La finale des Mondiaux des moins de 18 ans entre les États-Unis et la Suède est un remake de l’édition 2022 où les Suédois – portés par un gardien en état de grâce – s’étaient imposés à la surprise générale (6-4 avec seulement 14 tirs pour la Suède contre 51 aux États-Unis). La présence des Américains à ce stade de la compétition est tout sauf une surprise tant leur sélection est dominante dans sa catégorie d’âge : 18 médailles dont 10 titres en 23 éditions. Les joueurs d’USA Hockey ont fait honneur à leur réputation en giflant successivement tous leurs adversaires : la Lettonie 7 à 1, la Norvège 12 à 1, la Finlande 8 à 4, l’hôte suisse 10 à 0, la Tchéquie par « seulement » 4 à 1 en quart-de-finale et enfin la Slovaquie 7 à 1 face en demi-finale. C’est dire à tel point les États-Unis évoluent sur une autre planète en U18.
Aussi, les Suédois, qui avaient envoyé un statement en ouverture de tournoi en éparpillant le Canada 8 buts à 0 avant de récidiver face au même adversaire en demi-finale (7-2) semblent être les seuls à pouvoir contester l’hégémonie des joueurs à la Bannière étoilée.
Les Américains cherchent à se mettre rapidement en évidence en début de rencontre, mais les Suédois adoptent une stratégie prudente. Ils essaient de maintenir leurs adversaires le plus loin possible de leur cage et cherchent dès que possible à sortir proprement de leur zone de peur d’être pris de vitesse. Les défenseurs n’hésitent pas seconder l’attaque : Minnetian déborde mais Erliden couvre bien son angle, y compris sur le rebond repris par Terrance. Le gardien suédois s’illustre aussi face à Hagens qui a éliminé son adversaire avec un spin-o-rama. Les États-Unis ont la possession du palet mais la défense suédoise les empêche de construire. Après plusieurs minutes, le jeu fini par s’équilibrer. Les joueurs de la Tre Kronor placent leur première banderille. Placé derrière la cage, Dower-Nilsson trouve Forsfjall pour la reprise de volée stoppée par Augustine. Puis Renberg déborde Schultz et boucle son tour de cage par un tir qui trouve le plastron du gardien. Dower-Nilsson envoie un puck dans l’arrondi, Wahlberg gagne son duel face à Buium, passe le palet entre les jambes de Nelson. Il trouve Stahlberg qui vient de sortir du banc et qui se présente dans l’axe. L’attaquant de la 4e ligne profite de l’écran de Johansson sur Augustine pour ouvrir la marque (0-1, 9’33’’).
Le staff américain fera usage de son coach challenge pour une obstruction sur le gardien, mais la révision vidéo confirme la décision prise sur la glace. Puni pour l’occasion pour retard de jeu, les États-Unis doivent évoluer à court d’un homme. Augustine s’illustre sur la tentative en one-timer de Stenberg puis sur le rebond d’Edstrom. Chaque palet contré ou dégagé est ponctué par les encouragements du banc américain. Oui, car si les tribunes sont bien garnies (4 342 spectateurs), l’ambiance est bien plus feutrée que lors du match pour la médaille de bronze, la faute à l’absence d’une colonie suédoise ou américaine capable d’apporter la même ferveur que les Slovaques. Les Américains profitent d’une pénalité suédoise pour s’octroyer un temps fort. Smith récupère un palet en zone neutre et renverse immédiatement pour Perreault qui mystifie Sandin-Pellikka et trouve Terrance qui arrive lancé. Mais Erlinder ne mord pas à la feinte du joueur des Otters d’Erie. Le portier suédois est de nouveau parfait en fin de tiers alors que la 1e ligne américaine Smith – Perreault – Leonard fait le siège de sa cage.
En début de deuxième tiers, Wahlberg sert un café-crème à Minnetian et oblige Augustine à un arrêt de la jambière. Les Américains tentent de forcer la décision par des actions individuelles où ils laissent parler leurs qualités de patinage à l’image de Perreault qui fait le tour de la défense mais dont le tir en angle ne trompe pas Erlinder. Ils durcissent également le jeu et appuient plus leurs charges. Un peu trop même pour le quatuor arbitral qui envoie Hutson au banc des punitions pour une charge contre la bande. Sandin-Pellikka transmet à l’opposée à Forsfjall qui effectue un centre-tir que Nordh dévie victorieusement (2-0, 26’14’’). En avance de deux buts, les Suédois continuent de répondre au défi physique proposé par les Américains, comme en atteste Willander qui envoie Perreault à terre. La sélection Tre Kronor est très bien organisée défensivement et ne laisse que peu de changes aux États-Unis, et lorsqu’ils y arrivent, Erlinder veille comme sur ce double arrêt face à Guzzo puis Nelson. Le 3-0 est proche lorsqu’Unger Sörum et Edstrom aspirent la défense américaine qui laisse Stenberg seul face à Augustine mais le revers de l’attaquant ne trouve pas le cadre ! Les deux équipes concluent le tiers en multipliant les tirs à la cage pour profiter d’une déviation ou de rebonds favorables mais les deux gardiens arrivent à préserver le score.
Le premier trio suédois se met rapidement en évidence et Augustine arrêt du plastron une tentative de Stenberg. Les Américains tentent de mettre du trafic devant la cage d’Erlinder, ce qu’ils n’ont que trop peu fait depuis le début de la rencontre. La tactique passe près d’être payante : Guzzo obstrue la vision d’Erlinder sur un tir de loin de Buium qui s’écrase sur le poteau. La sélection suédoise continue de bien défendre et de contenir les attaquants en périphérie, facilitant le travail d’Erlinder. Le gardien des juniors du HV71 sortira un arrêt de grande classe de la mitaine et en grand-écart facial sur une tentative rapprochée de Moore, bien servi par Eiserman. La domination Américaine va être récompensée lorsque Nelson – placé devant Erlinder – dévie un tir flottant de Buium (1-2, 49’44’’).
Avec 10 minutes à faire, tout reste possible dans le match. Le premier trio Smith – Perreault – Leonard tente à plusieurs reprises de forcer la décision, sans succès. Le tournant du match va intervenir à la 55e minute lorsque Edstrom est puni bêtement pour retenir (il a accroché le maillot de son adversaire) en zone offensive. Les États-Unis assiègent le filet d’Erlinder, après plusieurs tentatives infructueuses, Smith trouve Eiserman au second poteau. L’ailier tire malgré le peu d’angle et Terrance (pourtant poussé par Landen) dévie juste ce qu’il faut (2-2, 58’44’’). Un peu plus d’une minute après l’égalisation, Smith est envoyé sur le banc d’infamie pour une faute peu évidente, les Américains vont devoir finir le match en infériorité numérique. Fort heureusement pour eux, Augustine stoppe la dernière tentative de Stenberg.
La prolongation ne sera que de courte durée. Hutson lance Leonard qui a de l’espace (les 3 joueurs suédois sont sur l’autre moitié de la glace). Il peut repiquer vers le centre. Son tir des poignets passe n’est qu’effleuré par le gant d’Erlinder pour le but de la victoire (3-2, 62’20’’).
C’est bien entendu l’effusion du côté des Américains qui prennent leur revanche sur 2022. Le buteur décisif Leonard est d’ailleurs l’un des 4 rescapés de l’équipe défaite l’année passée (avec Smith, Cleveland et le gardien Augustine). Ils confirment par la même leur domination mondiale sur cette classe d’âge (11e titre en 24 éditions). Moins en vue que sur le reste du tournoi, la ligne Smith – Perreault – Leonard (3 points pour le trio) a été parfaitement secondée par le reste de l’effectif puisque toutes les lignes ont noircit la feuille de pointage. Avec 20 points (dont 9 buts), le phénomène Will Smith termine meilleur buteur et pointeur du tournoi (devant ses coéquipiers Perreault et Leonard avec respectivement 18 et 17 points) et s’empare fort logiquement du titre de MVP, succédant au palmarès au Suédois Jonathan Lekkerimäki mais également à ses compatriotes Cole Caulfield (titré en 2019) Jack Hughes (titré en 2018), ou encore Clayton Keller (2016).
Désignés joueurs du match : Danny Nelson pour les États-Unis et Noah Erlinden pour la Suède.
Commentaires d’après-match (pour l’IIHF) :
Will Smith (attaquant, États-Unis) : « C’est assez spécial. J’ai dit que cela n’avait pas d’importance si nous ne gagnions pas, et nous avons gagné. Donc je pense que c’est plutôt cool. Et nous célébrons tout. C’est incroyable. Nous avons travaillé d’arrache-pied pendant deux ans d’affilée. Nous faisons un travail que personne d’autre ne faisait. Il nous restait 20 minutes avec notre groupe et nous nous sommes dit : ‘Pourquoi ne pas y mettre tout ce que nous avons ?’ Et après ce premier [but], nous pouvions sentir l’élan. Cela a bien fonctionné. »
Otto Stenberg (attaquant, Suède) : « Nous avons très bien joué ce soir. Nous avons travaillé aussi dur que possible. Nous avons très bien joué pendant 50 minutes. Et nous avons perdu. En ce moment, c’est terrible. »
Illustrations de Marjolaine Callier et de l’auteur
États-Unis – Suède 3-2 après prolongation (0-1, 0-1, 2-0, 1-0)
Dimanche 30 avril 2023 à 20h00 à la St. Jakob Arena de Bâle (SUI). 4342 spectateurs.
Arbitres : Dominic Cadieux (CAN) et Micha Hebeisen (SUI) assistés de Nicolas Boivin (CAN) et Lukas Rampir (TCH)
Pénalités : États-Unis 10’ (4’, 4’, 2’) ; Suède 4’ (2’, 0’, 2’)
Tirs : États-Unis 41 (13, 13, 14, 1) ; Suède 32 (12, 11, 9, 0)
Évolution du score
0-1 à 09’33’’ : Stahlberg assisté de Wahlberg et Dower-Nilsson
0-2 à 26’14’’ : Nordh assisté de Sandin-Pellikka et Forsfjäll (sup. num.)
1-2 à 49’44’’ : Nelson assisté de Buium et Guzzo
2-2 à 58’44’’ : Terrance assisté d’Eiserman et Smith
3-2 à 62’20’’ : Leonard assisté d’Hutson et Moore
États-Unis (2′ pour retard de jeu)
Attaquants
Gabe Perreault – Will Smith (2′) – Ryan Leonard (A, +1, 2′)
Carey Terrance – Oliver Moore (A, +1) – Ryan Fine
Cole Eiserman – James Hagens – Will Vote (+1, 2′)
Beckett Hendrickson (-1) – Danny Nelson – Sal Guzzo
Carter Slaggert
Défenseurs
Zachary Schulz (C) – Aram Minnetian
Paul Fischer – Zeev Buium
Cole Hutson (+1, 2′) – Drew Fortescue
Brady Cleveland [3 présences]
Gardien :
Trey Augustine
Remplaçant : Carsen Musser (G). En réserve : Hampton Slukynsky (G).
Suède
Attaquants :
Otto Stenberg (C) – David Edstrom (-1, 2′) – Felix Unger Sörum (-1)
Noah Dower Nilsson – Zeb Forsfjäll (-1) – Anton Wahlberg
Noel Nordh – Simon Zether – Gustaf Kangas
Jacob Sagadin – Wille Johansson (+1) – Elliot Stahlberg
Hugo Petterson [2 présences]
Défenseurs :
Theo Lindsrein (A, -1) – Axel Sandin Pellikka (-2)
Axel Hurtig (+1) – Tom Willander (+1, 2′)
Arvid Bergström – Axel Landen (A)
Gardien
Noah Erlinder
Remplaçants : Melker Thelin (G), Kristian Kostadinski (D). En réserve : Olof Glifford (G)