Notre deuxième partie du bilan KHL concerne les équipes éliminées au premier tour des play-offs, et on y retrouve les deux Français qui ont participé à la ligue russe.
Dynamo Moscou (9e) : pas de grosse tête sous les tartes à la crème
Le Dynamo Moscou avait toujours passé le premier tour des play-offs au cours des huit dernières tentatives (sachant toutefois qu’il ne s’y était pas qualifié en 2018). Son élimination rare à ce stade de la compétition pourrait donc passer pour une contre-performance. Mais pour un club qui a dû céder ses trois meilleurs joueurs (Shipachyov, Galiev et Voinov) à Kazan à l’intersaison en raison de problèmes financiers, le bilan est très correct. Le Dynamo a très peu régressé, cinquième à l’Ouest mais proche des équipes qui le précédaient. Il a été éliminé de peu par le Torpedo, après trois rencontres consécutives perdues en prolongation.
Des canaux peu connus n’ont pourtant cessé de faire état de disputes entre le directeur sportif Aleksei Sopin et l’entraîneur Aleksei Kudashov. Il s’agit d’articles probablement commandités, venus de l’intérieur du club, sans doute d’Andrei Safronov, le conseiller du président qui veut garder son influence. Mais il y a eu plus de dissensions en coulisses que dans une équipe qui fonctionnait bien. L’ambiance était bonne dans le vestiaire où tout le monde se prêtait bonne pâte aux plaisanteries entrées en usage, telles que les tartes à la crème dans le visage des joueurs qui fêtent leur anniversaire.
Certains prétendaient aussi que le jeune Dmitri Rashevsky avait pris la grosse tête. On l’avait vu apparaître dans un clip vidéo d’un duo entre un rappeur et d’une chanteuse pop, mais il ne destinait pas pour autant à une carrière dans le showbiz après avoir découvert combien il était épuisant de passer une journée de 12 heures sur un tournage pour un clip de deux minutes. En vérité, Rashevsky n’a pas connu de syndrome de la seconde saison, démontrant qu’il était capable de marquer même sans Shipachyov. Il a prolongé jusqu’en 2025 et sera encore plus important l’an prochain avec la limitation à 3 étrangers.
Sans stars, le Dynamo s’est appuyé sur le travail d’un collectif plus homogène. L’attaquant laborieux Eric O’Dell a été le meneur du groupe bleu et blanc, au point d’être dans les trois meilleurs marqueurs du championnat avant une longue blessure. Le Canadien s’en ressentait encore quand il est revenu en jeu pour les play-offs mais a fait preuve d’une énorme combativité. Des jeunes se sont révélés. L’inconnu Maksim Dzhioshvili, qui jouait depuis 4 ans et demi en VHL au Dynamo Saint-Pétersbourg (club indépendant avec lequel il y a un accord de partenariat), a mis 16 buts – plus 2 en play-offs – en revenant au Dynamo originel, où il avait été formé de 9 à 16 ans après avoir débuté dans le petit club Marino. À 17 ans et 34 jours, Igor Chernyshov est même devenu le plus jeune buteur de la longue histoire du Dynamo, capable de faire la différence par une action technique éclatante même s’il doit évidemment mûrir. Le public moscovite a apprécié l’enthousiasme de cette équipe et les affluences ont augmenté au fil de la saison.
Salavat Yulaev Ufa (10e) : une élimination acceptée sans changement
Deuxième de la Conférence Est (mais avec seulement 3 points d’avance sur le sixième), le Salavat Yulaev Ufa a été la principal éliminé du premier tour des play-offs, par le septième (l’Admiral). Il a manqué de constance tout au long de la saison, et a parfois paru fébrile par peur de mal faire. Des défauts réapparus lors du match 3 à Vladivostok où les Bachkires ont dilapidé une avance de deux buts lors de la dernière période, en ne cadrant qu’un tir. Le coach débutant Viktor Kozlov s’est encore vu reprocher une stratégie trop passive, même s’il s’en est défendu en expliquant avoir demandé à ses joueurs de jouer « aussi agressivement que possible ».
Au match 5, le Salavat a perdu sur blessure son capitaine et premier centre Aleksandr Kadeikin, qui fut donc absent de l’élimination. L’international américain Sasha Chmelevski se retrouvait seul pour mener l’équipe, mais son bel effort lui vaudra prolongation de contrat et augmentation. L’autre recrue-vedette Josh Ho-Sang, blessée toute la saison régulière, est revenu en play-offs mais a été renvoyé en tribune, perdant sa place en première ligne au profit d’un Nikolai Kulyomin plus performant au moins sur le plan défensif (fiche de +22). Alors qu’on pensait la belle carrière de l’ailier de Magnitogorsk proche de la fin après une série d’opérations à la suite d’une bursite puis d’une infection, Kulyomin a été une bonne surprise.
Les déceptions sont malheureusement plus nombreuses. Pour la seconde année consécutive, Sergei Shmelyov, meilleur marqueur de l’équipe en saison régulière, a disparu en play-offs. La première paire défensive Mikhail Naumenkov – Pavel Koledov a fini les play-offs à -5, mais a été défendue par son coach. Si on compte sur elle à l’avenir, c’est parce que le jeune Shakir Mukhamadullin (20 ans) avait annoncé très tôt qu’il partirait en NHL dès que possible : il a sans doute été le meilleur défenseur, même s’il commet parfois des erreurs et si son gabarit reste léger pour le hockey nord-américain.
Dans une série assez défensive, ce sont certainement les gardiens qui ont décidé de la qualification. Les Bachkires avaient deux portiers aux stats assez équivalentes, à une exception notable : le nombre de victoires. De retour de Finlande, Andrei Kareev n’arrivait pas à gagner un match en début de saison, avant de ressusciter par trois blanchissages de suite (une première dans l’histoire du club). Ilya Ezhov comptait bien plus de victoires, et c’est lui qui a été choisi comme titulaire fixe pour les play-offs. Technique et agile, Ezhov est cependant moins calme que Kareev et a commis plusieurs erreurs coupables et finalement éliminatoires.
On pouvait s’attendre à une crise, d’autant que le KHL a interdit le Salavat d’enregistrer des contrats en mai parce qu’il n’avait pas payé ses salaires depuis deux mois. La dette a été réglée en juin, le temps que l’argent du pétrolier Rosneft transite par le « Fonds pour les programmes sociaux et ciblés », l’entité bachkire qui concentre toutes les subventions. Si les luttes de pouvoir ont parfois été féroces par le passé, le président de la République du Bachkortostan, Radi Khabirov, a exprimé sa confiance au Directeur général Rinat Bashirov, qui était prêt à démissionner après l’échec au premier tour, et s’est dit satisfait du bilan et du grand nombre de jeunes dans l’équipe. Sans que sa première saison comme entraîneur principal n’ait été un franc succès, Viktor Kozlov peut donc rester en poste.
Avtomobilist Ekaterinbourg (11e) : un loser pourtant exemplaire
Jusqu’à la trêve de décembre, tout semblait aller pour le mieux pour l’Avtomobilist, confortable leader de la Conférence Est avec 59 points en 39 matches. Mais après la pause, l’équipe de l’Oural a perdu le fil de son jeu. Ses 24 points en 29 matches étaient l’un des pires bilans de la ligue. C’est pendant cette période de crise que Stéphane Da Costa s’est emporté dans un geste très commenté en Russie : il a frappé avec son gant l’objectif d’une caméra de télévision qui s’approchait du banc des joueurs au moment où ceux-ci recevaient des consignes pendant un temps mort. Si la presse a condamné la violence du geste sur le principe, tout en comprenant l’origine, elle a aussi complimenté… la qualité de l’expression de Da Costa en russe, presque sans accent, langage « fleuri » inclus.
Stéphane Da Costa, qui parle avec son entraîneur aussi bien en anglais qu’en russe, est totalement adopté dans la KHL dont il reste l’une des stars. Il est le seul joueur (avec Gusev) à avoir dépassé un point par match pendant cette saison 2022/2023. En plus, il ne donne pas sa part au chien quand il s’agit de donner des mises en échec ou de bloquer des tirs. Cela lui vaut d’être cité en exemple par son coach auprès des jeunes joueurs pour prouver que le talent technique doit s’accompagner de polyvalence, et pas seulement linguistique. Et pourtant, Da Costa reste aussi le « principal loser » de la ligue, selon les mots d’un article de Mikhail Skryl dans Sport Express. Ce n’est pas un texte à charge, le journaliste y reconnaît le rôle absolument essentiel du Français dans le powerplay de l’Avtomobilist, y compris en play-offs. Mais il rappelle juste ses échecs répétés pour la conquête de la Coupe Gagarine. Da Costa, qui avait perdu une finale (avec le CSKA) au match 7 face à Magnitogorsk, fera décidément des cauchemars de cet adversaire.
C’est en effet encore face au Metallurg qu’Ekaterinbourg s’est incliné. La malchance a frappé dans ce derby de l’Oural. Le gardien suédois Johan Mattsson, alors solide, a en effet été victime d’une élongation musculaire alors que son équipe menait 3-0 au match 5. Son remplaçant Igor Bobkov a réussi à sauver la victoire (6-3) mais il s’est écroulé deux jours plus tard en permettant à Magnitogorsk d’égaliser dans la série. L’Avtomobilist avait l’avantage de la glace au match décisif (à la différence de buts car les adversaires avaient terminé avec le même nombre de points) et Bobkov s’y est montré plus solide. L’Avtomobilist semblait donc parti pour se qualifier en menant 3-1 à sept minutes de la fin… mais il a été la première équipe de KHL éliminée en menant de deux buts dans un match 7 (le Severstal l’imitera deux heures plus tard). Le scénario fut très cruel en prolongation : un tir du défenseur Aleksei Vasilevsky a frappé la barre transversale quelques minutes avant le but fatal.
Le manager Maxim Ryabkov – critiqué pour les échecs répétés du club en play-offs alors qu’il dispose d’un gros budget depuis son arrivée – a pourtant été optimiste lors de la conférence de presse de fin de saison. Il n’a pas tardé à annoncer la prolongation de l’entraîneur Nikolai Zavarukhin. Mais la réduction de 5 à 3 étrangers frappe le club de plein fouet. Nick Ebert et Brooks Macek avaient encore un an de contrat, il ne restait donc qu’une place… et elle sera pour Stéphane Da Costa qui a resigné pour deux ans. Il a signé du même coup son exclusion de l’équipe de France, la FFHG appliquant comme presque toutes les autres fédérations européennes le boycott d’une ligue utilisée comme outil de propagande par un pays de guerre.
Sibir Novosibirsk (12e) : un déménagement politique reporté
Lorsque l’Avtomobilist a freiné, le Sibir s’est retrouvé en tête de la course en Conférence Est, ce qui ne lui était plus arrivé depuis huit ans. Il paraissait alors l’équipe la plus constante de la KHL, n’ayant connu aucun passage faible. Mais cette première place était empoisonnée : la formation sibérienne a reculé en un mois à la sixième place finale, la même que l’an passé, et a encore été éliminée au premier tour, en cinq manches par l’Avangard.
Le Sibir a été porté par quatre joueurs-clés qui ont tous mis la moitié de leurs buts en jeu de puissance. Même en manquant la présaison parce que son père était malade et en ratant quelques matches au Nouvel An pour la naissance de son enfant, le distributeur de jeu à la ligne bleue Trevor Murphy a été le deuxième pointeur des défenseurs de KHL. Premier joueur du club à signer un quadruplé (fin septembre contre le Vityaz), Aleksandr Sharov, qui n’avait jamais dépassé 30 points, en a inscrit 50… l’année de ses 27 ans, âge qui lui permet de devenir agent libre. Le chouchou du public en profitera pour signer à Ufa. Rentré dans sa ville d’origine Novosibirsk l’été passé, Vladimir Butuzov a inscrit 22 buts en faisant du cercle gauche son territoire pour des one-timers. Taylor Beck a un temps pris sa position mais le lui a rendu après discussion entre les joueurs : l’ailier canadien droitier préfère jouer à droite même en supériorité numérique car il est plus créateur que finisseur.
Ces quatre hommes ont marqué 38 buts en powerplay… contre 6 pour les autres joueurs de l’équipe ! L’adversaire en play-offs, l’Avangard, s’est montré supérieur dans le domaine car il disposait de deux blocs très forts, et non d’un seul.
Le Sibir a dû se livrer à une lutte d’influence interne pour mettre toutes les chances de son côté. Le déménagement dans sa nouvelle aréna juste avant les play-offs a été décidé contre la volonté de l’équipe, qui savait qu’elle perdrait ses repères, a fortiori en quittant une surface de jeu finlandaise (28 mètres de large) pour une glace canadienne (26 mètres). Ce fut une annonce politique, prise par le président du comité directeur du club qui n’est autre que le gouverneur de la région de Novosibirsk, Andrei Travnikov. Il tenait absolument à inaugurer ce bâtiment. Pour couper court aux critiques, la réception en avait été prononcée le 30 décembre par communiqué de presse alors qu’il n’était pas vraiment prêt : c’est qu’à cette date, il aurait dû accueillir le Mondial junior qui a été retiré à la Russie ! Or, aucune des infrastructures promises n’était achevée : ni le nouveau terminal de l’aéroport, ni le quatrième pont sur l’Ob, encore moins la station de métro. Finalement, le déménagement a été reporté à la saison prochaine, et c’est dans son ancienne patinoire que le Sibir a été éliminé en cinq manches par l’Avangard.
Le Sibir a toujours été une équipe de travailleurs, mais elle devra agrémenter de spectacle offensif son enceinte flambant neuve. Elle accueillira 10 500 spectateurs au lieu de 6000, alors que le Sibir est le club russe qui compte le plus sur ses recettes aux guichets : il fait toujours le plein alors que les billets sont parmi les plus chers de KHL au niveau des grandes métropoles Moscou et Saint-Pétersbourg. C’est sans doute ce qui motive le changement d’entraîneur : Andrei Martemyanov n’a pas été prolongé après deux ans et sera remplacé par David Nemirovsky, coach canadien à passeport russe d’origine ukrainienne (ses parents ont migré d’Odessa à Toronto).
Vityaz oblast de Moscou (13e) : le Roy incontesté et le fils du président
La première saison du Vityaz à Balashikha – ville qui lui a déroulé le tapis rouge pour occuper sa patinoire vide – a été un grand succès sportif. Les quatre victoires d’affilée en début de saison ont donné le plein de confiance à l’équipe, qui a remporté les confrontations directes à chaque fois qu’un adversaire revenait menacer sa place dans le top-8 de l’Ouest. Même si elle a été la première éliminée des play-offs (contre le Lokomotiv), elle y a gagné un match pour la première fois de son histoire.
Une bonne performance si on considère que le Vityaz dépasse à peine le plancher salarial (égal à la moitié du plafond). Le tiers de la masse salariale est dépensé sur les trois étrangers : le centre Tyler Graovac (longtemps gêné par une fracture de la mâchoire), son ailier Scott Wilson et surtout l’indispensable défenseur Jérémy Roy, une belle trouvaille du manager Igor Varitsky qui a toujours eu la main chaude avec les étrangers.
Un Roy seul ne peut pas tout, il faut bien qu’il y ait dans son royaume des sujets ayant quelques qualités… Elles ne sont pas les plus évidentes chez Igor Golovkov, seul joueur à gagner un salaire comparable aux étrangers. Explication gentille : ce défenseur physique est un symbole du club depuis onze ans. Explication méchante (et bien plus réaliste) : il est le fils du président du club Mikhaïl Golovkov, et avait d’ailleurs débuté au Dynamo quand papa le présidait. Le fiston a eu de très loin la pire fiche (-13) mais chut, le paternel est trop indispensable car on ne sait pas si le club lui survivra.
Le contraste est saisissant avec les fiches formidables d’un trio russe : Stepan Starkov (+22) – Kirill Rasskazov (+20) – Vladislav Kara (+19). La subtilité technique de Rasskazov était connue mais il a toujours été handicapé par son patinage. Ses ailiers n’avaient jamais approché un tel niveau, Kara n’étant même pas titulaire en KHL. L’autre immense surprise est le Maksim Dorozhko, qui était vu comme un gardien moyen même au niveau inférieur (VHL). Il ne devait être que le numéro 2 derrière Dmitry Shikin, il a fait bien mieux. Dorozhko a bouclé sa toute première saison à 94% d’arrêts et a été invité au All-Star Game. Il reste à savoir si toutes ces révélations sauront confirmer cette année exceptionnelle.
Severstal Cherepovets (14e) : plus apprécié ailleurs que soutenu chez lui
Triste cité industrielle, Cherepovets est plutôt riche pour une ville de province russe avec l’argent de la compagnie sidérurgique Severstal. La frange la plus aisée des amateurs de hockey n’hésitait pas à partir à Yaroslavl ou à Moscou en se détournant de l’équipe locale. Elle est revenue avec les meilleurs résultats, mais ce public reste extrêmement exigeant. Certains spectateurs sont ainsi partis après la première période en octobre quand l’équipe était menée 0-4 par Ufa. Ils ont raté une fantastique remontée et une fin de match folle (4-5). Les hockeyeurs méritent un soutien plus fidèle. Ils ont maintenu leur niveau après le départ de quatre joueurs importants à l’intersaison, essentiellement remplacés par des juniors et des joueurs de division inférieure.
Les performances ont encore mis en valeur le travail d’Andrei Razin, qui fait office à la fois d’entraîneur et de directeur sportif. Il a fait des miracles avec un petit budget en dénichant et développant des talents. le Biélorusse Aleksandr Suvorov jouait 6 minutes par match au Dinamo Minsk. À Cherepovets – une équipe classée devant Minsk ! – il a pris des rotations régulières et s’est révélé un buteur capable d’être décisif. Razin, qui mène lui-même les négociations, a réussi peut-être le meilleur échange de la saison, presque du vol : il a envoyé le gardien Podyapolsky au SKA et obtenu Aleksandr Samonov, qui était le portier de l’équipe de Russie avant son exclusion internationale mais dont la cote avait rechuté, plus le jeune défenseur Daniil Pylenkov, qui était un anonyme parmi d’autres à Saint-Pétersbourg mais a pris le plus gros temps de jeu au Severstal.
Le gardien international russe Samonov s’est surpassé en play-offs quand le Severstal a poussé le CSKA tenant du titre au septième match. L’équipe de Cherepovets a même mené 2-0 lors de ce match 7 à Moscou, avant de s’incliner 5-3. Si près d’un exploit incommensurable (face au futur champion), Razin était sincèrement déçu et inconsolable. Il savait qu’il ne ferait sans doute jamais mieux dans ce petit club. Il a signé dans l’équipe où il avait brillé en tant que joueur, Magnitogorsk, où le président du combinat métallurgique l’a étonné en se souvenant de la confrontation entre leurs deux équipes (Razin avait joué la moitié du dernier tiers sans gardien et renversé le score de 0-3 à 4-3). Comment le Severstal s’en sortira-t-il sans lui ? À Cherepovets, les spectateurs iront-ils de nouveau voir ailleurs ?
Neftekhimik Nijnekamsk (15e) : un gardien improvisé sorti de sa retraite
Le Neftekhimik a commencé la saison par une abominable série de dix défaites. Si l’entraîneur n’a pas été remis en question pour autant, c’est parce que le recrutement du club tatar présentait des carences trop évidentes. Trois recrues à peine arrivées ont été virées dès le mois de septembre, car loin du niveau requis : les attaquants Samuel Buček et Denis Parshin, tous deux en provenance du faible championnat slovaque, et le gardien Aleksei Murygin.
Ce dernier a été remplacé par Emil Garipov, en disgrâce au Traktor. Le nouveau venu s’est alors mis à jouer comme à ses meilleures années à Kazan et a remporté 6 victoires en 7 matches. Le gardien tatar a ainsi ramené Nijnekamsk dans la course, un legs psychologique essentiel sur lequel l’équipe a ensuite su bâtir… sans lui. Garipov a en effet subi une opération pour une cause non révélée. Le duo Andrei Tikhomirov – Alexander Sudnitsin a fini la saison, mais quand ils se sont blessés tous les deux, le quatrième gardien inexpérimenté (Ozolin) était tout seul. On a alors demandé à l’entraîneur des gardiens de l’équipe junior, Andrei Kislitsyn, d’enfiler l’équipement ! Retraité depuis deux ans et demi, il a même joué – et gagné 5-4 sur la glace du Vityaz – un match après seulement dix jours d’entraînement. La belle histoire insolite de la saison, digne des gardiens d’urgence parfois sous les projecteurs en NHL.
Malgré ces péripéties, l’équipe avait trouvé un rythme de croisière. Un passager devait quitter le navire, Yohann Auvitu, dont la seconde expérience en KHL n’a duré – comme la première – que quelques mois. Le jeu n’en valait sûrement pas la chandelle : sa signature dans une Russie menant une guerre d’agression lui vaut d’être persona non grata en Finlande, le pays qui l’a révélé, au point de ne pas vouloir rejoindre l’équipe de France pour le Mondial dans ce pays par crainte de la presse locale (notons que le gentleman agreement des clubs finlandais a été brisé depuis car les Pelicans ont engagé Michal Jordan qui a passé le début de saison en KHL et fini en Suisse exactement comme Auvitu).
Finissant la saison avec un seul étranger, l’attaquant Anthony Camara, le Neftekhimik a été mené de main de maître par Pavel Poryadin, un des joueurs les plus rapides de KHL. Le hockey mis en place par l’entraîneur Oleg Leontiev était apprécié pour ses combinaisons spectaculaires et son forechecking agressif. Croisant pour la troisième fois de son histoire le « grand frère » tatar Kazan en play-offs, le Neftekhimik a gagné pour la première fois un match – et même deux – en s’appuyant sur sa mobilité supérieure à ses adversaires expérimentés. Avec des gardiens un peu meilleurs, il aurait même pu créer une immense sensation.
Dinamo Minsk (16e) : les jeunes progressent sans compétitions internationales
Si la Russie a un tel réservoir qu’elle aura toujours de bons hockeyeurs, on pourrait se dire que c’est le Bélarus qui a le plus à perdre dans l’exclusion des compétitions internationales. C’est contre-intuitif mais ce ne sera pas forcément le cas. C’est au moment où le Dinamo Minsk n’a plus à être le club de base de l’équipe nationale qu’il n’a jamais autant mis en valeur les jeunes espoirs du pays. Vladimir Alistratov a été aligné à 21 ans sur le premier trio offensif (aux côtés de Ryan Spooner et Brandon Kozun) et a obtenu du temps de glace dans toutes les situations de jeu. Le Dinamo n’a pas hésité non plus à passer toute la saison avec deux jeunes gardiens de 20 à 22 ans, Aleksei Kolosov et Konstantin Shostak.
Il n’est pas inutile de rappeler cette place objective laissée aux jeunes quand on sait que la presse russe n’a cessé de critiquer l’entraîneur Craig Woodcroft pour un traitement différencié entre les joueurs nord-américains d’un côté, qui auraient leur place garantie et se verraient tout pardonner, et les autres qui encaisseraient les proches. Mais à vrai dire, ces pratiques supposées ont surtout été dénoncées par des joueurs russes, pas biélorusses. Le vétéran Aleksei Emelin a déclaré qu’il voulait « oublier le Dinamo Minsk comme un cauchemar » après son échange au Spartak. Pavel Varfolomeyev, qui pouvait se vanter de stats proches des étrangers en dépit d’un temps de jeu moindre (sauf aux tirs bloqués où il était dernier de l’équipe), a aussi été écarté de l’équipe début février après un conflit avec le coach.
On présentait Woodcroft comme pressé d’en finir et peu concerné, comme s’il avait perdu son intérêt habituel pour le développement des joueurs. On disait aussi que le Dinamo Minsk ne devait sa qualification en play-offs qu’à la faiblesse de ses adversaires et au sabordage du Spartak qui a fait valser ses entraîneurs. Mais en play-offs, le club biélorusse a livré un beau combat face au SKA Saint-Pétersbourg, facile vainqueur de saison régulière, en le tenant pendant six matches. Après le dernier passage obligé du remerciement au dictateur bien-aimé (« Cher Président ! Merci beaucoup de la part de tout le monde ici. Nous sommes profondément reconnaissants pour tout ce que vous faites pour le hockey »), venu participer à un entraînement commun avec l’équipe pour un reportage relayé par la chaîne Telegram officieuse de la présidence biélorusse, Woodcroft a bien quitté Minsk à expiration de son contrat au 30 avril. C’est Dmitri Kvartalnov qui l’a remplacé dans toutes ses fonctions, y compris à la tête de la sélection nationale qu’il a dirigée début mai lors du tournoi au Kazakhstan (qu’elle a remporté).