La KHL n’est-elle aujourd’hui une ligue isolée dans sa bulle, sans la moindre influence sur ce qui se passe sur le reste de la planète hockey ? Ce n’est pas tout à fait vrai. Deux de ses équipes constituent la base de deux équipes nationales – Kazakhstan et Chine – qui continuent de participer aux compétitions internationales.
Nous les évoquons toutes deux dans cette première partie du bilan KHL 2022/23, consacré aux équipes non qualifiées pour les play-offs, et qui analyse les performances sportives et les coulisses pour mieux comprendre ce qui se passe. Et nous terminerons par cette mort mystérieuse qui a frappé de très près un des plus grands – on ne peut plus dire à ce stade « un des plus sûrs » – espoirs du hockey mondial.
Traktor Chelyabinsk (17e) : pas de manager pour gérer le départ des Tchèques
La non-qualification du Traktor Chelyabinsk en play-offs est le plus gros échec de la saison car ce club avait la cinquième masse salariale de la Conférence Est. Troisième de KHL l’an dernier, le club de l’Oural a chuté de très haut et connaît toujours ces performances sinusoïdales qui l’empêchent de s’établir parmi les grands clubs. L’entraîneur Anvar Gatiyatulin a été accusé d’être trop conservateur dans ses alignements comme dans son style de jeu. Début décembre, quand l’équipe touchait le fond du classement, il a fini par accepter le changement d’adjoints qu’il avait refusé à l’intersaison. Sous contrat jusqu’à la saison prochaine, trop cher à renvoyer, Gatiyatulin a entamé le crédit acquis après ses médailles de bronze de 2018 et 2022.
Lors de ces deux années médaillées, il y avait un gardien tchèque dans les cages (respectivement Pavel Francouz et Roman Will). Le Traktor était persuadé que son principal problème était l’absence d’un gardien numéro 1. En cherchant à le régler, il n’a fait que l’empirer. L’étranger longtemps attendu fut Andrew Hammond, qui venait directement de NHL mais qui a vite avoué qu’une blessure le gênait encore malgré les garanties médicales fournies. Son contrat a vite été annulé sans indemnité après 2 matches et 85% d’arrêts. Prêté par Sotchi, Aleksei Melnichuk, a fait encore pire à 75%. Presque toutes les victoires en début de saison ont été obtenues par Ilya Proskuryakov, un vétéran de 35 ans qu’on pensait fini pour la KHL (il avait juste un contrat à l’essai en division inférieure) mais qui a travaillé fort auprès de l’entraîneur des gardiens Georgi Gelashvili (qu’il connaissait comme collègue et concurrent à Magnitogorsk) et obtenu 4 blanchissages. Au fil de la saison, on a fini par faire confiance au gardien formé au club Sergei Mylnikov, qu’on disait psychologiquement pas prêt alors qu’il n’est plus si jeune à 23 ans, et qui s’en est le mieux tiré à 92%.
L’obsession du gardien a occulté les soucis majeurs des lignes arrières qui commettait trop d’erreurs. Le défenseur offensif Nick Bailen – parti en DEL car il ne voulait plus jouer en Russie – n’a pas pu être remplacé de manière équivalente, notamment en avantage numérique. Son successeur suédois Adam Almquist a eu un impact offensif dérisoire avec 2 points en 25 matches avant d’être écarté.
Le Traktor fait partie de ces clubs clairement affaiblis par le départ de ses étrangers-clés qui ont fui une KHL devenue la vitrine gênante d’un pays en guerre. Le duo international tchèque Sedlak/Hyka a aussi laissé un vide en attaque. La recrue majeure de l’intersaison, Anton Burdasov a été le meilleur marqueur de l’équipe… alors qu’il a manqué 20 matches. Sa blessure début novembre a porté un rude coup au moment où les résultats s’amélioraient et le Traktor était repassé sur la barre. Il a replongé dans la crise ensuite.
Chelyabinsk espérait mieux de Sergei Shumakov, rentré dans sa ville natale. Un retour tardif, parce qu’il était encore sans club début octobre et que sa cote avait chuté après une dernière saison ratée. Il a fini par se résigner mais les exigences salariales trop élevées ne lui ont pas coûté que quelques mois de chômage, elles ont aussi affecté sa préparation. Sans avoir participé à la présaison, Shumakov n’était guère en forme et n’a jamais pu se montrer digne d’une place dans le top-6 offensif. Après seulement 4 points en 18 matches, il a été écarté et a cherché un point de chute à Minsk (où il n’a mis qu’un seul point). Un autre joker l’a remplacé, Nikita Soshnikov, et il a mieux fait, sans pouvoir inverser la tendance.
Le Traktor a tiré les conclusions en changeant d’organisation. Le directeur général Ivan Savin gérait jusqu’ici le recrutement en faisant valider les profils par l’entraîneur Gatiyatulin. Cette fois il délèguera la gestion sportive à un véritable manager, et pas n’importe lequel, Aleksei Volkov, l’homme qui a bâti l’Avangard champion 2021.
Amur Khabarovsk (18e) : un – lointain – tremplin pour les jeunes
L’Amur Khabarovsk est un modèle de constance puisqu’il a terminé dixième de la Conférence Est pour la troisième année consécutive. Le problème est que cette place ne satisfait personne. L’écart de seulement 3 points avec les play-offs la rend sans doute plus frustrante encore. Pourtant, le club d’Extrême-Orient donne l’impression d’être au maximum de ses possibilités.
Ces dernières saisons, l’équipe des bords du fleuve Amour était tenue par ses joueurs tchèques. Michal Jordan en était le leader et il aidait à leur recrutement. Il sera resté plus longtemps quelques mois de plus que les autres, mais a demandé à rentrer au pays fin novembre pour « raisons familiales ». Il a ainsi gardé sa place en équipe nationale, interdite aux joueurs de KHL. Il restait surtout à Khabarovsk que des étrangers de seconde zone, même si le Canadien Cam Lee s’est bien imposé comme pilier défensif. L’international slovène Jan Drozg a aussi été convaincant.
Ce sont les jeunes qui se sont révélés en obtenant leur chance. Yaroslav Likhachyov (21 ans), prêté par le Lokomotiv Yaroslavl, a mis 27 points (15+12) dès sa première saison en KHL alors qu’il n’avait joué qu’en junior (y compris au Québec). Sergey Dubakin, 22 ans, jouait très rarement au Sibir et a mis 29 points (14+15). Nikita Grebyonkin, 19 ans, ne jouait quasiment pas à Magnitogorsk et a amassé 26 points (9+17) en arrivant mi-octobre. L’entraîneur Vadim Epanchintsev, ancien centre à la grande intelligence de jeu, a su valoriser le talent technique de ces jeunes. Mais évidemment, une fois mis en lumière, ils ne resteront probablement pas à Khabarovsk.
Le gardien de 28 ans Evgeni Alikin, qui tourne à 93,1% d’arrêts de moyenne sur les quatre dernière saisons, est en fin de contrat et pourra donc partir sans compensation. Son cas a posé un vrai dilemme. Avant la limite des transferts fin décembre, des clubs étaient intéressés par lui. Mais l’Amur était en position de se qualifier en playoffs et pouvait difficilement se départir de sa meilleure chance, sauf à demander une compensation vraiment grosse. Alikin est donc resté… et s’est blessé fin janvier. Moins performant, le gardien letton Jānis Kalniņš n’a pu décrocher la qualification.
Spartak Moscou (19e) : un oligarque tire les ficelles
Le Spartak a changé deux fois d’entraîneur au cours de la saison. Début novembre, Boris Mironov a pâti d’une série de six défaites, la dernière survenue le jour du 70e anniversaire du président de la KHL Gennady Timchenko, dont la sphère d’influence couvre aussi le Spartak. Le système de jeu était pourtant toujours en place, mais les meneurs offensifs supposés étaient improductifs. Mironov manquait en fait de relais. Il n’y avait plus de leader dans le vestiaire après le départ de Shirokov à l’intersaison.
Quant aux entraîneurs-adjoints, ils avaient été remplacés pendant l’été sans tenir compte de l’avis de Mironov. L’assistant-coach chargé de la défense, Andrei Markov, était particulièrement critiqué : l’ancien défenseur des Canadiens de Montréal avait refusé un poste d’entraîneur-chef des juniors ou de l’équipe-ferme (pourtant établie dans sa ville natale Voskresensk) parce qu’il estimait que sa place était derrière un banc de KHL, mais il s’y comportait de manière passive sans influence sur l’équipe. Markov serait viré à son tour quelques mois plus tard.
Si on reprochait à Mironov une défiance envers les jeunes et un hockey ennuyeux, son successeur Igor Grishin répondait parfaitement à ces problématiques. L’entraîneur à la coupe au bol professe un style de jeu créatif et intéressant. Il a aussi rendu l’atmosphère moins oppressante dans le vestiaire avec un calme en toutes circonstances qui a redonné confiance aux jeunes. Il n’a pas hésité à lancer des gamins de 17 ans dans le grand bain. Le meilleur marqueur Aleksandr Khokhlachyov, qui a souvent droit à un statut spécial au Spartak même s’il s’autorise parfois des impasses, s’est aussi libéré et a repris son rôle offensif essentiel à l’offensive. Bref, les rouge et blanc renouaient avec la tradition du club.
Mais après un mois de bonheur, les résultats négatifs se sont de nouveau enchaînés. Et toutes les promesses de maintenir Grishin en poste la saison prochain quel que soit le classement final se sont évanouies. Tant pis pour la stratégie à long terme avec les jeunes. Quand le Spartak a compris que les play-offs lui passeraient sous le nez, Grishin a rédigé une lettre de démission début février, certainement sur commande. Il a retrouvé son poste antérieur au Khimik Vosresensk… qu’il a alors conduit à la victoire en VHL en prouvant de nouveau ses talents de coach et de développeur de talents.
Dès le mois de janvier, une rumeur avait surgi dans la presse : la place de Grishin serait prise la saison prochaine par Aleksei Zhamnov, sur le point de quitter son poste à la tête de l’équipe nationale de Russie, devenu sans intérêt puisque le pays est banni des compétitions internationales. Longtemps démentie, la rumeur s’est finalement révélée… totalement vraie. Zhamnov, qui avait été directeur général du Spartak pendant six ans et n’était pas sur la liste des candidats, est rentré par la fenêtre ! Une décision qui porte la marque directe du très puissant Timchenko, qui avait fait entrer Zhamnov au comité directeur de la KHL puis aux commandes de l’équipe olympique.
Barys Astana (20e) : attaqué frontalement par ses propres fans
La saison du Barys a été marquée par la révolte de ses supporters, qui ont constitué un groupe pour secouer un Kazakhstan soudain épris de réformes et de changements. Après avoir dénoncé la double nationalité illégale de l’international d’origine russe Dmitri Shevchenko (une action qui entraînera la fin de tous les doubles passeports au Kazakhstan), ce groupe de fans du Barys a publié une lettre ouverte au chef de l’État pour exiger la démission des dirigeants du club (accusés de « corruption » et de « sabotage »), un audit de l’activité du Barys et des moyens financiers et structurels pour former les jeunes joueurs du Kazakhstan au lieu de dépenser 6 millions d’euros en salaires pour l’équipe professionnelle.
Le Barys n’a-t-il toujours rien fait pour le développement des jeunes Kazakhs ? Un peu plus que les autres années. Il existe en effet un exemple positif très net : l’entraîneur Andrei Skabelka a grandement contribué à la découverte d’Adil Beketaev, qu’il a décrit comme étant devenu « le meilleur défenseur de l’équipe dans presque toutes les composantes du jeu », pour sa première saison en KHL. Mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. La décision de commencer la saison avec les deux gardiens de l’équipe nationale Boyarkin et Shutov n’a pas duré. Le fantasque Slovaque Julius Hudacek a été engagé et est devenu titulaire avec de bien meilleures stats, même s’il a été irrégulier (et souvent pas aidé par sa défense). Si Andrei Shutov tient à bout de bras – et de jambes – le Kazakhstan depuis deux championnats du monde, ce n’est pas sa saison en KHL qui l’y a préparé puisqu’il n’y a pas gagné un match !
Le bilan du club est donc perdant sur tous les tableaux. Le développement des jeunes a encore été dédaigné. Pour autant, l’équipe a été la première éliminée des play-offs à l’Est. Et en plus, la gestion financière a été douteuse, puisqu’il y avait deux mois d’arriérés de salaires en mai pour les joueurs du Barys, mais aussi pour ceux du Nomad (l’équipe-ferme en championnat du Kazakshtan) qui se sont révélés à la face du monde avec une équipe nationale soudain privée de ses naturalisés.
Voix critique longtemps isolée face aux discours officiels, le journaliste de SportRadar Vladimir Zharkov se déchaîne aujourd’hui en trouvant beaucoup d’écho auprès des fans : « pour moi, le Barys avec le président Boris Ivanishchev et le coach Andrei Skabelka est un club complètement anti-populaire et auto-mutilatoire, dans lequel ils pensent à tout – développement du budget, doubles contrats, fraudes avec déductions sur les fonds de retraite – sauf au développement du hockey au Kazakhstan !
Le président Boris Ivanishchev tente de tenir un discours rassurant. En plus d’avoir réglé les salaires en retard et obtenu un budget sur trois ans, il annonce qu’il y aura encore des étrangers mais que les hockeyeurs du Kazakhstan joueront plus. Ce sera d’autant moins évident de laisser plus de place aux joueurs locaux que le meilleur attaquant Nikita Mikhailis a reçu une meilleure offre de Magnitogorsk, tout comme la révélation du Mondial, Maksim Mukhametov, qui était sous la main au Nomad mais n’a pourtant jamais eu la moindre minute du temps de jeu au Barys. Ce sera à Skabelka de se débrouiller avec ces injonctions contradictoires puisqu’il lui reste un an de contrat…
Kunlun Red Star (21e) : un Américain en futur protecteur des Chinois ?
Les difficultés de servir les intérêts d’une équipe nationale tout en essayant d’être compétitif, le Kunlun Red Star les connaît aussi. Mais la situation est différente. Contrairement au Kazakhstan, il n’y a pas de risque que les fans osent la moindre pétition (il n’y a pas de supporters puisque Kunlun joue en Russie). Il n’y a pas de joueurs locaux que l’on aurait oublié d’incorporer et qui pourraient se développer au niveau de la KHL. Et il n’est pas non plus question que l’on renonce à sa politique de naturalisation, même si elle a montré ses limites en Division I B mondiale, finissant loin derrière le Japon.
D’une certaine manière, les dirigeants chinois ont eux aussi perdu sur deux tableaux, puisque l’équipe a fini loin des play-offs, sans pour autant préparer la sélection nationale. Pourtant, il n’est pas vrai qu’ils aient sciemment abandonné toute ambition en KHL. Pour bien le faire savoir à une presse russe sceptique, ils rappelaient l’objectif de finit dans les huit. La qualification paraissait d’ailleurs possible jusqu’à Noël, avant que le calendrier infernal n’achève un effectif manquant de profondeur.
La saison en KHL n’a donc pas été sacrifiée sur l’autel des perspectives hypothétiques de l’équipe de Chine. Sinon, on n’aurait pas pris comme joker fin novembre Tomas Jurco (ex-Barys) car il est fort peu probable que le Slovaque change un jour un passeport – il ne serait pas éligible avant quatre ans puisqu’il a participé aux derniers JO à Beijing ! Les 25 points de Jurco en 32 parties, un bon bilan, n’auront néanmoins pas suffi.
Mais le meilleur rapport qualité/prix, ce fut le gardien américain Matthew Jurusik, qui a un salaire dans le haut du plafond d’AHL mais pas plus, très bas pour la KHL. Or, il a réussi 93,3% d’arrêts et 4 blanchissages, même s’il faudra le voir sur une période plus longue (il n’a joué que 24 matches et n’en a gagné que 7). L’Avangard s’est intéressé à lui mais les dirigeants de Kunlun ont refusé de se séparer de Jurusik avant la fin de son contrat en 2024. Et on comprend très bien pourquoi : l’échéance correspond à son délai de naturalisation, et le poste de gardien est la faiblesse majeure de l’équipe de Chine…
HK Sotchi (22e) : une mort inexplicable par noyade
Les hockeyeurs du bord de la Mer Noire ont tout simplement bouclé la deuxième pire saison de l’histoire de KHL, à peine meilleure que la saison 2020/21 du Dinamo Riga. Un bilan de 11 victoires pour 57 défaites est vraiment peu reluisant dans une ligue qui a fait de la compétitivité son cheval de bataille : le paradoxe est que ces deux saisons catastrophiques ont eu lieu après l’instauration du plafond salarial et du plancher !
La saison est mal partie d’emblée. Arrivé en cours de saison dernière, Andrei Nazarov avait redonné de l’élan à l’équipe, mais ses méthodes de motivation ne fonctionnent qu’à court terme et n’apportent pas de système de jeu. Sotchi a peiné à lui recruter un adjoint, et Igor Gorbenko est arrivé un peu en retard, après les trois défaites initiales, avec pour objectif majeur de structurer une équipe incapable de marquer le moindre but en avantage numérique. Mais les hockeyeurs de la Mer Noire ont fini derniers en powerplay, ne trouvant jamais le bon timing, avec un rendement faible des deux défenseurs étrangers (Brandon Gormley et Joe Morrow) censés y organiser le jeu.
Nazarov ne faisait apparemment plus peur qu’à ses dirigeants : ils n’ont pas informé l’ancien enforcer de son renvoi de vive voix, mais uniquement par téléphone ! Son remplaçant Sergei Svetlov a trouvé une équipe en bonne forme physique, d’après les analyses sanguines qu’il a commandées à son arrivée, mais en désarroi psychologique à cause des défaites. Il a essayé de motiver les jeunes avec un discours positif, en essayant de les libérer par des exercices ludiques et émotionnels, en les incitant à être actifs et offensifs. Mais cela n’a servi à rien avec une équipe inexpérimentée qui ne se développait pas, et le ton s’est peu à peu durci sans plus de résultat. Svetlov a été viré à son tour. C’est l’autre adjoint en plus de Gorbenko, Dmitry Kokorev, responsable pour sa part des défenseurs et de l’infériorité numérique, qui a gagné de l’expérience comme entraîneur-chef en toute fin de saison
Pendant le passage Svetlov, Sotchi a même connu une série de 21 défaites de suite qui a battu le record absolu du championnat de Russie (20 défaites), établi par le SKA Saint-Pétersbourg en 2000/01. C’est un fait amusant parce que l’effectif de Sotchi dépend souvent du bon vouloir du SKA avec qui les transactions sont incessantes. Il est rare qu’une équipe échange son capitaine, c’est ce qui s’est passé avec Vasily Glotov (qui souffrait de la pression de Nazarov), parti à Saint-Pétersbourg en retour d’Artyom Fyodorov. Le meilleur buteur de l’équipe Nikita Popugaev et le techniquement spectaculaire Andrei Altybarmakyan ont eux aussi filé au SKA, où ils n’ont apporté que de la profondeur de bout de banc (et ont passé les playoffs en tribune).
Un joueur a néanmoins fait le chemin inverse, et pas n’importe quel joueur : Matvei Michkov, qui était « programmé » pendant des années pour être le numéro 2 de la prochaine draft 2023 derrière le talent exceptionnel Connor Bedard. Sauf que la carrière de Michkov prenait mauvaise tournure depuis un an. Il était en disgrâce au SKA, où l’on dénonçait sa mauvaise attitude quand il était relégué en équipe-ferme ou en juniors (certains pointaient alors la possible influence néfaste de la trop forte implication de son père). Prêté à Sotchi le 19 décembre, Michkov s’est totalement relancé avec 20 points (9+11) en 27 matches, soit la meilleure moyenne de points par match d’un junior russe pendant la saison avant sa draft, devant Tarasenko, Panarin et Ovechkin. Il a fini en trombe avec un but (de lacrosse, sa spécialité) et 4 assists au dernier match.
Et puis, le 2 avril, on a appris le drame : le père de Matvei, Andrei Michkov (51 ans), a été retrouvé mort noyé dans un étang du parc olympique de Sotchi, certainement pas un lieu de baignade vespérale à cette période de l’année avec une eau à 10°C. Après avoir regardé avec son fils le match de hockey SKA-CSKA à la télévision, il avait quitté sa maison à pied à 21h00, sans ses papiers. Aucune trace de violence, aucune substance toxique, aucun conflit connu… Un mystère complet. Il faut savoir qu’Andrei entraîne son fils depuis son enfance et l’a suivi partout. Dans chacun de ses clubs, et même dans les équipes nationales de jeunes, il s’est fait employer. Il s’occupait ainsi des statistiques de tous les joueurs au sein du HK Sotchi.
Un commentateur radio des Canadiens de Montréal, Martin McGuire, a fait écho à une rumeur qu’Andrei Michkov aurait été assassiné parce qu’il voulait faire invalider le contrat de son fils avec le SKA (qui court jusqu’en 2026), pour qu’il parte plus tôt en NHL. McGuire n’a néanmoins cité aucune source et n’a aucune connaissance particulière du hockey russe. La Russie suscite bien des fantasmes… Dans tous les cas, il aurait été improbable que le SKA lâche Michkov avant 2026, mais probable qu’il franchisse l’Atlantique dans trois ans. Mais dans quelle condition ? Son père omniprésent avait une telle importance dans sa vie qu’on ne sait pas comment Matvei Michkov se remettra de ce deuil si soudain. Avant de savoir quelle formation NHL le repêchera et/ou pour qui il jouera, le grand espoir russe est aujourd’hui surtout un jeune homme qui vient de vivre une immense tragédie personnelle.