Il aura fallu huit matchs. Samedi soir au Centre Bell, Alexandre Texier, seul Français actuellement en NHL, a inscrit son premier but en jeu de la saison 2026-27 lors de la victoire des Canadiens de Montréal face aux Sabres de Buffalo (4-3 a.p.). Ce n’est pas un but spectaculaire. C’est un but de travailleur, arraché devant le filet, et il en dit long sur le chemin parcouru par le Grenoblois en un an.
L’action
À 27’39, Montréal mène 2-1. Phillip Danault remporte l’engagement en zone offensive, Zachary Bolduc récupère le palet et le renvoie vers Alexandre Carrier à la pointe. Carrier glisse le palet à Kaiden Guhle, qui décoche un tir appuyé non loin de la ligne bleue. Texier, posté devant Ukko-Pekka Luukkonen, le dévie. Le gardien des Sabres ne parvient pas à contrôler le rebond, et le Français est le plus prompt pour pousser le palet au fond. 3-1.
Rien de compliqué, mais tout est juste : gagner l’engagement, garder la possession, envoyer un tir dur au filet, et avoir un attaquant devant le but pour dévier le tir, mettre de la pression et pousser le rebond.
Un but chanceux ?
Aux sceptiques qui parleront d’un but chanceux, je réponds ceci : c’est du hockey textbook, à 100 %. Dès le plus jeune âge, on apprend à suivre le palet : qui l’a, et où il va. Et quand il part vers le filet, on y va aussi : masquer la vue du gardien, chercher la déviation, guetter le rebond. C’est précisément ce qu’a fait Texier : dévier le tir, puis être le premier sur le rebond. Je l’admets, ce but ne tournera pas en boucle dans les résumés. Mais ce sont souvent les gestes les plus simples qui méritent qu’on s’y arrête.
Le revers de la médaille arrive presque aussitôt. Sur l’engagement suivant au centre, Texier écope de deux minutes pour obstruction. Buffalo finira par recoller à 3-3 en troisième période, avant que Cole Caufield ne règle l’affaire après 54 secondes de prolongation. La soirée de Texier se résume ainsi : 11’29 de temps de glace, deux tirs cadrés, un but, deux minutes de pénalité et un différentiel neutre. Buffalo lui réussit plutôt bien : mardi déjà, c’est lui qui avait inscrit le tir au but décisif face aux Sabres. Et en mai dernier, il avait trouvé le filet contre eux lors de la victoire 6-3 du match 5, au deuxième tour des séries.
Ses chiffres aujourd’hui
Après huit matchs, Texier compte un but et deux passes, soit trois points, pour un différentiel de -2. C’est aussi le 49e but de sa carrière en saison régulière NHL : le prochain sera le 50e. Ses deux passes sont venues le 6 octobre contre les Hurricanes de la Caroline, dont une en supériorité numérique. Surtout, il joue près de 13 minutes par match. C’est un rôle réel dans la rotation.
Il y a un an
Le contraste est saisissant. À la même époque l’an dernier, Texier portait le maillot des Blues de Saint-Louis. Au 23 octobre 2025, il ne comptait qu’une passe en cinq matchs, avec un temps de glace moyen de 8’25, le plus faible de sa carrière en NHL. Cet automne-là, il était régulièrement laissé en tribune : il n’a disputé que huit des 21 premiers matchs des Blues.
La suite est connue. Après un dernier match le 6 novembre à Buffalo, il est placé sur la liste des joueurs hors effectif, puis soumis au ballottage. Il est ensuite assigné à Springfield en AHL, avant que les Blues ne résilient son contrat. Son bilan à Saint-Louis cette saison-là : zéro but, une passe. Montréal le signe le 23 novembre.
Au Québec, il relance sa carrière : 8 buts et 12 passes en 43 matchs de saison régulière, avec un différentiel de +9. En séries, il marque le but de la victoire lors du match 5 du premier tour contre le Lightning de Tampa Bay. Il trouve encore le filet lors du match 1 de la finale de l’Est contre les Hurricanes de la Caroline. Entre-temps, il défend aussi les couleurs de la France aux Jeux olympiques de Milan-Cortina.
Le verdict
Huit matchs à Saint-Louis : un point, et la porte. Huit matchs à Montréal cette saison : trois points, et une place dans la rotation. La saison est jeune, et il est bien trop tôt pour juger sa production. Un différentiel de -2 rappelle d’ailleurs qu’il reste du travail. Mais c’est un classique du hockey : le premier but est souvent le plus long à venir, et une fois la glace brisée, les suivants viennent parfois plus facilement.
Le compteur est débloqué. À lui de le faire tourner.































