La coupe Stanley est dans les murs : Vegas peut soulever le trophée, seulement six ans après sa création. Les Panthers espèrent bien prolonger le suspense, eux qui affichent un solide bilan de huit victoires pour trois défaites en déplacement. Mais il leur faudra réussir cet exploit sans Matthew Tkachuk, blessé. L’attaquant décisif des trois premiers tours est remplacé par le jeune Grigori Denisenko, un ancien choix de premier tour de draft.
Le coach de Vegas, Bruce Cassidy, choisit de rendre hommage aux « Misfits » dès le coup d’envoi : Jonathan Marchessault, William Karlsson, Reilly Smith, Shea Theodore et Brayden McNabb sont tous des joueurs de l’équipe originelle de 2017. Un geste symbolique fort.
La partie débute avec une certaine prudence de la part des deux formations. Les premiers tirs ne sont pas dangereux, jusqu’à une interception d’Anton Lundell dans la crosse de Jack Eichel, qui ne parvient pas à tromper Adin Hill à bout portant après deux minutes de jeu. Un arrêt décisif du gardien, de la jambière : l’anonyme, longtemps gardien n°3 dans l’Arizona puis San José, n’était pas titulaire au début des playoffs, mais a aligné depuis dix victoires et 93% d’arrêts…
Florida continue avec une action de près de Denisenko, sortie à nouveau par le gardien. Carter Verhaeghe, avec un écran de Sam Bennett, enchaîne.
Le premier tir dangereux de Vegas survient après cinq minutes, par Shea Theodore, servi au cercle par Mark Stone. Une action qui réveille les Golden Knights, soudain plus en possession du palet.
Après huit minutes, Aaron Ekblad est puni pour obstruction, lorsqu’il charge Brett Howden sans palet. Le jeu de puissance est fluide. À une touche de palet, Theodore écarte vers Eichel qui remise immédiatement sur Marchessault dans le slot, pour une déviation stoppée par Bobrovsky. Après cet arrêt, la défense, aidée par Alex Barkov, prive Vegas d’occasion.
À la mi-tiers, Bennett rate sa mise en échec sur Kolesar au milieu de la glace, mais l’action ne plaît pas au joueur de Vegas. Kolesar cherche à répliquer, et se trouve puni par les officiels pour un mauvais geste. Les Panthers ne comptent aucun but en supériorité dans cette finale, une rareté dans l’histoire de la ligue (Detroit 1949) et échouent encore sur Hill lorsque Barkov est servi à droite.
Vegas part alors en contre-attaque, sous l’impulsion de Mark Stone, en deux-contre-un. Le capitaine est d’une patience folle, attendant que le défenseur se jette en cherchant à contrer une passe vers Stephenson. Stone freine d’un coup sec avant de battre Bobrovsky de près (1-0). Trois buts, quatre passes dans cette finale pour l’ancien joueur d’Ottawa… et ce n’est qu’un début.
Une minute plus tard, Vegas double la mise. Marchessault gagne un duel dans son camp et ouvre la porte à un deux-contre-un mené par Eichel. Celui-ci repique au centre, rate son tir mais prend le palet du revers, surprenant le gardien. Bobrovsky se jette pour sortir le disque, lâchant sa crosse au passage, qui bloque le palet sur la glace… mais Eichel le trouve sous le gardien, et Nicolas Hague surgit pour le pousser dans le but, malgré la présence de Montour sur la ligne (2-0). Les officiels vérifient le rôle de Barbashev, qui chassait le premier rebond dans la zone bleue, et aucune contestation n’est finalement posée par une équipe de Floride désormais dans les cordes.
Le tiers se termine donc sur ce net avantage pour l’équipe locale, bien partie vers le trophée suprême.
Vegas, rouleau compresseur
Florida réagit dès la reprise. Cousins surprend Barbashev le long de la bande et sert Ekblad à la bleue, lequel exploite le trafic pour piéger Hill, masqué (2-1). Le début du retour ? Mais Hill ne flanche pas dans les minutes qui suivent, sortant un lancer de Montour, après une longue période équilibrée où les deux équipes peinent à se créer des chances de marquer.
Petit à petit, Vegas prend le dessus et commence à lancer de plus en plus au but. Beaucoup de tirs ne trouvent pas le cadre, et Bobrovsky fait le reste. Mais à mi-match, une très longue relance de Pietrangelo permet à Eichel d’entrer en zone sur l’aile droite, profitant d’un changement de ligne adverse. Il sert en retrait Alec Martinez, qui a du champ et trouve la faille (3-1). Un but décisif encore de l’ancien défenseur des Kings, double champion avec Los Angeles – pour qui il avait marqué le but du titre en prolongation en 2014.
En feu, les Golden Knights imposent une présence interminable de plus de deux minutes. Usés, les Panthers cèdent encore et Reilly Smith enfonce le clou au deuxième poteau servi d’une passe entre les jambes magique de William Karlsson (4-1).
Marchessault, lancé par Barbashev, trouve Eichel en retrait et le gardien de Florida sauve son camp en train de couler. Mais le jeu de passe est trop rapide pour son équipe et le Russe s’incline sur un déplacement trop lent et une volée de Stone, servi par Howden (5-1). Le public, de plus en plus bouillant dans ce deuxième tiers, chante « We want the cup ! », et avec trois buts en sept minutes, les joueurs sont bien proches de leur offrir !
Le deuxième tiers calvaire continue jusqu’au buzzer, lorsque Amadio saute sur un rebond après un énorme arrêt de Bobrovsky (6-1). Florida est KO debout.
Un tiers festif
Le match parait plié pour ce troisième tiers, et Hill continue de sortir des arrêts qui paraissent faciles – telle cette jambière sur Cousins. Puis, à treize minutes de la fin, une mitaine venue de nulle part devant Duclair… Adin Hill est sur un nuage.
Tout sourit aux Golden Knights. Après ces arrêts incroyables, Barbashev enfonce le clou, au rebond du revers d’Eichel (7-1).
Reinhart sauve un peu l’honneur sur la présence suivante, reprenant en force un palet gratté par Bennett en entrée de zone (7-2). Pas de quoi éteindre la fête dans les tribunes… Même si Florida continue à s’accrocher, avec Bennett pour une volée de la bleue déviée par la crosse de Pietrangelo (7-3).
Paul Maurice sort son gardien à sept minutes de la fin et Stone, de très loin, trouve le poteau de la cage déserte, manquant d’un millimètre le coup du chapeau. Il rate le cadre sur sa deuxième chance… mais fait mouche sur la troisième avec un palet bondissant, qui va rouler dans le bon sens (8-3). Et les casquettes jonchent la glace…
Il reste moins de six minutes et Hill bloque les derniers assauts de Florida. Le match n’a plus de suspense depuis bien longtemps, et les Panthers doivent boire le calice jusqu’à la lie, avec un neuvième but de Nicolas Roy, au rebond d’un tir lointain (9-3).
They formed a heart shape 🥺❤️ pic.twitter.com/7enNP8jRIV
— B/R Open Ice (@BR_OpenIce) June 14, 2023
Vegas remporte donc la première coupe Stanley de son histoire. Lorsque le propriétaire de la franchise Bill Foley avait acheté son ticket d’entrée, il avait annoncé « playoffs en trois ans, coupe en six ». Mission accomplie, ce que ne manque pas de rappeler Gary Bettman en offrant la coupe à Mark Stone.
Vegas a survolé ces playoffs, s’imposant en favori à l’Ouest. Premier de la conférence en saison régulière, les Golden Knights et leurs cinq gardiens utilisés cette saison ont surtout dominé à cinq-contre-cinq, démolissant tous leurs adversaires grâce à une défense qui verrouillait bien le centre de la glace, puis par quatre lignes homogènes, physiques et efficaces. Toute l’équipe s’est mise au diapason défensif : Vegas a bloqué 133 tirs en finale, dont 87 dans les trois derniers, privant Florida de chances.
La victoire récompense six ans remarquables, avec deux finales, deux finales de conférence et une seule saison sans playoffs. Seul Tampa Bay a joué plus de matchs de playoffs que Vegas ces six dernières années. Le staff, mené par George McPhee et Kelly McCrimmon, a pris des décisions fortes, sacrifiant des joueurs populaires comme Nate Schmitt, pour ajouter des profils de « rejetés », atypiques, travailleurs. Le capital de choix de draft acquis à l’expansion a été employé pour des échanges de joueurs phares, tel Mark Stone. Un seul drafté, Nicolas Hague, figure dans l’équipe qui a disputé ce cinquième match décisif. Au final, Vegas a gagné par son banc, punissant la quatrième ligne des Panthers tout au long de la série.
Jonathan Marchessault devient le premier joueur non drafté à soulever le trophée Conn Smythe de MVP des playoffs, récompensé pour sa série de onze matchs avec un point pour finir les playoffs (11 buts en 12 matchs), et en tant que co-meilleur buteur. Jack Eichel aurait tout aussi bien pu être désigné : l’ancien Sabres voit son pari médical validé, lui qui a souhaité une procédure inédite pour soigner ses problèmes à la nuque, procédure que Buffalo lui refusait. 2e de la draft derrière McDavid en 2015, il devance la star des Oilers pour soulever le trophée suprême – c’est le seul top-3 des drafts 2015 à 2022 à être champion NHL…
Les playoffs magiques de Florida s’achèvent donc tristement, sur un très lourd score. Les Panthers ont tout simplement manqué de carburant, même, avec le repos après la courte série des Hurricanes. Il leur aura fallu sortir trois équipes du top-5 de la saison et le sacrifice physique a été de trop.
Paul Maurice en a révélé plus après le match : « Nous avions quatre joueurs avec des os cassés, trois avec des épaules qui exigeront une opération, des déchirures musculaires. Ce n’est pas une excuse. Nous n’en avons pas besoin. Les joueurs ont gagné le droit, ils ont tout donné. Vous avez besoin de chance, et pas seulement avec le palet. En arrivant en finale, les deux équipes ont eu leur part de rebonds, mais là, nous sommes arrivés au bout de notre capital santé et nous en avions besoin pour passer des équipes qui ont fini à plus de 110 points. Vous avez besoin de joueurs en santé. »
Jugez plutôt :
– fracture du sternum lors du match 3 pour Matthew Tkachuk, qui a joué le 4 sans pouvoir s’habiller seul,
– épaule pour Brandon Montour, qui devra être opéré et manquera trois mois,
– pied cassé pour Aaron Ekblad lors du premier tour contre Boston, épaule démise deux fois et protocole commotion,
– cheville pour Radko Gudas, qui aurait dû être arrêté six semaines,
– Sam Bennett, lui aussi touché et incapable d’ôter seul ses épaulières…
Saluer la performance de cette équipe compte tenu des circonstances certes, mais les interrogations sur le caractère irraisonnable de sacrifier la santé des joueurs – sans parler de l’abus d’anti-douleurs – mérite également un haussement de sourcils…
Fortress = Fortified 🏰 #StanleyCup
(🎥: @JayByrdFilms) pic.twitter.com/TOeXdtFZqz
— NHL (@NHL) June 14, 2023
Vegas Golden Knights – Florida Panthers 9-3 (2-0, 4-1, 3-2)
Mardi 13 juin 2023 à 20h à la T-Mobile Arena de Las Vegas (Nevada), 19.058 spectateurs.
Finale de la coupe Stanley, match 5. Vegas remporte la série 4-1.
Arbitrage de Chris Rooney et Kelly Sutherland assistés de Steve Barton et Scott Cherey
Pénalités : Vegas 2′ (2′, 0′, 0′), Florida 2′ (2′, 0′, 0′),
Tirs : Vegas 32, Florida 35
Récapitulatif du score
1-0 à 11’52 : Stone (inf. num.)
2-0 à 13’41 : Hague assisté de Eichel et Marchessault
2-1 à 22’15 : Ekblad assisté de Cousins
3-1 à 30’28 : Martinez assisté de Eichel et Pietrangelo
4-1 à 32’13 : Smith assisté de Karlsson et Theodore
5-1 à 37’15 : Stone assisté de Howden et Stephenson
6-1 à 39’58 : Amadio assisté de Smith
7-1 à 48’22 : Barbashev assisté de Eichel et Theodore
7-2 à 48’47 : Reinhart assisté de Bennett et Montour
7-3 à 51’39 : Bennett assisté de Forsling et Reinhart
8-3 à 54’06 : Stone (cage vide)
9-3 à 58’58 : Roy assisté de Theodore et McNabb
Florida Panthers
Attaquants :
Anton Lundell (-2) – Aleksander Barkov (C, -3) – Anthony Duclair (-1)
Carter Verhaeghe (-1) – Sam Bennett (-1) – Sam Reinhart (-1)
Ryan Lomberg (-1) – Eric Staal – Nick Cousins (+1)
Grigori Denisenko (-3) – Colin White (-4) – Zac Dalpe (-5)
Défenseurs :
Gustav Forsling (+1) – Aaron Ekblad (A, 2′, +1)
Marc Staal – Brandon Montour (-3)
Josh Mahura (-5) – Radko Gudas (-4)
Gardien :
Sergei Bobrovsky
Remplaçant : Alex Lyon (G). Réservistes : Matthew Tkachuk (A, blessé), Casey Fitzgerald (D), Matt Kiersted (D), Aleksi Heponiemi (A), Mackie Samoskevich (A), Connor Bunnaman (A), Eetu Luostarinen (A, convalescent), Lucas Carlsson (D), Patrick Giles (A), Mike Benning (D), John Ludvig (D), Givani Smith (A), Santtu Kinnunen (D), Calle Sjalin (D), Mack Guzda (G), Evan Fitzpatrick (G), Patrick Hornqvist (A, commotion), Spencer Knight (G, raisons personnelles)
Vegas Golden Knights
Attaquants :
Ivan Barbashev (+1) – Jack Eichel (+2) – Jonathan Marchessault (+1)
Brett Howden (+1) – Chandler Stephenson (+2) – Mark Stone (C, +2)
Reilly Smith (A, +2) – William Karlsson (+2) – Michael Amadio (+2)
William Carrier (+1) – Nicolas Roy – Keegan Kolesar (2′, +1)
Défenseurs :
Alec Martinez (+1) – Alex Pietrangelo (+1)
Brayden McNabb (+3) – Shea Theodore (+3)
Nicolas Hague (+2) – Zach Whitecloud (+2)
Gardien :
Adin Hill
Remplaçant : Jonathan Quick (G). Réservistes : Brendan Brisson (A), Lukas Cormier (D), Dysin Mayo (D), Kaedan Korczak (D), Phil Kessel (A), Pavel Dorofeyev (A), Ben Hutton (D), Paul Cotter (A), Jonas Røndbjerg (A), Byrson Froese (A), Teodors Blugers (A), Brayden Pachal (D), Isaiah Saville (G), Jiri Patera (G), Logan Thompson (G, bas du corps), Laurent Brossoit (G, bas du corps), Nolan Patrick (A, haut du corps), Robin Lehner (G, hanche).