L’échec des Jeux olympiques, qui ont vu les Tchèques descendre de manière inédite en dehors du top-7 mondial, a été fatal au sélectionneur Filip Pešán. Après avoir épuisé les solutions « locales », ce grand pays du hockey fait donc confiance pour la première fois de son histoire moderne à un entraîneur étranger, Kari Jalonen. Dès sa nomination, le Finlandais s’est voulu rassurant : « J’ai analysé tous les matches olympiques : j’ai vu beaucoup de choses positives, mais aussi celles que nous devons un peu améliorer. Mais l’identité doit être claire : du hockey tchèque. Je ne ferai pas de grands changements. J’ai parlé à Jukka Jalonen [le sélectionneur de la Finlande médaillée d’or]. Il m’a dit qu’ils ont gagné tous leurs matches-clés d’un but. Il y a donc une ligne étroite entre les vainqueurs et les perdants. Et ce sont ces petits changements qui nous aideront à être du bon côté. »
Jalonen devrait garder les meilleurs éléments de la sélection olympique. Il a été convenu avec le vétéran David Krejčí qu’il se préparerait individuellement et rejoindrait le camp une à deux semaines avant le début des championnats du monde. La révélation des JO Ronald Knot s’est désisté pour ce début de camp parce qu’il soigne une blessure, mais il n’est pas exclu qu’il puisse revenir ensuite. Pour que le nouvel entraîneur ait le temps de travailler, la Tchéquie a été le premier pays à lancer sa préparation, sans ses demi-finalistes de championnat. Elle a donc rassemblé un cadre de 26 joueurs qui comprend presque une moitié de débutants (12). En face, l’Autriche cherche à se frotter au haut niveau après son repêchage inattendu dans l’élite (pour cause de guerre en Ukraine et d’exclusion de la Russie et du Bélarus).
Znojmo se réjouit de recevoir l’équipe nationale et l’accueille à guichets fermés. Les 4200 spectateurs ont vite de quoi applaudir. Jiří Černoch – qui n’a que 3 sélections en compteurs – dribble le défenseur Luis Lindner en un contre un sur l’aile gauche, il n’arrive pas à tirer mais le palet est dévié contre son camp par Ganahl. Les débutants participent indirectement au deuxième but : Jakub Navrátil sort le palet de derrière la cage et Jan Bambula masque parfaitement le gardien sur le tir de Jan Hladonik. Au quart d’heure de jeu, Patrik Zdráhal se fait une auto-passe contre la bande pour filer seul en contre-attaque et marquer le 3-0 à ras glace.
Totalement dominés pendant vingt minutes, les Autrichiens commencent à rivaliser un peu mieux en deuxième période… jusqu’à ce qu’ils enchaînent les pénalités. Un « retenir » de Michael Kernberger permet à David Cienciala, le meilleur marqueur de Pardubice, de couronner sa première sélection par un but en pleine lucarne, sur une passe transversale du revers de Zdráhal (4-0). Dans la minute qui suit, un autre débutant, Petr Fridrich, marque à son tour d’un lancer balayé dans le haut du filet (5-0).
Les Tchèques relâchent un peu le rythme au dernier tiers alors que les Autrichiens s’améliorent. Idéalement servi entre les cercles, Nico Feldner place un tir à mi-hauteur côté mitaine pour sauver l’honneur (5-1). Le plus impressionnant dans ce succès tchèque est le compteur de pénalités : zéro. Le slogan de Jalonen (« la meilleure infériorité numérique consiste à ne pas en jouer ») a apparemment fait effet dans une équipe nationale pourtant réputée pour ses trop nombreuses pénalités.
Le stock de palets diminue fortement à Znojmo après ce premier match. Il faut en effet en distribuer un par tradition à chaque joueur ayant marqué son premier but en équipe nationale, soit tous les buteurs tchèques du jour hormis Zdráhal. Mais les hockeyeurs tchèques décident aussi dans le vestiaire que le capitaine Ščotka offre le dernier palet du match à Kari Jalonen pour honorer cette première réussie du nouveau sélectionneur.
Dans le lot des débutants, trois n’avaient pas joué le premier match, ils sont donc alignés pour le match retour en Autriche : le gardien Aleš Stezka, le défenseur David Kvasnička et l’attaquant de 2,03 m Adam Klapka… qui s’avère très culotté ! À sa troisième présence, il reçoit le palet dans sa position préférentielle dans le slot et tente un étonnant tir entre ses jambes qui frôle la barre transversale ! Son entraîneur le félicitera pour ça, mais moins pour les deux fautes qu’il commettra en zone offensive. Cette action illustre peut-être que les Tchèques jouent avec un peu trop de facilité. Ils n’arrivent pas à faire la différence : l’Autriche égalise sur sa première véritable occasion – un superbe tir du poignet d’Erik Kirchschläger depuis le cercle gauche trouve la lucarne proche – et se met même à dominer autour de la mi-match, donnant bien du travail à Stezka.
Heureusement, la Tchéquie peut compter sur une ligne efficace lors de ce match à Linz. Treizième attaquant deux jours plus tôt, Matěj Blümel fête sa promotion sur le premier trio en concrétisant près du but une séquence de passes rapides et précises. Son centre Petr Holík – qui avait été blessé au dernier match de préparation avant le Mondial de Paris et espère jouer enfin un championnat du monde à 30 ans – repique devant la cage pour marquer le but décisif dans le haut du filet. En troisième période, le cinq majeur ajoute deux autres buts. Matěj Blümel est encore décisif, il masque le lancer de la bleue du défenseur Jan Ščotka, puis inscrit un dernier but personnel en infériorité en se débarrassant d’un Luis Lindner toujours en difficulté en un contre un face à la vivacité des attaquants tchèques.
Alors que l’Autriche va jouer des équipes plus à sa portée (Pologne et Italie), le niveau de l’adversité va augmenter pour les Tchèques qui doivent affronter l’Allemagne. Ils vont être rejoints par sept joueurs dont quatre ont participé aux Jeux olympiques, l’attaquant Jiří Smejkal et les défenseurs Sklenička, Klok et Jeřábek. La moitié des débutants sont donc renvoyés à la maison (Pavlát, Demel, Bartejs, Kvasnička, Kučeřík et Bambula) et les vrais tests vont commencer pour Jalonen.
Commentaires après le premier match :
Kari Jalonen (entraîneur de la Tchéquie) : « Waouh, c’était fantastique. Je sais que les supporters tchèques sont toujours bruyants. Cela m’a rempli d’émotion. Nous avons vraiment fait un bon premier tiers, nous avons joué exactement comme nous nous étions entraînés. J’ai senti une énergie juvénile dans l’équipe. Quand nous devions défendre, nous le faisions bien avec les cinq joueurs. Nos défenseurs ont fait du bon travail : ils ont été agressifs, mais ont bien tenu leurs crosses. Ils n’ont commis aucun accrochage ou cinglage. C’est très important dans le hockey international car les règles sont bien plus strictes qu’en Extraliga. On m’a dit que la discipline a été un problème par le passé. C’est pourquoi nous avons parlé de faire attention à nos crosses. »
Petr Fridrich (attaquant de la Tchéquie) : « [Jalonen] est calme. Tous les entraîneurs sont positifs c’est un plaisir de jouer pour eux. C’est une des meilleures choses qui puissent arriver : marquer en équipe nationale. C’est une expérience sensationnelle. J’ai vraiment apprécié le match. Maintenant je devrais passer un examen d’État [NDLR : il étudie la chimie à l’université] mais pour être franc j’ai complètement évacué ça de ma tête. Je suis en équipe nationale et je m’y consacre. Ce sera plus dur, bien sûr, mais je ne m’en occupe pas pour l’instant et je me concentre sur le hockey. »
Commentaires après le second match :
Roger Bader (entraîneur de l’Autriche) : « Je suis très satisfait du deuxième match parce que nous avons réussi ce que j’espérais, à savoir une nette progression. En l’espace de deux jours, nous avons adapté beaucoup de choses avec lesquels nous avions des difficultés au premier match. Nous avons bien mieux rivalisé avec le tempo et l’intensité des Tchèques. Nous avons aussi créé de l’offensive, nous avons pu les mettre par moments sous pression. Je dirais même que notre jeu pendant les 30 premières minutes était sensationnel. Ensuite nous avons un peu manqué de forces. Très satisfait de nos progrès en deux jours ! »
Kari Jalonen (entraîneur de la Tchéquie) : « Ces matches sont importants pour me faire une idée des performances individuelles. Ce sont de nouveaux joueurs pour moi et j’apprends à les connaître à chaque match. J’ai particulièrement aimé Matěj Blümel. Il est fort avec le palet, c’est un bon patineur et il prend de bonnes décisions sur la glace. Et ce but en infériorité, c’est un bonus. Au moins, nous avons été testés dans ce secteur. Nous devons repenser notre jeu en supériorité numérique avec [le tout nouvel assistant-coach] Martin Erat. Il me semble que nous ne prenons pas assez de tirs de la ligne bleue. »
Match aller
Tchéquie – Autriche 5-1 (3-0, 2-0, 0-1)
Mercredi 6 avril 2022 à 17h30 à Znojmo. 4200 spectateurs.
Arbitres : René Hradil et Antonín Jeřábek (TCH) assistés de Marek Hlavatý et Lukáš Rampír (TCH).
Pénalités : Tchéquie 0′ (0′, 0′, 0′) ; Autriche 14′ (2′, 8′, 4′).
Tirs : Tchéquie 32 (10, 14, 8) ; Autriche 17 (7, 3, 7).
Évolution du score :
1-0 à 07’21 : Černoch assisté de Fridrich et Beránek
2-0 à 12’15 : Hladonik assisté de Navrátil
3-0 à 14’22 : Zdráhal assisté de Kodýtek et Krejčík
4-0 à 30’34 : Cienciala assisté de Zdráhal (sup. num.)
5-0 à 31’17 : Fridrich assisté de Černoch et Beránek
5-1 à 47’08 : Feldner assisté de Haudum et Unterweger
Tchéquie
Attaquants :
Jakub Flek (A) – Petr Holík (-1) – David Cienciala (-1)
Petr Fridrich (+2) – Jiří Černoch (+2) – Ondřej Beránek (+2)
Martin Lang – Petr Kodýtek (+1) – Patrik Zdráhal (+1)
Jakub Navrátil (+1) – Jan Hladonik (+1) – Jan Bambula (+1)
Matěj Blümel
Défenseurs :
Michal Jordán (A, -1) – Jan Ščotka (C, -1)
Lukáš Kaňák – Patrik Demel
Vojtěch Budík (+3) – Jakub Krejčík (+3)
Radek Kučeřík (+1) – Tomáš Bartejs (+1)
Gardien :
Štěpán Lukeš
Remplaçant : Aleš Stezka (G). En réserve : Dominik Pavlát (G), David Kvasnička (D), Adam Klapka (A).
Autriche
Attaquants :
Manuel Ganahl (-1) – Lukas Haudum (-1) – Nico Feldner (-1, 2′)
Lukas Bär – Finn van Ee – Kevin Macierzynski
Nikolaus Kraus (-1) – Daniel Obersteiner (-1) – Armin Preiser (-1)
Sam Antonitsch (-1) – Niklas Bretschneider (-1, 2′) – Philipp Pöschmann (-1)
Défenseurs :
Clemens Unterweger (-1) – Luis Lindner (-1)
Erik Kirchschläger – Daniel Jakubitzka
Gerd Kragl (-1) – Ramon Schnetzer (-1)
Michael Kernberger (4′) – Kele Steffler (-2, 4′)
Gardien :
David Madlener (2′)
Remplaçant : Florian Vorauer (G). En réserve : Leon Sommer (G), Philipp Wimmer (D).
Match retour
Autriche – Tchéquie 1-4 (1-1, 0-1, 0-2)
Vendredi 8 avril 2022 à 17h30 à Linz. 1850 spectateurs.
Arbitres : Patrick Fichtner et Andreas Huber (AUT) assistés de Sebastian Bedynek et Maximilian Gatol (AUT).
Pénalités : Autriche 6′ (0′, 4′, 2′) ; Tchéquie 8′ (2′, 4′, 2′).
Tirs : Autriche 14 (6, 7, 1) ; Tchéquie 25 (7, 7, 11).
Évolution du score :
0-1 à 03’46 : Blümel assisté de Cienciala et Ščotka
1-1 à 11’27 : Kirchschläger assisté de Lindner et Feldner
1-2 à 38’41 : Holík assisté de Cienciala
1-3 à 40’43 : Ščotka assisté de Jordán
1-4 à 57’11 : Blümel (inf. num.)
Autriche
Attaquants :
Manuel Ganahl (-2) – Lukas Haudum (-2) – Nico Feldner (-2)
Nikolaus Kraus (4′) – Daniel Obersteiner (-1) – Kevin Macierzynski
Sam Antonitsch – Niklas Bretschneider – Philipp Pöschmann
Lukas Bär (-1) – Finn van Ee (-1) – Armin Preiser (-1)
Défenseurs :
Erik Kirchschläger – Luis Lindner (-2)
Gerd Kragl – Ramon Schnetzer (-1, 2′)
Kele Steffler – Philipp Wimmer
Michael Kernberger (-1) – Daniel Jakubitzka (-1)
Gardien :
David Madlener
Remplaçant : Leon Sommer (G). En réserve : Florian Vorauer (G), Clemens Unterweger (D).
Tchéquie
Attaquants :
Matěj Blümel (+4) – Petr Holík (+3) – David Cienciala (+4, 2′)
Petr Fridrich – Jiří Černoch – Ondřej Beránek
Martin Lang – Petr Kodýtek – Patrik Zdráhal
Jakub Navrátil (-1) – Jan Hladonik (-1, 2′) – Adam Klapka (4′)
Jan Bambula
Défenseurs :
Michal Jordán (A, +1) – Jan Ščotka (C, +2)
Vojtěch Budík (+1) – Jakub Krejčík
Lukáš Kaňák – David Kvasnička
Radek Kučeřík – Tomáš Bartejs (+1)
Gardien :
Aleš Stezka
Remplaçant : Dominik Pavlát (G). Laissés au pays : Štěpán Lukeš (G), Jakub Flek (A). Retranché : Patrik Demel (D).