Quatre jours après le dénouement du Mondial junior, forcé de se clore fin décembre 2021 à cause du Covid avant d’être reprogrammé en août, voilà que débute une autre compétition estivale très attendue : le Mondial féminin. Si l’édition 2021 fut également reprogrammée durant l’été pour les mêmes raisons que les juniors, l’édition 2022 a volontairement été organisée en août afin de préserver une marge suffisante entre le tournoi olympique et les championnats du monde, que les joueuses (au statut plus fragile que leurs homologues masculins) puissent s’organiser sereinement. 2022 marque d’ailleurs une première pour les féminines qui ont désormais le droit à un Mondial durant les années olympiques, une absurdité enfin gommée par l’IIHF.
C’est le Danemark qui a hérité de l’organisation de la compétition, marquant une certaine originalité puisque cinq des sept derniers championnats du monde ont été organisés en Amérique du Nord, d’ailleurs les deux prochains le seront également. La très bonne ambiance du Mondial masculin 2018 constatée à Herning, ville hôte de ce tournoi féminin avec Frederikshavn, s’est donc rappelée au bon souvenir de l’IIHF. Mais les matchs à Herning ne seront pas organisés, comme en 2018, dans la grande salle du Jyske Bank Boxen (12 000 places), les cinq meilleures nations au classement IIHF qui composent le groupe A évolueront dans la plus modeste Kvik Hockey Arena (4000 places), qui faisait office de glace d’entraînement pour certaines équipes masculines en 2018. Cette différence casse l’essor du hockey féminin, et après deux ans de covid et de tribunes vides qui ont longtemps frustré les fans, une telle configuration a de quoi interpeller…
Première journée ce jeudi, et première affiche entre le Canada, champion du monde et champion olympique en titre, face à une Finlande toujours désireuse de s’immiscer parmi l’hégémonie nord-américaine. Finalistes en 2019, les Finlandaises ont dû se contenter du bronze lors des deux dernières compétitions et espèrent faire jeu égal. Ce premier match est un test d’envergure pour le staff mené par Juuso Toivola, qui avait succédé à Pasi Mustonen, parti pour des raisons personnelles. Notons dans ce staff la présence d’un visage bien connu de l’équipe de France, Saara Niemi, ex-mentor des Bleues, coach de Clara Rozier, Emmanuelle Passard et Athéna Locatelli au HIFK, et désormais adjointe de Toivola avec les Naisleijonat.
Troy Ryan est lui toujours derrière le banc de cette nouvelle vague dorée du Canada, et sa profusion de stars, à l’exception de Natalie Spooner qui attend un heureux évènement, et Mélodie Daoust, écartée par choix du sélectionneur. Beaucoup de regards seront rivés sur Sarah Nurse, récente recordwoman du nombre de points inscrits durant un tournoi olympique (18) et vraie icône de la discipline qui a l’honneur de devenir la première hockeyeuse de l’histoire à figurer sur la couverture d’un jeu de hockey, en l’occurrence la nouvelle édition de la série NHL par EA Sports. Les deux titulaires annoncées du tournoi, Ann-Renée Desbiens et Anni Keisala, sont face-à-face.
La Finlande connaît un temps fort en se retrouvant rapidement en supériorité numérique, Nurse faisant une faute offensive sur Savolainen. Le jeu de puissance des Lionnes est bien en place, Savolainen et Hopolainen se montrent particulièrement dangereuses. Dangereuse, on jugera comme telle la charge de Petra Nieminen sur O’Neill qui tombe la tête la première sur la balustrade. Une faute bête et lourde de conséquence. Nieminen, joueuse majeure de l’équipe, écope alors d’un 5’+20′, s’exclut de l’équipe et coupe totalement l’élan finlandais. Les Naisleijonat résistent mais une infériorité numérique de cinq minutes face à la superpuissance canadienne est bien trop périlleuse. À la ligne bleue, Marie-Philip Poulin appuie sa passe vers Sarah Nurse, qui dévie de belle manière pleine lucarne (0-1, 07’38).
La Finlande obtient une nouvelle opportunité en avantage numérique à la 10e minute mais semble passer à côté. Quatre secondes après l’expiration de cette pénalité, Julia Liikala, démarqué, profite d’un rebond après une déviation dans le slot de Susanna Tapani (1-1, 12’07). Égalisation finlandaise, mais les Canadiennes n’ont pas dit leur dernier mot dans cette première période. Quelques minutes plus tard, à son entrée en zone offensive, l’emblématique capitaine Marie-Philip Poulin redonne l’avantage au Canada d’un tir du poignet (1-2, 14’51). Les Canadiennes contrôlent jusqu’à la fin du tiers… Peut-être trop puisque Elisa Holopainen intercepte et part seule en contre dans les ultimes secondes, faute de Poulin sur le repli, tir de pénalité ! L’attaquante de 20 ans s’élance, tente une feinte de corps qui ne surprend pas Desbiens, bien sur ses appuis, elle repousse de la jambière.
Le Canada continue le pressing en seconde période, et Nurse n’est pas bien loin de creuser l’écart après une belle combinaison avec Jenner et Poulin. Le match demeure équilibré, la Finlande est toujours dans le coup… jusqu’à ce que Meaghan Mikkelson marque son premier but en cinq ans de sélection ! La doyenne de l’équipe est au rebond après un tir de Shelton, à noter la superbe interception de Sarah Potomak sur cette séquence (1-3, 33’01).
Ce but coupe les jambes des Finlandaises, qui auront néanmoins de nouvelles opportunités après deux fautes successives du Canada. L’occasion en or revient à Ronja Savolainen, totalement oubliée devant l’enclave, dont la tentative passe à quelques centimètres de la cible.
L’avantage numérique de la Finlande se poursuit en troisième période, mais les Canadiennes demeurent très appliquées défensivement, tout comme leurs adversaires. Les chances de but sont assez limitées malgré les pénalités qui se succèdent dans ce dernier tiers-temps. Le Canada contrôle la fin de match, Rattray étant en bonne position pour un quatrième but. Il ne faudra cependant que quelques secondes, sitôt le départ de Keisala de sa cage, pour que Blayre Turnbull marque dans le but vide.
Malgré des fautes dont elles auraient bien pu se passer, les Canadiennes ont fait preuve de rigueur sur le plan du jeu, en plus de faire parler leur puissance. La Finlande s’en sort avec les honneurs, s’épargnant une déculottée qu’elle a connue en tour préliminaire aux JO face à ces mêmes Canadiennes (1-11). L’exclusion d’un élément aussi précieux que Petra Nieminen a probablement été coûteuse, difficile de faire jeu égal avec le Canada quand toutes les forces ne sont pas réunies.
Élues joueuses du match : Nelli Laitinen pour la Finlande, Marie-Philip Poulin pour le Canada.
Commentaires d’après-match
Jenni Hiirikoski (capitaine de la Finlande) : « [Petra Nieminen] représente une part importante de notre équipe, le hockey est ainsi fait. Tellement de choses peuvent arriver durant un match, mais vous devez vous reconcentrer et continuer à jouer. D’une manière générale, nous devons nous créer de meilleures chances de marquer, particulièrement en supériorité numérique. Nous avons vraiment bien débuté, avec un bon esprit de combativité, mais certaines petites choses ont leur importance, et nous avons besoin de marquer. »
Finlande – Canada 1-4 (1-2, 0-1, 0-1)
Jeudi 25 août 2022 à 19h00 à la Kvik Hockey Arena de Herning. 501 spectateurs.
Arbitres : Nikoleta Celarova (SVK) et Amanda Tassoni (USA) assistées de Jennifer Cameron (USA) et Anna Hammar (SUE).
Pénalités : Finlande 27′ (5’+20′, 0′, 2′), Canada 12′ (4′, 4′, 4′).
Tirs : Finlande 17 (8, 4, 5), Canada 43 (15, 19, 9).
Évolution du score :
0-1 à 07’38 : Nurse assistée de Poulin et Larocque (sup. num.)
1-1 à 12’07 : Liikala assistée de Tapani et Hiirikoski
1-2 à 14’51 : Poulin assistée de Nurse et Larocque
1-3 à 33’01 : Mikkelson assistée de Shelton et Fillier
1-4 à 58’28 : Turnbull assistée de Clark
Finlande
Attaquantes :
Michelle Karvinen (A) – Susanna Tapani – Petra Nieminen (A, 5’+20′)
Viivi Vainikka (-1) – Noora Tulus – Elisa Holopainen
Julia Liikala (2′) – Jenniina Nylund (-2) – Emilia Vesa (-2)
Sofianna Sundelin – Sanni Vanhanen – Kiira Yrjänen (-1)
Emmi Rakkolainen
Défenseures :
Jenni Hiirikoski (C, -2) – Ronja Savolainen (-3)
Nelli Laitinen – Sanni Rantala
Sini Karjalainen – Krista Parkkonen
Ella Viitasuo
Gardienne :
Anni Keisala [sortie de 58’16 à 58’28 puis de 59’20 à 60’00]
Remplaçante : Meeri Räisänen (G). En réserve : Jenna Silvonen (G).
Canada
Attaquantes :
Sarah Nurse (6′) – Marie-Philip Poulin (C) – Brianne Jenner
Sarah Potomak (+1, 2′) – Sarah Fillier – Jessie Eldridge
Emily Clark (+1) – Blayre Turnbull (A, +1, 2′) – Victoria Bach (+1)
Kristin O’Neill – Emma Maltais – Laura Stacey
Jamie Lee Rattray (+1)
Défenseures :
Jocelyne Larocque (A, +1) – Renata Fast (+2)
Micah Zandee-Hart – Ashton Bell
Ella Shelton – Meaghan Mikkelson (+2, 2′)
Gardienne :
Ann-Renée Desbiens
Remplaçante : Kristen Campbell (G). En réserve : Emerance Maschmeyer (G), Erin Ambrose (D).