La suite de la présentation de la saison 2016-2017 de la NHL nous emmène dans la conférence Ouest. Le finaliste 2016 parviendra-t-il à faire aussi bien ? La concurrence de deux voisins et de jeunes équipes aux dents longues offre une division Pacifique très ouverte.
San José Sharks
Pour la première finale de coupe Stanley de son histoire, San José a défendu vaillamment ses chances, poussant Pittsburgh à disputer six matchs. Malheureusement pour les hommes de Peter De Boer, la vitesse adverse était encore supérieure à la leur… Surtout, c’est la profondeur de banc qui a manqué.
Le manager général Doug Wilson l’a bien compris et s’est efforcé de régler le problème à l’intersaison. On ne compte ainsi que trois départs : le gardien remplaçant James Reimer, le défenseur de troisième paire Roman Polak – en difficulté en finale – et Matt Tennyson, arrière d’appoint. Après avoir resigné Tomas Hertl pour deux ans, Wilson a signé deux agents libres au 1er juillet : le défenseur David Schlemko (New Jersey) et l’ailier danois Mikkel Boedker (Colorado).
L’arrivée du rapide Boedker offre immédiatement une troisième ligne bien plus menaçante. San José bénéficie déjà d’un top-6 de grand talent, avec les vétérans Joe Thornton, passeur génial, et Patrick Marleau, buteur rapide. Les deux hommes ont 37 ans, mais restent productifs. Le capitaine Joe Pavelski, roi des buts en déviations, s’affiche comme le finisseur-clé de l’équipe, mais le polyvalent Logan Couture, impérial en playoffs, n’est pas en reste. Avec le jeune Hertl en pleine progression, la finition n’est pas en cause. Joel Ward et les jeunes Chris Tierney, Matt Nieto, Joonas Donskoi et Melker Karlsson offrent un bon mélange de vitesse, échec avant et travail défensif. Bref, l’attaque est clairement meilleure que l’an dernier, si les vétérans ne déclinent pas.
La défense tourne autour du redoutable Brent Burns, profil rare alliant puissance physique et audace offensive. Son tir est une arme ultime, provoquant rebonds, déviations ou simplement attirant la défense pour libérer des espaces près de la cage. Bien couvert par Paul Martin, il donne aux Sharks deux paires défensives de haut vol, Marc-Edouard Vlasic étant chargé du travail contre les meilleurs trios avec Justin Braun. La troisième paire avait souffert contre Pittsburgh. Schlemko rejoint Brenden Dillon, en espérant un meilleur bilan. Dylan DeMelo ou Mirco Mueller pourraient jouer un rôle en cas de coup dur.
Le camp d’entrainement a permis de mettre en valeur quelques bons espoirs du club, notamment Nikolay Goldobin et Kevin Labanc, le sniper suisse Timo Meier étant encore blessé. Le trio est quasiment prêt pour la NHL…
Martin Jones ayant gagné ses lettres de noblesse grâce à des playoffs de rêve, San José n’a guère de souci dans les cages et a décidé de choisir son remplaçant en interne. Aaron Dell est donc l’un des rares rookies gardien de la saison, et ne compte aucun match NHL.
L’effectif quasi inchangé des Sharks a pris confiance et de l’expérience. Les joueurs savent désormais ce qu’il faut faire pour atteindre la finale…
Anaheim Ducks
Parmi tous les observateurs, l’équipe qui reçoit le plus de votes pour « déclin probable », c’est Anaheim. Les Ducks sont en effet empêtrés dans le plafond salarial, ont changé de coach et affichent des cadres vieilissants…
Principal changement, l’arrivée de Randy Carlisle, qui remplace Bruce Boudreau. Carlisle, qui a déjà entrainé Anaheim, n’a pas fait grand chose depuis, échouant notamment à Toronto. Son style ne semble plus vraiment adapté à la NHL moderne.
Pour le plafond salarial, le manager général Bob Murray s’arrache les cheveux. Rickard Rakell et Hampus Lindholm ont manqué le camp d’entrainement faute de contrat. Le premier a finalement re-signé mais manque le début de saison pour des soucis de visa, le deuxième a prolongé après un mois de compétition. Les Ducks ont du attendre la blessure de Simon Després après deux semaines (!) pour avoir de la place dans la masse salariale ! Une gestion folle, qui laisse présager de plus grands mouvements…
Offensivement, le duo Ryan Getzlaf-Corey Perry porte toujours l’équipe, avec l’abrasif Ryan Kesler en deuxième ligne. Les trois joueurs ont désormais 32 ans, et on voit mal qui pourra faire la différence hormis eux. Rakell donc, Jakob Silfverberg également, mais après ? Les Ducks ont signé à l’intersaison Antoine Vermette (34 ans) et Mason Raymond, peu en verve ces dernières années. Quant à Nick Sorensen (22 ans) et Nick Ritchie (20 ans), ils manquent singulièrement d’expérience. Andrew Cogliano, iron-man incroyable (aucun match NHL manqué depuis le début de sa carrière en 2007, soit 704 matchs consécutifs !) reste un outil précieux en infériorité et sur le troisième bloc. Signer l’inutile Jared Boll et le robuste Ryan Garbutt pour boucher le banc n’apparait pas vraiment décisif…
Avec cette attaque inquiétante, Anaheim devra bien défendre. Resigner Lindholm restait donc une priorité… En attendant, Cam Fowler et Sami Vatanen sont les deux meneurs des lignes arrières, accompagnés des vétérans Kevin Bieksa et Clayton Stoner. Korbinian Holzer et le jeune suédois Jacob Larsson (19 ans) complètent l’alignement.
Dans les cages, le staff a tranché et expédié Frederik Andersen à Toronto. John Gibson est définitivement numéro 1, relayé par Jonathan Bernier.
Au final, on a du mal à croire en cette équipe d’Anaheim, qui manque de certitudes à tous les postes. Triple vainqueurs de la division Pacifique, ils ont déjà étonné plus d’une fois. Mais trois éliminations de suite dans un septième match à domicile, cela commence à faire beaucoup.
Los Angeles Kings
Vainqueur en 2012 et 2014, Los Angeles espère revenir à son meilleur niveau après une performance piteuse au premier tour face aux Sharks. Pour cela, le manager général Dean Lombardi a choisi de faire du ménage dans son effectif.
L’entraineur Darryl Sutter et son manager général avaient mis en cause la mentalité suffisante de l’équipe. Sanction immédiate : Dustin Brown perd son capitanat au profit d’Anze Kopitar, et semble un sérieux candidat au départ, son salaire n’étant plus en adéquation avec une production anecdotique.
Milan Lucic, en fin de contrat, n’a pas été resigné et est parti à Edmonton. Exit aussi Luke Schenn et Jamie McBain, partis dans l’Arizona, ainsi que Jhonas Enroth (Toronto) et Kris Versteeg (Calgary). En retour, les Kings se sont offerts sur le marché des agents libres Teddy Purcell, Tom Gilbert et Jeff Zatkoff, entre autres.
Offensivement, Kopitar reste la plaque tournante, mais il a perdu Marian Gaborik, blessé lors de la Coupe du monde, pour les deux premiers mois. Un coup dur, qui ouvre la porte au retour de Devin Setoguchi. L’ancien buteur des Sharks a connu de graves problèmes d’alcoolisme et s’est refait une santé à Davos. Invité au camp, il a convaincu et rejoint l’effectif. Purcell jouera sur l’aile droite. La deuxième ligne des « 70 » ne change pas, avec Jeff Carter au milieu de Tanner Pearson et Tyler Toffoli. Pour le reste… le banc ne semble guère capable de produire offensivement, à l’image d’Andy Andreoff, Kyle Clifford, Dwight King, Jordan Nolan ou Trevor Lewis, buteurs très occasionnels. Par contre, côté impact physique, il y aura du monde… Un style de jeu dépassé ? Face à la profondeur de banc de leurs rivaux, cela parait un peu juste.
Le salut viendra-t-il de la défense ? Auréolé de son premier trophée Norris, Drew Doughty vient de remporter la Coupe du monde avec son partenaire Jake Muzzin. Derrière eux, Alex Martinez et Brayden McNabb constituent un duo sérieux. Les vétérans Gilbert et Matt Greene complètent le banc, avec l’espoir Derek Forbort.
Jonathan Quick reste l’indéboulonnable gardien numéro 1, et sa performance en demi-teinte à la Coupe du monde ne remet pas en cause cela. Malheureusement pour les Kings, Quick s’est blessé dès le premier match de la saison et laisse les Californiens dans une situation dramatique. Bloqués par une masse salariale au maximum, les Kings vont devoir essayer de survivre avec le duo Jeff Zatkoff-Peter Budaj. Un cauchemar pour Dean Lombardi…
Vancouver Canucks
On aimerait bien comprendre les choix de Jim Benning et Trevor Linden. Les deux hommes forts des Canucks de Vancouver multiplient les choix improbables depuis quelques années. La finale perdue en 2011 a semble-t-il laissé des traces, celles du mythe d’un retour à ce niveau. Mais le train semble passé pour la franchise de Colombie-Britannique.
L’entraineur Willie Desjardins devra plus ou moins s’appuyer sur les mêmes hommes : les frères Henrik et Daniel Sedin. Les jumeaux suédois, au club depuis 1999, sont en bout de course mais restent les seuls créateurs de jeu de l’effectif. Radim Vrbata parti, le staff est allé chercher Loui Eriksson, pas plus jeune, qui évoluait sur la même ligne à la Coupe du monde. Le trio se connait par coeur mais apparait bien seul pour mener l’offensive.
C’est que Vancouver ne dispose pas d’une profondeur de banc remarquable. Jannik Hansen, le jeune Bo Horvat peuvent produire en soutien, mais mener l’équipe ? Et que dire du reste ? Sven Baertschi ou Markus Granlund n’ont pas progressé, Jake Virtanen est encore tout jeune et il faut vraiment creuser pour trouver un autre espoir potable… Les signatures à l’intersaison consistent en une collection de joueurs au niveau très modeste, tels Jayson Megna, Michael Chaput, Borna Rendulic et Jack Skille, qui, tous, peinent à s’installer durablement en NHL.
La défense se trouve vaguement mieux lotie, et encore. Le vétéran Dan Hamhuis, lui aussi en bout de course, encadre le petit gabarit de Chris Tanev, Alex Edler et Erik Gudbranson, acquis de Florida contre l’espoir Jared McCann. Le quatuor tient la route, mais manque de relève.
Dans les cages, Ryan Miller demeure une option solide, avec un Jakob Markström en progression derrière lui. Les deux hommes ne sont pas en cause dans les résultats médiocres de l’équipe. Mais on imagine mal les Canucks accrocher les meilleurs. Une reconstruction plus concrète serait sans doute une meilleure option.
Edmonton Oilers
On attend toujours le retour des Oilers au premier plan. Après des années de bas de tableau et de choix de draft majeurs, la franchise de l’Alberta entrevoit le bout du tunnel. Peter Chiarelli, le manager général, a décidé de frapper fort à l’intersaison pour franchir enfin cette marche vers la respectabilité. 2016-2017, ce sera la bonne année…
À commencer par l’arena, enfin terminée. Les Oilers changent de patinoire, et espèrent que cette migration soit aussi celle de nouveaux exploits. Pour confirmer ce nouvel état d’esprit, Connor McDavid est devenu le plus jeune capitaine de l’histoire. Le prodige, encore éligible au mondial junior (!), n’a disputé que la moitié de la saison dernière sur blessure, mais a suffisamment marqué les esprits. Une année complète du numéro 97 pourrait porter l’équipe vers le sommet.
Troisième changement majeur : échanger Taylor Hall. Le numéro 1 de la draft 2010, 24 ans, faisait partie des satisfactions de l’équipe, mais a tout de même été expédié chez les Devils du New Jersey dans le but d’améliorer le secteur faible, la défense. La pression sur les épaules d’Adam Larsson, 23 ans, s’annonce monstrueuse, les fans ayant très mal digéré cet échange…
Pour l’offensive, Edmonton a signé Milan Lucic pour un contrat longue durée et lance dans le grand bain Jesse Puljujarvi, tombé par chance dans leur escarcelle au 4e rang de la draft, négligé par Columbus. Une aubaine ! McDavid dispose donc de nombreux compagnons de jeu : Jordan Eberle, Ryan Nugent-Hopkins, Patrick Maroon, Benoit Pouliot et Leon Draisaitl sont tous capables d’allumer les lampes… L’attaque ne sera pas un problème, la clé, c’est la défense. Drafter Puljujarvi a surtout rendu Nail Yakupov dispensable, et l’ancien n°1 de draft a été expédié à St. Luis contre un joueur mineur, Zach Pochiro, et un 3e choix conditionnel. Triste constat d’échec pour la direction des Oilers.
Larsson va devoir mener une ligne arrière rajeunie, avec Oskar Klefbom et Darnell Nurse, ainsi que le vétéran Mark Fayne. Brandon Davidson, séduisant rookie l’an dernier, cherchera à confirmer. Cela reste modeste, et la signature de Kris Russell au dernier moment offre un peu plus de solidité devant le gardien Cam Talbot, excellent sous le maillot canadien au dernier Mondial.
Le coach Todd McLellan parait disposer enfin d’un effectif équilibré. Suffisant pour renverser les trois formations californiennes ?
Arizona Coyotes
La reconstruction, c’est aussi le leitmotiv dans le désert de l’Arizona. Mais elle est beaucoup moins avancée que dans l’Alberta… Le budget n’a pas abouti à de nombreuses transactions. Ou plutôt, le jeune manager général de 28 ans, John Chayka, a profité de l’espace dans le plafond salarial pour obtenir de gros contrats « poids morts ». Il a ainsi accepté les contrats de joueurs comme Chris Pronger, à la retraite forcée depuis des années, Pavel Datsyuk, parti en Russie, ou Dave Bolland, lui aussi à l’infirmerie pour un temps indéterminé. Ces trois salaires pèsent chez les Coyotes, et, pour s’en débarasser, les autres formations ont cédé espoirs et choix de draft. De quoi continuer à accumuler des jeunes talents…
En attaque, Arizona, dispose de l’un des meilleurs groupes de jeunes de toute la ligue. Max Domi et Anthony Duclair ont brillé pour leur année rookie et chercheront à éviter le temps d’arrêt fréquent en deuxième année. Dylan Strome, 3e de la draft 2015, et Lawson Crouse, ancien premier choix de Florida, devraient débuter cette saison à 19 ans. L’expérience viendra du capitaine Shane Doan, encore fringant à 40 ans, du grand pivot Martin Hanzal et du rapide Tobias Rieder. Le banc semble cependant un peu juste et miser sur des quasi juniors pour porter l’équipe semble très ambitieux… Les arrivées de Jamie McGinn et Radim Vrbata feront du bien.
La défense n’est pas en reste. Oliver Ekman-Larsson constitue l’un des meilleurs arrières offensifs de la ligue, et mène souvent l’équipe en points. Connor Murphy a évolué en arrière fiable défensivement. Les observateurs sont moins emballés par le reste du banc, où Jakob Chychrun, 18 ans, « volé » à la draft avec le choix acquis de Detroit pour Datsyuk, a gagné sa place après un très bon camp. Les Coyotes ont aussi « recyclé » Anthony DeAngelo, arrière offensif drafté par Tampa Bay au premier tour et acquis contre un choix de draft. Les Coyotes restent à l’affût de joueurs à qui donner une nouvelle chance.
Cette formation radicalement jeune ne témoigne pas d’une rigueur défensive suffisante, même avec l’exigeant Dave Tippett sur le banc. Cela devrait donc donner beaucoup de travail au vétéran Mike Smith dans les cages… sauf qu’il s’est blessé dès le début de la saison. Le Québécois Louis Domingue et le vétéran d’AHL Justin Peters vont devoir assurer l’intérim. S’il y a une équipe que l’on voit bien finir dernière, c’est bien Arizona…
Calgary Flames
Comment situer Calgary ? En 2015, l’équipe dirigée par Bob Hartley atteignait le deuxième tour des playoffs et le coach gagnait le trophée d’entraîneur de l’année. En 2016, au fond du trou, le manager général limoge ce même entraîneur et les Flames manquent les playoffs. Il faut dire que la franchise de l’Alberta a probablement « surjoué », profitant d’une réussite insolente devant la cage et d’un gardien en état de grâce. Les deux paramètres déclinant l’année suivante, Calgary a été puni, la faute à une possession de palet très limitée.
Comme il n’y a guère eu de changement radical d’effectif, on peine à concevoir que l’équipe va changer son style d’un coup de baguette magique. La principale évolution se situe dans les cages, où Brian Elliott débarque de St. Louis pour renforcer un secteur critique. Le portier a brillé chez les Blues où il disposait d’un effectif rigoureux défensivement. Ce n’est pas le cas à Calgary…
La défense, pourtant, aligne des joueurs de valeur. Mark Giordano mène un quatuor doté de qualités offensives indéniables. Dennis Wideman, TJ Brodie ou Dougie Hamilton sont tous capables d’apporter le soutien à l’avant… mais défensivement ? Moins sûr !
Les jeunes loups de l’attaque affichent les mêmes lacunes en repli défensif, aspirés par la cage adverse. Certes, Sean Monahan et Johnny Gaudreau, resigné juste avant le début de saison, sont capables désormais de mener l’équipe, mais la perte de Jiri Hudler laisse un trou dans le top-6. Lancer dès 18 ans Matthew Tkachuk apparait comme un sacré pari. On trouve des trous béants dans le reste de l’alignement, avec un bottom-6 assez discutable.
Au final, Calgary ne finira sans doute pas dernier, mais une place en playoffs semble un exploit assez improbable.