Elle n’a pas fini de faire débat, cette déprogrammation soudaine du match de vendredi de la sacro-sainte Sbornaïa, l’équipe nationale de hockey sur glace, au profit d’un jeu télé et d’un reality-show sur des prétendants au mariage.
La fédération russe n’a pas du tout apprécier d’apprendre la nouvelle sur facebook (!) quatre heures avant le match, et elle ne considère pas cela très cordial de la part d’un partenaire. Elle a même mis ses avocats sur le coup et a dit ne pas exclure de changer le nom du tournoi, aujourd’hui baptisé du nom de cette chaîne de télévision (Pervaïa Kanal) devenue déloyale. Mais le plus intéressant – du point de la guerre de pouvoir intestine au sein du hockey russe – est que le président de la KHL Dmitri Chernyshenko a déclaré pour sa part qu’il soutenait la décision de la chaîne, qu’il considérait tout à fait justifiée pour une télévision en tant que business et en tant que média…
Pour dépassionner les discussions, ce qui fera date, c’est sans doute le bon mot de Pavel Datysuk (cf les commentaires d’après-match). Un ton de plaisanterie qui contraste vivement avec celui de son entraîneur Oleg Znarok, encore très énervé d’être mis en cause. Son excuse de la défaite contre les Suédois (« ils ont joué 25 matchs de championnat et nous 40 ») a eu le malheur d’être discutée par les journalistes qui ont osé – ô bassesse de la presse libre – la confronter à l’épreuve des faits. Ils ont vite relevé que les Scandinaves, en plus de leurs 26-27 rencontres en championnat, ont joué jusqu’à 8 reprises en CHL, ce qui réduit l’écart. Znarok a répondu ne pas connaître la Ligue des Champions et a maintenu son chiffre.
Un autre journaliste l’a alors interrogé sur Linus Omark qui s’était dit heureux d’avoir gâché la fête russe. Plus enragé que jamais, Znarok a alors ajouté qu’il faudrait lui couper la tête pour de tels propos… C’est peut-être de l’humour znarokien, une notion connue de lui seul. Omark a raison au fond : les Suédois ont bel et bien gâché la fête. En remportant leurs deux premières rencontres, ils ont remporté le tournoi avant même la dernière journée. Russes et Finlandais ne jouent que pour la deuxième place.
Cela n’empêche pas ce dernier match dominical de commencer très fort. Harri Pesonen marque d’un tir du poignet du haut de l’enclave dès la première minute, mais Maksim Shalunov égalise dans la foulée. Ce but encaissé côté mitaine semble assez moyen pour le gardien finlandais Joni Ortio, qui va s’incliner deux fois de plus : un tir de la bleue de Yakovlev en jeu de puissance, et un rebond gratté par Telegin.
Son vis-à-vis russe Igor Shestyorkin se montre solide sur plusieurs tirs à bout portant en fin de premier tiers, et arrête même une échappée de Roope Hintz en deuxième période. Désormais dominée, la Russie creuse pourtant encore l’écart à 4-1 quand Ilya Kovalchuk se fait la belle en sortie de prison. Pour son grand retour en équipe nationale après sa disgrâce en club du printemps, Kovalchuk est le grand gagnant du week-end. Non seulement il est le meilleur marqueur de son équipe, mais en plus il a fait preuve d’une combativité de tous les instants. Il tenait à le faire savoir à tout le monde : il est revenu à son meilleur niveau.
La Russie s’imagine alors vivre une victoire nette et tranquille. Elle va en fait trembler jusqu’au bout. La première ligne finlandais signe d’abord une contre-attaque magnifique : un lancement de jeu vertical de Miro Aaltonen envoie ses deux collègues à 2 contre 1, et la passe parfaitement servie par Teemu Hartikainen permet ainsi au débutant Henrik Haapala de mettre son deuxième but du tournoi. Ce n’est rien à côté de la réussite de Miro Aaltonen : 6 sélections, 6 buts ! Il réduit en effet le score à 4-3 au bout de seulement quinze secondes en troisième période.
La défense russe ne contrôle plus grand-chose et termine alors le match en panique face aux attaques finlandaises, même si elle garde une volonté de sacrifice. Seul son gardien Shestyorkin préserve sa victoire et sa deuxième place au classement. Le public aura donc la satisfaction de la victoire, en plus d’avoir assisté au match le plus spectaculaire des week-ends.
Commentaires d’après-match
Lauri Marjamäki (entraîneur de la Finlande) : « Vraiment un bon match. Quand nous laissons trois ou quatre occasions de marquer à 5 contre 5 à la Russie pendant tout le match, alors que nous nous en créons énormément, c’est le bienvenu. Notre attaque était de haute qualité. Nous aurions mérité mieux, mais il faut quand même respecter le résultat. Nous devons introduire de nouvelles têtes durant cet Euro Hockey Tour et nous y sommes parfaitement parvenus. »
Vladislav Tretiak (président de la fédération russe) : « Nous reviendrons l’an prochaain au format jeudi-samedi-dimanche. Aujourd’hui, il était impossible d’acheter un ticket. Le match était à guichets fermés, comme aux championnats du monde. Pour moi, c’était une surprise de voir les gens venir au match entre Suédois et Tchèques. La popularité du hockey est très haute dans toutes les villes. Je voyage dans tous le pays et je le vois. Notre pays est grand. On pourrait aussi organiser le tournoi à Saint-Pétersbourg, ce serait plus simple pour le déplacement des adversaires. C’est important pour moi que Moscou ne soit pas seul à participer, pour populariser le hockey. […] Shestyorkin et Kovalchuk sont sortis du lot. Le retour d’Ilya dans l’équipe n’a pas été vain. Il a eu des occasions, il avait l’envie, et son lancer est incroyable. »
Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie) : « Les Finlandais ont très bien patiné et beaucoup attaqué. Nous nous sommes sentis confiants à 3-1 et nous avons commis des erreurs à la ligne bleue, ce qui convenait bien aux Finlandais. Ils envoyaient sans cesse le palet dans notre zone, c’était dur d’en sortir. Nous avons eu beaucoup de problèmes dans les relances. Nous avons beaucoup défendu, mais nous avons survécu. Le positif, c’est que l’équipe a du caractère. Les fans nous aiment, une patinoire pleine fait toujours plaisir. En plus, j’ai cru comprendre que le match d’aujourd’hui est passé sur Pervaïa Kanal. Tout le monde s’est marié, apparemment, ils peuvent maintenant le retransmettre… »
Russie – Finlande 4-3 (3-1, 1-1, 0-1)
Dimanche 18 décembre 2016 à 17h00 au Palais de Glace VTB de Moscou. 11970 spectateurs.
Arbitrage de Pavel Hodek et René Hradil (TCH) assistés de Dmitry Sivov et Sergey Shelyanin (RUS).
Pénalités : Russie 6′ (0′, 6′, 0′), Finlande 6′ (6′, 0′, 0′).
Tirs : Russie 26 (13, 7, 6), Finlande 35 (9, 11, 15).
Évolution du score :
0-1 à 00’46 » : Pesonen assisté de Mankinen
1-1 à 01’37 » : Shalunov assisté de Lyubushkin et Antipin
2-1 à 07’31 » : Yakovlev assisté de Plotnikov (sup. num.)
3-1 à 09’36 » : Telegin assisté de Kiselevich et Ozhiganov
4-1 à 32’53 » : Kovalchuk assisté de Datsyuk
4-2 à 28’34 » : Haapala assisté de Hartikainen et Aaltonen
4-3 à 28’34 » : Aaltonen assisté de Hartikainen
Russie
Attaquants :
Ilya Kovalchuk (A, +1, 2′) – Pavel Datsyuk (C, +1) – Sergei Plotnikov (+1, 2′)
Valery Nichushkin – Andrei Svetlakov – Ivan Telegin
Sergei Andronov (-1) – Vladimir Tkachyov (-1) – Alexander Barabanov (-1)
Dmitri Kugryshev (+1) – Maksim Shalunov (+1) – Stepan Sannikov
Defenseurs :
Anton Belov (A, +2′) – Egor Yakovlev
Bogdan Kiselevich (-1) – Igor Ozhiganov (-1)
Victor Antipin (+1) – Aleksei Bereglazov
Vladislav Gavrikov (+1) – Ilya Lyubushkin (+1)
Gardien :
Igor Shestyorkin
Remplaçant : Ilya Sorokin. En réserve : Maksim Osipov, Sergei Shumakov.
Finlande
Attaquants :
Henrik Haapala (+2) – Miro Aaltonen (+2, 2′) – Teemu Hartikainen (+2)
Harri Pesonen – Joonas Kemppainen – Jesse Mankinen (+1)
Oskar Osala (A) – Roope Hintz – Sakari Manninen
Simon Suoranta (-2) – Jani Lajunen (A, -2) – Joonas Nättinen (-2)
Défenseurs :
Sami Lepistö (C, -2) – Miika Koivisto
Niko Peltola (+1) – Teemu Eronen (+2)
Mikko Lehtonen (+1) – Ari Gröndahl (-1)
Niko Mikkola (-2, 4′)
Gardien :
Joni Ortio [sorti à 58’35 »]
Remplaçant : Harri Säteri (G). En réserve : Rasmus Rissanen.