Depuis dix ans maintenant, l’étape russe de l’Euro Hockey Tour s’appelle Coupe du « Pervaïa Kanal », la « première chaîne » (en fait la deuxième chaîne la plus importante de Russie), sponsor-titre et évidemment télédiffuseur de la compétition. Évidemment ? Ce n’est plus vrai…
Le match Russie-Suède de jeudi a réalisé 6,3% de part de marché, contre 9% l’an passé. Un chiffre très bas, même pas la moitié des audiences habituelles du « Pervaïa Kanal » sur ce créneau. Le hockey sur glace peut se consoler de ne pas être le seul à décliner, car les audiences des dernières parties de l’équipe nationale de football étaient aussi en chute libre. Mais les conséquences ont été lourdes : le deuxième match entre la Russie et la République Tchèque a été retiré de l’antenne. Les téléspectateurs pourront donc voir leurs programmes habituels, la Roue de la fortune et une émission intitulée « Marions-nous » dans lequel un jeune homme ou une jeune femme doit choisir entre trois prétendant(e)s.
Le hockey sur glace, lui, a été renvoyé sur la chaîne spécialisée « Match-TV », qui n’est pas visible partout sur le territoire comme le « Pervaïa Kanal ». En plus, la retransmission n’est même pas intégrale, car la priorité est donnée au biathlon qui fait les meilleures audiences de « Match-TV ». C’est une véritable gifle pour le hockey russe, moins populaire… depuis que l’équipe ne gagne plus.
Le pire est que c’est la Russie qui a insisté pour ce que second match soit joué le vendredi (pendant la « grille habituelle » des programmes télé) et non le samedi comme d’habitude. Pour avancer le match, elle a convaincu les Tchèques en proposant de couvrir le coût de leur vol Helsinki-Moscou dans la nuit, et de leur donner un meilleur hôtel et une escorte policière pour éviter les embouteillages. La raison ? Les célébrations du 70e anniversaire du hockey russe qui doivent occuper le samedi.
Pour les spectateurs, c’est un mauvais choix : un vendredi soir à 19h, la patinoire met encore du temps à se remplir à cause des bouchons. Sur le plan sportif, par contre, le mauvais calcul des Russes a peut-être affaibli leurs adversaires. Les Tchèques sont arrivés à l’aéroport de Moscou à 5h du matin et ne sont donc pas entraînés de la journée.
Tout sauf des conditions idéales de récupération. Les Tchèques sont cueillis à froid, avec d’entrée une belle mise en échec de Kiselevich qui renvoie Kämpf sur son banc. La ligne des stars Kovalchuk et Datysuk, transparente la veille, est cette fois de la partie. Deux passes d’Ilya Kovalchuk offrent les premiers buts à ses partenaires du SKA Saint-Pétersbourg, Sergei Plotnikov et Pavel Datsyuk.
Il faut dire que toute l’équipe de Russie a été organisée en lignes de club, comme jamais depuis l’ex-URSS. Toutes les paires de défenseurs sont constituées de partenaires en KHL. En attaque, le SKA, le CSKA et le Sibir fournissent chacun un trio… La seule ligne « mélangée » y va aussi de son but quand Vladimir Tkachyov a deux pas d’avance sur son défenseur (3-0, 11’27 »). Les Tchèques n’avaient décidément pas les jambes. Ils refusent toutefois de se rendre, et un tir de Horak sur le poteau marque leur réveil de manière sonore.
Le deuxième tiers-temps est ainsi dominé par les Tchèques. Tomáš Zohorna marque à 4 contre 4, et après un long ralenti vidéo pour savoir s’il y a eu geste volontaire du patin, le but est accordé (3-1, 27’47 »). Les Russes ne réagissent pas et enchaînent les pénalités, mais le jeune gardien Igor Shestyorkin réussit à préserver sa cage en infériorité.
Dès le début de la troisième période, la ligne offensive du CSKA ajoute son but avec une belle lucarne d’Ivan Telegin (4-1, 42’58 »). Non seulement la Russie gagne, mais elle le fait sur un beau score avec une dernière réussite de Kovalchuk (5-1, 59’02 »). Voilà le genre de victoire qui aurait plu au très grand public de la télévision. Mais elle est venue trop tard…
Commentaires d’après-match
Josef Jandač (entraîneur de la République tchèque) : « Nous avons vite été dominés. Nous avons dit aux joueurs que le match n’était pas perdu, et ils s’en sont convaincus. Je suis heureux qu’ils aient essayé de renverser la situation. Si nous avions été plus malins et plus forts à la fin, cela aurait pu réussir. Il nous a manqué le tir final, la dernière passe, du talent face au but. Les Russes, eux, ont obtenu des buts dans l’enclave avec des palets qui traînaient. Nous couvrions leurs corps, mais pas leurs crosses. «
Tomáš Zohorna (attaquant de la République tchèque) : « Le voyage n’a pas été si fatigant, mais le fait d’être arrivé à l’hôtel à 6 heures du matin a joué un rôle. Le vol était court, cela ne valait pas le coup de dormir dans l’avion. C’était difficile, mais il faut s’y faire. Nous ne chercherons pas d’excuses. »
Ilya Kovalchuk (attaquant de la Russie) : « Je ne dirais pas que nous avons mal joué le premier match. Mais on manquait de force en troisième période, les Suédois nous ont battus dans le rythme du match. Aujourd’hui, on s’est reposé, on avait plus de forces. Notre jeu en infériorité a été le facteur décisif. Nous avons fait plaisir aux fans. J’espère que nous le ferons aussi contre les Finlandais. Chacun sait que nous avons notre 70e anniversaire et que nous devons gagner le tournoi. […] Comment s’appelle le programme qui a remplacé notre match ? Je veux me marier ? C’est plus important dans ce pays que le hockey… Mais pas de souci. Le plus important, c’est la victoire. »
Russie – République Tchèque 5-1 (3-0, 0-1, 2-0)
Vendredi 16 décembre 2016 à 19h00 au Palais de Glace VTB de Moscou. 11668 spectateurs.
Arbitrage de Aaro Brännare et Aleksi Rantala (FIN) assistés d’Aleksandr Sadovnikov et Anatoly Zakharov (RUS).
Pénalités : Russie 12′ (2′, 8′, 2′), Tchéquie 12′ (2′, 2′, 8′).
Tirs : Russie 27 (12, 2, 13), Tchéquie 23 (5, 9, 9).
Évolution du score :
1-0 à 05’40 » : Plotnikov assisté de Kovalchuk et Belov
2-0 à 08’21 » : Datsyuk assisté de Kovalchuk
3-0 à 11’27 » : Tkachyov assisté d’Andronov et Antipin
3-1 à 27’47 » : Zohorna assisté de Jordán
4-1 à 42’58 » : Telegin assisté de Svetlakov et Nichushkin
5-1 à 59’02 » : Kovalchuk assisté de Svetlakov (sup. num.)
Russie
Attaquants :
Ilya Kovalchuk (A, +2, 4′) – Pavel Datsyuk (C, +2, 2′) – Sergei Plotnikov (+2)
Valery Nichushkin – Andrei Svetlakov – Ivan Telegin (+1)
Sergei Andronov (+1) – Vladimir Tkachyov (+1) – Alexander Barabanov (+1)
Sergei Shumakov – Maksim Shalunov – Stepan Sannikov
Defenseurs :
Anton Belov (A, +2, 2′) – Egor Yakovlev (+1, 2′)
Bogdan Kiselevich – Igor Ozhiganov (+1)
Victor Antipin (+1) – Aleksei Bereglazov (+1)
Vladislav Gavrikov – Ilya Lyubushkin (2′)
Gardien :
Igor Shestyorkin [sorti de 56’27 » à 57’00 »]
Remplaçant : Ilya Sorokin. En réserve : Maksim Osipov, Dmitri Kugryshev.
République Tchèque
Attaquants :
Dominik Kubalík (-3, 2′) – Vladimír Sobotka (C, -2) – Lukáš Radil (-3)
Robert Kousal – Roman Horák (-1) – David Kämpf
Tomáš Zohorna – Robin Hanzl (2′) – Miroslav Forman (2′)
Robert Říčka – David Tomášek (2′) puis à 38′ Rudolf Červený – Lukáš Lhoták (-1)
Défenseurs :
Adam Polášek (-2) – Jakub Jeřábek (A, -1, 2′)
Michal Jordán (A, +1, 2′) – Jan Rutta
Tomáš Pavelka – Ondřej Vitásek
Tomáš Dvořák (-2) – Martin Pláněk (-2)
Gardien :
Dominik Furch
Remplaçant : Pavel Francouz (G).