Privée de matches à enjeu depuis sa relégation il y a 27 mois, l’équipe de France a rassemblé tous ses meilleurs joueurs pour ce qui sera la dernière échéance pour certains d’entre eux, l’accès aux Jeux olympiques 2022. Le tournoi de qualification a été reporté d’un an pour cause de Covid-19, et la mise en place du camp a aussi connu bien des rebondissements. Il fut d’abord question d’un tournoi de préparation au Bélarus, compliqué par les sanctions politiques contre ce pays dont le représentant a été exclu de la prochaine Ligue des Champions.
Les Bleus se sont donc finalement arrêtés sur l’escale la plus logique et la plus directe sur la route de Riga : le Danemark. Il a d’abord été question de deux rencontres face à l’équipe locale, mais un second adversaire s’est présenté pour des confrontations triangulaires, la Corée du Sud. Elle constitue une plongée dans l’inconnu : avec l’annulation de la Ligue asiatique par la crise sanitaire, les Coréens n’ont pas connu la moindre confrontation internationale – en club ou en sélection – depuis un an et demi. Que valent-ils après ce long confinement assez inédit dans le hockey moderne ?
La réponse arrive rapidement : on retrouve la Corée du Sud que l’on connaissait lorsqu’elle a organisé les JO et est passée dans l’élite mondiale en 2018. Sa vivacité pose des problèmes aux défenseurs tricolores : Hugo Gallet perd le palet devant sa cage à la relance et Florian Chakiachvili commet une obstruction à la ligne bleue sur Kim Sangwook pour arrêter une contre-attaque. À la neuvième minute, Kim Kisung remporte une mise au jeu en zone offensive face à Pierre-Édouard Bellemare puis effectue une passe de derrière la cage qui ricoche sur la crosse en opposition de Manavian. Le palet prend alors une trajectoire en cloche mais Ahn Jinhui parvient à le volleyer en l’air (0-1). Un but pas forcément si illogique.
L’équipe de France se met ensuite à dominer. La troisième et la quatrième ligne de la Corée, en particulier, subissent complètement le jeu dans leur camp. Mais les Asiatiques patinent toujours assez pour gêner les Bleus qui ne peuvent concrétiser ces actions installées par des tirs cadrés. En début de deuxième période, alors que les défenseurs Pierre Crinon et Thomas Thiry montent dans les coins pendant une de ces longues séquences bleues en zone offensive, Nam Heedoo coince Valentin Claireaux dans la bande et Kim Geonwoo parvient à se défaire d’Anthony Rech à la ligne bleue pour lancer un 2 contre 1. Lee Jejui reprend parfaitement dans l’enclave le centre de Kang (0-2). Le score commence à devenir embarrassant pour la France, qui essaie pourtant de s’appliquer de plus en plus techniquement. Mais le gardien d’origine canadienne Matt Dalton est toujours là à 35 ans, et il garde ses cages inviolées pendant 33 minutes, alors que la France a déjà procédé à son changement de gardien.
Alors que la domination tricolore semble s’être éteinte, l’effort de pressing de Bellemare et Manavian force alors une entrée de zone et le palet ressort à la ligne bleue pour Nicolas Ritz, dont le tir provoque un rebond converti par Alexandre Texier seul face au but (1-2). La musique de but française retentit pour la première fois… ou plutôt la musique belge puisqu’il s’agit de Alors on danse de Stromae. Bel hommage à la nation championne olympique de hockey… sur gazon. En fait, le jeu rapide semble plus favorable aux Bleus que les longues séquences de possession. Un long palet envoyé dans les bandes après un engagement en zone défensive est fermé par Florian Chakachvili qui sert à l’opposé Tim Bozon. Positionné en haut du cercle droit, l’attaquant de Lausanne parvient à placer son tir du poignet dans les filets (2-2).
Une crosse haute de Shon Sanghoon à cinq secondes de la sirène permet aux hommes d’expérience des Bleus de marquer en avantage numérique dès le retour sur la glace. Damien Fleury reprend parfaitement dans le cercle gauche, avec un genou sur la glace, la belle passe transversale de Stéphane Da Costa (3-2). Mais la seconde unité de jeu puissance tricolore (Chakiachvili-Texier-Bertrand-Treille-Bozon) n’arrive pas à conclure dans la foulée en jouant près d’une minute et demie sur les 1’44 passées à 5 contre 3. Un certain manque d’efficacité qui oblige la France à trembler encore un peu, notamment pendant que Texier purge une peine de prison pour cinglage. Ce n’est qu’à l’avant-dernière minute que Hugo Gallet conforte la victoire dans les filets déserts, depuis la ligne rouge, sur un palet intercepté par Bellemare (4-2).
L’équipe de France a eu le mérite de se remettre d’un début compliqué, mais la difficulté à concrétiser reste un problème car il faudra sans doute faire le jeu à Riga face à la Hongrie et l’Italie. Le test suivant face au Danemark sera tout de même plus instructif car l’adversaire aura à la fois un niveau plus relevé et un style de jeu moins atypique.
France – Corée du Sud 4-2 (0-1, 2-1, 2-0)
Vendredi 20 août 2021 à 18h00 à la Centrum Arena de Rødovre.
Arbitres : Martin Theiltoft Christensen et Michael Nielsen (DAN) assistés d’Andreas Weise Krøyer et Niklas Knøsen (DAN).
Pénalités : France 6′ (2′, 2′, 2′), Corée du Sud 8′ (2′, 2′, 4′).
Tirs : France 34 (7, 16, 11), Corée du Sud 14 (6, 3, 5).
Évolution du score :
0-1 à 08’57 : Ahn assisté de Kim Kisung et Oh
0-2 à 23’05 : Lee Jehui assisté de Kang et Kim Geonwoo
1-2 à 33’25 : Texier assisté de Ritz et Gallet
2-2 à 37’23 : T. Bozon assisté de Chakiachvili
3-2 à 40’37 : Fleury assisté de S. Da Costa et Gallet (sup. num.)
4-2 à 58’41 : Gallet assisté de Bellemare (cage vide)
France
Attaquants :
21-14-9 Antoine Roussel (+1) – Stéphane Da Costa – Damien Fleury (C)
42-41-82 Alexandre Texier (2′) – Pierre-Édouard Bellemare (A) – Charles Bertrand (-1)
81-12-94 Anthony Rech – Valentin Claireaux (+1) – Tim Bozon (+1)
77-25-72 Sacha Treille (A) – Nicolas Ritz – Jordann Perret (+1)
29 Floran Douay
Défenseurs :
91-62 Romain Bault (+1) – Florian Chakiachvili (+1, 2′)
8-4 Hugo Gallet (+1) – Antonin Manavian (+1)
7-74 Pierre Crinon (-1, 2′) – Thomas Thiry (-1)
84 Kevin Hecquefeuille
Gardien :
35(49) Henri-Corentin Buysse puis à 30’08 Florian Hardy
En réserve : Sebastian Ylönen (G), Yohann Auvitu (D), Eliot Berthon (A).
Corée du Sud
Attaquants :
19-11-27 Kim Sang-Wook – Kim Ki-Sung – Ahn Jin-Hui
96-87-17 Shin Sang-Woo – Cho Min-Ho (-1) – Shin Sang-Hoon (-1, 4′)
35(88)-8-22 Shin Hyung-Yun (2′) puis à 20’00 Lee Je-Jui – Kim Geon-Woo – Kang Min-Wan
7-9-29 Park Sang-Jin (-1) – Jeon Jung-Woo (-1) – Lee Jong-Min (-1)
Défenseurs :
5-12 Oh Ingyo (+1) – Song Hyeong-Cheol
61-3 Lee Don-Ku (-2) – Jee Hyn-Seok (-1)
82-23 Choi Jin-Woo (2′) – Lee Min-Jae (+1)
58-6 Nam Hee-Doo – Jung Jong-Hyun
Gardien :
1 Matt Dalton [sorti de 57’54 à 58’41]
Remplaçant : 46 Hwang Hyunho (G). En réserve : 63 Park Jinkyu.