Cette fois c’est vraiment la dernière, après 72 années, le Hallenstadion de Zurich va dire au revoir à son équipe de hockey. Les ZSC déménageront à la mi-novembre (du fait de retards dans les travaux) dans leur nouvelle patinoire d’Altstetten et voudraient faire de ce match 6 le plus bel adieu à leur public dans ce qui fut leur antre depuis 1939. Vainqueurs des matchs 4 et 5 (à chaque fois sur le score de 4 à 1), les Zougois ont clairement le vent dans le dos. Les changements tactiques de Tangnes (coach de Zoug) ont porté leurs fruits : le brassage des lignes (avec Herzog monté en première ligne et Hofmann positionné sur la seconde) et l’entrée de Klingberg ont dynamisé l’attaque des champions en titre. Par ailleurs, Bachofner est promu en troisième ligne suite à la blessure de Suri (consécutive à la charge de Pedretti lors du match précédent) et De Nisco intègre pleinement le quatrième trio (il était treizième attaquant jusque là avec un temps de jeu nul à quasi-nul selon les rencontres). Notons également que le gardien Genoni a monté son niveau d’un cran et n’a capitulé que sur des exploits de Malgin lors des deux dernières rencontres. Krüger blessé, Grönborg (coach des ZSC) le substitue par Roe au sein du deuxième trio. Plus offensif que le Suédois, le centre canadien tentera d’animer une attaque zurichoise atone depuis deux matchs et qui ne repose que sur les fulgurances de sa ligne de parade Hollenstein – Malgin – Andrighetto, trio en grande souffrance au match 5 (différentiel cumulé de -10 pour les trois hommes).
Malmenés en début de match par Zoug lors des deux précédentes rencontres, Zurich se doit de mieux entamer le premier tiers. Dès la trente-neuvième seconde, Malgin trouve Andrighetto bien esseulé dans le slot mais Genoni ferme bien les jambières. Quelques instants plus tard, de l’autre côté de la patinoire, Jakub Kovář pare un tir de Cadonau du haut du slot puis la reprise de Senteler sur le rebond. Le gardien tchèque rassure également ses coéquipiers en captant de la mitaine un lancer lointain d’Hansson. L’engagement qui s’en suit oppose Roe pour Zurich à Jan Kovář pour Zoug. Le canadien remporte la mise au jeu et envoie le palet derrière lui. Noreau est un peu en retard, Bodenmann ne couvre pas Herzog qui bondit entre les deux Zurichois, contrôle et tire sur Jakub Kovář. Le cerbère des ZSC contre le puck du bout de la botte, mais celui-ci vient ensuite taper la lame du patin d’Azevedo, le poteau et termine au fond des filets (0-1, 3’09’’) ! Incroyable malchance pour Zurich ! C’est le deuxième but « billard » de la finale pour Zoug après le but de Djoos lors du match 4 (le palet avait d’abord percuté le masque de Kovář, puis ricoché sur le coude de Noreau avant de finir sa course dans le but). Après avoir été aux côtés de Zurich lors de la première moitié de la série, les Dieux du hockey semblent avoir changé de camp et s’être rangés du côté de Zoug. Toutefois, que l’on soit superstitieux ou non, rappelons que depuis le début de la finale, aucune des équipes qui a marqué la première n’est repartie avec la victoire en poche.
A l’exception d’une tentative de déviation de Sigrist sur un tir de Weber, les ZSC subissent les assauts de l’EVZ plutôt que d’essayer de faire le jeu. Vainqueur d’un duel à la bande face à Weber, Hofmann récupère le palet et le remet à Klingberg dont le tir passe juste au dessus de la lucarne de Jakub Kovář. Zurich tente d’exploiter les maigres possibilités de contre laissées par Zoug. Une mauvaise relance de Gross est interceptée par Hollenstein. Hélas pour les locaux, l’attaquant n’a pas la pointe de vitesse de ses compagnons de trio et doit se contenter d’un tir (plutôt que se rapprocher) que Genoni arrête. Plus tard, Malgin prend ses responsabilités : il lance de loin sur le gardien, et est plus prompt que les autres joueurs présents sur la glace pour sauter sur son rebond, mais Genoni arrête en deux temps. Lors d’une bonne présence de la quatrième ligne zurichoise, Schäppi adresse un tir qui heurte l’extérieur de la cage. Alors que plusieurs actions litigieuses étaient jusqu’à présent passées sous le radar des arbitres, C.Baltisberger met son poing au visage de Schlumpf et se retrouve puni pour deux minutes. Très efficace depuis le début de la finale (seulement un but accordé en 16 infériorités numériques), le boxplay de Zurich se montre une nouvelle fois intraitable. En fin de tiers, Schlumpf est puni pour faire trébucher. Les Lions s’offrent quelques bons tirs par leur deuxième unité de powerplay par l’entremise de Bodenmann puis Geering et P.Baltisberger (en tentant d’exploiter un rebond après un tir du premier). La période se termine avec un avantage d’un but pour les visiteurs.
Zoug parvient à tuer la fin de la pénalité en début de deuxième période. Les joueurs de Tangnes se montrent appliqués à contrer la première passe Zurichoise afin d’éviter que les ZSC ne se projettent en avant et ne les prennent de vitesse. Une crosse haute (involontaire) de Zehnder sur Sigrist conduit Zurich à une nouvelle supériorité numérique. Genoni doit s’interposer sur un tir à bout portant de C.Baltisberger. Malgin tire dans le petit filet, puis sur l’action suivante, se fait subtiliser le puck par Herzog qui part en breakaway affronter Jakub Kovář. Le gardien prend le dessus en stoppant le palet du bout de la botte. Zurich joue ce tiers médian avec de bien meilleures intentions que le précédent. Les ZSC gagnent les duels et sont sur tous les palets mais ils se heurtent à un Genoni des grands soirs. Le gardien international helvétique doit même faire preuve d’un peu de vice lorsqu’il désarçonne Roe qui avait sauté sur un puck libre dans le slot (après un tir contré de P.Baltisberger) et qui s’en allait le contourner. Puni pour son geste, Genoni se rattrape de fort belle manière en sortant la jambière d’un déplacement latéral magistral sur une tentative de Pedretti après un reversement de Malgin. Zurich a complètement dominé le deuxième tiers en cadrant 17 tirs sur le filet contre 1 seul petit pour Zoug ! Zoug doit son salut à son gardien qui confirme l’élévation du son niveau de jeu aperçu lors des matchs 4 et 5. Comme le souligne Laurent Perrotton (actuel coach de la Vallée de Joux en Regio League et consultant pour la télévision publique Suisse) sur le plateau de la RTS à la pause, Zoug a laissé le contrôle de la zone neutre à Zurich durant la période et Grönborg semble en manque de solutions en matchant systématiquement sa première ligne face à la première ligne de Zoug, quitte à sur-utiliser ses joueurs.
Zoug gère l’entame du dernier tiers. La tension monte, les équipes tirent moins et cherchent d’abord à se neutraliser. Sur une descente à 2 contre 3, Roe parvient tout de même à trouver Bodenmann qui tire à côté. Sur l’action suivante, Genoni s’illustre devant Hollenstein qui s’est servi de Djoos pour adresser un tir masqué. En fin de présence en zone offensive, Hollenstein manque peut être d’un peu de lucidité, déséquilibre un adversaire et se retrouve au cachot pour deux minutes. N’ayant compté qu’un seul but depuis le début de la série, le jeu de puissance Zougois va cette fois trouver la faille. Hofmann force un tir du haut du slot. Le défenseur zurichois ne parvient pas à éloigner suffisamment le danger. Jan Kovář récupère la rondelle, renverse le jeu pour le one-timer d’Hofmann au second poteau (0-2, 52’36’’).
Zurich réagit par Azevedo à deux reprises et par Malgin mais se heurte à la muraille Genoni. En fin de match, Jan Kovář ne parvient pas à battre son frère du revers. Zoug s’impose à l’extérieur 2 buts à 0 et revient à hauteur de Zurich dans la série. A l’image des matchs précédents, l’EVZ a marqué quand il le fallait, a su provoquer la chance (sur le but d’Herzog) et a bénéficié de la prestation magistrale de Genoni devant le filet (36 arrêts et le blanchissage). Côté ZSC, les difficultés offensives des matchs 4 et 5 se sont accrues, et ce, malgré la domination sans partage au cours du deuxième tiers. Peut-être sur-utilisée (plus de 22’ de temps de glace pour Andrighetto et Malgin), la ligne Hollenstein – Malgin – Andrighetto n’est pas parvenue à débloquer la situation et les autres lignes ne contribuent toujours pas. On peut d’ailleurs se demander si Tangnes n’est pas en train de gagner la guerre tactique face à Grönborg. La réponse sera donnée dimanche 1er mai au soir, à l’issue du match 7.
Article de Nicolas PUCCIO (Twitter : @LinusPacoOcci), illustrations de Pierre Maillard
Commentaires d’après-match :
Gregory Hofmann (attaquant Zoug, au micro de la RTS) : « C’est une grande finale, on était menés 3-0 et on revient au score. On va tout donner pour le match 7. Ce soir ce n’était pas notre meilleur match. Zurich a plus joué, plus créé que nous. On a eu un grand Genoni de nouveau. Il nous sauve à maintes reprises. On a su tenir le score et mettre un gros but à la fin (…). C’est une bataille toute cette série, pour tout le monde, pour tous les joueurs. Rien n’est gratuit, il faut aller les chercher (les buts). J’ai reçu une nouvelle passe magnifique de Kovář et de cette position je ne devais pas louper. On a tenu défensivement, c’était la clé. Un match 7, ça commence à 0-0 au centre, tu ne peux pas te concentrer sur ce qu’il s’est passé avant (…). Je crois qu’il y a deux très belles équipes et que cela va se jouer sur des détails (…) A 3-0 on n’était jamais morts (sic), on a même joué de bons matchs quand on a perdu. Il y a le facteur chance et les petits détails. On est revenus avec la manière (…) ».
Zurich – Zurich : 0-2 (0-1, 0-0, 0-1)
Vendredi 29 avril 2022 à 20h00 à l’Hallenstadion de Zurich. 11 200 spectateurs (guichets fermés).
Arbitres : Marc Wiegand et Miroslav Stolc assistés de David Obwegeser et Dario Fuchs
Tirs : Zurich 36 (6, 17, 13) ; Zoug 21 (11, 1, 9)
Pénalités : Zurich 4’ (2’, 0’, 2’) ; Zoug 6’ (2’, 4’, 0’)
Évolution du score :
0-1 à 03’09’’ : Herzog (sans assistance)
0-2 à 52’36’’ : Hofmann assisté de Jan Kovář et Herzog
Zurich
Attaquants :
Sven Andrighetto – Denis Malgin – Denis Hollenstein (2’)
Simon Bodenmann (-1) – Garrett Roe (-1) – Justin Azevedo (-1)
Marco Pedretti – Justin Sigrist – Dominik Diem
Marc Aeschlimann – Reto Schäppi – Chris Baltisberger (2’)
Défenseurs :
Christian Marti (-1) – Maxim Noreau (-1)
Patrick Geering (C) – Phil Baltisberger
Tommi Kivistö – Yannick Weber
Gardien :
Jakub Kovář [sorti de 56’54’’ à 59’59’’]
Remplaçants : Ludovic Waeber (G), Kyen Sopa et Dario Trutmann. Absents : John Quenneville (étranger surnuméraire), Marcus Krüger et Johann Morant (blessés), Enzo Guebey, Willy Riedli et Lukas Flüeler (surnuméraires).
Zoug
Attaquants :
Fabrice Herzog (+1) – Jan Kovář (C, +1) – Dario Simion (+1)
Gregory Hoffman – Marco Müller – Carl Klingberg
Jérôme Bachofner – Sven Senteler – Yannick Zehnder (2’)
Luca De Nisco – Sven Leuenberger – Dario Allenspach
Défenseurs :
Livio Stadler – Niklas Hansson
Nico Gross (+1) – Christian Djoos (+1)
Samuel Kreis – Dominik Schlumpf (2’)
Claudio Cadonau
Gardien :
Leonardo Genoni
Remplaçants : Luca Hollenstein (G), et Dario Wüthrich. Absents : Anton Lander (étranger surnuméraire), Lino Martschini et Reto Suri (blessés).