On dit souvent qu’un match pour la troisième place est une affaire de motivation et de re-concentration. Les Tchèques, qui parlaient de la médaille de bronze sitôt la défaite consommée en demi-finale contre la Russie, devraient plus facilement digérer leur déception que les Canadiens, qui visent toujours l’or et sont tombés de très haut face à l’Allemagne.
La République Tchèque semble d’ailleurs mieux entrer dans le match. Elle s’installe régulièrement dans la zone offensive. Il faut attendre la huitième minute pour voir le premier tir canadien, un lancer en angle de Derek Roy en contre-attaque. Mais ce tir a de l’importance car Bourque, toujours aussi direct à la cage, est accroché par Růžička sur le rebond. Sur cette première supériorité numérique, un tir en angle d’Andrew Ebbett est dévié par une crosse puis un patin avant de passer sous le gardien Pavel Francouz (0-1).
Martin Růžička se rattrape tout de suite de sa faute en lançant fort à la cage. Kevin Poulin laisse un mauvais rebond vers Roman Červenka, dont le tir est contré par le défenseur, et le palet revient sur Růžička qui égalise (1-1). Mais sur l’engagement, le Canada s’installe et Chris Kelly dévie une rondelle envoyée de la ligne bleue par Goloubef (1-2). Les trois buts auront été marqués en l’espace de 31 secondes.
On reprend un peu son souffle, et les Tchèques repartent à l’assaut. Kubalík entre en zone en dribblant et donne un lancer à Růžička, puis c’est Tomáš Mertl qui tire en pivot dans l’enclave. Mertl est accroché par Goloubef dans la continuité de l’action. Pendant l’avantage numérique, Martin Růžička – maintenant que la réussite est revenue après sa cage ouverte manquée hier – multiplie les lancers dans sa position préférentielle dans le cercle gauche.
Les Tchèques font donc le jeu… et les Canadiens plantent une contre-attaque : Brandon Kozun centre pour Derek Roy – parti dans le dos de Nakladal – qui glisse du revers le palet sous Francouz (1-3). Avec deux buts de retard, on se demande si la mission ne devient pas impossible pour une équipe tchèque généralement peu efficace.
De fait, dans toute la période médiane, la République tchèque ne se crée pas d’occasion franche, même pas pendant leur supériorité numérique. Au contraire, Andrew Ebbett s’échappe en infériorité à la faveur d’un duel physique gagné dans la bande par O’Dell. La vitesse des Canadiens les rend capables de marquer à tout moment en contre.
Le match semble ainsi plié à un quart d’heure de la fin quand un centre de Brandon Kozun est superbement en lucarne par Andrew Ebbett, devant la cage au nez et à la barbe de Kundratek et du gardien Francouz (1-4). Est-ce fini ? Non, car les Tchèques répondent dans la minute qui suit. Pendant une pénalité différée contre Kozun, Horak entre en zone offensive et le palet contré par Chris Lee revient sur Jan Kovář qui lance à mi-hauteur côté plaque (2-4).
À dix minutes de la fin, le scénario se reproduit. Rob Klinkhammer sort le palet de la bande pour son capitaine Chris Kelly qui marque du haut des cercles (2-6). Réplique immédiate : l’autre capitaine, Martin Erat, lance exactement du même endroit, dans le haut du filet. Mais l’entraîneur canadien Willie Desjardins utilise alors son « challenge » pour contester ce but à cause de la présence de Zohorna qui a gêné Poulin pour s’avancer face au lancer : le but est refusé, et les Tchèques ont de quoi râler car le premier but russe avait été validé hier dans une situation comparable.
Wojtek Wolski fête son 32e anniversaire par un but, en insistant sur un énième rebond (2-6). Mais on n’en reste pas là. Une minute plus tard, Roman Červenka rabat le palet dans les airs sur un rebond. Cette fois, le ralenti vidéo est favorable aux Tchèques car la volée aérienne a été effectuée juste en dessous de la barre transversale (3-6). Les Canadiens sont pris à six sur la glace à trois minutes de la fin, et l’entraîneur tchèque Josef Jandač profite de la pénalité pour sortir son gardien et jouer à 6 contre 4. Un lancer de Mozík frappe le poteau, mais le jeu continue et Roman Horák décale bien Červenka dans le cercle droit (4-6). Il reste encore deux minutes et tout reste possible, mais les Tchèques ne remonteront pas plus loin.
Dans le couloir des vestiaires, les réservistes canadiens (y compris le blessé Scrivens et le suspendu Brulé) sont déjà habillés afin de célébrer cette médaille de bronze avec leurs coéquipiers. Pour ces joueurs qui n’auraient pas forcément rêvé d’une participation aux Jeux olympiques, cette médaille reste belle, même si ce n’est pas le métal rêvé des Canadiens.
Commentaires d’après-match
Martin Erat (capitaine de la République Tchèque) : « C’est vraiment terrible. Hier, les Russes étaient jouables, mais le match a basculé en leur faveur. Notre équipe voulait gagner. Nous avions tous les pré-requis pour la médaille d’or. Nous n’avons pas le bronze, mais nous avons tout mis pour y parvenir. C’est la fin pour moi. C’est mon dernier match en équipe nationale. »
Josef Jandač (entraîneur de la République Tchèque) : « Nous sommes très déçus. Nous voulions vraiment une médaille, mais malheureusement nous avons encaissé des buts rapprochés. Nous avons presque tué la pénalité, mais nous avons pris un but malchanceux à la fin, avec deux déviations. Nous avons répondu, et nous nous avons encore pris un but sur déviation. Ces rencontrent se décident souvent sur le premier but, et nous ne l’avons pas marqué. Ni hier, ni aujourd’hui. Après, l’équipe s’est contorsionnée, nos adversaires nous ont beaucoup regardés. Nous courions simplement après le score. Il faut aller de l’avant. Il n’y a pas d’autre voie, il en va ainsi dans la vie comme dans le sport. Ce n’est pas une tragédie. Nous ne nous sommes pas couvert de honte. Je suis fier d’avoir entraîné une équipe qui a tenu ensemble. Elle avait de l’envie, mais n’a pas réussi à renverser ces deux derniers matches. »
Jakub Nakládal (défenseur de la République Tchèque) : « Nous sommes très amers. Nous avions fait un bon tournoi, mais d’un autre côté, cela ne veut rien dire de gagner son groupe. Probablement, beaucoup de gens, nous compris peut-être, voyaient déjà une finale ou une médaille. Malheureusement, encore une fois, nous n’avons pas réussi les deux derniers matches. Cela s’était déjà produit à Prague, et auparavant à Minsk. Au troisième tiers, nous avons encore essayé, mais quand on encaisse six buts, on ne peut pas gagner. Nous sommes désolés pour les gens, ils nous attendaient tous, ils nous encourageaient en République tchèque devant leurs écrans de télévision. C’est dommage pour tout le monde, pas seulement pour nous les joueurs. Ces matches montrent la maturité et la résilience physique des joueurs. Par exemple, les Allemands sont en finale et personne ne l’aurait dit. Je doute qu’ils atteignent régulièrement la finale dans les prochains tournois. Il doit y avoir du bonheur là-bas, mais je ne sais pourquoi il n’est pas à notre portée. Quand l’enjeu monte, peut-être y a-t-il de la nervosité, un sentiment de ne pas avoir le droit à l’erreur. »
République Tchèque – Canada 4-6 (1-3, 0-0, 3-3)
Samedi 24 février 2018 à 21h10 au Centre hockey Gangneug. 4807 spectateurs.
Arbitrage de Timothy Mayer (USA) et Konstantin Olenin (RUS) assistés de Fraser McIntyre (USA) et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : République Tchèque 4′ (2′, 2′, 0′) ; Canada 6′ (2′, 2′, 2′).
Tirs : République Tchèque 34 (15, 5, 14) ; Canada 26 (9, 8, 9).
Évolution du score :
0-1 à 08’57 : Ebbett assisté de Robinson et Gragnani (sup. num.)
1-1 à 09’13 : Růžička assisté de Červenka
1-2 à 09’28 : Kelly assisté de Goloubef et Klinkhammer
1-3 à 15’57 : Roy assisté de Kozun et Bourque
1-4 à 45’50 : Ebbett assisté de Kozun et Goloubef
2-4 à 46’36 : Kovář assisté de Horák et Řepík
2-5 à 49’37 : Kelly assisté de Klinkhammer
2-6 à 55’23 : Wolski assisté de Howden
3-6 à 56’26 : Červenka assisté de Nakladal et Mertl
4-6 à 57’55 : Červenka assisté de Horák et Mozík (sup. num.)
République Tchèque
Attaquants :
Dominik Kubalík – Jan Kovář (A, +1) – Martin Erat (C, -1, 2′)
Roman Červenka – Tomáš Mertl – Martin Růžička (2′)
Tomáš Zohorna (-2) – Petr Koukal (-2) – Lukáš Radil (-1)
Michal Birner – Roman Horák – Michal Řepík
Défenseurs :
Adam Polášek (+2) – Jakub Nakládal (+2)
Jan Kolář (A) – Vojtěch Mozík
Michal Jordán (-4) – Tomáš Kundrátek (-3)
Ondřej Němec (-1)
Gardien :
Pavel Francouz [sorti de 57’00 à 57’55 et de 58’16 à 60’00]
Remplaçants : Dominik Furch (G), Michal Vondrka. En réserve : Patrik Bartošák (G), Ondřej Vitásek, Jirí Sekáč.
Canada (2′ pour surnombre)
Attaquants :
Mason Raymond – Eric O’Dell (-1) – Maxim Lapierre (-1)
René Bourque – Derek Roy (A, -1, 2′) – Brandon Kozun (+1)
Wojtek Wolski – Andrew Ebbett (+2) – Christian Thomas
Rob Klinkhammer (+2) – Chris Kelly (C, +1) – Quinton Howden (+3)
Linden Vey
Défenseurs :
Chris Lee (A) – Mat Robinson
Chay Genoway (-2) – Maxim Noreau (-1)
Marc-André Gragnani (+2) – Cody Goloubef (+4, 2′)
Karl Stollery (+1)
Gardien :
Kevin Poulin
Remplaçant : Justin Peters (G). En réserve : Ben Scrivens (G, clavicule), Stefan Elliott, Gilbert Brûlé (suspendu).