Dans notre bilan de KHL, nous vous dévoilons les coulisses du hockey russe (et eurasien) tout en analysant les résultats de la saison.
La deuxième partie de ce bilan est consacrée aux clubs éliminés au premier tour des play-offs. Ils comprennent les clubs les plus riches et médiatiques, dans lesquels l’impression de gâchis monumental n’a jamais été aussi forte.
On retrouve enfin dans ce chapitre le seul Français de KHL, mais aussi celui qui est maintenant le seul Tchèque. Et on y retrouve aussi cet ancien défenseur rugueux des Rapaces de Gap qui interdit à ces joueurs de donner des mises en échec maintenant qu’il est coach !
Metallurg Magnitogorsk (9e) : un directeur sportif vite renvoyé, un champion vite sorti

Après tout, pourquoi changer une équipe qui a gagné ? La recette de l’entraîneur Andrei Razin est toujours fondée sur quatre lignes homogènes, sans attaquant-vedette, au point que le meilleur marqueur a été… un défenseur, le Suédois Robin Press. Mais cela s’explique aussi par les performances en berne du jeune centre Danila Yurov, qui avait certes travaillé l’été pour gagner en muscle et perdre de la masse grasse, mais qui reste très inconstant sur la glace. Ses stats en chute libre (de 49 à 25 points) à un âge où l’on doit progresser – 21 ans – préparent mal son départ en NHL (Minnesota) qu’il avait programmé depuis longtemps pour cet été.
L’autre déclin majeur a été celui du capitaine Yegor Yakovlev, dont les stats en saison régulière sont passées de 6 buts, 21 assists et +12 à un piètre bilan de 0 but, 7 assists et -7. Il n’a pas été aligné aux 3 premiers matches play-offs car il n’était pas en assez bonne condition physique… et « Magnitka » a aligné 3 défaites. Razin a donc refait jouer Yakovlev par la suite, il a été solide mais pas suffisant pour renverser la série, perdue en 6 manches contre Omsk. L’élimination au premier tour est une sacrée baffe pour une équipe qui avait bien fini la saison régulière (9 victoires à ses 11 derniers matches), mais le staff a déploré que cette remontée n’ait servi à rien en tombant sur l’adversaire le plus difficile. Certains ont rétorqué à juste titre qu’un champion est censé battre tout le monde…
Avtomobilist Ekaterinbourg (10e) : une nouvelle aréna inaugurée dans le deuil

Cette salle multifonctions qui peut se transformer en moins d’une journée sera partagée avec l’équipe féminine de basket-ball (où évolue la compagne de Da Costa), mais avec priorité au hockey sur glace. Mars 2025 devait donc être un mois de fête, le début d’une nouvelle aventure. Le match inaugural face au CSKA fut cependant une petite déception, et pas seulement parce que l’Avtomobilist y a concédé une quatrième défaite consécutive. Il était surtout triste, après une telle attente, de voir tant de sièges vides parmi les 12 588 places, semble-t-il par faute des spéculateurs.
Bientôt, le mois de fête se transforma en mois de deuil. En quelques jours, deux légendes du club disparurent. L’ancien attaquant formé au club Fyodor Malykhin, parti d’Ekaterinbourg en 2014 et retraité de KHL en 2023, fut retrouvé mort par son père dans son appartement. Le décès a été attribué à un arrêt cardiaque soudain, à 34 ans. Puis l’ancien défenseur et entraîneur du club Andrei Martemyanov, qu’on voyait encore de temps en temps en tribunes, décéda d’un AVC à 62 ans.
L’équipe aurait bien voulu leur dédier la victoire, mais elle se fit éliminer au premier tour au septième match, comme il y a deux ans, face à Kazan cette fois. Une fin prématurée malheureusement habituelle pour l’Avtomobilist, revenu à sa « tradition » après les deux tours passés la saison dernière. On accusa les étrangers, mais surtout les défenseurs : Andrew Ebert avait fini la série avec un catastrophique -6, et Jesse Blacker n’avait été titularisé que deux fois… pour lui faire payer sa signature à Omsk la saison prochaine.
Les principaux attaquants ont reçu pour leur part des prolongations de contrat : 3 ans pour Aleksandr Sharov, 2 ans pour Stéphane Da Costa (sans clause le libérant pour les Jeux olympiques qu’il n’a pas la garantie de jouer avec l’équipe de France), 1 an pour Brooks Macek. Quant au capitaine Anatoli Golyshev, il reste quatre saisons à son contrat de 5 ans signé l’an dernier… mais il a été contrôlé positif à la pseudo-éphédrine et risque une longue suspension.
CSKA Moscou (11e) : échec complet et deux dopés en prime

Le CSKA a donc été porté toute la saison par un seul trio, composé de trois joueurs qui étaient déjà au club (Vitaly Abramov – Maksim Sorkin – Prokhor Poltapov). Leur progrès prouve d’ailleurs que le CSKA sait encore développer des jeunes. Mais c’est le seul point à mettre au crédit des entraîneurs. Et quand la saison d’Abramov s’est achevée sur blessure mi-janvier, la première ligne en a souffert.
Or, la recrue la plus chère de l’été, ce n’était pas un joueur, c’était Ilya Vorobyov, devenu l’entraîneur le mieux payé de KHL. Il a survécu en octobre à la pire défaite du CSKA depuis onze ans, un 0-7 contre son ancien club Magnitogorsk, après laquelle il était arrivé avec une heure de retard (!) à la conférence de presse obligatoire (pour cause de réunion de crise dans le vestiaire où étaient descendus les légendes et membres du conseil de surveillance Boris Mikhaïlov et Pavel Bure). Vorobyov avait redressé la barre en finissant l’année avec une série de 11 victoires. Mais sitôt 2025 arrivé, le CSKA a replongé dans la crise.
Les play-offs n’étaient pas abordés dans les meilleures conditions, d’autant que deux joueurs disparaissaient tour à tour de l’effectif : le centre Vladislav Kamenev et le défenseur avaient en fait été tour à tour contrôlés positifs au meldonium, cette substance qui avait entraîné le retrait de toute l’équipe nationale U18 de Russie il y a neuf ans ! Pour la seconde année consécutive, le club le plus célèbre de Russie a été éliminé sans gloire au premier tour avec 1 victoire pour 4 défaites. Le club qualifiait alors de « provocations » les rumeurs de négociations avec de potentiels successeurs de Vorobyov, mais un mois plus tard, tout le staff d’entraîneurs a été renvoyé. Le CSKA est donc prêt à manger son chapeau en rappelant comme coach Igor Nikitin… qu’il avait renvoyé il y a quatre ans.
Severstal Cherepovets (12e) : le club qui interdit les mises en échec

En janvier, au contraire, Pilipenko et Aimurzin ont tous deux signé une prolongation de contrat, pour un salaire plus faible à ce à quoi ils pourraient prétendre ailleurs. La fidélité existe encore. Les deux hommes se sentent parfaitement à l’aise dans le club qui leur a fait confiance. Ils savent aussi qu’ils profitent de la liberté de création que leur procure depuis deux ans l’entraîneur Andrei Kozyrzev. Sa tactique très offensive fait le régal des amateurs de beau jeu russe avec des passes courtes pour conserver le palet et des échanges de position pour faire tourner les adversaires en bourrique. Aucune formation de KHL ne pratique un jeu aussi « ouest-est » avec autant de passes latérales, de combinaisons et de diagonales en zone offensive. Aimurzin a mené la ligue au nombre de passes (2094), Pilipenko est troisième.
La particularité qui a fait jaser est l’interdiction des mises en échec. Kozyrev en infligeait pourtant beaucoup en tant que défenseur – on s’en souvient quand il jouait à Gap – mais son credo en tant que coach est de se préoccuper toujours du palet d’abord, et d’utiliser donc sa crosse plutôt que son corps en défense. Le résultat chiffré est édifiant : le Severstal est dernier de la ligue avec moitié moins de charges (357) que l’avant-dernier Kunlun (754). Logiquement, elle est aussi la deuxième plus disciplinée. Mais la limite de cette logique est que Cherepovets sont aussi ceux qui gagnent le moins de palets dans les duels, en plus d’être ceux qui bloquent le moins de tirs (ce qui est assumé pour ne pas se blesser). En clair, le Severstal est l’équipe la moins active défensivement. Ce hockey très offensif à l’ancienne fonctionne moins bien en play-offs, où la route s’est arrêtée dès le premier tour face au Spartak. La ligne d’Aimurzin et Pilipenko y a été la moins performante (0 but et -3).
SKA Saint-Pétersbourg (13e) : gâchis sportif et gâchis de la méga-arena vide

Il y a une certaine sincérité dans les propos de Rotenberg quand il parle de discrimination. Quand à 19 ans il avait quitté le hockey après avoir pointé du doigt par son entraîneur finlandais, il s’était senti discriminé, à une époque où sa famille s’était exilée par souci de sécurité à Helsinki, où il ne se sentait pas adopté. Mais aujourd’hui où il « s’est offert » une place d’entraîneur-chef en KHL auquel son CV ne lui prédisposait pas, ses jérémiades semblent déplacées. Il se plaint de n’avoir jamais été cité dans les listes des meilleurs entraîneurs de la ligue même quand le SKA était premier. Après la saison désastreuse du club le plus puissant du pays, il ne peut décemment plus se plaindre, car il a donné raison à ses détracteurs.
Avec des moyens illimités, le SKA avait en effet proposé des bonus mirifiques (qui ne comptent pas dans le plafond salarial) pour attirer encore des recrues clinquantes, mais indésirables en KHL en raison de soucis extra-sportifs. En premier lieu, Evgeni Kuznetsov, pour qui on a étalé le tapis rouge. Deux blessures malheureuses (une à la main en attrapant un palet et une commotion cérébrale) qui ont émaillé sa saison régulière ont vite rendu impossible d’atteindre les bonus conditionnés aux stats. Kuznetsov n’a jamais mené l’équipe comme espéré. Il a donné des signes ponctuels de son génie, notamment ce but de la crosse face au gardien et non de derrière le but (« peut-être le plus beau de [sa] carrière ») mais aussi des pénalités stupides qui ont coûté très cher. Son contrat de quatre ans a donc été résilié au bout d’un an. Voilà pour la star annoncée de cette saison de KHL…
Il y eut aussi le très bravache Tony DeAngelo, dont le discours de persécuté politique était digne de son coach. L’utilité de ce défenseur très offensif semblait douteuse dans une équipe qui avait déjà un arrière dominant en la personne d’Aleksandr Nikishin. Rotenberg avait fini par apparier les deux hommes, ce qui a appris à Nikishin un rôle plus défensif pendant que DeAngelo brillait par de longues passes. Mais l’apport offensif spectaculaire de l’Américain ne comprenait pas ses failles béantes dans sa zone. Quand l’assistant-coach Evgeny Koreshkov l’a sorti de l’alignement le 11 janvier, DeAngelo n’est pas ressorti du vestiaire au troisième tiers, certainement boudeur et récriminant. C’était déjà une surprise de le revoir au match suivant : une prestation déplorable (deux buts encaissés de sa faute) l’a définitivement écarté le soir même. Adieu, au bout de quatre mois. DeAngelo a vite retrouvé un poste en NHL (aux New York Islanders). Parce que son idole Trump est redevenu président entre temps ?
Plus encore que ces deux recrues plus brèves que prévu, La pire gestion fut celle du gardien. La saison passée, le SKA avait tout fait pour recruter Nikita Serebryakov, embauchant même son entraîneur des gardiens à l’Amur en même temps que lui (Yuri Klyuchnikov). Éternel insatisfait de ses gardiens, Rotenberg ne cessait de le remplacer en cours du match. Rapidement, Klyuchnikov a disparu du banc et Serebryakov a été envoyé s’entraîner seul à part de l’équipe, jusqu’à ce qu’on puisse l’échanger (à l’Avangard).
Rotenberg avait confiance en ses deux jeunes gardiens Egor Zavragin (19 ans) et Artemi Pleshkov (22 ans), mais sans vraiment les mettre eux-mêmes en confiance avec son alternance perpétuelle. Ils n’ont pas pu mener bien haut une équipe instable, perturbée par des compositions de lignes sans cesse remises en cause par un coach en roue libre. C’est le pire résultat à Saint-Pétersbourg depuis l’arrivée au club de Rotenberg il y a 14 ans (comme vice-président). C’est aussi la fin d’un cycle. Les trois meilleurs marqueurs vont tous aller en NHL : Ivan Demidov (dont l’arrivée dès la fin de saison du SKA en avril a déclenché une euphorie à Montréal), Aleksandr Nikishin et Arseny Gritsyuk.
Surtout, l’impensable s’est produit : après l’annonce du remplacement de ses adjoints, c’est Rotenberg lui-même qui a finalement été renvoyé ! Il annonce qu’il entraînera des enfants la saison prochaine. Cela le changera-t-il des enfants gâtés ? Le prochain coach du SKA sera un grand nom du hockey sur glace – Igor Larionov – et aura du travail pour rattraper le gâchis avec un budget réduit drastiquement par Gazprom (ce qui fera disparaître un autre club, le Vityaz).
En parlant de gâchis : alors que le SKA a emménagé en décembre 2024 dans la plus grande aréna du monde (21 542 places), il ne l’utilisera pas l’an prochain et retournera dans son palais de glace de 12 300 spectateurs ! La raison officielle est la rénovation de la station de métro Park Pobedy, qui rend l’accessibilité difficile et qui prendra deux ans. La raison officieuse est le montant élevé du loyer.

Torpedo Nijni Novgorod (14e) : Larionov ne produit plus de hockey créatif… sans sa propre KLM

Larionov ne niait pas ce constat d’extinction offensive, mais en rejetait la faute sur ses leaders : « Il n’y avait pas assez de créativité. Je ne veux offenser personne ni faire de déclarations tapageuses, mais si nous avions un trio comme celui dont je fis partie – Krutov–Larionov–Makarov – nous battrions nos adversaires sans le moindre problème. Nous avons de bons profils techniques, mais ils ne sont pas passés par le travail quotidien. Il nous a manqué quatre attaquants pendant trois mois [NDLR : seuls son fils et Mikhail Abramov ont été absents si longtemps]. Le jeu est bâti autour de ceux qui font la différence. Ce n’est pas une excuse d’avoir perdu des joueurs. »
Quand le discours de confiance s’effrite, c’est sans doute un signe. La légende, que l’on pensait intouchable, a été démise de ses fonctions. Un pari de la part des dirigeants d’un club qui doit déménager la saison prochaine dans un amphithéâtre de 12 000 places, où Larionov avait personnellement veillé à ce que le vestiaire soit aménagé sur le modèle qu’il avait connu en NHL à Détroit. Le Torpedo avait commencé cette saison à augmenter le prix des billets, officiellement pour lutter contre la revente en ligne par des spéculateurs. Son grand défi sera de vendre autant de places sans la « marque » Larionov, qui avait redonné le goût du hockey à toute une ville même si certains journalistes moscovites jugeaient le « professeur » condescendant et menaient une vendetta personnelle.
Larionov aura quant à lui bientôt des joueurs d’un tout autre niveau à disposition… du côté de Saint-Pétersbourg.
Sibir Novosibirsk (15e) : non, les Canadiens ne pensent pas qu’aux plages de sable fin

Les Canadiens du club sont faciles à dénigrer car ce sont des profils « Dr Jekyll et Mr Hyde » : Trevor Murphy est le meilleur défenseur offensif de KHL, sans égal par son patinage, sa qualité de tir et sa capacité à distribuer le jeu à la ligne bleue. Mais dans sa zone, son positionnement est parfois indigne du niveau professionnel. Murphy a fini meilleur marqueur d’une équipe portée par son powerplay (le meilleur de KHL avec 27% en saison… et même 39% en play-offs !) et par une première ligne entièrement canadienne. Enfin, entièrement, pas tout à fait, car Brendan Leipsic (refourgué en décembre par l’Avtomobilist qui avait besoin de place sous le plafond salarial) a un passeport russe depuis deux ans. Il a facilité la communication entre le staff et les joueurs canadiens, dont ses deux compagnons de ligne, le décevant Andy Andreoff et le fidèle mais indiscipliné Taylor Beck.
Non, les joueurs du Sibir ne voulaient pas aller en vacances. Ils ont gagné chaque match à domicile et poussé le Salavat Yulaev jusqu’au septième match, malgré les nombreuses blessures. Ils ont resserré la défense, y compris avec l’aide du cerveau offensif Taylor Beck, lui aussi dans sa version Dr Jekyll, qui laissait surtout voir la qualité de son tir du poignet et l’intelligence de ses passes. Malgré l’élimination, l’équipe a donc laissé une très belle dernière impression à ses fans. Son entraîneur Vadim Epanchintsev a été logiquement reconduit.
Admiral Vladivostok (16e) : s’il n’en reste qu’un, il sera celui-là

Considéré comme un des entraîneurs les plus autoritaires de KHL, l’entraîneur letton Leonids Tambijevs n’avait plus a priori des joueurs aussi obéissants qu’à l’époque. Début octobre, l’Admiral a même pris le risque d’engager un caractère réputé difficile, l’ex-international Nikita Soshnikov, qui n’est jamais resté deux années complètes au même endroit depuis son passage à Toronto (une saison en NHL et une et demie surtout en AHL) il y a huit ans. Saurait-il s’adapter aux méthodes dures ? Apparemment oui, car on a retrouvé le Soshnikov finisseur connu à son retour d’Amérique : 22 buts en saison régulière plus 3 en playoffs. Et il n’était même pas le meilleur marqueur de l’équipe car deux joueurs originaires de Sibérie et d’Extrême-Orient ont fait mieux : le vétéran Egor Petukhov (24 buts plus 1) et le jeune Daniil Gutik (26 buts plus 2).
Mais l’homme de confiance, celui qui tient la baraque, c’est toujours le capitaine Libor Šulák : le défenseur tchèque a été si dominant qu’il a fini avec une fiche de +23, quand le deuxième de l’équipe avait à peine +7. Plus encore que le système de Tambijevs, Šulák est bien le fil rouge de toutes les réussites de l’Admiral. Le seul « pur » Tchèque demeuré en KHL – puisque Jaškin est d’origine russe – a prolongé son contrat pour deux années supplémentaires même s’il sait que cela vaut renoncement à l’équipe nationale.










































