Bereglazov. C’est le tournant du match… mais pas dans le sens prévu. Stepan Sannikov part à 2 contre 1 et convainc le gardien qu’il va tirer… pour mieux servir une cage ouverte à Vladimir Tkachyov (0-1). Une avance que Sorokin préserve en arrêtant deux tirs de près de Marek Kvapil. Mieux encore, la Russie marque en supériorité numérique, ce qu’elle n’a pas réussi une seule fois pendant la coupe du monde… et depuis mai. La ligne du SKA démontre son plein potentiel : Nikolaï Prokhorkin feinte le tir et délivre un caviar à Nikita Gusev (0-2).
En troisième période, la vision du jeu de Gusev profite d’un changement de lignes des Tchèques pour laisser le champ libre au défenseur Bereglazov, qui entre en zone offensive et envoie un missile dans la lucarne opposée (0-3). Une fois de plus supérieurs en condition physique à leurs adversaires, les Russes ne sont plus inquiétés.
La Russie gagne donc le tournoi Karjala pour la première fois depuis cinq ans. En plus, elle y a réussi un carton plein inédit avec trois victoires dans le temps réglementaire : elle ne l’avait fait qu’une seule fois de son histoire dans une manche d’Euro Hockey Tour hors de ses frontières ! Et surtout, elle y est parvenue avec une équipe très jeune, dont la moyenne d’âge est inférieure à 23 ans. Enfin, elle a une vraie alternative si les vedettes sont en méforme ou démotivées. Des joueurs comme Gusev, mais aussi le jeune centre Vladimir Tkachyov qui lit le bien le jeu offensivement et défensivement, peuvent tout à fait être des titulaires crédibles.
Znarok a l’embarras du choix pour la prochaine manche à domicile (où il devrait faire revenir les stars devant le public russe), et il peut donc avoir le sourire. Le quoi ? Oui, pardon, le mot est mal choisi, on parle de Znarok : il peut donc prendre plaisir à afficher son mécontentement et à engueuler les journalistes en conférence de presse.
Commentaires d’après-match
Marek Kvapil (attaquant de la République tchèque) : « Ils ont bien joué. Nous avons eu plus de tirs qu’eux, mais ils n’étaient pas dangereux. Nous avons essayé de toutes les positions. Nous avons tous travaillé dur à 100%, c’est normal si nous n’avions plus d’énergie à la fin. Nous avons fait le maximum et nous n’avons rien à nous reprocher. »
Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : « Un match parfait ? J’ai une opinion différenter. On a été dominés aux mises au jeu et aux tirs. Comment ça, des progrès ? Je viens dire que ce match a été moins bon que les précédents. Vous m’entendez ou quoi ? »
Josef Jandac (entraîneur de la République tchèque) : « Même si nous avions gagné le tournoi ou si nous avions eu de mauvais résultats, notre stratégie n’aurait pas changé. Nous avons un plan et nous nous y tenons. Les gars ont joué avec goût, engagement, combativité, et ils ont bien patiné. Ils se sont bien débrouillés tactiquement. Dommage pour ce match contre la Russie. Nous aurions voulu construire sur les deux premières rencontres. Malheureusement, nous jouons souvent le match du samedi soir puis le premier match du dimanche. Nous n’avons pas 24 heures de régénération comme les autres. Il me semble qu’avec une pause si courte on a du mal à patiner le dimanche. Nous avons une large part dans les buts encaissés. Nous n’avons pas su répondre à leur passe transversale en supériorité alors que nous nous y sommes préparés. Nous avons eu plus de tirs mais ils n’étaient pas dangereux. Il nous a manqué l’étincelle. [Jakub Jeřábek] a très bien joué, il a percé la saison passée et est devenu un membre stable de l’équipe. Il sent bien le jeu, il est malin et a aussi pour caractéristique de ne pas aimer perdre. Il se positionne bien, il soutient l’offensive, c’est un joueur complet et nous sommes satisfaits de ses progrès. A contrario, nous devons progresser en zone défensive. Jan Rutta doit travailler sur les aspects défensifs. Il marque beaucoup en Extraliga, mais sa fiche +/- est dans le rouge. Pareil pour Doudera : il lit très bien le jeu mais commet parfois des erreurs de positionnement. Pavelka a eu des débuts intéressants, il est mobile et aussi bon défensivement. »
République Tchèque – Russie 0-3 (0-0, 0-2, 0-1)
Dimanche 6 novembre 2016 à 13h30 à la Hartwall Areena de Helsinki. 2656 spectateurs.
Arbitrage d’Anssi Kalevi Salonen et Mikko Kaukokari (FIN) assistés de Pasi Nieminen et Timo Heinonen (FIN).
Pénalités : Tchéquie 18′ (2′, 4′, 2’+10′), Russie 6′ (0′, 6′, 0′).
Tirs : Tchéquie 32 (9, 14, 9), Russie 23 (6, 5, 12).
Évolution du score :
0-1 à 25’51 » : Tkachyov assisté de Sannikov (inf. num.)
0-2 à 37’03 » : Gusev assisté de Prokhorkin et Antipin (sup. num.)
0-3 à 49’03 » : Bereglazov assisté de Gusev
Tchéquie
Attaquants :
Dominik Kubalík – Roman Horák – Lukáš Radil (2′)
Marek Kvapil (A, -2) – Tomáš Filippi (-2, 2′) – Richard Jarůšek (-2)
Tomáš Zohorna (A) – Robin Hanzl – Petr Holík
Radan Lenc – Michal Bulíř – Tomáš Hyka
David Kämpf
Défenseurs :
Adam Polášek (-1) – Jakub Jeřábek (C, -1, 2’+10′)
Tomáš Pavelka – Radim Šimek (2′)
Stanislav Dietz (-1) – Jan Rutta (-1)
Milan Doudera
Gardien :
Dominik Furch
Remplaçant : Šimon Hrubec (G). En tribune : Karel Vejmelka (G).
Russie
Attaquants :
Nikita Gusev (+1) – Nikolaï Prokhorkin – Aleksandr Barabanov
Anatoli Golyshev (+1) – Andrei Svetlakov (+1) – Valeri Nichushkin (A, +1)
Sergei Shumakov (2′) – Vladimir Tkachyov (+1) – Stepan Sannikov (A, +1)
Vyacheslav Leshchenko – Pavel Kraskovsky – Yegor Korshkov
Konstantin Okulov
Défenseurs :
Viktor Antipin (+1) – Igor Ozhiganov (+1)
Rushan Rafikov – Ilya Lyubushkin
Andrei Mironov (C, 2′) – Artyom Zub
Aleksei Bereglazov (+1, 2′)
Gardien :
Ilya Sorokin
Remplaçant : Vassili Demchenko (G). En réserve : Igor Shestyorkin (G).