Trois ans après, Amiens a regoûté à la victoire en play-offs. Finie la série infernale de onze défaites de rang en après-saison, les Gothiques ont (enfin) ré-enclenché la marche avant dans cette “nouvelle saison” si chère à Mario Richer. Le tout au prix d’un jeu physique, agressif – parfois trop – qui a laissé Jordan Lepage de côté pour protocole commotion depuis vendredi soir côté picard, ainsi que Florian Chakiachvili chez le rival rouennais, pour le même motif. Annoncé un temps dans ce protocole par son entraîneur, Enzo Cantagallo – absent samedi soir – est pourtant bien de retour dans l’alignement pour ce troisième match du quart de finale entre les deux “meilleurs ennemis” des plaines. Suspendu pour deux rencontres après révision vidéo, Rudy Matima est quant à lui à nouveau présent dans l’attaque samarienne.
Dominateurs dans les duels et dans le jeu lors du match 2 à Rouen, les Gothiques seront-ils en mesure de reproduire la même performance pour passer devant dans la série contre des Rouennais en quête de réponse face aux nombreuses incertitudes qui traînent depuis de très nombreuses semaines ?
Amiens fait la course en tête…
Plus calme dans les coups mais toujours aussi intense dans les duels, ce troisième volet du quart de finale n’accouchait pas d’un sommet de jeu dans les premiers instants. À se jauger, les deux formations tentaient de jouer par à-coups et les occasions n’étaient pas légion. Alors quand était sifflée la première supériorité numérique – en faveur des Gothiques – cela ressemblait à une occasion de rêve pour enflammer les tribunes. Malgré une première minute où le jeu était posé mais Lackovič pas vraiment inquiété, les Picards ne baissaient pas de rythme. Après un lourd lancer de Magovac, la rondelle traînant près du but était récupérée par Maïa qui couchait Lackovič et ouvrait la marque (1-0, 8’19). Légèrement réveillés par ce but encaissé, les Dragons tentaient de réagir mais ne cadraient que trop peu pour faire peur à Kozun. Et s’ils bénéficiaient à leur tour d’un powerplay, ce dernier était stérile et tranquillement tué par la défense locale.
Malgré une légère domination dans le jeu mais surtout les intentions, Amiens était tout sauf à l’abri. Et sur une action anodine, Rouen rappelait pourquoi il fallait toujours se méfier des Dragons. Derrière le but, Simonsen se jouait de la défense et servait Avonde seul dans le slot mais le jeune Rouennais butait à deux reprises de près sur un Kozun vigilant (14’30). Un coup de chaud rapidement éteint sur un contre d’école parfaitement exécuté qui voyait Svanenbergs nettoyer facilement la lucarne d’un Lackovič médusé (2-0, 16’34).
En supériorité pour finir la première période et commencer la deuxième, les Seinomarins apportaient un semblant de réaction par l’intermédiaire de leur “top scorer” en playoffs. Sur la droite, Bengtsson manquait de peu la lucarne de Kozun (20’30) à un de plus avant de faire mal à égalité numérique. Lancé sur la droite, il laissait derrière lui à Perron qui trouvait Lindelöf au deuxième poteau et ce dernier envoyait le palet dans la lucarne et relançait les débats (2-1, 24’40).
… avant de craquer
Sortant légèrement la tête de l’eau, les Rouennais n’étaient pas loin d’y replonger assez rapidement. Sur une séquence à quatre contre quatre, Cepon – désaxé – repiquait et tentait d’ajuster Lackovič mais ne cadrait pas (28’). Dans les instants qui suivaient, Kozun réalisait une relance de grande classe pour trouver Svanenbergs complètement seul dans le dos de la défense mais le Letton était stoppé par les montants du dernier rempart adverse (30’). Quelle réponse pour Rouen ? Un contre, également ! Lancé à son tour dans le dos de la défense, Perron s’en allait défier Kozun mais pedait son duel (31’30).
À peine le temps de digérer cette situation que les Dragons pouvaient s’en mordre les doigts. Bergeron prenait un lourd lancer depuis la ligne bleue, Matima déviait et trompait Lackovič (3-1, 32’01). Trompé pour la troisième fois de la soirée, le gardien slovaque était par la suite décisif. Alors que Plagnat arrivait en face-à-face avec lui et le mettait au sol, Lackovič élevait la jambe comme il faut pour empêcher le palet de rentrer (38’30).
Une parade capitale et proche de faire tourner la partie quand une minute plus tard, Perron partait à son tour en break, prenait un puissant lancer… mais était stoppé par la barre transversale de Kozun (39’30) !
Si la dernière période démarrait par une opportunité pour Plagnat, d’une déviation subtile qui manquait de peu le cadre après un tir de Cepon (41’30), la suite basculait assez nettement en faveur des Rouennais. Le tout, à l’aide d’une double supériorité numérique vigoureusement contestée par le banc et le public amiénois. Si la pénalité de Brittain ne faisait aucun doute, c’était celle attribuée à Phelan sur l’engagement qui provoquait la colère de Mario Richer. Malgré la véhémence du coach québécois, deux minutes de double infériorité (45’43) étaient à venir pour ses joueurs dans un tournant de ce match 3. Malgré un premier dégagement, les Rouennais parvenaient à s’installer en zone offensive, Rech repiquait dans l’axe, transmettait à Lindelöf sur sa droite dont le tir ne laissant aucune chance à Kozun (3-2, 46’15).
Lindelöf en héros
Avec encore 1’30 de supériorité à faire, les Normands semblaient avoir la mesure de retourner les choses. Pour autant, Rech se rendait coupable d’une mauvaise charge contre la bande sur Plagnat et était à son tour envoyé au cachot. Mais ce 4 contre 4 ne calmait pas les ardeurs rouennaises. À la relance et arrivé en zone offensive, Perron donnait à Vigners qui profitait d’une défense s’oubliant quelque peu et le laissait tranquillement ajuster Kozun pour égaliser (3-3, 47’03).
Revenus à hauteur et désormais presque en contrôle du jeu, les protégés de Fabrice Lhenry cherchaient à faire mal et à prendre les commandes sans attendre les prolongations. À ce petit jeu, Glad, depuis la bleue, tentait sa chance mais était stoppé par Kozun (49’). Le gardien amiénois était ensuite redoutable pour réaliser un double arrêt de près devant Kytnar (50’) et maintenir son équipe à flots. Des arrêts presque payants lorsque le Coliseum voyait Gibert être trouvé sur la gauche de la zone offensive, se présenter face à Lackovič pour un duel décisif… mais être mis en échec par le gardien seinomarin (54’30).
Poussés en prolongation malgré leur avantage de deux buts à l’entame du dernier vingt, les Gothiques devaient mettre un dernier coup de collier pour ne pas tout gâcher. Bergeron tentait de le donner d’entrée de période supplémentaire en repiquant depuis la droite mais Lackovič se montrait solide (60’30). Ce qui semblait être un bon début s’avérait être finalement un simple sursaut d’orgueil.
Disciplinés et appliqués, les Rouennais prenaient petit à petit le contrôle du jeu à 3 contre 3, par l’intermédiaire de son duo Kytnar – Rech qui conservait la possession et ne laissait que très peu aux locaux. Au point de les pousser à la faute quand l’international français rentrait tranquillement et sans aucune pression en zone offensive, se retournait et trouvait un Lindelöf libre de tout marquage. Le défenseur suédois fonçait sur Kozun, feintait et envoyait le palet entre les jambières de Kozun pour s’offrir un triplé et faire exulter les 200 supporters normands venus jusqu’en Picardie (3-4, 63’29).
Un temps en contrôle avant de dévisser totalement suite à une double infériorité qui a remis les Rouennais dans la rencontre mais ne peut pas servir d’excuse, Amiens pourra longtemps avoir des regrets pour ses errements défensifs à des moments cruciaux. Néanmoins, aucune place à la frustration n’est possible pour les Samariens, sous peine de repartir à Rouen avec deux manches de retard. Le tout probablement sans Josh Brittain, dont l’altercation avec Lackovič qui a fini par mettre au sol un des juges de ligne n’est pas passée inaperçue et devrait être sanctionnée.
Du côté des Dragons, si le couperet est passé près, le soulagement est finalement de mise. Pour autant, ce match 3 doit servir de piqûre de rappel car les Gothiques ne lâcheront très certainement pas deux matches de cette manière deux soirs de suite. Le match 4, ce mercredi, apportera beaucoup de réponses et très certainement un tournant dans cette série très chaude et accrochée, dans tous les sens du terme.
Élus meilleurs joueurs du match : Aleksandar Magovac (Amiens) et Alexander Lindelöf (Rouen)
Amiens – Rouen 3-4 après prolongation (2-0, 1-1, 0-2, 0-1)
Mardi 4 mars 2025 à 20h15 au Coliséum. 3220 spectateurs.
Arbitres : Adrien Ernecq et Pierre Dehaen assistés de Maxime Laboulais et Quentin Cady
Pénalités : Amiens 16’ (4’, 6′, 6’, 0’) ; Rouen 12′ (2′, 6’, 4’, 0’).
Tirs : Amiens 22 (7, 7, 7, 1) ; Rouen 39 (11, 11, 12, 5).
Évolution du score :
1-0 à 07’19’’ : Maïa assisté de Magovac et Svanenbergs (sup. num.)
2-0 à 16’34’’ : Svanenbergs asssité de Mony
2-1 à 24’40’’ : Lindelöf assisté de Perron et Bengtsson
3-1 à 32’01’’ : Matima assisté de Bergeron et Gibert
3-2 à 46’14’’ : Lindelöf assisté de Rech et Perron (double sup. num.)
3-3 à 47’02’’ : Vigners assisté de Glad et Perron
3-4 à 63’29’’ : Lindelöf
Amiens
Attaquants :
Antonin Plagnat (+1) – Janis Svanenbergs (+1) – Rudy Matima (+2)
Zachary Lavigne (C, 2’) – James Phelan (4’) – Ilies Djemel (-1)
Bastien Maïa (A, -1) – Julien Tessier (A, +1, 2’) – Jesper Larinmaa (4’)
Gauthier Gibert (+1) – Noa Besson (-1)
Défenseurs :
Aleksandar Magovac (-1) – Kristjan Čepon
Justin Bergeron (2’) – Mathieu Mony (+1)
Josh Brittain (2’) – Guillaume Roussel (-1)
Gardien :
Taran Kozun
Remplaçants : Raphaël Châteauvieux (G), Ugo Tocquin, Raphaël Opoma. Absents : Clément Fouquerel (pas apte), Jordan Lepage (commotion), Anatole de Mali (choix)
Rouen
Attaquants :
Sebastian Bengtsson (+1) – Francis Perron (+2) – Rolands Vigners (+2)
Anthony Rech (A, -1, 2’) – Milan Kytnar (A, -1, 2’) – Tommy Perret (-1)
Loïc Lampérier (C) – Vincent Nesa (2’) – Jared Dmytriw
Quentin Tomasino (-1) – Johannès Avonde (-1) – Thomas Simonsen (-1)
Défenseurs :
Daniel Glad (+1, 2’) – Juho Tommila (-1)
Dylan Yeo (-1, 2’) – Guillaume Naud (-1)
Alexander Lindelöf (+2) – Enzo Cantagallo
Matteo Perdrix
Gardien :
Jakub Lackovič
Remplaçant : Gaëtan Richard (G). Absents : Oskari Setänen (choix), Florian Chakiachvili, Jordann Hervé, Robin Colomban (commotions), Noa Goncalves (blessé)